Thursday, February 02, 2017
Citation du 3 février 2017
Saturday, March 14, 2015
Citation du 15 mars 2015
Thursday, April 21, 2011
Citation du 22 avril 2011
Une fois la cigarette rentrée dans votre vie, elle devient votre partenaire privilégiée et lance incidieusement (sic) sa procédure d'action - identique à toute procédure de manipulation mentale avec une particularité tout de même épatente (sic): elle vous commande de vous manipuler vous-même…
Campagne anti-tabac (lire ici)
La campagne anti-tabac qui s’épanouit sur nos paquets de cigarettes me laisse songeur. Non pas que j’estime bon le fait de fumer – ancien fumeur moi-même je sais ce qu’il en coute de s’arrêter. Mais cette fois ces campagnes deviennent des révélateurs très précieux de notre sensibilité aux images.
Soient les deux images ci-dessous : celle de gauche dont on se rappelle peut-être, a été l’occasion d’un scandale qui a obligé l’Association de défense contre le tabac, qui l’avait mise sur son affiche, de la retirer.
Celle de droite « orne » tous nos paquets de cigarettes depuis peu.
Alors, voilà deux questions qui me taraudent l’esprit :
- d’abord laquelle de ces deux photos est la plus choquante ? A supposer qu’on vous ait demandé laquelle des deux il fallait sacrifier, qu’auriez-vous répondu ?
- ensuite, faut-il employer des images choc pour dissuader les fumeurs de fumer ? L’élucidation des mécanismes psychologiques telle qu’on peut la lire dans notre citation ne suffit-elle donc pas ?
On l’a deviné : la campagne anti-tabac doit frapper, et là où elle frappe le plus efficacement, c’est au niveau de l’estomac : qu’elle nous donne la nausée, voilà.
J’ai dit « au niveau de l’estomac » ̶ pas « en-dessous de la ceinture »…
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P.S. Ceux qui auraient loupé le lancement de ces belles photos peuvent encore se mettre à niveau ici.
Tuesday, January 01, 2008
Citation du 2 janvier 2008
Ah, et puis je m'en fous, tenez, donnez-moi, /Avant de mourir, une dernière fois,
Du gris, que dans mes pauvres doigts /Je roule / C'est bon, c'est fort, ça monte en moi, / Ça me soûle.
Je sens que mon âme s'en ira, / Moins farouche / Dans la fumée qui sortira / De ma bouche.
Du gris - Paroles: E. Dumont, musique: F. L. Benech (interprété par : Berthe Sylva)
Alors, ça y est ?
Vous l’avez écrasée votre dernière clope ?
Non ? Pourquoi donc ? Je croyais que depuis hier fumer était devenu interdit ?
Ah !... Vous dites que c’est une conspiration des médias pour faire de la sensation là où il n’y en a pas… La cigarette n’est pas plus interdite par la récente loi anti-tabac que le foulard ne l’était dans la rue après son interdiction dans les lycées… En plus vous avez lu quelque part que Molière faisait l’éloge du tabac…
Vous n’avez pas tort, remarquez (1). Toutefois, je me dois de vous faire observer qu’avec l’allongement de la vie, vous risquez d’avantage qu’à l’époque de Molière d’être victime du tabac.
Allez, racontez-moi. Qu’est-ce qui vous empêche de vous arrêter de fumer ?... Vous ne savez pas ? Je vais vous expliquer.
Ce qui fait obstacle d’après moi au fait de s’arrêter de fumer, c’est le moment où l’on écrase la dernière cigarette. On doit avoir le sentiment d’être comme le condamné à mort qui tire sur sa dernière cigarette avant l’échafaud…
Oui. Mais surtout, il y a un fantasme assez général qui imprègne notre rapport à la cigarette : c’est l’assimilation de l’âme à la fumée de cigarette qui nous impressionne.
Je sens que mon âme s'en ira Dans la fumée qui sortira / De ma bouche. L’exhalaison de la dernière bouffée de fumée de la dernière cigarette est assimilée au dernier soupir, celui par le quel s’échappe l’âme du mourant (2).
D’ailleurs Berthe Sylva n’est pas la seule à le chanter. Jean Cocteau a aussi utilisé cette image pour figurer la mort du poète :
Jean Cocteau - Le Testament d’Orphée (1960)
(1) Sganarelle - tenant une tabatière- Quoi que puisse dire Aristote et toute la Philosophie, il n'est rien d'égal au tabac : c'est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre. Non seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l'on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d'en donner à droite et à gauche, partout où l'on se trouve ? On n'attend pas même qu'on en demande, et l'on court au-devant du souhait des gens : tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d'honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent. Molière - Dom Juan (1665)
(2) Rappelons que l’âme (la psyché) a d’abord été considérée comme un air ou un gaz immatériel circulant dans le corps. Telle est l’interprétation qu’on peut donner à la Genèse lorsque Dieu anime Adam en lui soufflant dans les narines.
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Liste des auteurs qui figurent sur le Post d’hier (de gauche à droite et de haut en bas) :
Platon, Aristote, Freud, Bergson, Augustin, Kierkegaard, Merleau-Ponty, Bachelard, Averroès, Lévi-Strauss, Sartre, Descartes, Nicolas de Cues, Bayle, Kant, Chrysippe, Rousseau, Marx, Nietzsche, Bentham, Arendt.
Wednesday, January 31, 2007
Citation du 1er février 2007
Saturday, December 09, 2006
Citation du 9 décembre 2006
Sans la pipe la vie serait aride, sans le cigare elle serait incolore, sans la chique elle serait intolérable !
Gustave FLAUBERT - Correspondance
Etes-vous comme moi un peu énervé par le consensus anti-tabac ?
« Tremblez, fumeurs, car vous creusez votre tombe avec votre clope ; mais, vous devez aussi rougir de honte, car vous êtes des criminels qui empoisonnent les autres . »
Voici un petit florilège :
On est dans le délire collectif, dans la folie purificatrice. Le mal existe, il est incarné par le fumeur ; sa seule existence est déjà un malheur. La preuve, il suffit qu’il y en ait un sur le trottoir pour qu’aussitôt certains prennent l’air dégoutté, se retenant tout juste de le pousser sous les roues du bus. Et pourtant, heureusement que le fumeur existe : grâce à lui on sait quoi faire pour éradiquer LE mal.
Essayons d’en sortir, demandons-nous pourquoi on fume ? On s’est déjà interrogé sur l’évaluation de la vie (1). Ici Flaubert fait plus simple : il ne s’agit pas de la vie entendue comme un tout lié à la nature essentielle de l’individu, mais plutôt de la saveur de la vie, de son feeling, étant entendu que ce qui lui donne de l’agrément est fort limité : c’est le tabac. Je crois que les non fumeurs ne comprennent pas ce qu’est le plaisir de fumer. Ils croient que c’est une dépendance et que le fumeur n’allume sa cigarette que pour échapper au désagrément du manque de nicotine. Il y a pourtant une curieuse exception : on admet que le fumeur de cigare (dont pourtant la fumée est jugée répugnante) éprouve un plaisir raffiné et exclusif - à condition qu’il s’agisse d’un Davidoff et qu’il s’accompagne d’un verre de cognac. Tiens, Davidoff, puisqu’on en parle ; lorsqu’il évoque le fumeur de cigare, il va encore beaucoup plus loin que Flaubert : "Il y a dans les gestes lents, dignes, mesurés du fumeur de cigare une cérémonie qui permet de retrouver des rythmes oubliés et de rétablir une communication avec soi-même." Rien que ça !
Snobisme que tout cela. Ecoutez Flaubert : la chique suffit au bonheur de l’homme. Trouvez plus simple, et venez me raconter ça : je suis preneur.
(1) C’était il y a deux jours. Vous avez déjà oublié ??
Sunday, August 13, 2006
Citation du 14 août 2006
Toute décision est un drame qui consiste dans le sacrifice d'un désir sur l'autel d'un autre désir.
Claparède
Spinoza : « Omnis determinatio est negatio »… : voir la Citation du 22 mai 2006 : j’espère que ça vous dit encore quelque chose ! (1).
Claparède complète ce principe en indiquant d’où provient la détermination. On retrouve un peu la thèse de Locke : la volonté est un exécutant au service d’une force qui la mobilise, en amont, et cette force n’est autre que celle du désir, sous toutes ses formes et à tous les degrés. Ce qui s’évacue alors, c’est le moment du choix. Se déterminer, ce n’est pas choisir ; c’est se conformer à une tendance qui nous est propre. Si nous croyons au choix (et donc au libre arbitre) c’est parce que certaines de ces forces qui sont antagonistes se combattent, et que l’issue de ce combat dépend de certains facteurs que nous pouvons activer au moment opportun.
Exemple : vous voulez vous arrêter de fumer. Bien. Mais pourquoi le voulez vous ? Si vous fumez, c’est pour le plaisir (ou pour éviter un déplaisir, nous n’en discuterons pas pour le moment) ; alors pourquoi renoncer à ce plaisir ? Parce que vous y trouvez votre compte, et donc que votre renoncement n’est que le sacrifice d'un désir sur l'autel d'un autre désir. Ne plus fumer, c’est retrouver votre pureté, ou montrer la puissance de votre volonté, ou conserver l’amour de votre ami(e) anti-tabac, ou être un bon père-ou-mère par rapport à votre chérubin joufflu que vous ne voulez pas intoxiquer… Bref tout ça, c’est du désir.
Ça veut dire deux choses :
- d’abord si vous faites cet acte « héroïque », ce n’est pas par devoir, mais par recherche d’un plus grand plaisir (oui, même si vous vous arrêtez parce que vous avez la trouille du cancer : le plaisir n’est autre que la cessation de cette souffrance-là).
- ensuite, la volonté est une fonction dont on peut se passer : si vous réussissez à vous arrêter, inutile d’évoquer la puissance de celle-ci, mais parlez plutôt de la force du désir. C’est très exactement ce que les psychologues nomment la motivation.
(1) Attention : il y aura bientôt une interro surprise.
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Commentaire de Luc Dussart:
effectivement l'articulation volonté/désir est essentielle dans l'arrêt du tabac. Et encore plus que ce qui est dit là. La volonté NUIT à l'arrêt du tabac, et c'est le piège commun. Avec la volonté on TIENT quelque temps, alors que la bonne attitude est de LÂCHER...
Et s'il y a de bonnes raisons (rationnelles) pour cesser le tabagisme (santé, argent, proches, etc.), elles sont inopérantes comme l'a bien montré Bateson (Vers une écologie de l'esprit).
Ce qui permet l'arrêt, c'est la force de l'inconscient, de l'irrationnel, du désir. Et comme l'inconscient ne connait pas la négation, NE PLUS FUMER est pour lui incompréhensible : il ne capte pas.
Alors, alors, quelles sont les (seules) bonnes motivations à faire mûrir pour alimenter l'inconscient ? Des choses qui ne se PENSENT pas mais qui s'éprouvent, se ressentent.
Quelques compléments pratiques dans l'article :
Faire face aux envies de fumer, knol de Luc DUSSART :
http://tinyurl.com/6d8xy2