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Saturday, January 11, 2014

Citation du 12 janvier 2014


La leçon d’optimisme du Dimanche matin.-
(Matériel requis : un canapé et une télé)

Citation : O mon âme, n'aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible!
Pindare – Troisième Pythique, 61
Traduction : puisqu’on n’est pas immortel, tâchons au moins de ne pas mourir avant d’avoir épuisé tous les possibilités qui étaient en nous.
Paraphrase : hâtons-nous de vivre, car la vie est bien courte et le pire regret que nous puissions avoir en la quittant est d’avoir perdu le temps durant lequel nous avons vécu.
Exemple : on le voit d’ailleurs avec la prison, qui, outre la privation de liberté, est aussi la condamnation à passer à côté de la vie.
Discussion : reste que cette incitation de Pindare est bien optimiste : épuiser le champ du possible ? Est-ce que ça ne suppose pas qu’on ait en soi, à la naissance, toutes sortes de possibilités, un peu comme ces petites princesses sur le berceau des quelles les bonnes fées se sont penchées pour leur accorder toutes sortes de dons qu’elles n’auraient plus qu’à épanouir durant leurs vies ? Et si nos « possibles » étaient en réalité les fruits de notre existence, parce qu’à la naissance nous n’étions rien (ou pas grand-chose) et que tout ce qui nous est apparu bon à faire ensuite a été produit par nos efforts pour devenir quelque chose d’autre (= d’autre que rien du tout) ? Moyennant quoi, même en vieillissant on peut toujours découvrir de nouvelles choses à faire, de nouvelles gens à rencontrer, de nouveaux horizons à franchir… sans quoi nous risquons d’avoir toujours des regrets quand la mort viendra nous taper sur l’épaule : « Allez, Vieux ! C’est à toi ».
Pour ceux qui en sont là : comment éviter ce désespoir ? C'est très simple : enfoncez-vous dans votre canapé, allumez la télé et farcissez-vous les programmes de l’après-midi.
La sérénité viendra rapidement, vous verrez.

Saturday, June 22, 2013

Citation du 23 juin 2013



La télévision, c’est le chewing-gum de l’œil.
Proverbe américain
Le chewing gum a deux fonctions :
- l’une de nous occuper en faisant fonctionner à vide nos mâchoires.
- l’autre de donner satisfaction à ce qui nous reste de libido orale en nous permettant de sucer, de suçoter, de malaxer de la langue ce substitut de téton.
Si cela est vrai, alors la télévision n’est pas simplement une machine à hypnotiser. Elle est aussi une machine à mâchouiller – ou plutôt : à chatouiller.
- Chatouiller ? Oui, dans la mesure où la télé ça doit exciter nos désirs de voir ce qui est excitant à être vu, (et d’entendre ce qui est excitant à entendre).
--> Voir sans être vu, ça s’appelle du voyeurisme. Sauf qu’ici, on a en plus une machine qui fabrique du désir, qui nous dit : « Approchez, approchez : il y a quelque chose à voir ! »
On en est à la promesse du montreur de foire : il faut payer pour passer derrière le rideau et voir la femme à barbe.
--> Seulement, comme la malheureuse télé n’a rien de véritablement excitant à nous montrer, il ne lui reste qu’à nous exciter en permanence en nous promettant toujours quelque chose de plus. Machine à faire saliver, comme le chewing-gum. Mais hélas, comme lui, elle n’a rien à nous faire avaler.
La preuve en est l’usage des génériques, pré-génériques, rappels de génériques : on réamorce la pompe en permanence : le meilleur c’est dans le teaser qu’on le trouve.
Quel est le problème ? Fabriquer du désir sans donner de quoi le satisfaire, est-ce là une frustration de plus ? N’aurions-nous pas par hasard le désir d’avoir du désir ?
La télé, c’est vraiment fait pour les vieux : pour eux, une érection sans orgasme, c’est mieux que pas d’érection du tout.

Friday, June 14, 2013

Citation du 15 juin 2013


La télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d'une partie très importante de la population.
Pierre Bourdieu – Sur la télévision
Ce que nous vendons à Coca-cola, c'est du temps de cerveau humain disponible.
Patrick Le Lay, président directeur général de TF1 (Cité le 12 août 2006)



On m’a compris je suppose ? Il s’agit aujourd’hui de revenir sur l’étrange sentiment qui nous saisit à l’annonce de la coupure de la télé publique en Grèce.
Au lieu de sauter de joie à l’annonce de la suppression de ce monstre que nous, les intellectuels, nous dénonçons depuis longtemps, voilà que nous crions au déni de démocratie et nous plaignons très fort nos amis grecs : ils n’avaient plus de pain ; voilà maintenant qu’ils n’ont plus de jeux. (1)
Alors, ou bien la télé est une machine à décérébrer, et il faut féliciter le gouvernement grec et le prier de garder ses émetteurs fermés ; ou bien il faut dire que la télé est l’arme des démocrates contre la désinformation mise en place par le pouvoir, et honnir le gouvernement grec : ce qu’il a fait là, même la junte des colonels ne l’avait pas osé.
- Consultons Bourdieu : lui, il est plutôt du côté des intellectuels qui se félicitent que soit abolie la déformation des cerveaux par la télévision, instrument de formatage cérébral.
- Consultons Patrick Lelay (PDG de TF1 à l’époque de cette citation) : lui, il considère que la télé ne forme pas et ne donne rien à penser. La télé fixe l’attention sans lui donner de contenu. Avec la télé, l’esprit est en standby. A la publicité de l’en tirer.
Eh bien, oui je dois le dire : à mon avis, c’est Bourdieu qui a tort et Lelay qui a raison. C’est une manie des intellectuels que de croire que tout le monde veut manipuler l’esprit des humains. Ils n’imaginent pas qu’on n’ait même pas ce projet ! L’entertainment, ils ne connaissent pas ?
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(1) Panem et circenses, formule de Juvénal destinée à dénoncer le clientélisme des empereurs qui donnent au peuple, pour s’attirer son opinion favorable du pain et les jeux du cirque (voir ici)

Wednesday, August 26, 2009

Citation du 27 août 2009


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Les inventeurs visionnaires : Platon et la télévision.
- …penses-tu que dans une telle situation ils [= les prisonniers de la caverne] aient jamais vu autre chose d'eux-mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?
- Et comment ? observa-t-il, s'ils sont forcés de rester la tête immobile durant toute leur vie ?
- Et pour les objets qui défilent, n'en est-il pas de même ?
- Sans contredit.
Platon République VII (515a)
Pour un extrait un peu plus long, cf. infra. Pour le passage complet avec les images, cliquer ici
Ah !... La caverne de Platon… Imaginez le nombre d’innocents lycéens qui vont prochainement entrer tout frissonnant de curiosité dans leur premier cours de philosophie et qui vont se cogner la tête contre son plafond. Car, il faut le savoir, bien des profs de philo, désireux de faire comprendre qu’on n’apprend de la philosophie qu’au prix d’une conversion de l’esprit et de sa pénible ascèse, font de cet extrait le contenu de leur premier cours.
Bon, passons… Ce superbe texte a été aussi un excitant pour des amateurs de Science Fiction autour du film Matrix… Respect, d’autant que d’éminents philosophes n’ont pas dédaigné de se pencher sur le parallèle (1).
Moi, modestement, je me contenterai de relever qu’ici Platon ne fait rien d’autre que d’inventer la télévision. Et plutôt TF1 qu’arte si vous voyez ce que je veux dire…
L’idée que nous avons ici, c’est que la télévision, au lieu d’être une fenêtre ouverte sur le monde (une étrange lucarne comme disait le Canard enchaîné) est un substitut de la réalité, quelque chose qu’on prend pour la réalité, mais qui n’en est pas.
Toute la question est alors : qu’est-ce qu’on voit sur la paroi-écran de la caverne ?
Dans le texte de Platon, il s’agit de tout ce qui nous entoure, l’illusion consistant à prendre le monde sensible pour le monde réel.
Mais pour nous, ce que la télévision nous donne à voir, comme si c’était la réalité, c’est l’objet de nos désirs. Ni plus ni moins. Telle est notre caverne – elle s’appelle certes Télé-réalité, mais on voit bien qu’on doit trafiquer la réalité pour qu’elle coïncide avec nos désirs.
Oubliez la réalité, entrez dans le monde du fantasme.
Quoi ? Vous le trouvez creux et vulgaire ?
Oui… J’oubliais : c’est le monde des fantasmes des ménagères de moins de 50 ans.
(1) Je veux parler de Matrix, machine philosophique édité chez Ellipses. Voir ici
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Extrait :
(514a) Maintenant, repris-je, représente-toi de la façon que voici l'état de notre nature relativement à l'instruction et à l'ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière ; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu'ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux (514b), la chaîne les empêchant de tourner la tête ; la lumière leur vient d'un feu allume sur une hauteur, au loin derrière eux ; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.
Je vois cela, dit-il.
Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant (514c) des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, (515a) et des statuettes d'hommes et d'animaux, en pierre, en bois, et en toute espèce de matière ; naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.
Voila, s'écria-t-il, un étrange tableau et d'étranges prisonniers.
Ils nous ressemblent, répondis-je ; et d'abord, penses-tu que dans une telle situation ils aient jamais vu autre chose d'eux-mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?
Et comment ? observa-t-il, s'ils sont forcés de rester la tête immobile (515b) durant toute leur vie ?
Et pour les objets qui défilent, n'en est-il pas de même ?
Sans contredit.
Si donc ils pouvaient s'entretenir ensemble ne penses tu pas qu'ils prendraient pour des objets réels les ombres qu'ils verraient ?
Il y a nécessité.
Et si la paroi du fond de la prison avait un écho, chaque fois que l'un des porteurs parlerait, croiraient-ils entendre autre chose que l'ombre qui passerait devant eux ?
Non, par Zeus, dit-il.
Assurément, repris-je, (515c) de tels hommes n'attribueront de réalité qu'aux ombres des objets fabriqués.
C'est de toute nécessité.
Platon République VII (514a-515c)

Sunday, September 21, 2008

Citation du 22 septembre 2008

La télé est dangereuse pour les hommes. Personne ne pourra empêcher maintenant la marche en avant de cette infernale machine.

Louis-Ferdinand Céline

Céline, mort en 1961 a consenti 2 interviews à la télévision, à Pierre Dumayet, en 1957 et 1961 justement (1).

Pourquoi la télévision est-elle dangereuse selon Céline ? Et pourquoi s’il en est ainsi a-t-il consenti à y paraître ?

Répondons à cette seconde question : c’est sans doute – et au moins – pour vendre ses livres. Céline le dit cyniquement : il écrit pour avoir de l’argent. C’est pour ça qu’il a écrit le Voyage ; c’est pour ça que de retour du Danemark il continue d’écrire (la chronique de sa vie, où, comme il le dit : il met sa peau sur la table). D’un château l’autre a été l’occasion de se relancer dans les ventes. Alors, pourquoi pas l’interview télévisée pour accentuer le mouvement. Par ici la monnaie !

Mais pourquoi dire que : la télé est dangereuse pour les hommes ? En 1961, il critique déjà ce qu’on a depuis appelé avec Debord la société du spectacle. Une société où ce qu’on paraît est plus important que ce qu’on fait. Une société où le joli sourire de l’écrivain et son brushing fait vendre son livre, même si celui-ci est une nullité.

La seule chose qui compte vraiment pour Céline, c’est l’objet que l’on produit. L’auteur peut-être minable physiquement, être habillé comme un clochard (comme Céline à l’époque), parler en bégayant… Ce qui compte, c’est le style de son écriture.

Alors, vous l’avez compris, la télévision nous donne en pâture ce qui n’a pas de valeur et que pourtant nous aimons.

Voilà le message du misanthrope Céline : nous aimons ce qui nous ressemble, c’est-à-dire ce qui ne vaut rien. C’est dans cette exacte mesure que le télé est dangereuse : sa nullité flatte la notre.

Et c’est aussi pour cela qu’on ne pourra empêcher maintenant la marche en avant de cette infernale machine.

(1) À visionner ici. C’était l’époque où Lectures pour tous donnait aux écrivains le temps de répondre aux questions qu’on leur posait et filmait en plan de coupe leurs mains (les griffes de Céline !). C’est vers la fin de l’interview de 1957 que Céline vitupère la lourdeur de ses contemporains.

Thursday, July 10, 2008

Citation du 11 juillet 2008

Il y a deux catégories de télévision : la télévision intelligente qui fait des citoyens difficiles à gouverner et la télévision imbécile qui fait des citoyens faciles à gouverner.

Jean Guéhenno

1ère idée : La télévision produit l’intelligence lorsqu’elle est intelligente, et de la stupidité quand elle est imbécile : admettez que j’interprète ainsi la citation de Guéhenno.

2ème idée : le citoyen intelligent est difficile à gouverner ; le citoyen stupide est facile à gouverner.

--> Deux idées, deux erreurs.

1ère erreur : la télévision aurait quelque chose à voir avec la production d’intelligence ou de bêtise chez des individus supposé neutres. Vous en connaissez, vous, des gens qui sont devenus bêtes à force de regarder la télévision ? Non, bien sûr. Et je ne vous demande même pas si la réciproque est plus crédible. Non, les gens qui sont déjà bêtes regardent la télévision bête, et les gens déjà intelligents regardent la télévision intelligente (1).

2ème erreur : les imbéciles sont des citoyens faciles à gouverner, les intelligents sont des citoyens difficiles à gouverner. Si on admet qu’un peuple ingouvernable est menacé dans son existence même par les peuples belliqueux mais disciplinés, alors ils ont dû disparaître au cours de l’histoire, balayés du fait de leur incapacité à s’organiser. Bref : il ne resterait plus que les imbéciles, et quelques intelligents qui survivraient dans des communautés anarchistes comme des indiens dans leur réserves.

Il me semble que l’erreur de notre auteur vient justement de ce qu’il relie l’intelligence au refus d’être gouverné. En réalité, accepter ou refuser d’être soumis à l’autorité qui gouverne c’est essentiellement une affaire d’instinct. D’instinct de conservation très exactement : non seulement parce qu’on se soumet à la violence des dirigeants ; mais aussi parce qu’on sait bien qu’on a de meilleures chances de survivre à plusieurs si on est organisé que tout seul.

(1) Vous vous attendiez peut-être à ce que j’écrive : « les gens intelligents vont lire dans la pièce à côté » ? Trop facile…