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Saturday, August 12, 2017

Citation du 13 aout 2017

Toute l'industrie, tout le commerce finira par n'être qu'un immense bazar unique, où l'on s'approvisionnera de tout.
Emile Zola – L'Argent
Dans son roman, Zola invente le Bonheur des dames, qui est l’enseigne du premier grand magasin, calqué sur celui du Bon marché, où tout est disponible. Ceux qui l’ont connu (ou bien la Samaritaine d’autrefois) ont une idée de ce que ça représentait.
L’idée était fort simple : réunir en un seul lieu tout ce qui peut se vendre, sans aucune exclusive. A l’époque (milieu du 19ème siècle) le commerce est une affaire de spécialiste, il y a la mercière et puis il y a le quincailler. Personne ne songerait à trouver un cent de clous et trois mètres de ruban au même endroit : qui donc pourrait vendre tout ça en même temps ?
Mais réunir tout cela se fait quand même, avec le projet non seulement de réduire le temps et les distances, mais aussi de réduire les coûts.
A l’époque d’Amazon, le bazar unique n’est plus un rêve, mais une réalité. Sauf que bien sûr, la plateforme de vente par correspondance a remplacé le magasin – quoique : le petit composant électronique que vous venez de commander ne viendra pas (p. ex.) de la plateforme logistique de Saran, mais direct de Chine. Toutefois, le principe reste le même : payer le moins cher possible.
Il y a encore quelques années on allait à l’Hypermarché pour s’approvisionner de tout en même temps : à la sortie, la botte de poireau voisinait avec la brassière pour le petit dernier. Aujourd’hui, pourquoi cliquez-vous sur amazon.fr ? Parce que vous êtes sûr de trouver votre produit ? De toute façon sur le net vous avez tout ce que vous cherchez avec pour seule difficulté de choisir le fournisseur. Mais justement : le fournisseur que vous allez choisir devra être immanquablement le moins cher pour le même produit. Exactement comme à l’époque de Zola.
Comme quoi, en matière de commerce le progrès consiste seulement à fournir de façon plus efficace ce qu’on veut depuis la nuit des temps.

Quand madame Cro-Magnon avait besoin d’une nouvelle robe en peau de loup, il fallait déjà trouver le chasseur paléo capable de lui ramener la bête et puis il fallait la dépouiller, la tanner, découper, ajuster, coudre… Aujourd’hui, BriBri du Touquet n’a qu’à téléphoner chez Vuitton et on lui livre ça sous 48 heures. Le prix à payer n’est peut-être pas le même – mais après tout, qu’en savons-nous ?

Tuesday, April 14, 2015

Citation du 15 avril 2015

J'aime les ragoûts littéraires fortement épicés, les œuvres de décadence où une sorte de sensibilité maladive remplace la santé plantureuse des époques classiques. Je suis de mon âge.
Emile Zola – Mes Haines (1866)
La décadence ne se caractérise pas essentiellement  par l’excès de sensualité mais d’abord, par celui des excitants : il faut plus d’épices dans le ragoût, parce que les consommateurs, maladifs et usés n’ont plus de sensations autrement. On comprend ainsi que c’est cette dégénérescence qui fait la décadence et non la sensualité débridée. Le décadent est imaginé les jambes maigres, le ventre trop gros surmonté d’une poitrine creuse. Par contre l’homme de l’époque classique est grand, athlétique, avec des pectoraux et des abdos de statue. Mais la décadence, quant à elle, est d’abord une affaire d’époque : les hommes décadents sont en réalité des hommes qui vivent des époques décadentes.

Et nous ? Si nous admettons que seule l’usure de la société peut nous caractériser comme décadents, vivons-nous un telle époque ? Et d’ailleurs, à la mesure de l’histoire, qu’est-ce que ça voudrait dire « époque décadente » ? Je suppose qu’on n’évoque pas une époque qui ouvre sur le néant. La décadence historique, nous l’imaginons volontiers illustrée par l’Empire romain : une décadence qui débouche sur la barbarie avant de parvenir à de nouveaux sommets de civilisation.
Les Islamistes – ou les intégristes religieux de tout poil – nous disent : vous êtes décadents, donc c’est nous les vrais civilisés : disparaissez ! Notre réponse consiste à dire que c’est l’inverse : ils sont les barbares et c’est nous qui sommes encore civilisés.
Mais de nos jours, comment s’exprime cette décadence ? Par des excès d’épices ? Pas seulement n’est-ce pas. Nous avons en plus des instruments prétendus capables de faire progresser la Civilisation.
Comme ça :



Sur la frontière entre l’Arabie Saoudite et le Yémen, le 9 avril 2015

Saturday, March 14, 2015

Citation du 12 mars 2015

Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent.
Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un prend ton manteau, ne l’empêche pas de prendre encore ta tunique.
Luc 6, 27-29
La haine est sainte. Elle est l'indignation des cœurs forts et puissants, le dédain militant de ceux que fâchent la médiocrité et la sottise.
Emile Zola – Mes haines (Voir aussi cette citation)
L’amour du prochain, pour un chrétien est une évidence. Evident aussi le rejet de la haine. Haïr, c’est renoncer à éprouver cet amour, chaud et vital. Raison pour la quelle l’indignation militante avec tout ce qu’elle comporte de puissance et d’élan ne peut être abordé de ce côté ci.
Selon saint Paul on ne devrait jamais s’indigner puisque l’indignation est propice à la haine – du moins au rejet et à l’oubli de l’amour du prochain. Aimer le prochain, ce n’est pas simplement aimer les héros et les bienfaiteurs de l’humanité. C’est aimer justement aussi ceux qui le méritent le moins.
On se rappelle du mouvement LosIndignados espagnols et du dégoût que la classe politique corrompue leur a inspiré : que fallait-il faire ? Puisqu’ils nous volent,  fallait-il avec saint Paul leur ouvrir sa bourse pour leur permettre de piocher dedans plus commodément ? Et du coup, s’en remettre à Dieu pour régler le sort politique du pays, rétablir la justice sociale – sinon préparer une vaste place au Paradis pour les victimes de ces politiciens pourris ?

La haine est un sentiment – ou plutôt une passion – qui abime l’âme de celui qui l’éprouve, dit-on. C’est peut-être vrai quand elle se développe dans le sillage de l’échec, quand elle accompagne l’amertume de l’impuissance. Mais comme n’importe quelle autre passion, elle apporte une force extraordinaire, qui soulève des montagnes – à condition de la diriger dans la bonne direction, et ça, ce n’est pas plus facile à faire avec la haine qu’avec l’amour

Monday, September 02, 2013

Citation du 3 septembre 2013


Toute l'industrie, tout le commerce finira par n'être qu'un immense bazar unique, où l'on s'approvisionnera de tout.           
Zola – L'Argent
A société nouvelle, commerce nouveau : telle est la leçon qui se dégage du roman d’Emile Zola, Au Bonheur des Dames, publié en 1883 – roman dans le quel Zola décrit l’apparition des Grands magasins,  Le Bon Marché et les Grands magasins du Louvres étant les tout premiers (1).
Dans le même temps où ces magasins apparaissaient, Paris était transformé de fond en comble par Haussmann et les petits commerces, ruinés par la concurrence, disparaissaient les uns après les autres (2). Les petites employées de ces Grands magasins étaient soumises aux aléas de l’embauche, à la précarité de l’emploi, conditions du développement exponentiel de ce type de commerce.
Bien sûr on se dit que le monde actuel vient de loin, que son passé s’enracine dans une réalité qui date d’un siècle et demi, et que, plus que jamais, la concurrence ravage les cités, les vidant de leurs commerces et regroupant les grandes enseignes dans des zones périurbaines, aux allures d’excroissances pathologiques.
Bref : l’horizon deviné par Zola parait atteint aujourd’hui. Y a-t-il une autre étape qui se profile derrière ?
Eh bien, oui. Il y a le commerce sur Internet qui a modifié radicalement le comportement des clients. Souvent, les visiteurs des magasins y viennent pour voir, se renseigner, manipuler les objets, et puis vont acheter sur le Net à meilleur prix. Autrement dit, les magasins « réels » sont devenus les showrooms pour des achats virtuels. A tel point qu’une succursale d’un de ces grands magasins (c’est une FNAC je crois) a décidé de faire payer une « caution » pour le panier (obligatoire) pris à l’entrée du magasin – caution qui est remboursée seulement en cas d’achat. Façon de faire payer un droit de visite pour ceux qui n’achètent pas. On ne saurait décrire plus clairement les transformations qui affectent le commerce dans les grandes villes, et qui n’est certes pas terminé.
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(1) Voir l’expo de la B.N. ici.
(2) Ironie de l’histoire, Paris reste aujourd’hui la ville où le commerce de proximité se porte le mieux, en raison des difficultés à utiliser la voiture.

Thursday, September 08, 2011

Citation du 9 septembre 2011

Chez cette [femme] silencieuse, si frêle, déjà l'héroïne se réveillait. Elle ne craignait rien, elle avait une âme ferme, invincible. Dans sa douleur, elle ne songeait plus qu'à ravoir le corps de son mari, pour l'ensevelir.

ZOLA, Débâcle, 1892, p. 367.

Vu à Montpellier

Qu’est-ce qu’une héroïne ? La femme du héros, c’est-à-dire celle qui est prête à affronter tous les dangers pour donner une sépulture à son héros de mari. Ça c’est de l’héroïsme ! Même Andromaque n’en a pas fait autant…

Quoique… Au XVIème siècle on savait encore reconnaitre l’héroïsme quel qu’il soit, sans distinction de sexe.

Ainsi de cette femme, Francèse de Cezelli, qui avait héroïquement défendu et gardée la place forte de Leucate, au détriment de la vie de son mari. Son souvenir est resté dans les mémoires et c’est pour cela qu’une plaque a été apposée à Montpellier où l’on peut encore la voir aujourd’hui.

Alors, certes je ne connais pas son histoire et sans doute était-elle déjà en situation extrême, du fait qu’elle avait la charge de défendre la place, ce qui pour une femme devait être assez peu commun, même au XVIème siècle.

Mais ce qu’on veut garder comme souvenir, c’est son sens du devoir – et peut-être même son l’amour pour son roi – qui fait passer la défense de Leucate avant l’amour pour son mari. C’est donc exactement le contraire de l’héroïne de Zola, qui se définit encore et toujours à partir de l’homme : ici, c’est l’homme qui est soumis à la volonté de la femme.

Avec un petit peu d’imagination, on devine son dialogue avec les assiégeants :

- Noble dame ! Nous détenons votre mari. Donnez-nous les clefs de la place sinon nous le tuons !

- Par Dieu ! J’aime mieux le voir mort que de vous voir dans la place de Leucate.

Francèse de Cezelli…Une sacrée femme dites-donc.