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Monday, March 26, 2012

Citation du 27 mars 2012

Labor omnia vincit improbus (« Un travail acharné vient à bout de tout »)

Virgile – Géorgiques livre 1

Vu à Genève

Le travail… Depuis quand travaillons-nous, nous les hommes ? Depuis le péché originel, la faute d’Adam et d’Eve ? Oui, bien sûr.

Mais avant ? Nos ancêtres fondateurs ne travaillaient-ils pas, dans leur merveilleux jardin d’Eden ? Certes : ils travaillaient peut-être, mais ils ne connaissaient pas le labeur, celui qui doit vaincre les résistances de la nature, disposée à la stérilité par la volonté de Dieu (Genèse, 3, 17).

- Or, voilà que Virgile, nous le dit également : c’est la volonté de Jupiter qu’il en soit ainsi. « Le Père des dieux lui-même a voulu rendre la culture des champs difficile, et c'est lui qui le premier a fait un art de remuer la terre, en aiguisant par les soucis les cœurs des mortels et en ne souffrant pas que son empire s'engourdît dans une triste indolence. »

On comprend alors que ce n’est pas tout à fait la même chose : alors que dans la Bible, le travail est une triste nécessité destinée à nous faire expier la Faute, chez Virgile, le travail est fait aussi pour transformer le travailleur, pour en faire un homme plus fort, plus intelligent, plus courageux. Chez Virgile, le gai laboureur qui part le matin en chantant n’a rien de commun avec celui de la Bible, penché sur le sillon qu’il arrose de sa sueur – sillon qui ne produira pour lui que l’« épine et le chardon ».

Je retiens que le travail pour ne pas être un labeur digne d’un animal domestique doit produire quelque chose en plus du pain quotidien : il doit produire aussi l’homme.

Entendu comme ça, alors oui : je veux bien travailler, et même au-delà de l’âge de la retraite.

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(1) Maurice Rat traduit : Tous les obstacles furent vaincus par un travail acharné – lire ici.

(Improbus : ce qui est de mauvaise qualité, de mauvaise réputation, malhonnête)

Tuesday, February 21, 2006

Citation du 22 février 2006

"Timeo Danaos et dona ferantes" (« Je crains les Danaens (=Grecs), même porteurs de présents »
VIRGILE, Enéide, II, 49
Tous les lecteurs d’Astérix connaissent ce vers de l’Enéide. Ils ne savent peut-être pas tous que le présent perfide offert par les Grecs est le Cheval de Troie, qui symbolise généralement une ruse destinée à nuire à celui qui l’accepte. Il y a des cadeaux empoisonnés, on le sait. Mais ne sont-ils pas tous empoisonnés ?
Marcel Mauss dans son Essai sur le don a décrit la cérémonie du Potlatch (chez les Indiens de la côte ouest de l’Amérique) comme un rite agressif, consistant à offrir (voire même plus simplement à détruire) des présents de valeur au chef de la tribu voisine, qui devra à son tour faire de même, en plus abondant s’il le peut.
Il y aurait ainsi une humiliation à recevoir un don, sachant qu’il sera sans contrepartie, c’est-à-dire sans échange ; et on sort de l’échange dès lors que la contrepartie est simplement impossible en raison de la magnificence du cadeau. C’est donc le cas du potlatch. Autre exemple : Bernardin de Saint-Pierre raconte qu’un jour passant chez Rousseau en son absence il laisse sur sa table un paquet de café (très prisé et très cher à l’époque) ; rentré chez lui Rousseau lui renvoie l’objet avec un billet disant « Je vous rends votre cadeau parce que je serais incapable de vous en offrir un pareil. » Les petits cadeaux entretiennent l’amitié ; les gros cadeaux suscitent la rancœur et la hargne.
A première vue, il ne s’agit que d’un mouvement d’orgueil : je veux me montrer plus fort que l’autre, et je me sens agressé si je ne le peux pas. Mais tout cela veut peut-être dire aussi que la société du don ( du genre « A chacun selon ses besoins ») est une utopie, parce que toute société est fondée sur l’échange et que le don n’est pas à la base du lien social.
Au risque d’émouvoir les bonnes âmes, disons alors que la charité n’est pas une vertu sociale.