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Friday, October 31, 2014

Citation du 1er novembre 2014


Rétines et pupilles, les garçons ont les yeux qui brillent / Pour un jeu de dupes, voir sous les jupes / Des filles.
Chanson d’Alain Souchon – Sous les jupes des filles
Les hauts talons luttaient avec les longues jupes, / En sorte que, selon le terrain et le vent, / Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent / Interceptés! - et nous aimions ce jeu de dupes.
Paul Verlaine – Fêtes galantes (1869)
Voilà une preuve qu’Alain Souchon a de la culture : piquer à Verlaine la rime Jupe/Dupe montre qu’il a de bonnes lectures. (Je reprends cette remarque à un lecteur anonyme (ici) dont j’apprécie la sagacité.)
 J’ajouterai que Souchon est coutumier du fait : il a aussi pris à Malraux la phrase : Une vie  ne vaut rien mais rien de vaut une vie (cf. ici)

Comment éviter la sinistrose quand le calendrier affiche la date du 1er novembre ?
Le plus simple est de redevenir un enfant espiègle et curieux. Celui qui, comme Verlaine, guettait la bottine en bas de la jupe ou qui, comme Souchon, attend que la fille grimpe sur l’escabeau pour mater ses dessous.
Bref : tout cela est de la polissonnerie et voilà tout.
Mais on peut aussi se prendre à rêver – non pas à ce qu’on peut voir sous les jupes des filles, puisque c’est un jeu de dupes. Mais on peut aussi rêver de s’y glisser, d’y être comme dans une tente igloo, à l’abri et bien au chaud. On peut aussi épicer ce rêve en imaginant que l’on se greffe sous ces jupes, devenant comme le montre notre photo un être hybride mi-femme/mi-homme. C’est toujours mieux que d’être comme les satyres, mi-hommes/mi-boucs.



Sunday, May 26, 2013

Citation du 26 mai 2013


Plus la vie est agréable et douce et enchanteresse, plus horrible est l'idée de la perdre. Et c'est ainsi que se corrompent les cultures et que viennent les décadences.
Miguel d’Unamuno
J'aime le mot de décadence tout miroitant de pourpre et d'or. J'en révoque bien entendu, toute imputation injurieuse de déchéance. Ce mot suppose au contraire des pensées raffinées d'extrême civilisation, une haute culture littéraire, une âme capable d'immenses voluptés (...) C'est l'art de mourir en beauté.
Paul Verlaine

Notre beau pays est entré en récession. De là à la décadence il n’y a qu’un pas que nous craignons de franchir.
Soucieuse de rehausser le morale de ses compatriotes, La Citation du jour va s’efforcer de montrer qu’il n’est peut-être pas si redoutable que cela d’entrer en décadence.

Décadence II
Mourir n’est rien : si ça se trouve on ne s’en rendra même pas compte. Mais c’est glisser vers la mort qui est terrifiant. Cette horreur était érigée autrefois en douleur nécessaire pour mériter notre salut. Mais pour nous si fortement dé-spiritualisés, rien ne vient nous consoler de perdre tout cela – la vie !
Si tel est votre cas, ne désespérez pas : Verlaine vient à votre secours. Il y a dit-il un art de mourir en beauté. Comment faire ? Il s’agit de pousser à l’excès l’usage de tout ce qui provoque dans l’âme d’immenses voluptés pour que notre fin soit comme l’explosion d’un bouquet de feu d’artifice.
On fera peut-être la grimace : voilà encore l’immoralité de ceux qui nous proposent de sombrer dans la déchéance de l’alcool, de la drogue et dans l’abrutissement de la débauche.
Peut-être, mais pas forcément ; en tout cas ce n’est visiblement pas à cela que songe Verlaine : pas de prostituées, pas d’absinthe, pas d’opium… Mais par contre, usez et abusez des pensées raffinées d'extrême civilisation, de la haute culture littéraire – en un mot poétisez sans restriction votre vie, élancez-vous vers la cime du Parnasse, jusqu’à ce que votre élan se brise contre le roc et que, comme Icare, vous vous perdiez dans une chute vertigineuse…
L’originalité vient de ce qu’au le plus haut degré de raffinement, coïncide la plus radicale décadence.
Echapper à la décadence morbide par une décadence « civilisatrice » : pourquoi pas, après tout ?

Saturday, October 27, 2012

Citation du 28 octobre 2012



- Je ne connais pas d’endroit où il se passe plus de choses que dans le monde.
- La nature est prévoyante : elle fait pousser la pomme en Normandie sachant que c'est dans cette région qu'on boit le plus de cidre.
- C’est l’ambition qui perd les hommes. Si Napoléon était resté officier d’artillerie, il serait encore sur le trône.
- C’est mon avis et je le partage.
Monsieur Prudhomme (1)
Aujourd’hui, dimanche, jour de liesse, de repos et d’abondance. Dans ces conditions, quoi de meilleur qu’un petit florilège de citations de Monsieur Prudhomme, personnage caricatural de bourgeois français du 19ème siècle, créé par Henri Monnier ?
On retrouve monsieur Prudhomme (ou l’adjectif prudhommesque) un peu partout sous la plume de Flaubert : on peut penser que Bouvard et Pécuchet en sont deux avatars.
Quant à Verlaine il lui a consacré un sonnet.
Le comique de Joseph Prudhomme est fait d’un mélange de suffisance, d’évidence et de stupidités : suffisance parce que monsieur Prudhomme est un donneur de leçons dont les autres n’ont que faire, soit parce qu’il s’agit d’évidence par trop évidentes, soit parce qu’il s’enfonce dans la contradiction.
On aura peut-être reconnu au passage le ressort de bon nombre d’histoire belges (2) : occasion de remarquer que le comique est un excellent moyen de ridiculiser ceux dont on veut absolument se distinguer.
Mais, attention : le procédé peut bien revenir en boomerang sur l’envoyeur. N’oublions pas que les français sont les belges des anglais.
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(1)  Monsieur Prudhomme est un personnage caricatural du bourgeois français du 19ème siècle, créé par Henry Monnier.
(2) Les amateurs, s’il y en a qui lisent ce Blog – ce dont je doute – peuvent aller ici.

Thursday, October 14, 2010

Citation du 15 octobre 2010

Une fois rien, c'est rien ; deux fois rien, ce n'est pas beaucoup, mais pour trois fois rien, on peut déjà s'acheter quelque chose…

Raymond Devos – Parler pour ne rien dire

Béni soit donc le je-ne-sais-quoi qui fait de la lettre morte un esprit vivant ; béni le presque-rien qui fait quelque chose de rien ; et béni enfin le charme sans lequel les choses ne seraient pas ce qu'elles sont.

Vladimir Jankélévitch

Cette citation me sert à introduire la vidéo de Jankélévitch sur le plateau d’Apostrophe le 18 janvier 1980.

On a dit et re-dit que l’émission de Bernard Pivot serait impossible à faire en « prime time » maintenant. Voyez cette vidéo d’archive, et dites moi si on trouverait encore aujourd’hui une émission de télé où on donnerait à quelqu’un comme Jankélévitch le temps de répondre ne serait-ce qu’à une seule des questions qu’on lui pose ?

Occasion aussi de revoir celui qu’on appelait familièrement Janké, et dont il faut entendre la voix pour mieux apprécier les écrits.

Le je-ne-sais-quoi : ce qui existe et dont on ne peut rien dire – comme le charme par exemple (ce je-ne-sais-quoi de la femme charmante).

Le presque-rien : ce qui arrache au néant ce qui semblait y être enfoncé.

Pour trois fois rien… Raymond Devos à son tour entre dans la logique un peu folle (parce qu’à la limite de la rationalité) de l’impondérable-indicible. Mais surtout il fait fonctionner le système.

Pourtant on hésite un peu : avec trois fois rien, ou avec presque rien, peut-on faire quelque chose ? S’agit-il d’une affirmation sérieuse ? N’avons-nous pas affaire à un jeu de langage, ou bien à des formules rhétoriques, brillantes, mais creuses ? Bref : le philosophe a-t-il quelque chose de plus à dire que l’amuseur ?

En vérité, tout cela n’a de sens que si on se souvient que Jankélévitch est un disciple de Bergson, et que la philosophie bergsonienne est une philosophie du devenir. Tout est en mouvement, le présent est lié au passé et à l’avenir avec les quels il forme une nappe continue. Ce que j’appelle le « rien » ou le « presque-rien » est au minimum un pont qui relie passé et avenir. C’est un moment – un « instant » - qui n’existe comme tel que par une illusion d’optique qui me fait prendre ce qui est en devenir pour quelque chose d’isolé et d’immobile.

Exemple ? La graine n’est un presque-rien que si j’oublie qu’elle est porteuse des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches (1).

Et le charme direz-vous ? N’est-il pas tout entier dans l’instant ? Qu’est-ce donc que ce presque-rien qu’on ne saurait dire et qui pourtant nous ravit ?

Là, je crois que c’est au portraitiste qu’il faut demander la solution : le charme n’est pas dans la durée mais dans l’espace, ou si vous préférez dans la profondeur de l’existence qui affleure dans la carnation d’une peau, de la personnalité qui sous-tend l’expression d’un visage.

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(1)…Et voici mon cœur qui ne bat que pour vous… Oui, je sais : mais ça vous ne le direz que si vous offrez vos petites graines à une dame.

Sacré Verlaine !

Friday, January 09, 2009

Citation du 10 janvier 2009

Il n'y aurait de capitaine s'il n'y avait de laboureur.

Calderon L'alcade de Zalamea

Au commencement était le laboureur, non le soldat. On peut en déduire que le laboureur est nécessaire au soldat, alors que l’inverse n’est pas vrai…

Mais on peut aussi retrouver à partir de là la mythe du soldat-laboureur, celui qui de Cincinnatus à Chauvin nous fournit la synthèse des deux vertus qui construisent les Nations : l’art de nourrir et celui de tuer.

Car, n’en déplaise à Verlaine pour qui le soldat laboureur est un ancien grognard reconverti dans la culture et qui ennuie tout le monde avec le récit de ses exploits guerriers, le brave soldat Chauvin qui était un humble laboureur (il n’a d’ailleurs pas existé réellement, mais son nom est bel et bien à l’origine du chauvinisme), est le modèle du paysan qui est prêt à abandonner la charrue pour défendre la Patrie.

Qu’on se rappelle que c’est précisément lui, Chauvin, qui a donné le nom de chauvinisme. Ce n’est pas par hasard : le cultivateur incarne les vertus patriotiques, car c’est lui qui par son travail nourrit le peuple. Mais c’est aussi lui qui incarne l’idéal de l’armée populaire, celle qui se lève des sillons de la charrue pour chasser les hordes barbares (oui, celles qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils nos compagnes).

C’est en 1939 qu’on trouve cette illustration de l’Armée d’Alsace.

Le Maréchal n’est plus très loin…