toujours sur le rapport entre surface et profondeur chez Matisse voir ici.
Monday, November 05, 2012
Citation du 6 novembre 2012
toujours sur le rapport entre surface et profondeur chez Matisse voir ici.
Friday, November 11, 2011
Citation du 12 novembre 2011
La nature ignore la roue, sans doute parce que la nature est accumulation, maturation, vieillissement, toutes choses que nie la roue, symbole de retour indéfini au point de départ.
Michel Tournier – Le Miroir des idées
Je pensais que les différents programmes que la cellule développait en fonction de l'environnement (stress, alimentation) pouvaient être annihilés, que le fait de ramener des cellules à un état embryonnaire et de les reprogrammer devrait permettre de combattre la sénescence.
Jean-Marc Lemaitre (l'Institut de génomique fonctionnelle de Montpellier) – Lire ici
Revenons aujourd’hui encore sur la découverte signalée ici même de la capacité des cellules sénescentes à se régénérer, voire même à retrouver leur état embryonnaire.
Car c’est un des plus anciens désirs de l’humanité qui trouve ici à se réaliser – ou à se rêver à nouveaux frais – celui de vaincre l’inéluctabilité du vieillissement. Non pas être immortel, car on pourra toujours mourir d’un coup de pistolet en plein cœur ; mais remonter le cours du temps, celui du moins de notre temps.
Rappelons-nous : la nature veut l’immortalité, mais elle n’a à sa disposition que des êtres mortels. La solution est alors, comme le rappelle Platon (Le Banquet), de remplacer chaque être mourant par un autre plus jeunes, qui prendra sa place et qui à son tour engendrera celui qui le remplacera dans la série des générations. Contrairement à ce que dit Michel Tournier, la roue des générations revient donc à son point de départ, mais à condition d’oublier que ce ne sont plus les mêmes individus qui sont accrochés dessus.
Seulement, voilà : les individus eux, ils se moquent bien de savoir que leurs enfants les remplaceront dans la suite de l’espèce. Ce qu’ils veulent, c’est non seulement rester bien vivants, mais encore faire mieux que Mathusalem (1) : rester éternellement jeunes.
Le désir de Faust ne pouvait se réaliser que grâce à l’aide du diable ; la science d’aujourd’hui prétend au contraire que ce désir est non seulement raisonnable, mais est sans doute réalisable avec le concours des lois ordinaires de la nature.
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(1) Mathusalem vécut 969 ans (Genèse, 5-27)
Saturday, January 15, 2011
Citation du 16 janvier 2011
Je pense que les relations d'un homme avec l'argent sont aussi profondes et complexes que celles qu'il peut avoir avec Dieu, son propre corps, sa femme, sa mère, etc.
Michel Tournier - (Le médianoche amoureux)
Et si c’était vrai ? Si l’argent était pour certains d’entre nous l’objet d’un culte, comme un Dieu ou comme une mère – un véritable objet d’adoration ?
Je sais que la faiblesse d’une telle affirmation, c’est qu’on ne peut absolument pas la réfuter, et que les exemples contraires qu’on pourrait lui opposer ne prouvent absolument rien : comme le dit Popper, elle est infalsifiable.
Il ne manque pourtant pas de sociologues ou d’anthropologues pour dire que la société donne aujourd’hui à l’argent la place qu’occupa autrefois Dieu, ou le Grand Timonier, ou la Nation, etc…
Il est bien vrai que l’argent n’est rien de véritable (1), qu’il n’est qu’une simple abstraction, un bout de papier avec des signes écrits dessus ou parfois aussi ou du métal ou des cailloux – voire même des coquillages. Mais il n’en reste pas moins que les relations des hommes avec l'argent dont on parle ici sont parfaitement objectives et parfaitement observables.
Mais ce qui me paraît le plus important – d’un point de vue personnel – c’est qu’on peut se dire que si l’argent peut-être l’objet d’un culte, il peut aussi être ignoré, un peu comme les athées qui ne pensent même pas qu’il puisse exister un Dieu, qui n’imaginent même pas que certains hommes puissent éprouver la foi ou quelque émotion spirituelle que ce soit.
Ainsi, il y a des gens qui méprisent l’argent comme il y en a qui « bouffent du curé » ; mais il y a surtout des gens – et je crois bien en faire partie – qui ne pensent même pas qu’on puisse, avant de faire quoique ce soit, se demander si on va y gagner des sous, et si on ne va pas nous gruger ; ce sont des gens qui, avant de travailler plus, ne vont pas se demander s’ils vont aussi gagner plus.
Ce sont des gens dont on dirait aujourd’hui qu’ils ne sont pas « matérialistes ».
Des gens comme ça, j’en ai rencontré pas mal ; et tous ceux que j’ai connus faisaient partie des milieux universitaires.
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(1) Il n’existe que sous forme de rapport, disait Simmel
Friday, January 14, 2011
Citation du 15 janvier 2011
[...] la nuit est par essence le temps de l'anarchie.
Michel Tournier - (Le médianoche amoureux, p.159)
Pourquoi la nuit favoriserait-elle l’anarchie ?
On peut donner une interprétation de cette citation en se souvenant du conte suivant (il s’agit plutôt d’une nouvelle, dont j’ai oublié le titre – ne ferait-elle pas partie de recueil dont cette citation est extraite ?).
Il était un pays où un jour, un étrange phénomène se produisit. Un brouillard épais se répandit partout et il était si épais qu’on ne voyait absolument rien à deux pas : les gens se croisaient dans la rue sans même s’apercevoir ; parfois ils ne se rencontraient qu’en se cognant les uns dans les autres. Ils en furent bien gênés, mais comme ce brouillard persistait, jours et nuits, ils finirent par s’habituer à sa présence et surtout à ne plus voir, ni être vus des autres.
Comment était-ce arrivé ? Je ne sais plus, mais en tout cas, certains des passants, hommes et femmes qui se rencontraient comme ça, au hasard des rues, en profitèrent pour se livrer aux gestes les plus impudiques et même à la débauche, sans se cacher puisqu’on ne pouvait les voir. La morale et les bonnes mœurs furent ainsi violés en plein air, jusqu’à ce qu’un jour, aussi mystérieusement qu’il était venu, le brouillard se dissipa et que tout rentra dans l’ordre.
Diderot avait déjà donné, il y a bien longtemps, sa version de cette histoire, dans sa Lettre sur les aveugles (à lire ici) ; l’aveugle du Puisaux s’y révèle en effet doué d’une morale fort particulière. Par exemple, pour lui, le vol est un acte particulièrement mauvais dans la mesure où, non seulement il peut en être victime, mais surtout parce qu’il ne saurait commettre lui-même un vol sans courir le risque d’être vu sans le savoir.
--> La morale de cette histoire, la voici : la crainte se révèle être la source véritable de la moralité et il y a ainsi, selon Diderot une « morale des aveugles » bien différente de la morale courante, simplement parce que les conditions objectives de la vie ne sont pas du tout les mêmes pour les uns et pour les autres.
La formule de Michel Tournier, vue sous cet angle retrouve donc cette idée que l’universalité des valeurs, et aussi principalement leur transcendance, n’existent pas et que la morale – mais on devrait dire aussi la religion si l’on suit Diderot (1) – ne sont que l’expression de circonstances qui peuvent disparaitre à tout moment.
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(1) On se rappelle que Diderot fut emprisonné à Vincennes pour cela – et pour avoir dit que Dieu est bien mauvais d’avoir permis que des hommes fussent aveugles.
Monday, January 26, 2009
Citation du 27 janvier 2009
Signe et image sont les deux grandes voies de la communication entre les hommes à travers l'espace et le temps.
Michel Tournier – Le miroir des idées
Signe et image sont les deux grandes voies de la communication…
Encore une de ces idées reçues, qu’il vaudrait mieux examiner avec méfiance plutôt que d’y souscrire sans hésiter, comme quand on dit qu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours…. Car enfin, on le sait bien depuis que la propagande s’en est emparée au XXème siècle : si l’image est une grande voie de communication entre les hommes, elle est aussi un véhicule privilégié de manipulations de tous ordres.
Alors bien sûr le signe écrit aussi est source de manipulation, et la rhétorique (l’art de persuader disait Pascal) est là pour nous le rappeler. Mais elle est plus difficile à dissimuler, ne serait-ce que parce qu’elle doit dire en toutes lettres ce qu’elle insinue. Alors que l’image, n’est-ce pas, elle montre.
L’erreur ici serait de croire que les photos truquées ou les vidéos tronquées sont seules à l’œuvre dans ces manipulations (1).
En fait, ne l’oublions pas, il y a une différence capitale entre le langage et l’image : c’est l’ordre syntagmatique. Entendez que la phrase doit ordonner les mots qui la composent, de façon successive et en les articulant explicitement. Alors que l’image, quant à elle, donne simultanément ses différents composants. Voyez cette affiche (Mai
-68) : on ne perd pas son temps à hiérarchiser les différents médias selon qu’ils nous intoxiquent plus ou moins. Non, ce qui saute aux yeux, c’est que le citoyens est devenu un mouton – ou au moins un animal qui a perdu sa verticalité – et qu’il est prédécoupé, comme l’animal de boucherie, selon des zones investies par la propagande officielle.
(1) Voir notre Citation du 24 janvier dernier
Sunday, January 25, 2009
Citation du 26 janvier 2009
La nudité, c'est pire qu'indécent, c'est bestial ! Le vêtement, c'est l'âme humaine.
Michel Tournier – Le fétichiste, p.309, in Le Coq de bruyère
Le problème, voyez-vous avec ce genre de citations, c’est qu’elles sont piquantes et évidentes. Tant et si bien qu’on les colporte sans trop se demander si on a raison de le faire.
Car enfin, si Tournier a raison, l’âme humaine est :
- visible ;
- interchangeable (on en change comme de chemises) ;
- facultative (elle disparaît avec la nudité)…
Et réciproquement, la nudité c’est :
- l’animal humain, c'est-à-dire un corps sans âme ;
- ce qui prive l’homme de son humanité ;
- s’exhiber sans vêtements c’est une injure faite aux autres.
Nous avions déjà abordé la question du vêtement il y a bientôt trois ans (déjà !), pour conclure qu’il avait juste l’inconvénient de n’exprimer que ce que la mode a retenu comme signe intéressant à manifester. Exit l’âme dans ce qu’elle a de personnel, et bonjour le stéréotype…
Alors, bien sûr tout le monde n’est pas une fashion victime… Il y a tous ceux qui choisissent leur habillement pour exprimer ce qu’ils veulent faire apparaître d’eux-mêmes. Leur vêtement est un discours, une déclaration concernant ce qu’ils sont.
Mais vous n’empêcherez pas les gens de la rue de décoder votre tenue d’abord en fonction de l’écart qui la sépare de la tenue à la mode.
Car le vêtement est un signe, et le signe fonctionne à partir des autres signes qui auraient pu figurer à sa place. Le petit chandail en cachemire à la place du pull à col cheminée de chauffeur poids lourds.
Dans la langue, tout n’est que différence, disait Saussure. Dans la mode aussi.
Monday, May 14, 2007
Citation du 15 mai 2007
Qu'est-ce qu'un musicien qui n'est pas joué, un auteur dramatique sans théâtre ? La communication ajoute à la création une vie innombrable et imprévisible sans laquelle elle n'est qu'un objet inerte.
Michel Tournier - Le médianoche amoureux
Ami bloggeurs, quel besoin avons-nous de faire lire aux autres ce que nous écrivons ?
Avez-vous remarqué combien les gens qui écrivent sont insupportables : il faut qu’ils vous lisent à tout prix leur œuvre. Les Bloggeurs sont plus charitables : au lieu de casser les pieds à leurs amis, ils confient leur écrit au Net, comme un message mis dans une bouteille à la mer, avec l’espoir que quelqu’un le ramassera et leur fera savoir qu’il a été lu.
Car c’est ça qui compte : exister pour autrui. Mais attention : ce n’est pas seulement exister en tant qu’auteur qui compte ; c’est savoir que l’œuvre existe pour autrui, qu’elle a reçu ce supplément d’âme que constitue le fait d’avoir été lu, d’avoir été vivifiée par une nouvelle compréhension, par une nouvelle interprétation. C’est exactement ce que dit Michel Tournier : il s’agit d’une re-création. (1)
L’objection courante est que les plus grands auteurs ont laissé derrière eux des œuvres qu’ils n’ont pas publiées, qu’ils ont même refusé de publier de leur vivant : on cite bien sûr les Mémoires d’Outre-tombe (en partie à tort parce que Chateaubriand a dû vendre son manuscrit pour vivre, donc bien sûr avant sa mort) et surtout l’Ethique de Spinoza. Mais là encore, on oublie que Spinoza n’a pas tenu son ouvrage secret, qu’il en a fait des lectures à ses amis, bref que la non publication ne signifie pas la non communication.
En admettant que certains créateurs soient assez forts pour se passer de ce supplément d’être que leur apporterait la lecture, je ne crois pas qu’ils puissent se passer d’un lecteur potentiel, ou imaginaire. Même le journal intime cesse d’être un réceptacle pour devenir un interlocuteur (cf. Post du 2 avril 207). Tout écrit, et peut-être toute œuvre est nécessairement adressée.
Au fait, Ludwig Van, Elise, elle l’a lue ta Lettre ?
(1) C’est aussi ce qu’écrit J.P. Sartre dans son ouvrage consacré à la littérature (Qu’est-ce que la littérature ? Folio-Essais) : c’est le lecteur qui produit l’émotion vécue par le héros et induite par l’auteur. L’émotion est vécue par le lecteur comme étant celle du héros, mais bien sûr, aucune émotion autre que celle que vous produisez, ne peut exister.