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Tuesday, October 17, 2017

Citation du 18 octobre 2017

L’avare crierait famine sur un tas de blé.
Proverbe français
Si, au lieu de gagner beaucoup d'argent pour vivre, nous tâchions de vivre avec peu d'argent.
Jules Renard
Qui ne mange pas n’a pas besoin de travailler.
H-D Thoreau - Walden p. 256
(Sur ce sujet on se reportera à la Citation du 13-12-2012)

Un peu de sagesse populaire, ça vous dit ? Car un proverbe – français, notez-le – dit ce que tout le monde sait mais ne dit pas. Sans doute parce que c’est trop évident ; à moins que ce soit parce qu’on s’efforce de nous le faire oublier ?
Oui, n’est-ce pas ? C’est bien cela : ne pas voir que l’avare n’aura jamais assez d’argent, que ce n’est pas la perte de son trésor qui l’inquiète le plus : c’est de ne pouvoir l’augmenter. Le personnage d’Harpagon lorsqu’on lui vole sa casette est comique dans son désespoir, certes. Mais cela ne doit pas faire oublier qu’il est du début à la fin occupé à en avoir toujours plus.
Oui, « toujours plus » telle serait la devise de l’avare, mais aussi celle du capitaliste pour qui le capital est une somme d’argent qui s’investit pour revenir grossie de la plus-value. (1)

Mais voilà : notre monde est tellement envahi des soucis du capitalisme qu’on en oublie le souci réciproque : et si on cherchait plutôt à faire plus avec moins ? Ou si  l’on veut : si nous ne cherchions pas à gagner plus, mais plutôt à bien vivre avec moins. Suivons Thoreau qui a là-dessus un point de vue radical : mangez moins vous aurez moins à travailler pour vivre. Point de vue qu’on peut adapter au monde moderne : par exemple, vous en connaissez, vous, des gens qui n’ont pas de portable parce qu’ils sont trop pauvres ? Moi, je remarque que tout le monde en a un – ce qui peut vouloir dire qu’il l’a volé, certes; mais de toute façon il lui faut maintenant acquitter l’abonnement.
Bref : demandez-vous si vous n’êtes pas déjà trop riche, ce qui revient à chercher  de quoi avez-vous absolument besoin et combien ça coûte (2). Après, c’est à vous de voir si vous voulez continuer à travailler toujours autant ou si vous souhaitez vous offrir du farniente.
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(1) On a ici même souvent évoqué cette formule de Marx : nous nous contenterons de cette allusion.

(2) Je voyais hier un doc sur un jeune homme, archéologue expérimental, qui arpente les forêts désertes du Yukon (Canada) en vivant selon les techniques des chasseurs-cueilleurs du néolithique. Il disait qu’il avait appris ainsi à vivre en satisfaisant ses besoins avec les « fondamentaux » et que vraiment ça ne coutait rien. Même chose chez Thoreau, qui décrivant son expérience au fond des bois (Walden ou la vie dans les bois) donne des pages entières de comptes pour qu’on voit bien ce qu’il avait dépensé pour un an de vie en ermite, et pour nous faire constater que c’était extrêmement réduit.

Sunday, May 31, 2015

Citation du 1er juin 2015

Les hommes sont nés pour réussir et non pour échouer.
Henry David Thoreau
                       Chers jeunes gens,
Dans quelques jours vous allez passer le Bac et vous angoissez. Vous vous dites que vous auriez dus être plus attentifs en classe, plus sérieux en faisant vos devoirs, plus rigoureux dans la rédaction de vos fiches de révision – les vôtres ne seraient mêmes pas bonnes à faire des pompes.
C’est vrai tout ça. Mais dites-vous aussi qu’il y a des milliers d’autres lycéens comme vous, et qu’ils vont réussir, parce que le bac est fait pour être réussi et non pour faire échouer.
C’est ce que nous dit Thoreau, mais je vous sens sceptiques : vous vous dites peut-être que je le cite rien que pour vous calmer, un peu comme on administre un comprimé de Tranxène avant une opération chirurgicale. Mais non, je vous assure : la réussite est inscrite dans l’ADN de l’humanité, car sans sa recherche et son obtention, l’espèce eut depuis longtemps cessé d’être.
- Galimatias que tout cela ! Aujourd’hui si t’as pas ton bac t’es plus rien – et puis c’est tout.

A cela je réponds : ce qui est vrai c’est que si le bac avait été conçu pour coller la moitié des candidats, il aurait été supprimé depuis longtemps : car, voyez-vous, si 50% des élèves de terminales restaient en terminale, comment faire monter ceux qui achèvent leur première ? Il y aurait embouteillage, et ce que l’Education Nationale doit absolument savoir faire, c’est gérer des flux.

- Chers jeunes candidats, vous m’êtes sympathiques, je vais donc vous dire ce qu’il en est. Peu importe ce que vous ne savez pas, et que vous auriez dû apprendre. Car l’important, c’est d’être dans la moyenne, et voilà tout (1). Une preuve ? Il y a 20% d’illettrés à l’entrée au collège. Croyez-vous que ce soit normal ? Et si ce ne l’est pas pourquoi laisserait-on passer au collège ces enfants qui n’ont a priori aucune chance de réussite ? Réponse : pour ne pas embouteiller le système – et parce qu’on ne sait pas faire mieux à ce prix-là. Alors, ne pouvant faire que tout le monde sache lire en 6ème, on fera qu’il ne soit plus obligatoire de savoir lire pour entrer au collège. (2)
Alors, plus d’angoisse, plus de Tranxène. Votre Bac, vous l’aurez, et pour la suite vous avez le temps d’y penser. Parce qu’avant, vous allez partir en vacances avec votre copine, et c’est quand même ça qui remplit votre horizon.
Je me trompe ?
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(1) Voir la distinction entre évaluation normative et évaluation formative.

(2) En marge de cela, notez cet adage : A collège unique, critère de réussite unique. Je crois que vous allez en entendre parler d’ici 2017.

Saturday, February 14, 2015

Citation du 15 février 2015

Tout être humain a un potentiel de créativité étouffé par les tâches répétitives, par la nécessité de produire, toujours produire et ensuite consommer. Quand ce cycle ne fonctionne plus, c'est le vide.
Claire Gallois – L'Honneur du chômeur (1998)
Qui ne mange pas n’a pas besoin de travailler.
H.D. Thoreau (cité ici)

Allez, c’est dimanche ! Jour de farniente, jour de rêverie, jour de méditation sur une vie sans labeur – une vie où tous les jours seraient dimanche !
Mais au fait : serait-ce une vie de rêve ?
--> Consultons Claire Gallois : elle nous offre 2 idées pour le prix d’une.
1 – Production/consommation : nous produisons pour consommer ; or, la consommation détruit le produit – du coup, nous devons le reproduire. Travailler c’est reproduire.
Telle est la nature des être vivants en général, qui doivent produire pour consommer parce qu’ils ne peuvent vivre qu’à cette condition.
Les être humains ne peuvent eux aussi vivre qu’à ce prix – sauf si la productivité leur ménage des temps de loisir (il faut le salaire de 3 minutes de travail pour acheter une baguette de pain). Ils ont donc du temps libre pour échapper temporairement à ce cycle. Et pourtant :
2 – Sorti de ce cycle, c’est le vide.
Voilà le drame. Regardez les retraités d’aujourd’hui. Ils sont heureux, car les voilà débarrassés du labeur qui fut le leur, et cela pour longtemps – jusqu’à la fin de leur longue vie ! Seulement, il y a quelque chose qui cloche : ils s’ennuient. Entre les Mots fléchés et l’Association où ils ne vont que pour trouver quelqu’un avec qui bavarder, les journées leur sont longues… Même la télé ne leur suffit pas – on dirait même que le vide des programmes reflète celui de leur vie…
Ils souffrent de jouir de la liberté. Diagnostique terrible : comme l’oiseau qui de refuse de sortir de sa cage et qui s’y réfugie si la porte reste ouverte, les hommes ont pris l’habitude du cycle travail/consommation/récupération : Métro-boulot-dodo.
 Comment briser ce cycle ? Comment éviter d’y entrer ?
- En suivant Thoreau, qui considère que la vie humaine doit valoir plus que cette vie d’oiseau qui picore sa pitance chaque jour tout le jour
- En trouvant un travail non aliénant qui fasse qu’entre travail et loisir le fossé soit comblé – si c’est possible.

- Bien sûr, il y a d’autres stratégies. Reste qu’il faut quand même bien les chercher. Tiens, justement : puisque vous n'avez rien à faire aujourd'hui...

Tuesday, March 19, 2013

Citation du 20 mars 2013



La santé se mesure à l'amour du matin et du printemps.
Henry David Thoreau
Aujourd’hui : c’est le printemps ! (1)
Vous allez enfin savoir si vous êtes en bonne santé. Principalement ce matin, puisque s’y conjuguent et le printemps et le matin.
Bon, de toute façon l’idée reste la même : la santé se manifeste par un regain de vitalité. Comme le matin quand on saute du lit avec des fourmillements dans les neurones. Ou quand la nature frissonnante dans la fraicheur d’un matin de printemps nous donne des envies de sauter par-dessus l’horizon…
Mais, figurez-vous qu’il y a des garçons qui vont dire :
- Moi, le matin, j’ai des fourmillements mais pas dans les neurones. J’ai aussi des raideurs qui ne sont pas dans des principes moraux, si vous voyez ce que  je veux dire…
Ou encore :
- J’ai envie de sauter, oui, mais c’est de sauter Marion qui m’intéresse…
Oui, le printemps est le signal du réveil animal.
Réveil animal : qu’est-ce que c’est ?
Pour le savoir, lisez ce mignon poème trouvé en commentaire sur mon blog un 20 mars 2010 :
Réveil animal
Les corneilles à cinq heures et quart / La volée d’outardes à cinq heures et demie / Le chat qui miaule à six heures moins vingt / Ma main entre tes jambes à six heures moins dix
La nature est en émoi
Jo (Poète québécois)
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(1) A moins que ce ne soit l’automne si vous lisez ce Blog depuis l’hémisphère sud.

Wednesday, December 12, 2012

Citation du 13 décembre 2012


Si, au lieu de gagner beaucoup d'argent pour vivre, nous tâchions de vivre avec peu d'argent.
Jules Renard
Qui ne mange pas n’a pas besoin de travailler.
H-D Thoreau - Walden p. 256 (Cité le 30 janvier 2012)

Les propos de Jules Renard risquent de paraître cyniques : 
– Comment ? c’est bien une idée de riche que d’imaginer qu’il faille un effort de volonté pour vivre sans argent. Nous, les pauvres, nous n’avons pas besoin de le vouloir. Personne ne nous demande notre avis : le fisc nous vide les poches – quand elles ne le sont pas déjà – et débrouille-toi avec ça !
Idem pour Thoreau : c’est bien une idée d’homme gras et bien nourri que de penser à économiser sur la nourriture. Les pauvres et les affamés, eux, ils vont faire les poubelles des restaurants (1).
Oui, mais la crise est pour tout le monde, même si c’est à des degrés divers. Nous, les classes moyennes, que devons-nous faire ?
Il y a quelque chose d’étrange et d’un peu scandaleux dans la façon dont est abordée la crise économique actuelle : c’est qu’à la fois on nous dit : « vous allez gagner moins et être taxé plus ». Et en même temps : « n’oubliez pas de dépenser largement votre argent, la consommation est le seul moteur de croissance qui puisse encore se rallumer en France ». 
Et puis aussi : Noël arrive, vous n’allez pas vous restreindre quand même ? C’est déjà assez triste d’être pauvre, si en plus il faut se priver, alors là ça ne va plus !
Comment faire ? Soyez com-pé-ti-tif ! Travaillez plus, comme ça vous éviterez de gagner moins. Ou alors… zigouillez votre Ecureuil (je veux parler du livret, bien sûr), et tant pis pour votre épargne même si elle était destinée à vous permettre de faire, le moment venu, face au chômage.
En tout cas, sachez que Jules Renard est un mauvais citoyen, qui, en vous conseillant de consommer moins, révèle sa vraie nature : celle d’un gauchiste avant la lettre, d’un anticipateur de la décadence soixante-huitarde (2).
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(1) Voir les Glaneurs de poubelle, ici
(2) « Il nous reste deux jours [avant de m’élire Président] pour dire adieu à l'héritage de mai 68, deux jours pour renoncer au renoncement. » Nicolas Sarkozy - Meeting du 3 mai 2007 à Montpellier