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Friday, October 06, 2017

Citation du 7 octobre 2017

L'éloignement augmente le prestige.
Tacite - Annales

On impose, à distance, plus de respect.
Tacite
Pourquoi, quand on est nanti du pouvoir, chercher à être « jupitérien » ? Inutile de chercher à qui demander la réponse : si quelqu’un connaît Jupiter, c’est bien Tacite. Et si pour quelqu’un le pouvoir n’a pas de secret, c’est encore lui (rappelons qu’il fut sénateur et qu’il naquit à l’époque où régnait Néron).
Après la lenteur rusée dans les réactions à la sédition populaire (voir post du 6 octobre), voilà que la distance apparait comme étant le secret d’un pouvoir à la fois puissant et économe de ses effets.
On comprend en effet que l’autorité étant une puissance toute entière contenue dans sa représentation et jamais – ou le moins possible – dans sa manifestation, la distance et la parcimonie avec la quelle elle se montre est une façon de donner à croire en son existence. Comme on le dit parfois, il n’est pas de grand homme pour son laquais, lui qui vide sa chaise percée.
Seulement notre époque qui vit essentiellement de représentations est une mangeuse de prestige. Pour le reconnaître, il lui faut des images, des bureaux dorés, des forêts de micro et de caméras, les panaches de casques de gardes républicains et les queues de leurs chevaux. 
Jupiter doit se risquer à descendre de son Olympe pour se montrer au peuple dans sa magnificence ritualisée, par exemple à la une de Paris-Match.



A moins qu’il ne le fasse environné des éclairs de sa Foudre ?


Thursday, October 05, 2017

Citation du 6 octobre 2017

Jamais la puissance n'est assez sûre, quand elle est excessive.
Tacite – Histoires

Je repensais à cette citation devant les déferlements de la violence policière à Barcelone, les policiers brutalisant les vieilles dames et les enfants.
Oui, jamais la puissance n'est assez sûre, quand elle est excessive…
On dirait dans le vocabulaire d’aujourd’hui que la violence est « contre-productive ». Tacite qui en dit toujours plus suggère qu’il faut savoir mesurer la violence pour régner et que si l’on veut dépasser les bornes alors il en faudra beaucoup-beaucoup plus.
Ce qu’on doit retenir de la situation de déchainement en Catalogne, c’est que le peuple qui se manifeste veut rester dans la règle et dans les limites de l’ordre permettant de vivre normalement : nous n’avons pas affaire à des révoltes populaires d’affamés qui font brûler les châteaux qu’ils viennes de piller. C’est que précisément, ce peuple-là, celui qui pille les châteaux, n’a plus rien à perdre, sa vie est déjà menacée et c’est avec l’énergie du désespoir qu’il s’attaque aux forces du pouvoir. Les catalans n’en sont bien évidemment pas là ; certains disent même que, s’ils veulent faire sécession, c’est parce qu’ils ne veulent pas partager leurs richesses avec les provinces pauvres – un peu comme les Lombards avec le Sud de l’Italie.

Alors, quand vous êtes le pouvoir et que vous voulez mater une désobéissance populaire, vous devez prendre garde à ne pas en faire une émeute. Sachez doser en fonction de la résistance puisqu’elle ne pourra que croitre avec la répression. Dans certains cas attendre que l’émeute, si elle doit avoir lieu, éclate et fasse elle-même preuve d’excès pour lancer les CRS.

Monday, June 02, 2014

Citation du 3 juin 2014



Ni l'Orient ni l'Occident n’ont rassasié [les romains]  ; seuls, de tous les mortels, ils poursuivent d'une égale ardeur et les richesses et la misère : enlever, égorger, piller, c'est, dans leur faux langage, gouverner ; et, où ils ont fait un désert, ils disent qu'ils ont donné la paix.
Tacite – Vie d'Agricola, 30
Commentaire II
Avec La vie d’Agricola, Tacite nous plonge en pleine Pax romana, durant le 1er siècle ap-JC, en Bretagne (Attention ! Si vous sortez votre d’Astérix, ne vous trompez pas d’album ! Il s’agit de la Grande Bretagne)
Oui, les romains ce sont ces gens dont on peut dire : « où ils ont fait un désert, ils disent qu'ils ont donné la paix ». Telle était la Pax Romana !
Il faut lire le paragraphe 30 de ce texte de Tacite : on y trouve des Bretons lucides : ils savent que les romains n’aiment rien tant que la destruction et le massacre. La joie qu’ils en éprouvent les récompense des efforts et des dangers de la guerre. Et la paix, si longue habituellement à construire, n’est pour eux que la consommation, la plus rapide parce que la plus intense, des biens de l’ennemi. Pour le reste, la paix romaine selon Tacite, c’est la paix des cimetières.
o-o-o
Et nous alors ? Quelle paix – ou plutôt : quelle guerre – aimons-nous ? Sûrement pas cette ivresse de l’action, de l’égorgement et du pillage. En effet, si je m’en tiens aux derniers développements de la guerre moderne, je dois le constater : nous détruisons mais sans jamais tremper nos mains dans le sang, sans jouir du viol ou de l’étripement de l’ennemi. 
Je veux dire que la guerre moderne, faite à coup de rockets et de  drones, dématérialise le rapport à l’ennemi. Il faut imaginer un ingénieur dans son bureau du Pentagone, appuyant sur le bouton qui déclenche le missile qui détruit le village ennemi. Certes, les Bretons de l’époque de Julius Agricola auraient tout à craindre d’un ennemi tel que nos Américains actuels. Mais au moins, ils pourraient être certains qu’ils ne feraient pas la guerre pour le plaisir de détruire.

Sunday, June 01, 2014

Citation du 2 juin 2014



Où ils ont fait un désert, ils disent qu'ils ont donné la paix.
Tacite – Vie d'Agricola, 30

Hiroshima, août 1945

Commentaire I
Actuellement, voici ce qui frappe l’esprit des gens qui ont plus de 60 ans : durant cette période de tension diplomatique avec la Russie à propos de l’Ukraine, personne n’a évoqué le spectre d’une guerre thermonucléaire.
La 3ème Guerre mondiale ! Que de fois durant les années 60 on a tremblé avec ça – et par seulement à propos des fusées de Cuba. Si on n’a plus cette crainte aujourd’hui, ce n’est pas tant que le rapport de force ait changé : après tout, la puissance de feu de la Russie, sans être peut-être équivalente à celle de l’URSS, est sans doute plus que suffisante pour vitrifier la planète entière. Mais comment arriver à vendre du gaz à un désert nucléaire ?
Oui, aujourd’hui tout le monde veut la paix – mais c’est sous condition de bénéfice : si on vient de terrasser un ennemi il faut tout de même pouvoir en tirer des ressources.
Nous parlions des années 60 ; il y a encore un souvenir de guerre froide à évoquer : c’est la bombe à neutrons élaborée par les américains dès les années 60, construite chez nous début 80. On disait que cette bombe avait l’avantage de détruire les hommes sans détruire les infrastructures. Comme si, dès 1946 il avait été possible d’installer des G.I. dans la ville de Hiroshima restée intacte – mais débarrassée quand même de ses habitants.
Le fait que cette arme ait été abandonnée montre que ce n’était pas tout à fait exact (1). Mais l’essentiel reste que la guerre soit toujours sous condition de profit : comme si, la guerre coutant très cher, on avait besoin d’un retour sur investissement.
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(1) Sur les effets réels de la bombe à neutrons, voir ici

Friday, May 30, 2014

Citation du 31 mai 2014



Servile en toute chose en vue de dominer.
Tacite – Histoires, I, 36
1 – Méfiez-vous des gens serviles : ils n’acceptent de vous cirer les chaussures que pour arriver à tirer votre portefeuille pendant que vous regardez ailleurs.
2 – La soumission et la servilité, deux attitudes identiques ? Sans doute dans la mesure où elles répondent au même paradoxe : s’abaisser parce que ça permettra un jour de s’élever.
3 – Application :
            a) ces vérités sont sans doute bien connue des hommes politiques qui ont des attachés de cabinet – voire des stagiaires ! – qui n’attendent qu’une chose : grimper dans la hiérarchie pour prendre la place de leur chef.
            b) La soumission se renverse en domination au moment de la trahison : c’est le moment où l’esclave sort de sa chaussette le poignard qu’il va plonger dans le sein de son maitre ; il n’a accepté sa soumission que pour arriver à prendre sa place.
o-o-o
A nous, peuple des démocraties de tirer parti de cet avertissement : croyons-nous à la fidélité et à la sincérité de nos dirigeants – oui, ceux-là même que nous avons élus : seront-ils fidèles à leurs engagements ? Ne nous trahiront-ils pas pour servir leurs intérêts et ceux de leurs bons amis ?
En tout cas, n’hésitons pas à les virer à la première occasion : si nous ne savons pas pourquoi, eux, ils le savent. (1)
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(1) Pour mémoire, lors des présidentielles et des législatives de 2012 qui ont vu l’échec de la droite, l’affaire Bygmalion était totalement inconnue.