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Tuesday, February 14, 2006

Citation du 15 février 2006

Summum jus, summa injuria. (Justice extrême est extrême injustice)

Térence

Selon cette maxime juridique, on peut commettre des iniquités par une application trop rigoureuse de la loi. Faut-il y voir un pressentiment de l’affaire d’Outreau ? Voyons un peu. Un juge d’instruction et un procureur, en restant dans le cadre de la loi qu’ils servent avec zèle (summum jus), mettent en prison en toute légalité des innocents et ravagent leur vie avant même qu’ils soient jugés (summa injuria). Ça colle semble-t-il.

La justice nous dit Térence est comme un serpent qui se mord la queue : si la tête c’est la justice, la queue c’est l’injustice, et l’un n’est jamais loin de l’autre.En effet. Néanmoins le sens de cette maxime doit être complètement repensé pour coïncider avec la situation d’Outreau.

Application : dans l’affaire d’Outreau on a accusé tout le monde, juge, procureur, média ; tout le monde sauf nous. Nous, le brave peuple, qui crie à l’extrême injustice, quand la justice n’est pas extrême. Car il nous faut du crime, même s’il n’y en a pas (ou : pas autant qu’il faudrait) : en effet sans crime, pas de coupable, et sans coupable, pas de châtiment ; or, la justice, pour nous les braves gens, c’est le châtiment.

Ce n’est donc pas l’application stricte de la loi qui forme le terreau de cette affaire ; c’est le désir de vengeance ; il y a des pédophiles, on le sait, mais où sont-ils ? On nous en signale toute une bande, bien organisés et bien répugnants. Qu’on les pende ! On est plus du côté du lynchage que de celui de la justice.

Et si les pédophiles manquent à l’appel, on se fera le juge.

Sunday, January 29, 2006

Citation du 30 janvier 2006

Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m'est étranger

Terence - Le bourreau de soi-même (début de l'acte I)

Voilà, c’est évident, comme le loup comprend le hurlement du loup, les hommes se comprennent aussi entre eux. Et s'ils se comprennent, c'est évidemment qu'ils ont ce quelque chose en commun : comme on dit "le semblable connaît le semblable".

Mais du coup ça devient très gênant. Car si on y pense un peu, on voit bien que nous sommes contraints à nous retrouver nous mêmes dans tout ce que les hommes ont fait, dans ce qu’ils font et dans ce qu’ils feront. Et nous voilà obligés de dire : « je ne suis pas étranger aux camps de la mort, à l’esclavage, aux viols et autres abominations commises par les hommes, mes semblables. »

Pour m’en sortir, je peux évidemment refuser l’humanité à ces bourreaux : ce sont des monstres, des bêtes féroces, les détruire est un devoir.

Du coup je vais limiter l’humain à ce qui relève des créations de son génie, non pas à ses basses oeuvres mais à ses plus hautes. C’est ainsi que Hegel appliquait cette devise à l’art qui aurait selon lui pour rôle de révéler les richesses qui se cachent dans l’esprit humain

Facile. Trop facile. Je préfère Hannah Arendt : dans son « reportage » Eichmann à Jérusalem, elle évoque la banalité du mal. Je ne veux pas parler de la complicité des victimes avec leurs bourreaux. Je veux dire que les bourreaux sont aussi parmi nous, que nous mêmes aurions pu l’être si les circonstances nous y avaient portés, à supposer que nous n’ayons pas eu la force de lutter contre elles. On sait ce qui s’est passé pendant la guerre d’Algérie.

Rien de ce qui m’est humain ne m’est étranger, mais tout ce qui est humain ne doit pas être assumé pour autant.