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Tuesday, June 06, 2017

Citation du 7 juin 2017

J'échangerais toute ma technologie pour un après-midi avec Socrate
Steve Jobs – Interview à Newsweek (2001)
Résumé du Post d’hier : Socrate a demandé à Stevopoulos de lui dire en quoi les technologies révolutionnaires inventées pour Apple sont une bonne chose pour ses concitoyens. Voici sa réponse :
- Hé bien vois-tu Socrate, mes inventions consistent à mettre sous les yeux des gens des écrans de toute taille qui leur permettent de voir et d’entendre plein de choses : les unes qui sont réelles mais qui sont loin, telles que des gens qu’ils connaissent mais qui sont absents, ou des paysages qui sont à l’autre bout du monde ; et puis d’autres encore qui n’existent pas comme les Aliens ou les dragons.
- Mais dis-moi : lorsqu’ils regardent tout cela, est-ce qu’ils peuvent encore voir et entendre leurs voisins ?
- Ça sûrement pas, Socrate
- Et tu penses que ça pourrait être une bonne chose pour eux ? Et est-ce que moi je ferais mieux de piocher l’écran de mon Smarphone plutôt de que tirer Polos par la manche pour lui demander des comptes sur ses actes ?
Polos qui paraissait un peu absent sursaute :
- Bien sûr Socrate ce serait bien mieux pour moi – mais aussi pour toi, car ne l’oublie pas : tu commences à nous casser les…
Socrate l’interrompt avec vivacité :
- La question n’est pas là, mais seulement de savoir si notre ami Stevopoulos fait comme il le prétend le bonheur des hommes avec ses écrans, ou bien s’il doit pour le bien de tous continuer à guider son troupeau de brebis dans pâturages du Vercors.
Stevopoulos a un haussement d’épaule :
- Ah, Socrate, crois-tu me troubler en posant cette question ? Vois-tu, nous savons tous que ce qui rapporte beaucoup d’argent est une réussite et que ce qui réussit est bon.
- Ce que tu dis là, l’ami, n’est pas ordinaire ! Si moi, par exemple, j’arrivais à danser sur un seul pied, alors que personne ne parvient à le faire, ce serait une chose bonne parce qu’admirable ?
- Oui, n’en doute pas, Socrate, et bientôt des gens payeraient très cher pour te voir faire cet exploit.
- Et toi, tu dis que si les gens payent très cher tes écrans pour oublier ceux qui les entourent et converser avec ceux qui sont très loin, alors c’est que c’est bon pour eux ? Et même que, s’ils se mettent à les insulter ou à leur mentir, alors qu’ils se cachent sous un pseudo et que personne ne peut les démasquer – c’est cela qui va les rendre meilleurs ?
- Les rendre meilleurs… Je ne sais pas Socrate ; toutefois, j’estime que s’ils payent mille dollars pour ça, c’est que ça doit être bon pour eux. Vois-tu, je me demande seulement si pour moi c’est une bonne chose de continuer à le faire ou bien, si d’autres consentent à le faire à ma place, vers  quels nouveaux projets je devrais aller.
- Hé bien l’ami, écoute ce que je vais te dire, car il me semble que mon démon s’agite et se met à parler au fond de moi. (1)
Tout ce qui nous éloigne des hommes est mauvais, parce que cela libère nos mauvais instincts. Si les hommes dont tu nous parles peuvent faire ce qu’ils veulent sans que personne ne les voit et sans qu’ils aient de comptes à rendre, alors ils vont devenir méchants et sots, et sois bien certain que ce ne sera bon pour personne et que ni toi, ni aucun de tes amis ne doit continuer à produire de pareilles machines. (2)
- Holà, Socrate ! Il me semble que ton démon est bien exigeant : penses-tu que les gens vont payer mille dollars pour parler morale et politique avec leurs voisins ?
- Qui te parle de payer ? Interpeller les jeunes gens sur le marché, sans rien avoir à leur vendre – pas même un tract politique – pour leur demander s’ils doivent soigner leur vieux père plutôt que de s’en débarrasser dans un hospice, voilà ce qui ne coute rien.

… Pendant ce temps, on pouvait voir Aristophane caché juste derrière qui ne perdait pas une miette de ce que disait Socrate et qui prenait des notes sur sa tablette.
C’était une tablette de cire – bien sûr.
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(1) Pour ceux qui ne connaissent pas le démon de Socrate, lire ici.

(2) On raconte que Platon s’est inspiré de cette réplique de Socrate pour sa fable de l’« Anneau de Gygès ». Je ne sais ; en tout cas c’était encore une histoire de berger…

Monday, June 05, 2017

Citation du 6 juin 2017

J'échangerais toute ma technologie pour un après-midi avec Socrate
Steve Jobs – Interview à Newsweek - 2001 (Lu ici)
Cette phrase, Steve Jobs l’a prononcée en 2001, année au cours de la quelle il lance l'iPod, iTunes et la chaîne de magasins Apple Store. Il est encore en bonne santé, en plein essor industriel et en pleine explosion créative. « Ceci est une révolution » avait-il coutume de dire en présentant chacune de ses innovations à la tête d’Apple. Et c’est cet homme qui affirme qu’un après midi avec Socrate serait plus désirable que de conserver toute cette technologie.
Qu’est-ce à dire ?

Plantons le décor : Steve Jobs a abandonné ses fonctions de CEO chez Apple. Il s’est habillé en berger il a acheté un troupeau de brebis, et il attend Socrate au détour du chemin.

Steve Jobs (alias François Fouquet), berger du Vercors (vu ici)
Le voici qui arrive. Il est accompagné de Polos
- Pourrais-tu, Socrate, t’arrêter un moment ici, près de moi ? J’aurais à te poser une question.
- Les questions, mon bon, c’est moi qui les pose habituellement. Mais je veux bien t’écouter, d’autant que je crois bien que cet endroit pourrait  m’inspirer, car je vois des muses qui dansent là-bas près de la fontaine. Mais d’abord, dis-moi quel est ton nom ?
- Je m’appelle Stevopoulos, et j’étais il y a peu un puissant chef d’entreprise, tout ce que je faisais rapportait des millions de dollars et les plus puissants financiers étaient à mes pieds. Je viens de donner tout cela à mes compagnons et de partir sur les chemins du Vercors seul avec mon bâton et mes brebis.
Polos l’interrompt :
- Voilà bien une folie, étranger ! Tu avais la toute-puissance et tu y as renoncé ? Fallait-il que tu aies le cerveau dérangé ! À moins que tu n’aies été endoctriné par ces philosophes qui prétendent que le vrai bonheur est de renoncer à nos passions et que la vraie justice consiste à faire non ce qui t’est avantageux, mais ce qui est bon pour les plus faibles ?
- Personne ne m’a influencé, l’ami. Simplement je me suis senti très seul et très désorienté dans ma vie lorsque, constatant que j’avais réussi tout ce que j’avais entrepris, je me suis rendu compte que tout cela ne me suffisait pas et qu’il me fallait un autre horizon.
Un silence se fait, puis Socrate, tiraillant sa barbe comme il en avait l’habitude, prend la parole :
- Par Zeus, Stevopoulos, tu me rappelles un jeune homme rencontré sur l’Acropole l’autre jour. Comme toi il me demandait s’il devait rester chez son père à profiter de sa fortune ou bien s’il devait abandonner ses parents et partir suivre Platon pour écouter ses cours à l'Académie. Quand je lui ai demandé qu’est-ce qui, selon lui rendait la vie meilleure, il n’a pas su quoi répondre. Et toi, l’ami, que répondrais-tu ?
- Pourquoi crois-tu, Socrate, que j’aie tout quitté pour venir t’interroger si je savais répondre à cette question ? C’est à  toi de me le dire.
- Une autre question avant : pourquoi crois-tu que notre Nouveau-Stratège ait quitté la banque où il faisait fructifier son talent pour venir prendre la tête de notre Cité ? Tu sais qu’il s’agit d’un jeune et beau garçon et beaucoup d’hommes puissants tournaient autour de lui.
- Comme toi, Socrate !
- Tais-toi Polos ! – et toi, Stevopoulos, réponds à ma question.
- Je dois l’avouer, Socrate : Je l’ignore.
- Une autre question pour t’aider : qu’est-ce vaut mieux que l’or ?
- Eh bien, je crois qu’en s’enrichissant on fait ce qui est bon pour soi seul alors qu’en gouvernant la Cité on peut faire ce qui est bon pour tous le citoyens.
- Tu as raison, mon bon et je vois que les Dieux t’inspirent. Alors c’est le moment de réfléchir à ta question : est-ce qu’en faisant fabriquer toutes ces technologies que tu inventes tu fais ce qui est bon pour tes semblables, ou bien est-ce seulement un moyen de t’enrichir en les vendant très cher ?

Qu’auriez-vous répondu chers amis à cette question de Socrate ?
Si vous voulez savoir ce que Stevopoulos a répondu à Socrate, revenez ici demain.

Monday, May 23, 2016

Citation du 24 mai 2016

Quand les cons sont braves /… / Ce n'est pas très grave. / Qu'ils commett'nt, / Se permett'nt / Des bêtises, / Des sottises, / Qu'ils déraisonnent, / Ils n'emmerdent personne.
Georges Brassens  - Quand les cons sont braves
(Chanté ici par Maxime Le Forestier)
- Sale con !... Pauvre con !... Connard !...
L’autre jour, sur l’Acropole, un passant s’emportait contre l’homme qui venait de le bousculer. Socrate qui se trouvait là s’est adressé à lui :
- Dis-moi, l’ami, je t’entends dire que cet homme est un con ; mais dis-moi : un con, qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qui fait que celui-là est con et pas celui-ci ? Comment définis-tu la connerie ?
- Ah ! Socrate ! Ne fais pas semblant de ne pas savoir ce qu’est un con, car tu en rencontres bien souvent. Tiens, pas plus tard qu’hier, ici même tu discutais avec quelqu'un que tu traitais de gros con
- L’ami, tu joues sur les mots – ou bien tu est sourd : il ne s’agit pas d’un gros-con – mais de Glaucon, le frère de Platon : c’est tout différent. Mais encore une fois ; comment sais-tu que cet homme est un con ?
- Tu fais l’enfant Socrate, ou bien tu te moques. La connerie, c’est quel que chose dont on ressent l’existence chez quelqu’un avec une telle évidence qu’il est vraiment inutile de la définir.
- Voilà une chose pas ordinaire, l’ami. Il semble que, comme Protagoras, tu dises que les choses soient telles qu’elles apparaissent. Mais si tel homme parait con à celui-ci et pas à celui-là, nous dirons qu’il est à la fois con et en même temps non-con ? L’homme serait dans son essence et ceci et son contraire ?
- En effet Socrate, je vois bien que ce n’est pas normal. Mais tout de même, tu ne nieras pas que les cons existent bien ?
- Oui, mon bon, ils existent. Voilà ce que j’ai entendu l’autre jour sur le marché : un aède y chantait un air de sa composition qui disait : « Quand les cons sont braves, ils n’emmerdent personne…Par malheur des crétins sectaires emmerdent tout l' monde. »


- Ce chant est beau, Socrate ; mais que veut-il dire ?
- Par Zeus, l’ami, la chose est claire. Les cons sont partout et si on n’a pas besoin de les définir, c’est qu’il n’y a nulle limite à leur présence : là où est l’homme, là aussi est la connerie. Seulement vois-tu, il faut faire la différence entre le con qui ne nuit à personne : en général, c’est celui qui n’a pas le pouvoir de le faire ; et puis le con qui emmerde tout le monde : c’est le sophiste chef de parti, le stratège de l’armée ; bref celui qui, en t’obligeant à lui obéir te considère comme un rien du tout – comme celui qui vient de te bousculer.
- Mais Socrate, ce que tu dis là concerne les salauds, pas les cons ! (1)
- Mais, mon bon, personne n’a dit que les cons n’étaient pas aussi des salauds.
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(1) Notre homme anticipe : il faudra attendre 2500 ans pour que Sartre théorise le concept de salaud.

Monday, June 03, 2013

Citation du 4 juin 2013



Les gens réfléchissent trop à ce qu'ils doivent faire et trop peu à ce qu'ils doivent être.
Maître Eckhart
1 – Il y a deux morales impliquées par cette citation :
- La morale du devoir en vers les autres : quelles sont mes obligations, relativement aux autres, et en particulier que dois-je faire pour être un agent moral.
- La morale du devoir en vers moi-même : jusqu’où puis-je élever mon être, et comment devenir digne d’accomplir le souverain Bien.
De fait, on devine que ces deux morales se bouclent sur elles-mêmes : quel sujet moral dois-je devenir pour être l’agent moral que je devrais être ? Et donc, pour être digne de faire ce qui est requis afin d’aider mon prochain, je devrais d’abord m’élever moralement moi-même – un peu comme les bénévoles d’ATD-Quart Monde sont presqu’obligatoirement des gens qui ont l’expérience intime de la misère pour pouvoir la secourir.
2 – Mais cette citation de Maitre Eckhart nous renvoie aussi à un étonnement suscité par la devise socratique : Connais-toi toi-même.
La belle affaire ! Quand je saurais que je suis un fripon, un vicieux, imbécile etc. je pourrais me trouver satisfait :
- Oui, je ne suis pas grand-chose, mais Socrate ne me demande pas de m’aventurer au-delà de mes limites, mais seulement de savoir où elles passent !
Mais quiconque a lu un seul dialogue de Platon sait que c’est tout le contraire : ce que Socrate nous demande, c’est d’interroger la science, et la justice, et le pouvoir politique, pour savoir comment tout cela peut rendre meilleur le pédagogue, le citoyen, l’homme.
Savoir ce que je suis ce n’est pas une fin en soi : c’est plutôt un moyen pour établir le programme d’une vie morale adaptée à ma réalité.
Alors, la devise de Socrate n’aurait été qu’un « teaser » pour captiver notre attention et nous pousser à entrer sur le chemin de la vertu ? Pourquoi pas ? En tout cas si ce n’était que cela, on pourrait dire qu’il n’a pas si mal réussi son affaire.