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Friday, October 14, 2016

Citation du 15 octobre 2016

Quoi de plus honteux que la conduite d'un vieillard qui commence à vivre? Quoi de plus beau, au contraire, que de dire adieu à la vie avant que la mort vienne nous trouver, et d'attendre ensuite, dégagés de soins, le terme final de nos jours ?
Sénèque – Lettre à Lucilius. 13 (Texte en annexe)
Si nous devions caractériser notre époque nous pourrions sans crainte de nous tromper prendre cette Lettre de Sénèque et puis dire : aujourd’hui, nous pensons exactement le contraire.
Oui, qui donc aujourd’hui dirait : « Quoi de plus beau, … que de dire adieu à la vie avant que la mort vienne nous trouver » ? Déjà on ne comprend même plus comment on a pu dire une pareille chose. Rappelons que pour  les stoïciens on ne doit pas se soucier de ce qui nous arrive si nous n’y pouvons rien -  ce qui est le cas de la mort qui survient sans prévenir et par rapport  à la quelle nous sommes impuissants.
Mais allons à l’essentiel : la mort n’est ici qu’un exemple (même si c’est le plus important) de l’inéluctable. Pour un stoïcien, le bonheur résulte de l’indépendance de l’esprit par rapport à  ce qui nous arrive : « Voyons venir le lendemain sans crainte ni impatience » nous dit Sénèque. Donc, lutter sans espoir – par exemple contre notre mort – n’est pas héroïque, c’est folie ; ce qui est héroïque en revanche, c’est de rester insensible (en ataraxie) devant l’adversité.

Si notre attitude est aujourd’hui toute autre, c’est qu’à la différence du stoïcien qui fonde sa philosophie sur la toute puissance de la Nature et sur la totale impuissance de l’homme, nous croyons en notre omnipotence. Aujourd’hui, on en arrive à penser, comme le transhumanisme, qu’il est possible reculer indéfiniment des bornes de la vie, et que nous sommes d’ores et déjà engagés dans cette aventure.
Mais là aussi, la mort n’est qu’un exemple ; voyez ce qui se passe avec le réchauffement climatique : contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’est un exemple de la foi en la toute puissance de l’humanité. Car nous disons tranquillement : « Ce réchauffement est un problème politique, car sur le plan scientifique, on sait ce qu’il faut faire pour empêcher ce phénomène de se développer ; on va limiter la hausse de la température de la planète de 2 degrés sur 50 ans, et tout rentrera dans l’ordre. »

– Oui, c’est vrai, nous sommes capables de détraquer le climat ; mais nous nous croyons aussi capables de contrôler le phénomène, comme on pilote la température de la maison depuis son Smartphone…
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Annexe :  « Nous devons ordonner chaque jour de notre vie comme s'il s'agissait ce jour-là de mourir et de livrer notre dernier combat. Celui-là est très-heureux et son maître certainement, qui voit venir le lendemain sans crainte ni impatience. Entre autres travers, la folie a cela de particulier qu'elle commence toujours à vivre. Quoi de plus honteux que la conduite d'un vieillard qui commence à vivre? Quoi de plus beau, au contraire, que de dire adieu à la vie avant que la mort vienne nous trouver, et d'attendre ensuite, dégagés de soins, le terme final de nos jours ? » Sénèque – A Lucillius – Lettre 13 (Lire ici)

Saturday, May 07, 2016

Citation du 8 mai 2016

Presque tous les vieux gouvernements sont doux parce qu'ils sont vieux et tous les nouveaux gouvernements durs, parce qu'ils sont nouveaux.”
Benjamin Constant / Le cahier rouge

On pourrait supposer que les gouvernements nouveaux, impatients de réaliser leurs projets, les imposent durement à la population. Quant aux anciens, recru des fatigues des luttes affrontées pour faire passer les lois nouvelles, ils font une place conséquente aux reculades pour échapper aux violences. D’où l’intérêt de ne pas dire exactement ce qu’on veut faire, étant donné qu’on n’est pas sûr d’y arriver. Reculer plutôt qu’avancer, survivre pour ne pas mourir. Faudrait-il dire qu’en politique la douceur et la mollesse sont deux aspects successifs du même objet ? 
- De Flanby à Pépère,  tous les surnoms de Hollande tapent sur l'image de mollesse de son personnage et sur le contour flou de sa politique. Son gouvernement met sa politique en œuvre avec douceur - sans doute pour nous éviter le stress ? Et si c’était justement ça la bonne politique ? 
Que faut-il choisir (si tant est qu’on ait le choix) ?
 ....
Allez, je vais dire ce que beaucoup attendent : Hého ! La gauche ! Peut-être François Hollande n’est-il pas un si mauvais président : il n’a pas pu faire ce tout qu’il envisageait, mais il a avancé tout de même dans le chemin des réformes. Certes il n’y a pas beaucoup de panache dans ses actions ni dans ses discours, mais regardez quel homme politique  en a - et ce que ça donne.
- Ici, mettez le nom qui vous plait ; il faut bien se mouiller...
...
 – Allez, je vous aide :


“Qu'on me haïsse, pourvu qu'on me craigne” (1)
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(1) Sénèque – De la colère (livre 2 – lire ici

Thursday, November 05, 2015

Citation du 6 novembre 2015

La colère, dit Aristote, est nécessaire ; on ne peut sans elle venir à bout de rien ; il faut qu’elle remplisse l’âme et enflamme les cœurs ; on doit l’utiliser non comme chef, mais comme soldat.
Sénèque, De la Colère, I, IX, 2-3
La colère, quelquefois, fait la guerre aux désirs, comme un élément différent à un élément différent (…) Lorsque des désirs font violence à quelqu’un, agissant contre son raisonnement, il s’insulte lui-même et réagit avec son cœur contre ce qui, en lui, lui fait violence.
Platon – République IV 440a
Pour ceux qui ont lu mon Post d’hier, le surprise doit être  grande : voilà que la colère après avoir été dénoncée comme responsable de nos maux et de ceux de nos proches, devient un « soldat » au service de notre raison dans son combat contre les désirs et les passions…
Et Platon, qui paraissait être du côté de ceux qui résistaient à la colère, se range aujourd’hui avec ceux qui préconisent la bonne colère, celle qui soulève l’âme d’indignation.
- C’est que cette colère est selon Platon issue de cette partie « irascible » de l’âme située dans le cœur (le thumos) (1), et qu’elle se met parfois du côté de notre raison pour lutter contre nos plus bas désirs. Oui, l’orgueil de mériter notre condition peut nous conduire à des sursauts de dignité qui nous empêchent de barboter dans la fange où cherchent à nous maintenir nos plus bas désirs (issus du « bas ventre » lieu de l’épithumia). Qu’on se rappelle la triste condition d’Hercule, efféminé par la concupiscence et filant la laine aux pieds d’Omphale.
Je ne prendrai pas le temps de détailler la tripartition de l’âme dans le livre IV de la République : on se reportera à ce bref mais éclairant commentaire qui nous rappelle qu’on ne doit pas entrer dans un combat contre nous-mêmes sans en avoir fixé strictement les limites. Pour Platon en effet, les hommes, pour agir et être heureux, ne doivent pas réduire au silence l’un des composants de leur âme, mais établir une saine harmonie entre eux. Même les désirs « du bas-ventre » doivent avoir leur occasion de se manifester, à condition toute fois que ce soit dans un but « hygiénique » : si vous vous laissez aller à la fornication, que ce soit seulement pour ne plus y penser après !
Si donc vous voulez honorer votre bonne amie ce soir et qu’elle vous oppose une migraine tenace, dites-lui : « Mais chérie, laisse toi faire. Tu verras ça ira mieux après. C’est Platon qui l’a dit – tu n’as qu’à relire la République IV 435c et suivants »
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(1) Il y a 4 ans un mouvement né avec le livre de Stéphane Hessel, les Indignés, avait donné beaucoup d’espoir qui se sont depuis assoupis. C’est qu’il reposait justement sur cette noble colère qui, comme toute passion, ne dure pas. Oui – mais elle peut se réveiller !
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N.B. ceux qui souhaitent trouvent les textes de références sur la colère dans nos philosophes classique, doivent se reporter cet excellent florilège : « Colère et indignation : y a-t-il une juste colère ? » Par M-F Hazebroucq, Lycée La Bruyère – Versailles.

Tuesday, April 15, 2014

Citation du 16 avril 2014


La vertu est difficile à découvrir ; elle demande quelqu'un qui la dirige et la guide, les vices s'apprennent même sans maître. 
Sénèque – Questions naturelles
Un peu de morale en passant : de la morale comme autrefois, celle qui se prodigue à coup de règle – sur les doigts…
Car c’est bien cela : les vices sont spontanés, personne n’a besoin d’apprendre à faire souffrir un petit animal, ni à mettre la main sous la jupe de la copine. Par contre attention à ne pas se faire pincer : les maitres de vertu n’y vont pas de main-morte !
Mais (comme dit la pub) ça, c’était avant. Depuis mai 68, les vices et les vertus sont passés à la trappe, les maitres et les corrupteurs aussi. Ne restent que les slogans qui nous encouragent à acheter sans aucune retenue ce qui nous fait jouir, et à payer pour éviter les embarras qui viennent après.
Désirs et plaisirs dansent la sarabande et leur sabbat de sorcière dure toute l’année.
Vite ! Rétablissez les leçons de morale à l’école ! Des Écoles sans Dieu, des Maitres sans foi, débarrassez-nous Seigneur !
o-o-o
Stop ! N’allons pas réclamer le retour du prêtre qui enseigne la morale à l’enfant de cœur en le caressant sur ses genoux ! 
- Relisons plutôt la phrase de Sénèque : il nous faut dit-il quelqu’un pour nous diriger vers la vertu, quelqu’un qui puisse apparaitre comme un maître ; celui qui aurait une autorité morale, et non pas la férule du censeur. Oui, mais qui ?!
Regardons bien autour de nous : il est des personnes qui ont une autorité morale « naturelle », devant qui nous rougirions de nous montrer veules ou malhonnêtes. Qui s’imposent sans avoir à commander, qui – comme le dit Lao-tseu – « enseignent sans paroles et sont utiles sans actes ». Cela c’est exactement ce que Bergson nomme « l’appel du héros » : ce qui caractérise selon lui la « morale ouverte » (par opposition à la « morale fermée » qui s’enseigne justement à coups de règle sur les doigts).
Rappelez-vous de l’autorité qu’avait l’Abbé Pierre : il faisait trembler même les Présidents de la République. Et son Association était laïque.
Hélas ! L’abbé Pierre est au  Paradis et personne n’est venu le remplacer… On devine que les héros de la morale ne courent pas les rues de nos jours. Mais ce n’est pas non plus nécessaire : on trouve un peu partout des gens qui n’ont pas le profit (qu’il soit personnel ou collectif) pour seul horizon. Des gens qui tendent une main à ceux qui souffrent sans demander à qui appartient cette main.

Friday, March 28, 2014

Citation du 29 mars 2014


Il n'y a pas de vent favorable pour qui ne connaît pas son port.
Sénèque
Cette citation de Sénèque s’applique parfaitement à la recherche d’emploi, qui requiert, en plus d’une certaine disponibilité, de la méthode, de la conviction et une parfaite maîtrise des techniques appropriées
apecita (l’emploi agri-agro)
Cette citation de apecita agri-agro est un beau compliment pour la culture latine, puisqu’il semble qu’on ne puisse absolument pas se passer de Sénèque, même pour vendre du coaching en recherche d’emploi. Bien entendu, il ne faudrait quand même pas s’attendre à ce qu’en plus Sénèque soit correctement compris et utilisé.
Car bien sûr, personne ne s’y trompe : pour connaitre le port, il n’est nul besoin de connaitre une technique que apecita agri-agro puisse vendre. En revanche une fois le port identifié, savoir comment faire pour y entrer, ça oui : ça suppose une technique. Mais, peut-elle se vendre ?
Voyons cela de plus près :
On l’a dit, l’important pour un stoïcien comme Sénèque, ce n’est pas la technique, c’est d’abord le choix de la valeur qui oriente notre vie. C’est ça qu’il faut faire avec soin ; c’est pour cela que la sagesse est si indispensable. Mais nul besoin de technique pour y arriver – ou si peu. Savoir ce qui est bon, ce qui est en notre puissance, etc. : certes, pour tout cela il faut acquérir un savoir. Mais c’est un savoir très mince – je dirais même qu’il est invendable tant il est évident. Par contre, ce qui est long, difficile à obtenir, c’est de forger notre âme afin de la rendre capable de suivre ce chemin. 
Et c’est là que Sénèque (ou n’importe quel stoïcien) dénoncerait les techniques de apecita agri-agro comme charlatanisme : la parfaite maitrise de soi ne relève pas de techniques, mais d’une lente maturation qu’on appelle la conversion morale.
C’est gratuit – mais ça coûte beaucoup.