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Sunday, October 25, 2015

Citation du 26 octobre 2015

La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi, et en ce sens l'athéisme est une purification.
Simone Weil – Cahier II
On se dit que cette phrase sur la religion (« obstacle à la véritable foi ») et l’athéisme (= « une purification »), c’est « du grand n’importe quoi », et que celle qui l’a écrite ou bien ne savait plus ce qu’elle faisait, ou bien s’ingéniait à prendre à rebours le bon sens pour se faire remarquer.
Pourtant, ne dit-on pas aussi que le vraie religion n’est atteinte qu’après bien des tâtonnements, que les saints ont du vaincre la tentation du démon, et chasser de leur âme les débauches de la jeunesse (cf. Les Confessions de saint Augustin, sans rien dire des tentations de saint Antoine) ? Oui, Simone Weil a simplement donné un tour absolu et donc paradoxal à une révélation contenue dans la vie exemplaire des plus grands saints. Elle a insisté sur la première partie de ce cheminement, l’athéisme, qui apparaît du coup comme un moyen et non comme une fin – comme une étape et non comme le but situé à l’arrivée. Plutôt que la consolation d’une religion dont il suffirait de respecter les obligations (quiétisme), choisissons l’inconfort de l’athée qui doit se mesurer aux défis de la vie morale sans Dieu.

L'athéisme est /donc/ une purification. Bon – Mais quand même : de quelle purification parlons nous ? Peut-être de celle de la créature perdue dans les ténèbres que ses yeux ne peuvent percer et qui reconnaît que son orgueil la mène à sa perte ? Ou celle de Woody Allen (cf. ici), gémissant devant l’inanité d’une vie sans au-delà ?
A moins que… cet athée soit le Surhomme nietzschéen qui découvre qu’il est possible, une fois surmontés son amour des vieux Dieux et des idoles, d’avoir foi en lui même et de devenir le vrai créateur de ses valeurs.
A n’en pas douter, notre époque est confrontée à ce choix. Non pas celui qui nous ferait hésiter entre « être religieux » ou « pas religieux » (1) ; mais nous sommes plutôt à la bifurcation entre devenir un surhomme ou adorer des idoles.
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(1) Cf. Malraux et sa prophétie « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas » : quand on voit le résultat, on se dit qu’il vaudrait mieux qu’il ne le soit pas.

Tuesday, February 03, 2015

Citation du 4 février 2015

L'attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité.
Simone Weil
L'amour du prochain est attention. Selon la première légende du Graal [...], le Graal, pierre miraculeuse qui rassasie toute faim, appartient à quiconque dira le premier au gardien de la pierre, paralysé et souffrant : Homme, quel est ton tourment ?
Simone Weil (Cité le 13-11-2011)
Le silence est la plus grande persécution ; jamais les saints ne se sont tus.
Pascal – Pensée (Cité le 21-09-2012)
L'attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité : le problème avec ce genre de citation est qu’à la fois on ressent le besoin d’approuver et en même temps, qu’on est à court de mots pour le faire.
Certes, on peut expliquer cette difficulté en observant combien certaines citations – certaines pensées – nous émeuvent parce qu’elles éveillent des souvenirs, des sensations, des émotion qui n’ont pas de mots pour se dire. Par exemple : combien je suis ému lorsqu’une personne à qui j’explique une difficulté que je ressens me regarde et m’écoute ; comme on dit, « ça va droit au cœur », sans passer par le cerveau. Oui, cette façon de se pencher en avant, de vous regarder droit dans les yeux et d’attendre vos paroles : simplement cela fait la différence. Au-delà de l’écoute professionnelles des psy, l’écoute humaine : Homme, quel est ton tourment ?
 A quoi bon trouver des mots pour dire ce contact ?

- Toutefois, on peut aussi vérifier la validité de la formule en partant de sa réciproque. Dire par exemple : L’indifférence est la forme la plus rare et la plus pure de l’égocentrisme. C’est ce que j’éprouve parfois quand je sers la main de certaines personne : ce n’est pas l’étreinte molle et indécise – bien au contraire ; mais la fermeté de la main qui a pris la votre et qui cherche à vous repousser de côté. On serre la main simplement parce que c’est le moyen le plus simple de dire : « Dégage ! »
De là, on généralise : la pire des hostilités ne pas consiste à manifester sa défaveur, car elle serait une forme d’attention que certains ne méritent même pas (1) : l’indifférence, le refus d’adresser la parole, voire même le refus de voir (regard lointain) et comme ici, le refus d’écouter – et même d’entendre.
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(1) Dans l’ancien régime un noble ne croisait le fer qu’avec un autre noble. Pour un roturier, il demandait à ses laquais de bastonner l’impudent qui lui barrait la route (comme ce fut le cas de Voltaire qui eut affaire aux laquais du  duc de Rohan qu’il avait raillé dans un pamphlet)

Thursday, October 09, 2014

Citation du 10 octobre 2014



On pense aujourd’hui à la révolution, non comme à une solution des problèmes posés par l’actualité, mais comme à un miracle dispensant de résoudre les problèmes.
Simone Weil (1) – Oppression et liberté (1933-1943) [p. 127 de l’édition numérique (voir ici)]

Le monde où se déroulent les révolutions n’est pas le monde réel. C’est un monde imaginaire où les problèmes se résolvent comme par miracle. Du coup, on comprend que dans le monde réel, les révolutions non seulement ne résolvent rien, mais qu’elles dispensent de chercher à résoudre les vrais problèmes. Les révolutions sont des fabriques à illusions, comme les mirages qui donnent à croire qu’il y a des fontaines dans le désert.
Malheureusement, Simone Weil avait raison et au-delà peut-être de ce qu’elle croyait.
Dans son texte, elle évoque les incantations qui, comme des prières religieuses, appellent la Révolution comme un secours occulte et attendent d’elle qu’elle  balaie les affameurs du peuple (2).
Oui, mais : en 2014, la Révolution c’est une très vieille lune dont on a appris à se passer depuis longtemps.
Quoique… On a peut-être appris à se passer de l’espoir dans la Révolution, mais sûrement pas à renoncer au « miracle dispensant de résoudre les problèmes », comme en témoignent les atermoiements de nos dirigeants devant les « douloureuses réformes » qui seraient nécessaires pour résoudre les problèmes justement.
o-o-o
Du coup, me voici envahi par une image dont je n’arrive pas à me défaire : je vois notre Encore-Actuel-Président dans sa chambre Elyséenne. Il est à genoux au pied de son lit-de-Président, et il prie : « Mon Dieu, faites que la Reprise vienne, que les Français se décident à vider leur bas-de-laine, que l’Europe nous aime… »
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(1) On ne confondra pas avec Simone Veil, femme politique bien connue, à l’Académie française depuis 2008
(2) « On attend qu’elle tombe du ciel ; on attend qu'elle se fasse, on ne se demande pas qui la fera. » : c’est pourquoi j’ai écrit « appellent la Révolution » et non « appellent à faire la Révolution ».

Sunday, March 17, 2013

Citation du 18 mars 2013



La même salive fait le crachat ou le baiser, le même désir fait le viol ou l’amour.
Comte-Sponville – Petit traité des grandes vertus – La pureté (p.233)
Le 9 décembre dernier, j’avais évoqué les baisers dégoutants, faits de baveux remugles de vin… Pouah !
Mais enfin, qui sommes-nous pour en juger ? Si la photo que nous avions alors publiée paraissait dégoutante, c’est bien parce que nous nous imaginions à la place de la fille. Mais elle, qu’en dirait-elle ? Nous devons admettre que nous n’en savons rien.
On ne doit pas s’en tenir à un tel exemple. A la question : Y a-t-il des baisers purs ? suffirait-il de répondre (comme hélas le faisaient mes élèves du temps où je leur posais des questions embarrassantes) :
- Ça dépend…
Oui ? Ça dépend de quoi ? De la fille ? Du garçon ?  De la qualité du vin qu’il vient de boire ?
Evidemment, il faut arriver au principe, et pour cela suivons Comte-Sponville :
Principe – Rien de ce qui vient du corps n’est pur ni impur. Mieux même : rien n’est en soi pur ou impur.
Donc : c’est le rapport à autrui qui induit ou non l’impureté ; « ce n’est pas le sexe qui est impur, c’est la force ou contrainte » dit Comte-Sponville.
La pureté quant à elle provient de l’acceptation qui exclut la contrainte : « l’amour n’exerce ni ne subit la force ; c’est là l’unique pureté. » (Simone Weil – La pesanteur et la grâce)
Respects… Douceur… Egards… Telle est la pureté de l’amour. Et la violence ? La brutalité ? Telle est l’impureté dans l’amour.
Trop simple. Que faire de ces amoureux qui trouvent dans l’exultation des corps (J. Brel) le summum dans lequel ils communient ?
Retournons à Comte-Sponville : « la pureté n’est pas absolue, la pureté n’est pas pure » : elle est un certain état d’esprit, celui qui justement, dans l’innocence des premiers commencements, donne à l’autre sans penser à lui prendre quoique ce soit en retour. « Posséder, c’est souiller » dit Simone Weil.
Que pourrait-on ajouter ?
Oui, quand même : on pourrait demander encore si on peut aimer sans posséder.
Je ramasse les copies dans 4 heures.

Saturday, November 12, 2011

Citation du 13 novembre 2011

L'amour du prochain est attention. Selon la première légende du Graal [...], le Graal, pierre miraculeuse qui rassasie toute faim, appartient à quiconque dira le premier au gardien de la pierre, paralysé et souffrant: Homme, quel est ton tourment ?

Simone Weil

… j'ai souvent entendu dire qu'on peut parfois trop se taire, tout comme on peut parfois trop parler. Mais cependant, le jeune homme ne leur pose aucune question, ni pour son bien, ni pour son malheur.

Chrétien de Troyes – Perceval, le conte du Graal (Perceval chez le roi pêcheur) (1)

Laissons de côté cette tradition tardive qui fait du Graal on objet de pierre (2) ; d’ailleurs avec Simone Weil le regard s’en détourne pour aller vers le gardien du Graal, homme paralysé et souffrant. De la Légende du Graal, on ne conserve ici que la faute du silence : Perceval qui n’ose pas poser la question perd à tout jamais ce que pourtant il recherchait. La faute est donc de passer à côté de cet homme – le gardien de la pierre, de toute évidence souffrant et paralysé – sans lui demander : Homme, quel est ton tourment ? La première manifestation de la compassion est là. Sans doute ne suffira-t-elle pas à réconforter le malheureux, mais au moins va-t-elle créer ce lien sans le quel rien n’est possible.

Regardons le mendiant qui tend sa sébile aux passants. Ou plutôt qui l’a mise entre ses pieds, avec un petit écriteau à côté pour solliciter l’aumône. Il a la tête baissée en signe d’humilité, et son regard est rivé au bitume. Il ne parle pas, il ne sollicite rien, sauf un peu d’argent : ce que chacun lui donnera – ou pas – sans même lui accorder un regard. Surtout pas un regard, des fois qu’il faille lui parler, et lui demander pourquoi il en est réduit à la mendicité.

On fait l’aumône ainsi, par souci de bonne conscience, comme on donne aux Restos du Cœur – par téléphone ; mais le premier pas qui nous unirait à notre semblable souffrant, nous ne le franchissons pas. Pourquoi ?

- Certains diront que nous ne faisons pas l’aumône d’une parole au miséreux parce que la société moderne, et puis l’isolement des grandes cités, etc… Soit.

- Mais on peut dire aussi qu’on refuse de s’engager vis-à-vis du mendiant parce qu’on refuse aussi de le traiter comme notre égal. Lui demander Homme, quel est ton tourment ? c’est s’engager à l’écouter et à pénétrer ainsi avec lui dans une région de la société où existent des hommes comme nous, mais qui subissent d’autres contraintes que les nôtres.

Voilà : le traiter comme notre égal, c’est nous mettre à son niveau – et ça fait peur.

En réalité, ce qu’il faudrait, c’est – au contraire – le mettre à notre niveau en le traitant comme notre semblable.

Le Graal dont nous parle Simone Weil nous promet de rassasier toute faim. Mais ce n’est qu’un symbole : la vraie richesse est de découvrir un homme derrière les haillons du miséreux.

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(1) Contexte : au banquet du Roi pécheur, Perceval voit défiler les objets miraculeux : une lance qui saigne et un vase merveilleux ayant contenu le sang du Christ. Bloqué par son éducation, il n’ose demander de quoi il s’agit. C’est le Graal. Le lendemain tout à disparu et le Graal est à jamais perdu. Lire le passage en question ici.

(2) Pour Wolfram von Eschenbach, comme il le présente dans son Parzival, le Graal est une pierre dont le nom ne se traduit pas : « Lapsit Exillis ». (Source : Wikipédia – on peut aussi consulter ce site spécialisé)