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Tuesday, November 28, 2017

Citation du 29 novembre 2017

Le chèque sans provision est une opération bancaire prévue au Code d'Instruction Criminelle, et c'est justice qu'il soit sévèrement puni. Je serais volontiers partisan d'une identique sévérité à l'égard des provisions sans chèques. L'homme qui thésaurise brise la cadence de la vie en interrompant la circulation monétaire. Il n'en a pas le droit.
Sacha Guitry - Mémoires d'un tricheur (Voir Citation du 9 avril 2006)

Consommation III
Si Guitry avait raison, les prisons déborderaient de thésauriseurs ! Car la période trouble dont nous sortons (si Dieu le veut !) nous a conduit à faire de l’épargne de précaution et donc à retenir le flot de liquidités qui arrivait dans nos mains d’honnête travailleurs.
Mais voilà : les travailleurs honnêtes doivent contribuer à la circulation des biens sans le quel l’économie se grippe. Et, tout comme eux, les retraités doivent dépenser leur pension pour en faire profiter les artisans qui gravitent autour des vieux : remplaceurs d’ampoules grillées, déboucheurs de lavabos, torcheurs d’incontinents.

Oui, Sacha Guitry qui faisait dans ses pièces l’éloge des flambeurs souligne ici quelque chose dont on n’est pas forcément conscient, mais qui anime les périodes de liesse consumériste : pour le bien de tous, il faut accélérer la circulation monétaire, faire sortir des banques l’argent, et casser les tirelires lorsque l’occasion s’en présente.

Oh-Éh, messieurs, vous « les porcs du hachetag » ! Montrez-vous impitoyable avec votre porcelet de faïence ! Cassez vos tirelires, n’hésitez pas, même si vous devez pour cela sacrifier ce porcelet – qui n’est peut-être qu’un petit neveu ?



Et si ça ne suffit pas, faites flamber votre CB


Friday, May 02, 2014

Citation du 3 mai 2014



Tous les hommes sont comédiens. Sauf peut-être quelques acteurs.
Sacha Guitry
On a dit que les comédiens n'avaient aucun caractère, parce qu'en les jouant tous ils perdaient celui que la nature leur avait donné, qu'ils devenaient faux, comme le médecin, le chirurgien et le boucher deviennent durs.
Denis Diderot – Paradoxe sur le comédien (1773-1780)
Comédien – Voici un mot qui disparait peu à peu de notre langage : on sait encore ce qu’il signifie mais on l’emploie de moins en moins. Plus de comédien, seulement des acteurs.
Je doute fort que Guitry ait voulu jouer sur le contraste entre ces deux mots. Sans doute a-t-il simplement voulu souligner que l’art de la simulation qui était à la portée de tout le monde semblait être en ignoré de certains acteurs tant ils jouaient mal la comédie.
On retrouve quand même un élément de cette distinction chez Diderot : le comédien imite, l’acteur se content de prêter sa personne, sa silhouette, sa voix réels au metteur en scène. L’acteur de cinéma, disait Robert Mitchum c’est quelqu’un qui peut se mouvoir dans le décor sans se cogner aux meubles.
N’importe quel producteur vous le dira : si certains acteurs sont bankables, c’est bien parce que le public sans même savoir quel rôle ils vont jouer, viennent les voir tels qu’ils sont – ou ont été – dans leurs films précédents. Ils vont voir Delon, Depardieu, Deneuve etc. simplement comme on va voir ou revoir un personnage connu et aimé. Au point que certains d’entre eux se lassent de jouer le rôle du film et se contentent de se montrer tels que le public espère les voir. On leur reproche parfois de cabotiner : c’est injuste, car ils font ce pour quoi ils ont été payés.
Alors du coup, non seulement on ne sait plus ce qu’est un comédien, mais on ne comprend plus le reproche de mensonge et de duplicité qu’on lui adresse. C’est qu’on est persuadé que cet homme, cette femme qu’on voit sur l’écran est exactement ce qu’il est dans la réalité. Nul mensonge, nulle dissimulation, nulle fausseté – ou alors : toujours la même.

Sunday, September 09, 2012

Citation du 10 septembre 2012



Ô privilège du génie ! Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui.
Sacha Guitry – Toutes Réflexions faites
Je ne cite pas trop souvent Sacha Guitry parce qu’il est difficile de trouver une citation de lui où l’enflure prétentieuse de son style ne vienne pas tout gâcher.
Paradoxe : j’en propose une qui, outre ce défaut, a en plus celui d’enfoncer une porte ouverte. Car il est évident que le silence en musique est de la musique (1), et que la dernière note jouée n’achève pas l’œuvre définitivement. Il y a un certain silence qui la suit, silence qui appartient justement à l’œuvre, qu’elle soit de Mozart, de Wagner, de Schönberg – ou de qui on voudra.
D’ailleurs on reconnait le manque de culture musicale d’un public à la précipitation de ses applaudissements : oublions les cas désastreux où il a applaudi avant la fin de l’œuvre – la honte ! Mais il y a aussi les cas où le public applaudit à peine la dernière note a-t-elle retenti. Dans ce cas on peut être sûr qu’il s’agit de gens qui sont restés extérieurs à la musique et qui applaudissent comme pressés de partir. (2)
Sur ce silence final de l’œuvre, on pourrait aussi évoquer celui du chef d’orchestre. Il s’agit de l’instant qui précède juste son premier mouvement, celui qui marque son retour dans la réalité environnante, et que les caméras indiscrètes captent parfois, nous montrant un homme encore entièrement dans la tension de l’œuvre, pas encore affaissé par la détente musculaire, pas encore à se tourner vers le public pour recueillir ses applaudissements. Cet instant est de la musique transformée en affect et c’est un instant plus ou moins long selon les chefs (on se souvient que Karajan mettait un certain temps pour sortir de l’envoutement où il était plongé).
Bref : voilà ce qu’on gagne à être dans une salle de concert et non dans son salon à coté de ses baffles – ou dans le bus avec son MP3 : interpréter le silence final de l’œuvre.
Même les gens comme moi qui ne savent jouer d’aucun instrument savent encore jouer du silence.
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(1) Je laisse de côté le cas du jazz.
(2) Je laisse de côté le cas des ouvertures brillantes qui excitent tellement les centres nerveux que les applaudissements explosent dès la dernière note envoyée, un peu comme on lâche les chiens de meute. On échappe de peu à la standing ovation.

Thursday, March 08, 2012

Citation du 9 mars 2012

Etre riche, ce n’est pas avoir de l’argent, c’est en dépenser.

Sacha Guitry

Il fit des dettes, fit des dettes, une, deux. / Il fit des dettes. / Ah ! / C'est mieux / Puis un soir, devenu vieux, / Très vieux, / Il mourut / Couvert de dettes.

Paroles et Musique: Charles Trenet 1955

Et revoilà Sacha Guitry, l’homme qui réclamait la prison pour les thésauriseurs, ces avares qui conservent leur argent au lieu de le dépenser. Le mieux, on le voit ici, c’est de dépenser même quand on ne possède pas l’argent nécessaire. Quant à Charles Trenet, le texte de sa chanson se passe de commentaire.

La dépense l’emporte sur toute autre attitude, et bien sûr, elle l’emporte aussi sur le remboursement des dettes.

Je devine des haussements d’épaules :

- Perte de temps de lire de si grosses bêtises ! Si on pouvait ne pas rembourser ses dettes, évidemment qu’on le ferait !

Petit rappel : dans le passé historique, ne pas rembourser ses dettes était le signe de la puissance : les emprunts forcés et non remboursés étaient le fait des rois ou des plus grands seigneurs. Et lorsque le remboursement devenait inévitable, on trafiquait la monnaie en réduisant sa valeur métallique sans toucher à sa valeur faciale.

C’est ainsi que le droit de battre monnaie a toujours été un droit régalien, qui n’a été contré de nos jours que par l’euro, puisque la BCE a seule le droit d’émettre de la monnaie.

Dira-t-on que le fait d’imprimer pendant la nuit les billets qui payeront les dettes du lendemain n’est plus qu’un exploit de faux monnayeur ? Que c’est pour cela que, dans nos pays, les doigts crochus du fisc viennent racler au fond de nos poches le vrai argent qu’on a gagné à la vraie sueur de nos fronts ?

Qu’on se contente alors de demander d’où viennent les 1000 milliards d’euros que la BCE a prêtés en deux mois à taux 1% aux banques (voir ici). Croit-on qu’on a emprunté tout ce bel argent aux chinois ? On a vu qu’ils n’étaient prêts à consentir un tel effort qu’avec des contreparties que nos Etats leur ont toujours refusées.

Alors ? … Je me contenterai de dire que les imprimeurs de la BCE ne risquent pas le chômage.

Concluons : soyons des européens plutôt que des grecs ou des Irlandais.

Ou des français ?

Oui, aussi.