Friday, February 26, 2016
Citation du 27 février 2016
Monday, March 12, 2012
Citation du 13 mars 2012
Les gens en savent déjà trop pour leur ignorance.
Jean Rostand – Carnet d’un biologiste
Ça, c’est le genre de réflexion qu’on se fait à soi-même, par exemple en la notant comme ici dans un journal intime, sans souci d’expliquer, et sans inquiétude pour les réactions.
L’idée me parait être la suivante : le pire pour la connaissance est d’être mêlée à l’ignorance. Que ces bribes de savoir conduisent l’ignorant à croire qu’il sait ce qu’il ignore, et donc par-là justifie n’importe quoi. Toute opinion est alors bonne, elle se trouve justifiée parce qu’on veut croire qu’elle aussi participe de la science.
Exemple : croire qu’il y a des lois intangibles qui régissent la santé et que ce qui est bon pour l’un est aussi nécessairement bon pour l’autre. Imposer un régime bon pour le diabétique à celui qui est simplement obèse – ou une cure d’austérité au pays qui a des déficits.
Seulement il y a quand même un inconvénient à souscrire au jugement de Rostand : c’est qu’on a le sentiment qu’il faut réserver le savoir à ceux qui savent. D’où un paradoxe irritant : comment parvenir au savoir quand on est ignorant ? Et une conséquence également gênante : seule l’initiation permet de s’approcher de la science. Car alors, on toucherait aux racines de l’ésotérisme, qui identifie le savant à un initié, et le savoir à un état de l’être.
Regardez ce qui se passe chez les francs-maçons : ils s’efforcent de se transformer eux-mêmes par une lente ascèse, jusqu’à ce qu’ils méritent la révélation du savoir qui leur était resté caché jusqu’alors. L’initié doit faire la preuve de sa dignité à recevoir la science qu’on lui dévoile.
C’est déjà comme ça que Platon refusait l’autorité de citoyens aux artisans et aux manœuvres : il identifiait leur nature à ce qu’exigeait d’eux leur métier, et du coup, il les excluait de la science politique.
C’est cela qu’il faut mettre au crédit de Rousseau (1) : dans le peuple, personne n’est ignorant au point d’ignorer ce qu’il faut savoir pour être citoyen.
Car la science du citoyen est celle des souffrances du peuple.
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(1) Dont on célèbre cette année les 3ème centenaire de la naissance.
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Note : Je pars en vacances pour une dizaine de jours.
Pendant ce temps, les Citations continueront de paraitre au jour le jour, mais je ne pourrai prendre connaissance des éventuels commentaire qu'après mon retour.
A bientôt donc
Monday, April 25, 2011
Citation du 26 avril 2011
Sache donc cette triste et rassurante chose / Que nul, Coq du matin ou Rossignol du soir, / N'a tout à fait le chant qu'il rêverait d'avoir !
Edmond Rostand – Chantecler
Voilà de ces consolations dont les Citations-du-jour ont l’habitude de nous abreuver. Ça dit à peu près ceci : si tu n’es jamais content de toi, sache que ceux qui devraient l’être – comme le rossignol de son chant – ne le sont pas non plus. Peut-être que pour les autres tu es toi aussi une incarnation de la perfection – toi le mécontent de toi-même.
Quand je dis « les Citations-du-jour apportent de la consolation à leurs lecteurs», il ne s’agit pas de la nôtre. Car quant à nous, nous n’en avons que faire.
Pourquoi alors citer Chantecler ? Eh bien, tout simplement pour avoir l’occasion de dire quelque chose du chant des oiseaux. Voilà qui est poétique, n’est-ce pas ?
Eh bien non ! Foin de la poésie ! Le chant des oiseaux est une identification de l’individu à l’espèce, c’est tout. Les rossignols chantent comme les corbeaux croassent : pour que leurs congénères les reconnaissent.
Ce n’est d’ailleurs pas spécifique aux oiseaux : les louveteaux passent des nuits entières à hurler avec la meute pour apprendre leur modulation spécifique, celle qui ne ressemblant à aucune des autres meutes lui permettra de ne pas se faire étrangler par les siens quand il les rejoindra.
Car les oiseaux, tout comme les loups, apprennent leur chant, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle le dressage permet dans certains cas de leur faire imiter des bruits – ou des chants. Je me souviens d’un ornithologue qui avait appris à un jeune oisillon (de quelle espèce ? je ne sais plus) à siffler le God save the Queen qui était devenu son « chant » normal. Cet homme disait dans un soupir que le malheureux ne pourrait s’accoupler qu’à une femelle connaissant également l’hymne britannique.
Qu’est-ce que Chantecler aurait trouvé à dire là-dessus ? Peut-être qu’on n’a pas le droit de polluer un hymne national en le plaçant dans la gorge d’un oiseau…
Wednesday, December 09, 2009
Citation du 10 décembre 2009
Cyrano – Eh bien ! oui, c'est mon vice. / Déplaire est mon plaisir. J'aime qu'on me haïsse.
Edmond Rostand – Cyrano de Bergerac (Acte II, scène VIII) (1)
Les plaisirs insolites 1 : la joie d’être haï.
Dans la série des plaisirs insolites, je crois bien avoir trouvé l’un des plus étonnant : le bonheur d’être détesté. Car il y a des gens – peut être en connaissez-vous – qui cherchent à se faire détester, non pas pour justifier leur amertume congénitale devant la vie, mais bien parce que ça leur procure le frisson du plaisir.
Peut-être s’agit-il seulement de masochistes qui jouissent ainsi d’une humiliation de plus. Peut-être…
Mais je crois qu’on devrait chercher un peu plus loin,
--> Trois raisons de préférer avoir des ennemis plutôt que des amis.
1 – Cyrano préfère avoir des ennemis plutôt que des amis : parce que les ennemis sont sincères alors que les amis ne le sont pas. Comme dit le proverbe : Seigneur, protégez-moi de mes amis… mes ennemis je m’en charge.
2 – Reportons nous il y a 20 ans en arrière : le mur de Berlin vient de tomber. Un de mes élèves, de droite presque extrême comme il sied quand on a 18 ans, ronchonne : « Maintenant, on n’a plus d’ennemis. Comme on va faire ? ». Et il était loin d’être le seul à le dire : l’ennemi est celui qui vous stimule, qui vous force à bander vos muscles, à vous entraîner chaque jour à la lutte. La haine, qu’elle soit ressentie ou éprouvée, a cela de bénéfique qu’elle empêche l’amollissement – comme ce qui est arrivé à l’armée d’Hannibal avec les délices de Capoue.
3 – Revenons à Cyrano. Supposons qu’il vive dans un monde de larves et d’abrutis. Comment ne pas être humilié d’avoir de tels gens pour amis ? Comme on dit parfois à ceux qu’on méprise : Vous et moi nous n’avons pas les mêmes valeurs.
Il est alors plus rassurant d’être détesté que d’être aimé par ces gens-là.
(1) Contexte :
Le Bret – Tout seul, soit ! mais non pas contre tous ! Comment diable / As-tu donc contracté la manie effroyable / De te faire toujours, partout, des ennemis ?
Cyrano – A force de vous voir vous faire des amis, / Et rire à ces amis dont vous avez des foules, / D'une bouche empruntée au derrière des poules ! / J'aime raréfier sur mes pas les saluts, / Et m'écrie avec joie : un ennemi de plus !
Le Bret – Quelle aberration !
Cyrano – Eh bien ! oui, c'est mon vice. / Déplaire est mon plaisir. J'aime qu'on me haïsse.
Tuesday, March 27, 2007
Citation du 28 mars 2007
Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce? Un serment fait d'un peu plus près, une promesse plus précise, un aveu qui veut se confirmer, un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer; c'est un secret qui prend la bouche pour oreille.
Edmond Rostand - Cyrano de Bergerac II, x
Je suis sûr qu’avec la venue du printemps, la poursuite de l’enquête commencée par La citation du jour sur le baiser ne va pas manquer de vous passionner.
Je vais laisser les amateurs de poésie sirupeuse se délecter avec le « point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer »… après tout je n’ai pas grand chose à en dire. En revanche, la formule finale m’intéresse d’avantage : « un secret qui prend la bouche pour oreille ».
D’abord il ne s’agit pas du bisou, mais du baiser amoureux, le baiser sur la bouche. On a déjà vu ça avec Rodin. Mais nous avions vu aussi que pour ce baiser, la pose n’était pas des plus évidentes, et même que la physiologie du visage ne s’y prêtait pas volontiers (1).
La question est donc : quel est l’endroit le plus propice pour déposer un baiser ? Je ne parle que du visage, nous sommes entre gens de bonne compagnie, tout de même !
Voici une réponse :
Klimt nous propose le baiser sur la joue : à mi-chemin de l’oreille et de la bouche, là où l’espace « baisable » (« bisable », si vous voulez) est suffisamment large, et qui présente un aplat qui évite tout glissade intempestive, là enfin où le nez de l’un n’entre pas en conflit avec celui de l’autre (1).
Bon, je devine une déception chez certains de mes lecteurs : vous trouvez que tout ça c’est seulement pour le fun et que le surplus de sens n’est pas au rendez-vous… On devient exigeant à ce que je vois.
Alors que pensez-vous de cette conception du secret - ou de la confidence plutôt - « qui prend la bouche pour oreille » ? Ça veut dire que le baiser remplace le langage, ou si vous préférez le langage des amoureux est fait de contacts physiques et non de symboles. S’agit-il toujours d’un langage ? Je serais tenté de croire qu’il n’en n’est rien : là où il n’y a pas de signe arbitraire, il n’y a pas de langage. Mais les amoureux vont me démentir, eux qui soutiennent que :
… l'on croit toujours
Aux doux mots d'amour
Quand ils sont dit avec les yeux… (lire la suite)
(1) Voir citation du 9 novembre 2006