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Sunday, November 05, 2017

Citation du 3 novembre 2017

Hâtons-nous ; le temps fuit et nous traîne avec soi: / Le moment où je parle est déjà loin de moi.
Boileau – Epîtres (1669-1695), III
Le temps s’en va, le temps s’en va, ma Dame. / Las ! Le temps non ; mais nous nous en allons
Ronsard – Sonnet à Marie (1)
Laissons de côté la leçon épicurienne de l’urgence à jouir dans un présent seulement instantané.
Laissons aussi de côté, si ce n’est pas trop demander, la difficulté de comprendre où prend naissance la durée dont se soucie Boileau.
Demandons-nous  plutôt : est-ce le temps qui s’en va comme le suggère Boileau, ou bien est-ce nous qui nous en allons, comme le corrige Ronsard ? La comparaison avec le train qui s’ébranle alors qu’il s’agit en réalité du train d’à côté est trop commune pour être expliquée, d’autant que cette vidéo vous en montre l’essentiel en 23’ !
L’idée principale est quand même simple : le temps est fait d’un écoulement irréversible de moments qui se caractérisent par un avant et un après. On remarquera que du coup le « pendant » est esquivé, ce qui s’explique par le fait qu’il peut fort bien ne pas avoir de durée, n’étant que la limite immatérielle entre le passé et l’avenir.
Restent deux images :
            - D’une part celle d’un décor qui se déplace (comme le train qui s’en va dans la vidéo référencée) devant un spectateur immobile. Dans ce cas nous qui en sommes spectateurs immobiles la vie est comme le disait Nietzsche faite d’un éternel retour : nous la subissons et nous n’avons plus qu’à l’aimer à n’en plus finir.
            - D’autre part celle d’un coureur qui avance dans un paysage immobile. Rien ne changerait si nous nous arrêtions. D’où l’idée d’un temps figé, qui nous donnerait enfin l’éternité.
« Retiens la nuit / Pour nous deux  jusqu’à la fin du monde… » Chantait Johnny
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(1)  Sonnet à Marie
Je vous envoie un bouquet, que ma main  / Vient de trier de ces fleurs épanies,  / Qui ne les eut à ces vêpres cueillies,  / Tombées à terre elles fussent demain.
Cela vous soit un exemple certain,  / Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries,  / En peu de temps, seront toutes flétries,  / Et, comme fleurs, périront tout soudain.
Le temps s'en va, le temps s'en va ma Dame,  / Las ! le temps non, mais nous nous en allons,  / Et tôt serons étendus sous la lame,
Et des amours, desquelles nous parlons  / Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle : / Donc, aimez-moi, cependant qu'êtes belle.

Sunday, April 02, 2017

Citation du 3 avril 2017

Marie, baisez-moi ; non, ne me baisez pas, / Mais tirez-moi le cœur de votre douce haleine; / Non, ne le tirez pas, mais hors de chaque veine / Sucez-moi toute l'âme éparse entre vos bras; (…) /
Non, ne la sucez pas ; car après le trépas / Que serais-je sinon une semblance vaine, / Sans corps, dessus la rive, où l'amour ne démène / (Pardonne-moi, Pluton) qu'en feintes ses ébats ?
Ronsard – Second livre des Amours Marie, baisez-moi

La vie quotidienne de Pierre Ronsard 4
Rappel : nous nous étions quittés hier sur la question : comment selon Ronsard le baiser peut-il se substituer aux autres éteintes plus … sexuelles ?
Conformément aux explications maintes fois données ici, il y a toutes sortes de baisers : avec les lèvres, c’est le baiser qui effleure la peau ; avec la langue, il peut lécher avec gourmandise ; avec les dents il peut mordre et dévorer. Avec la bouche il peut insuffler la vie, comme la baiser mystique, mais il peut aussi l’aspirer. C’est de ce dernier genre que nous parle Ronsard : le baiser qui, à l’inverse du baiser mystique n’insuffle pas, mais suce qui aspire l’âme.

Car baiser, c’est baiser non seulement la chair, mais aussi l’âme. Sucez-moi toute l'âme éparse entre vos bras dit Ronsard, ce qui signifie que l’âme est partout dans le corps, et pas seulement dans les parties habituellement sensibles – comprenons que l’érotisation est si générale que la moindre parcelle de peau serait déjà sensible aux baisers de l’amante.
Mais alors, le baiser ne donnerait-il pas un orgasme généralisé, l’orgasme du corps entier ? Si cela était, alors son comprendrait qu’il puisse remplacer avantageusement l’étreinte sexuelle.
Mais Pierre Ronsard ne veut pas aller jusque là : Marie, tout à coup se transformerait en vampire : son baiser pourrait sucer, aspirer, il serait si fort qu’on pourrait craindre d’en être vidé de soi plus encore que par un écoulement séminal. Oui, le baiser peut sucer l’âme et Ronsard redoute la femme castratrice, celle qui prive l’homme de sa force et qui fait de Hercule une sorte de mouton.

Faites-vous embrasser, mais ne vous faites pas sucer… l’âme (qu’alliez-vous imaginer ?)

Saturday, April 01, 2017

Citation du 2 avril 2017

Quant à moi, seulement je leur baise la main, / Les yeux, le front, le col, les lèvres et le sein, / Et rien que ces biens-là d'elles je ne demande.
Ronsard –  Second livre des Amours. Je ne suis seulement amoureux
La vie quotidienne de Pierre Ronsard 3
Comment vivait-on au 16ème siècle ? Peut-être vivait-on dans les chaumières de pain sec et d’une cruche d’eau ? Ou dans les châteaux de petits oiseaux rôtis et de tartines de miel ?
Mais très vite on devine que quant à nous nous pourrions espérer vivre comme et comme Ronsard – eux, en tout cas nous donnent les détails pour nous y repérer.
- Voici le soir, c’est maintenant le temps des confidences – Ronsard nous l’avoue : il est amoureux de Marie, mais aussi d’Anne, et encore de Délie… Comment prétendre honorer toutes ces jeunes femmes à la fois ? En satisfaire une seule chaque jour serait déjà une tâche à plein temps !
Le poète nous donne la solution : aimer oui, mais en se satisfaisant de baisers. Au lieu d’étreintes épuisantes, multiplier les endroits du corps à honorer, mais n’en jouir que de baisers.
Jouir de baisers… Est-ce suffisant ? Oui, mais à la condition de les multiplier : la main, les yeux, le front, le cou, les lèvres, les seins… Et pas seulement une fois, mais au moins trois fois chaque jour - et avec trois femmes différentes …
Ah ! Ça, c’est fort ! Voilà donc ce que la Renaissance aurait à nous apprendre : ne pas chercher la performance, ne pas chercher la jouissance qui laisse le corps épuisé et l’esprit ramolli. En revanche, savoir jouir de stimulations avec une variété de compagnes qui serait dignes d’un sultan visitant son harem.
On sent pourtant une curiosité : comment ce jouisseur de Ronsard peut-il se contenter de cela ? Qu’est-ce qu’il appelle « baiser » ? Les poètes de la Renaissance ont-ils un secret pour embrasser leurs amoureuses ?

Vous les aurez demain en lisant la suite des aventures amoureuses de Pierre Ronsard.

Wednesday, March 29, 2017

Citation du 30 mars 2017

Corydon, marche devant ; / Sache où le bon vin se vend ; / Fais rafraîchir la bouteille, / Cherche une feuilleuse treille / Et des fleurs pour me coucher. / Ne m’achète point de chair, / Car, tant soit-elle friande, / L’été je hais la viande ;
Achète des abricots, / Des pompons, des artichauts, / Des fraises et de la crème / C’est en été ce que j’aime, / Quand, sur le bord d’un ruisseau, / Je les mange au bruit de l’eau, / Etendu sur le rivage / Ou dans un antre sauvage.
La vie quotidienne de Pierre Ronsard 2
Comment vivait-on au 16ème siècle ? Peut-être vivait-on dans les chaumières de pain sec et d’une cruche d’eau ? Ou dans les châteaux de petits oiseaux rôtis et de tartines de miel ?
Mais très vite on devine que quant à nous nous pourrions espérer vivre comme et comme Ronsard – eux, en tout cas nous donnent les détails pour nous y repérer.

- Hier, au petit matin, nous avons suivi Ronsard alors qu’il tentait de réveiller la belle endormie qui avait partagé sa couche. Il est maintenant midi ou à peu près. Nous retrouvons Ronsard, qui a « l’esprit tout ennuyé » par la matinée d’étude qu’il vient de passer enfoui dans ses livres, et qui estime que ce temps est du temps perdu parce qu’il vaut mieux « manger au bruit de l’eau / Etendu sur le rivage… ».
C’est l’été et c’est décidé : ce sera un déjeuner sur l’herbe. Ronsard a fixé le menu : retenons-le, car il est assez précis pour être reproduit aujourd’hui. Déjà, observons qu’il n’y aura pas de barbecue : la viande en été, ce n’est pas très recommandable (il est vrai que du temps des poètes de la Pléiade la chaine du froid était inconnue). Mais du vin, oui, ça, il en faut. Du rosé ? Peut-être pas, mais un vin frais, venu de la feuilleuse treille, ça – oui. Ajouter les fruits et les légumes frais, les artichauts, les fraises  avec la crème : oui, tout cela nous savons quelle en est la saveur et nous pouvons gouter le repas de Ronsard comme lui-même l’a gouté, tout comme nous pouvons imaginer en rêve déjeuner sur l’herbe avec Manet.



Nous sommes alors au 19ème siècle, mais, qu’est-ce que ça change ? La belle dame ne serait-elle pas par hasard Marie, la belle endormie rencontrée hier ?

Tuesday, March 28, 2017

Citation du 29 mars 2017

Marie, levez-vous, ma jeune paresseuse… / Çà ! çà ! que je … baise votre beau tétin, / Cent fois, pour vous apprendre à vous lever matin.
Ronsard – Second livre des Amours – Marie, levez-vous, ma jeune paresseuse
La vie quotidienne de Pierre Ronsard 1
Comment vivait-on au 16ème siècle ? Peut-être vivait-on dans les chaumières de pain sec et d’une cruche d’eau ? Ou dans les châteaux de petits oiseaux rôtis et de tartines de miel ?
Mais très vite on devine que nous pourrions vivre comme Ronsard – lui, en tout cas nous donne les détails pour nous y repérer.
- Nous voici au petit matin, Ronsard se réveille et la belle Marie, sa douce amie, se prélasse dans le sommeil alors qu’il l’invite à descendre au jardin pour trouver la fraicheur matinale.
Oui, quoi de plus tonique que de sortir au jardin au petit matin d’été, de se mouiller les pieds dans la rosée qui a rendue l’herbe perleuse ? Et d’aller voir les boutons de roses, les œillets mignons, toutes ces fleurs arrosées le soir et qui resplendissent le matin comme au sortir d’un sommeil réparateur ?
Oui, mais voilà : la belle a les yeux cillés par le sommeil, on devine son jeune corps, nu entre les draps qui en dessinent le contour et qui, coquinement, le dénudent au hasard


J-B Reiter – Femme endormie

Il menace alors la jeune paresseuse de la réveiller de façon peu ordinaire : «  Çà ! çà ! que je … baise votre beau tétin, / Cent fois, pour vous apprendre à vous lever matin. » (lire ici). Avouez qu’on aurait pu y penser nous-mêmes…

Monday, November 24, 2014

Citation du 25 novembre 2014

Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Si le grain de froment ne se pourrit en terre, / Il ne saurait porter ni feuille ni bon fruit: / De la corruption la naissance se suit, / Et comme deux anneaux l'un en l'autre s'enserre.
Ronsard –Epitaphes (Sonnet)  « A lui-même »

De la Corruption II
Si le grain ne meure… La corruption de la graine est la condition pour que naisse une plante nouvelle. Cette parabole, Jésus la prononce pour faire comprendre à ses disciples que son sacrifice porte l’espérance de la résurrection et de la rédemption.
Voici une caractéristique bien embarrassante de la corruption : frein mortifère au développement (comme on l’a vu récemment), elle peut aussi se révéler nécessaire et même bénéfique dans les sociétés où elle se manifeste.
En fait, cela nous permet de mieux comprendre ce qu’est la corruption qui mine nos sociétés.
Car il y a trois sortes de corruptions :
            - Celle qui détruit sans aucune compensation.
            - Celle qui ne détruit qu’en faisant apparaître une nouvelle vie : c’est le grain qui meurt pour que naisse une plante. Parabole sociale, c’est le cas des révolutions ou des réformes décisives.
- Et puis, entre les deux, il y a la corruption qui retient la vie dont elle tire sa substance : c’est la corruption parasitaire, comme celle du gui qui ne doit pas épuiser entièrement l’arbre sur le quel il pousse et qui alimente sa vie.

C’est ce parasitisme qu’on reproche volontiers au racket des mafieux. Car ils doivent faire en sorte, pour que le négoce dont ils tirent profit continue, que des bénéfices soient réalisés afin que leur racket puisse fonctionner. Cette corruption répond d’avantage au modèle du parasitisme qu’à celui de la décomposition ; on pourrait même avancer qu’une telle corruption n’est que morale. En revanche elle doit faire en sorte que les ressources qu’elle pille se renouvellent et donc que ceux qui les produisent soient protégés – un peu comme le maitre protégeait ses esclaves pour qu’ils continuent de travailler et de l’enrichir.