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Wednesday, February 15, 2017

Citation du 16 février 2017

Mieulx est de ris que de larmes escripre, / Pour ce que rire est le propre de l'homme.
Rabelais – Gargantua. Adresse aux lecteurs (Lire ici)
Et icy maintenons que non rire, ains (=mais) boire est le propre de l’homme ; je ne dy boire simplement et absolument, car aussi bien boivent les bêtes : je dy boire vin bon et frais.
Rabelais – Cinquième livre chapitre 43

1534-1564 : à trente ans de distance, le rire rabelaisien est toujours évoqué, mais sa signification transformée :
- 1534 : Gargantua, dans son Adresse aux lecteurs : « le rire est le propre de l’homme » : il s’agit d’utiliser la facétie de la fable pour chasser les superstitions qui masquent les vérités auxquelles l’homme nouveau du 16ème siècle aspire : pour rejeter le fatras des anciennes croyances, le rire est essentiel.
--> Retenons cette injonction, et constatons qu’aujourd’hui elle est systématiquement adoptée. Il n’est que de constater que les médias (tous les médias) nous abreuvent de divertissement – l’entertainment comme disent les anglo-saxons ; celui-ci nous est promis et même il nous est dû (n’avons-nous pas le droit de rire et de nous détendre après une journée de travail où toute notre activité intellectuelle a été consacrée à notre labeur ?).
Toutefois : il y a bien des façons de rire ; on demande parfois si on peut rire de tout ? On devrait demander aussi comment on peut rire de tout. Par exemple, nous : comment rions-nous ? Ne s’agit-il pas du rire mécanique, le rire de la « vanne » ? Le rire de Rabelais, lui, est décapant : sous le ridicule, la véritable sagesse apparaît. Mais ce rire démolisseur doit être suivi du sérieux qui reconstruit.

- 1564 : Cinquième livre (posthume) chapitre 43 (l’un des derniers) : « non rire, mais boire vin bon et frais est le propre de l’homme ». Il s’agit de l’extrême fin de l’œuvre de Rabelais : Panurge et les voyageurs qui l’accompagnent ont enfin atteint au but : ils ont trouvé l’oracle de la Dive bouteille, le quel consiste en un seul mot : TRINCH ! (= BUVEZ !) (1)
Cette injonction est alors entendue comme signifiant : abreuvez-vous aux sciences et aux arts de la nouvelle époque. C’est qu’alors il s’agit avant tout non de transmettre mais d’acquérir.
Le rire est devenu secondaire, non parce qu’il serait devenu inessentiel, mais plutôt parce que le « véritable propre » de l’homme est d’acquérir la science, autrement dit de passer à autre chose que le fatras des croyances et des superstitions imposées aux esprits par la papauté et ses affidés.
--> Rions donc mes bons amis, mais après cessons de nous tenir les côtes et commençons à réfléchir.
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(1) La dive bouteille est nommée Bacbuc, évoquant le bruit du flacon qui se vide (Bacbouc. Bouteille. « En Hebrieu ainsi dicte du son qu’elle faict quand on la vuide » (Briefve Declaration, Quart Livre)

Tuesday, February 16, 2016

Citation du 17 février 2016

- Les noms de vos deux colonels (…) nous promettent assurance, chance et victoire dans ce conflit.
- Il me plait /dit Pantagruel/ de vous voir pronostiquer notre victoire d’après le nom de nos colonels.
Rabelais – Quart livre, chapitre 37
Quand nous sommes incertains du chemin à prendre, il est bon de relire ce passage de Rabelais : on y trouve une science de la décision oubliée depuis longtemps et qui nous fait défaut aujourd’hui.
Un exemple ? Le choix de notre futur Président. Nous avons jusqu’à 2017 pour le choisir, mais on voit combien l’opinion publique hésite. Mais d’ailleurs, qu’importe ? Qui donc serait assez fou pour s’en remettre à l’opinion publique, toujours prompte à s’émouvoir et à faire n’importe quoi, quitte à élire comme les italiens un bouffon (Beppe Grillo), ou comme les américains qui, après avoir élu un cow-boys d’opérette, s’apprêtent à élire un milliardaire paranoïaque.
Oui, sur quoi s’appuyer pour choisir ? Rabelais nous répond : n’hésitez pas à choisir celui qui vous conduira à la victoire en fonction de son nom. Le chapitre 37 du Quart livre explique, moult exemples à l’appui, que les pythagoriciens avaient une science, et qui leur permettait d’interpréter les noms. Nous avons hélas perdu cette science aujourd’hui ; toutefois, nous avons conservé la science des prénoms. Voilà qui devrait suffire…
Essayons, grâce à www.signification-prénoms.net :
NicolasLa réussite de Nicolas tient essentiellement dans l'obstination qu'il met à réaliser ce qu'il s'est imposé de faire, réussite d'autant plus brillante si son entourage arrive à lui donner la confiance dont il a tant besoin.
Ça colle parfaitement : c’est vraiment impressionnant, non ? Sauf que ça on le savait déjà…
FrançoisLe principal écueil à éviter pour François est de tomber dans l'attentisme ou le papillonnage. François a besoin d'une bonne structure mentale, soumise à une forte discipline de vie et une famille stable pour se réaliser pleinement, et ainsi tout lui sera possible.
Encore parfait. Mais enfin, pourquoi n’avons-nous pas lu ça en 2012 ?
ManuelManuel oscille en permanence entre deux mondes, ce qui lui donne un charme assez mystérieux, mais attention à ne pas tomber dans le piège d'une vie trop facile. Dans tous les cas, à la fois déconcertant et surprenant, on est bien loin de la première image que l'on a pu avoir de Manuel.
« Mystérieux et entreprenant » : méfions-nous de l’avenir qu’il nous réserve.
D’autant qu’il serait sans doute suivi de près au pouvoir par Emmanuel qui a pratiquement le même prénom. Vérifions :
EmmanuelJamais déconcerté, mais déconcertant, Emmanuel a un caractère fort.
On est bien avancé…
Et maintenant, n’oublions pas Marine :
MarineMarine porte en elle, une forte puissance, un amour immense, une grande potentialité qui font d'elle une personne remarquable qui vit, réchauffe et illumine son entourage.
Voilà enfin un prénom engageant – Pas d’hésitation : on vote pour elle !

Quoique… J’apprends que Marine ne s’appelle pas Marine mais Marion (Marion Anne Perrine Le Pen, dite Marine Le Pen, dit Wiki). Comment faire confiance à quelqu’un qui commence par mentir sur son prénom ? N’est-ce pas justement pour nous tromper lors de l’épreuve de la divination ?

Thursday, September 03, 2015

Citation du 4 septembre 2015

A l'exemple d'icelluy vo' convient estre saiges pour fleurer sentir & estimer ces beaux livres de haulte gresse, legiers au prochaz: & hardiz à la rencontre. Puis pour curieuse leczon, & meditation frequente rompre l'os, & sugcer la substantificque mouelle.
Rabelais – Gargantua (1542), Prologue (Edition de 1535, ici)
En français moderne : À son exemple (1), vous devez être sage, pour sentir, appréhender et estimer ces beaux livres au contenu de haute graisse, léger à la poursuite et hardi à l’attaque. Puis il vous faut, par  lecture attentive et de fréquente méditation, rompre l’os et sucer la substantifique moelle…
Idem, translation en français moderne (ed. du Seuil modifiée – En ligne, lisez une version convenable ici)

1 – D’abord, je voudrais observer combien la question de l’authenticité du texte est sensible  chez Rabelais : lire le texte original, c’est être plongé dans sa pensée et dans son univers, c’est aussi saisir les inflexions du langage de son époque, c’est un peu humer l’air du 16ème siècle. Mais en même temps il est parfois impossible de lire ce texte sans un dictionnaire de l’ancien français, et surtout sans y ajouter un commentaire des passages (allusions, références, images, etc.) devenus indéchiffrables aujourd’hui. D’où le recours à deux éditions, l’originale et la translation en français moderne (et encore faut-il tomber sur la bonne !) : tout ça ne rend pas la lecture très fluide… (2) Mais enfin, comment aujourd’hui encore lire un livre sans chercher comme le dit Rabelais un ouvrage de haute graisse ? Oui, la graisse peut-être bonne, de noble qualité et capable de nourrir notre âme !
2 – Me voici parvenu au second point : ces jours-ci, les livres – principalement les romans – déferlent en avalanche sur les tables de nos libraires, et à  moins d’être un critique professionnel, nous n’aurons jamais le temps de lire tout ça. Comment choisir ?
Ecoutons Rabelais : il faut, qu’outre la haute graisse, le livre soit, comme les chiens courants, léger à la poursuite et hardis à l’attaque. Un livre doit être léger dans son style, mais il doit aussi faire face aux propos adverse et mordre fortement dedans. Toutefois tout ne dépend pas seulement de l’auteur : il faut aussi une attitude du lecteur qui remâche et médite, et qui n’hésite pas à contourner l’apparence de l’histoire qui nous est contée, pour en saisir le sens profond et essentiel. C’est dans la substantifique mouelle que se trouve la haulte gresse.
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(1) Rabelais parle du chien, « bête la plus philosophe du monde » qui brise l’os pour en sucer la moelle.

(2) Pour ma part je fais appel à l’édition du Seuil avec translation en français moderne qui est présentée dans les marges du texte original.

Monday, April 07, 2014

Citation du 8 avril 2014



Oignez vilain il vous poindra, poignez vilain il vous oindra. («Flattez vilain, il vous piquera ; piquez vilain, il vous flattera »)
Rabelais, Gargantua, chapitre 32
Cet adage est plus convenable qu'un autre, bien plus ancien et donc bien plus rude dans sa forme : "Oigniez a mastin [domestique] le cul, il vous chiera en la paume ".
Commentaire à propos de l’affaire Leonarda
1 – Cet adage nous est rappelé par un commentateur politique moderne, qui critique ainsi François Hollande pour son attitude dans l’affaire Leonarda. Voyez comment on considère la jeune roumaine dans notre pays … dit « pays des droits de l’homme » : à croire que les Roms n’en sont pas.
--> On en pensera ce qu’on en voudra ; reste que Rabelais manie ici la litote – ce qui est sans doute une surprise
2 – Maintenant, n’oublions pas le contexte du chapitre 32 du Gargantua : nous sommes au début de la guerre picrocholine, et le traitre Toucquedillon excite Picrochole par ses propos venimeux. Alors que Grandgousier avec magnanimité avait voulu, en dédommageant les fouaciers, éviter la guerre, il ne récolte que mépris et menaces. (1) Situation que Rabelais commente ainsi : « Voilà ce que c’est, les bons traitements et la familiarité que vous leur avez précédemment témoignée vous ont rendu méprisables à leurs yeux : flattez vilain, il vous piquera ; piquez vilain, il vous flattera. » (Translation en français moderne – Pour le texte original voir ici)
--> Pour avoir la paix il ne suffit pas d’être pacifiste.
3 – On arrive alors à une idée plus évidente et qui est en même temps beaucoup plus générale : il est vrai que la générosité et la familiarité peuvent se retourner contre leur auteur en étant comprises non pour ce qu’elles sont – une pure bonté – mais plutôt comme signe de faiblesse et de médiocrité. Toutefois il s’agit ne pas de les exclure, mais plutôt d’adapter sa conduite à ceux envers qui on l’adopte.
Le principe à retenir est donc le suivant : quelles que soient nos intentions, nous devons savoir que notre conduite sera interprétée selon la nature des gens qui en sont les destinataires. C’est de cette interprétation qu’il faut tenir compte. On dit que cela n’est plus aujourd’hui que l’affaire des « communicants » ; ai-je bien compris ?
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(1) « …Picrochole ne répondit rien d’autre que ces mots : « Venez les quérir,  venez les quérir (les fouaces) ! Ils (= mes gens) ont belle couille et mole. Ils vont vous en broyer de la fouace ! » »
- A noter le jeu de mot : Mole signifie « la meule » et Couille peut aussi vouloir dire « le mortier ».

Wednesday, June 27, 2012

Citation du 28 juin 2012


Amis vous noterez que par le monde y a beaucoup plus de couillons que d'hommes, et de ce vous souvienne.
Rabelais Le Cinquième Livre, ch. 8

Le couillon, au 16ème siècle, désigne le testicule et non comme aujourd’hui le sot l’imbécile, le poltron. Toutefois, il n’est pas impossible que Maitre Æditue, qui prononce cet avertissement à l’intention de Pantagruel et de ses compagnons, joue sur l’ambiguïté du sens. Toujours est-il que l’éditeur du texte de ma bibliothèque (L’intégrale/Seuil) croit nécessaire pour ceux qui ne comprendraient pas la formule il y a beaucoup plus de couillons que d'hommes, de préciser : il devrait y en avoir exactement deux fois plus.
Mais, justement : comment se fait-il que ce mot, qui désigne ce qui fait la virilité et donc la fierté des hommes, en vienne à désigner l’imbécilité ou la lâcheté ? Et que du coup il en vienne même à rejoindre le con, qui selon la même logique désigne l’organe sexuel féminin et la bêtise ?
La solution vient du petit livre de Catherine Rouayrenc Les gros mots, un Que sais-je ? édité aux PUF. Voici ce que nous précise l’auteur :
L’insulte qui vise les imbéciles est la même que celle qui dénonce les cons : ce sont des gens qui restent dans la passivité stupide alors que d’autres jouissent de la vie par leur activité et par leur ingéniosité.
Les couillons (sens étymologique) ne participent pas activement à l’acte sexuel. Pendant que le pénis s’active dans le « con » (organe de la passivité), eux, ils restent à ballotter à l’extérieur, un peu comme l’homme qui attendrait derrière la porte de la chambre que son copain ait fini de profiter de la copine.
Je me risquerai à ajouter une note plus personnelle où je dévoilerai un détail de l’intimité masculine : les « couillons » sont un organe bien encombrant qui à la différence du pénis érectile pendent systématiquement, se coincent dans le caleçon et – pire encore – sont extrêmement sensible et constituent le défaut de la cuirasse masculine – raison pour la quelle Panurge, au chapitre 8 du Tiers livre revêt une braguette en acier pour aller au combat, disant :
« La tête perdue, ne périt que la personne ; les couilles perdues périrait toute humaine nature. » (Lire ici)

Saturday, April 07, 2012

Citation du 8 avril 2012

Après dîner, tous allèrent pêle-mêle à la Saulsaie, et là, sur l'herbe drue, ils dansèrent au son des joyeux flageolets et des douces cornemuses, de si bon cœur que c'était un passe-temps céleste que de les voir ainsi se rigoler.

[…]

Puis, il leur vint à l'idée de faire quatre heures en ce bon endroit, et flacons de circuler, jambons de trotter, gobelets de voler, brocs de tinter!

Rabelais – Gargantua, chapitre 4-5

Nous sommes au début du Gargantua : voilà les compagnons de Grandgousier qui s’ébattent dans les bocages, et qui, après manger, vont danser sur l'herbe drue et puis se désaltérer de belle façon.

C’était le bon temps : j’aurais aimé y vivre…

Et vous, en quel siècle auriez-vous aimé vivre ? Le 17ème avec ses jansénistes ? Le 19ème avec ses poètes poitrinaires ? Sûrement pas ! Seuls les siècles de nombre pair méritent notre attention : le 18ème avec ses charmantes bergères, et le 16ème avec ses paysans rabelaisiens.

C’était à n’en pas douter un âge proche de l’âge d’or tel que nous l’a représenté Cranach (en 1530) :

… Bon. Si nous appliquons notre règle des siècles pair/impairs, le 20ème siècle aurait dû être un siècle de rigolade et de ribote. Pas sûr qu’on s’y retrouve.

Sauf à dire que mai-68 a été le moment où ce siècle a réalisé son essence, où les jeunes de ce temps, comme le préconisait Rabelais, ont joui sans entraves.

Moi, maintenant, je suis vieux. Donc peu m’importe comment les choses vont tourner. Mais j’aurais aujourd’hui 20 ans, je me méfierais : le 21ème siècle, siècle impair, risque bien d’être le siècle des retours de rigidité mal placée.

Si vous en doutez, dites-moi comment vous expliquez que s’y retrouvent, comme s’ils s’étaient donné rendez-vous les intégristes religieux de tout poil, barbus ou pas ? (1) Et les Républicains en croisade aux States contre l’IVG et les revues ollé-ollé ? Et le sida ? Certains ne le voient-ils pas comme une maladie envoyée par Dieu pour punir les débauchés ?

Vivement le 22ème siècle !

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(1) On connaît la phrase attribuée à Malraux : "Le 21ème siècle sera religieux ou il ne sera pas." Qu'il l'ait ou non dit, peu importe. L’essentiel, c'est qu'on y croit.