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Wednesday, March 13, 2013

Citation du 14 mars 2013



Le Pape est mort, un nouveau Pape est appelé à régner. Araignée ! quel drôle de nom, pourquoi pas libellule ou papillon ?
Habemus papam Franciscum ! Quelle joie !
Non ? Ça ne vous fait ni chaud ni froid ? Vous êtes sans doute un de ces matérialistes qui pensent d’avantage au montant de leur retraite ou au week-end crapuleux qu’ils vont s’offrir avec leur copine (si seulement elle veut bien cette s…)
Je plaisantais : une telle vulgarité ne saurait se trouver parmi les lecteurs de ce distingué Blog.
Quant à moi, je me suis bien réjoui. Déjà parce que l’ancien pape est encore en vie : qui donc pourrait se réjouir au prix de la mort d’un saint homme ?
Ensuite, parce que ça m’a remis en mémoire cette comptine qui égayait mes récréations du temps où j’étais petit garçon (1).
Déjà, c’est un jeu de mot idiot, qui crée une rupture de sens abyssale : un Pape-Libellule ou un Pape-Papillon : quelle bizarrerie ! Le nôtre s’appelle François.
Et puis aussi, parce que ces jeux de langages quand ils viennent de notre enfance apportent avec eux un peu de sa saveur, quelque chose qui ressemblerait au souvenir que le Petit Marcel retrouve dans ces miettes de gâteaux trempés dans la tasse de thé.
Plus généralement, comme je le faisais observer dans un message laissé sur le blog de Frankie Pain (ici), certaines poésies apprises dans notre enfance, les « récitations » de l’école, font ressurgir des sensations ou des sentiments, des émotions en tout cas, piégées en elles comme les fossiles dans les sédiments marins.
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(1) Oui, il fut un temps où les petits garçons s’amusaient avec les poésies de Jacques Prévert.

Thursday, January 27, 2011

Citation du 28 janvier 2011


Je me suis frileusement blotti dans un peu de tendresse.

André Gide – Journal, 23 juillet 1891

Saint Martin a donné la moitié de son manteau à un pauvre : comme ça, ils ont eu froid tous les deux.

Jacques Prévert

Houdon – La frileuse (Musée Favre – Montpellier)

La Frileuse de Houdon est comme le Saint-Martin de Prévert : elle se blottit dans un châle trop court qui du coup lui laisse les fesses à l’air. (1)

La Frileuse est émouvante parce qu’elle nous fait éprouver son frissonnement : ce blotissement qui la resserre sur elle-même est un mouvement qui nous donne à ressentir le froid qui doit lui tomber sur les reins.

Maintenant, regardez (ci-dessous), le tableau de Masaccio, intitulé Saint-Pierre baptisant les néophytes, daté de 1424-1428. Remarquez le néophyte de droite : au lieu de contempler Saint Pierre avec son auréole et d’attendre en extase d’être baptisé par lui, que fait-il ? Il grelotte et il serre ses bras autour de sa poitrine, exactement comme la Frileuse le fera, 4 siècles plus tard.

Il est intéressant alors de remarquer que les représentations de la frilosité, au cours de l’histoire de l’art sont restées les mêmes : preuve qu’il s’agit bien d’une manifestation constante dans l’espèce humaine. Mais surtout, c’est la même émotion qui renait chez le spectateur : comme le fait observer Gide, la frilosité est une recherche de réconfort, comme l’enfant qui se réfugie dans la tendresse les bras protecteurs et tendres qui l’enlacent.

L’auto-blotissement du frileux est en fait analogue au fouissement du nourrisson dans le giron de sa mère.

Notre Frileuse est donc une orpheline.

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(1) L’art du sculpteur se manifeste d’ailleurs par le fait que les visiteurs du musée Favre passent devant la statue sans en faire le tour pour la voir par derrière

Wednesday, September 08, 2010

Citation du 9 septembre 2010

Le ministère des Finances devrait s'appeler ministère de la Misère puisque le ministère de la Guerre ne s'appelle pas ministère de la Paix.

Jacques Prévert – Histoires

C’est en 1946 (selon Wikipédia – voir ici) que Prévert aurait écrit cette phrase. En tout cas ce n’est sûrement pas plus tard, car en 1948 le ministère de la guerre est devenu le ministère de la défense nationale, ce qu’il est resté peu ou prou jusqu’à nos jours…

Pourquoi a-t-on laissé tomber cette désignation en 1948 ?

Ministère de la guerre… Mieux vaut en effet oublier cette finalité, si on veut rester sympathique pour les citoyens. Car en matière de guerre, on devait en 1948 garder encore à l’esprit les prouesses de l’armée française en mai-juin 40…

Donc, changement d’objectif.

Par contre pour le Ministère des finances, les choses sont un peu plus compliquées.

Déjà, il est dédoublé :

- Ministère de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi (titulaire : Christine Lagarde)

- Ministère du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l'État (titulaire François Baroin).

On remarquera qu’ici, plus de fonction assignée : juste un détail des opérations effectuées. C’est comme si le Ministère de l’éducation nationale devenait le Ministère de l’école élémentaire, des collèges et des lycées… Façon de se désengager de l’action politique et se de se limier à des opérations de gestions.

Mais enfin, Prévert nous dit quand même bien autre chose : c’est qu’en politique on nous ment la plupart du temps, et que le discours sert plus à nous tromper qu’à nous révéler la vérité. Car si le ministère de la guerre prépare bien la guerre, celui des finances fabrique bien de la misère.

Pas de finances sans production de misère. Voilà le message.

Je n’ai rien à ajouter.

Thursday, July 15, 2010

Citation du 16 juillet 2010


Les conquérants : Terre... Horizon... Terrorisons !

Jacques Prévert

Est-ce que l’homme descend du songe ?

Miss.Tic

Calembour 1

Deux citations sans grand rapport, sauf que chacune joue sur les mots – ou joue avec les mots.

J’ai deux objectifs ici :

- le premier, de montrer que le reproche qu’on fait parfois à Miss.Tic de se borner à jouer avec les mots – ce que chacun peut faire sans grande difficulté – n’est pas justifié, et tout cas que des poètes du calibre de Prévert l’ont fait sans qu’on songe à le leur reprocher.

- le second, de dire que les poètes ont su jouer avec les mots pour y puiser du sens – et du sens poétique.

Pourquoi les jeux de mots ? Pour amuser, un peu comme le petit enfant rit tout seul des sonorités qu’il tire de sa bouche, ou bien encore tirer parti de l’effet de surprise – et du surcroît de sens – obtenu grâce aux assonances (1) ?

Bien sûr. C’est qu’il faut admettre que le poète qui joue ainsi avec le langage – ou si l’on veut être plus précis : les signifiants – le considère comme une matière première, parce que son rapport au langage n’est pas le même que celui de l’homme ordinaire.

Ne soyons donc pas comme monsieur Jourdain qui admettait qu’entre la prose et les vers, la différence tenait seulement dans la versification. Car en réalité, le poète est celui pour qui les sonorités du langage sont elles aussi porteuses de sens, d’un sens que tout autre procédé – et surtout la conceptualisation – serait incapable d’énoncer.

C’est ainsi que Sartre disait (je ne sais plus où, probablement dans Qu’est-ce que la littérature ?) que pour lui, Florence est à la fois ville, femme et fleur.

Ou Prévert que les conquérants terrorisent la terre entière jusqu’à l’horizon.

Ou Miss.Tic pour qui l’homme est un songe aussi bien qu’un singe – ou un rêve de singe ?


(1) On pense aux allitérations comme dans le célèbre vers de Racine Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? (Andromaque)

Monday, May 05, 2008

Citation du 6 mai 2008

Fort heureusement, chaque réussite est l'échec d'autre chose.

Jacques Prévert Fatras

Dans la série Les citations qui vous prennent le chou, voici Prévert.

Parce que, admettre qu’il n’y a de réussite que contre quelque chose ou quelqu’un, que chaque succès soit l’aboutissement d’une marche au bord de l’abîme, que la réussite garantie soit une réussite sans joie et sans intérêt, déjà il faut le prouver.

Mais en plus dire que tout cela est fort heureux, voilà qui est plus difficile à montrer.

- D’abord, laissons de côté l’interprétation faiblarde qui consisterait à dire qu’on ne connaît quelque chose que par contraste avec son contraire : que le noir ne se perçoit que se détachant sur du blanc ; que la joie n’est possible que si elle vient sécher nos larmes de chagrin.

Non. Ce qu’il faut remarquer c’est que si le succès est quelque chose d’exceptionnel, ou du moins de pas banal, c’est parce que sa réalisation n’est pas donnée, que l’échec est aussi possible. Lorsque l’échec est devenu impossible, comme le joueur aguerri affrontant un débutant, le succès s’éclipse : A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, comme disait l’autre (1). Chaque réussite est donc l’échec d’autre chose, non pas qu’il faille forcément un opposant, mais au moins de forts aléas. L’enfant qui réussit ses premiers pas : voilà qu’on l’applaudit. Ensuite, qu’il marche, courre comme il veut, on ne le remarque pas.

Ajoutons que ce contraste n’est pas seulement celui d’un voisinage, que l’échec et le succès sont bord à bord, comme deux coureurs qui luttent pour arriver le premier. On dit souvent que l’échec est nécessaire pour connaître le prix du succès, que celui qui a tout sans jamais échouer est un être imparfait. Mais ce qu’on ne remarque pas assez, c’est que c’est en luttant contre l’échec, en faisant échec à l’échec, que le succès peut avoir cette dimension.

Le succès conquis de haute lutte, voilà ce qui a du prix.

Heureux ceux qui ont beaucoup échoué, le bonheur leur est garanti au premier succès.

(1) Corneille – Le Cid, acte II, scène 2