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Wednesday, May 04, 2016

Citation du 5 mai 2016

Le vaisseau de Thésée était une galère à trente rames, que les Athéniens conservèrent. Ils en ôtaient les vieilles pièces, à mesure qu'elles se gâtaient, et les remplaçaient par des neuves. Les philosophes soutiennent les uns que c'était toujours le même, les autres que c'était un vaisseau différent.
Plutarque - La vie de Thésée, 23
On a polémiqué récemment à propos des ruines de Palmyre, dynamitées par Daech et qu’on se propose de reconstituer aujourd’hui : car, dit-on, on ne reconstruit pas des ruines.
Qui édifie des ruines ? Le temps, qui par une usure différentielle effondre ici, conserve là, patine le tout. On pourrait aujourd’hui reconstruire le Parthénon, et de fait on le fait quand on empile des fûts de pierre pour réédifier une colonne tombée à terre. On pourrait aussi refaire la frise des Panathénées : on rassemble les morceaux dispersés dans les musées du monde ; on ressort des carrières le marbre utilisé à l’époque et on les sculpte : on en a conservé un dessin assez précis datant du 19ème siècle. Cela paraît impossible ? Pas tant que cela : les grandes cathédrales gothiques dévastées par les guerres du 20ème siècle ont retrouvé voutes et statues fabriquées de neuf.

La cathédrale de Rouen : à gauche en 1944 – à droite en 2016 (cliché J-P Hamel)

Bien sûr les motifs qui justifient ces reconstruction sont plutôt économiques : les touristes viendraient-ils pour contempler des ruines noircies? Mais soyons honnêtes : qui donc protesterait si on reconstruisant Palmyre ?

Tuesday, November 19, 2013

Citation du 20 novembre 2013

Solon enfin fut assurément un législateur très avisé en ce qui concerne le mariage, lui qui prescrivit aux époux d'approcher leurs femmes au moins trois fois par mois.
Plutarque – Erotikos
Notre question hier, était la suivante : « Combien de fois par mois faut-il faire l’amour à son épouse ? ». Réponse : au moins trois fois par mois.
Voici la totalité de la réponse de Plutarque :
 « Solon enfin fut assurément un législateur très avisé en ce qui concerne le mariage, lui qui prescrivit aux époux d'approcher leurs femmes au moins trois fois par mois; ce n'est certes pas en vue de la volupté qu'il donna ce précepte, mais, de même que les États renouvellent de temps à autre les traités qui les lient, il voulait que le mariage fût renouvelé par cette marque de tendresse et débarrassé de tous les griefs mutuels qui peuvent s'accumuler dans la vie commune de chaque jour. »
Solon était le législateur qui avait donné ses lois à Athènes et il fut toujours par la suite considéré comme un modèle de sagesse. C’était du temps où le pouvoir politique légiférait dans le domaine de la sexualité : on faisait des lois non seulement pour dire à qui on peut faire l’amour, mais aussi combien de fois dans le mois. Nul doute que les sexologues de ce temps-là devaient être au chômage.
Mais il y a d’autres observations à faire :
- D’abord, pour Plutarque, l’amour sexuel est une marque de tendresse : finie donc l’opposition freudienne entre la sexualité et la tendresse. On se souvient en effet que Freud les imaginait, creusant le tunnel de l’amour, chacun à une extrémité : celui qui va le plus vite réduit d’autant l’espace laissé à l’autre. Pour dire les choses crûment, Plutarque s’oppose au principe qui veut que plus on baise et moins on câline – et réciproquement.
- En suite faire l’amour permet de se débarrasser des griefs de la vie quotidienne : les cheveux qui trainent dans le lavabo, les nouilles trop cuites, les retards systématiques au moment de prendre le train : tout ça, oublié !
- Enfin la continuité dans la pratique sexuelle des époux parait comme une confirmation du contrat de mariage : du temps de Solon les époux ne se prêtaient pas seulement serment de fidélité et d’assistance, mais ils se juraient aussi de copuler bien régulièrement. Et même on devine que quand cette clause fondamentale était respectée, les autres l’étaient forcément.
Voilà : tout ça c’était avant le christianisme…

Monday, November 18, 2013

Citation du 19 novembre 2013


La volupté est peu de chose, mais elle est comme le germe à partir duquel croissent de jour en jour, entre les époux, le respect mutuel, la complaisance, la tendresse et la confiance
Plutarque – Erotikos (Ed. Belles Lettres)
Mon Post d’hier opposant la durée de l’amitié à la fugacité de l’amour a dû en surprendre plus d’un : - Comment, dira-t-on, l’amour qui est par nature éternel, qui ne vit que d’engagement total, pourrait-il donc paraitre provisoire, temporaire et finalement sans attaches profondes ?
Corrigeons-donc : en relisant Plutarque on comprend vite que, si la durée est l’indice d’une valeur, elle est aussi à l’œuvre dans l’amour.
Dans l’Erotikos Plutarque veut persuader son correspondant qu’à l’amour passionné et brûlant pour les garçons, il faut préférer l’amour conjugal avec la femme qui saura par son charme le retenir auprès d’elle suffisamment pour qu’un amour profond et purifié des tempête de la sexualité puisse se développer. C’est que « la volupté est … comme le germe à partir duquel entre les époux, croissent de jour en jour le respect mutuel, la complaisance, la tendresse et la confiance » : autrement dit quand vous faites l’amour, tout ne se consume pas dans l’instant de l’orgasme. Il y a comme un résidu qui non seulement subsiste, mais est capable de fusionner avec les autres, issus des voluptés précédentes.
- Jeunes gens (ou jeunes filles), vous qui vous proposez de vous marier, prenez des forces car il vous faudra à copuler de nombreuses fois au cours de votre existence avec votre tendre épousé(e), ajoutant ainsi chaque fois quelque chose de plus à la tendresse avec laquelle vous l’aimez.
Autrement dit, la sexualité conjugale ne sert pas qu’à faire des enfants.
Oui, mais : combien de fois par mois faudra-t-il faire l’amour à son épouse ? On risque de fatiguer quand même ?
Réponse demain, pour ceux qui seront encore là.

Wednesday, November 28, 2012

Citation du 29 novembre 2012



La loi, d'une part, protège les époux, et la nature, d'autre part, montre que les dieux eux-mêmes ne sauraient se passer de l'amour pour assurer la propagation générale de la vie.
Plutarque – Erotikos (Ed. Belles Lettres)
Ceux qui, aujourd’hui, refusent aux homosexuel(le)s le droit au mariage pointent l’impossibilité pour eux de procréer : et c’est aussi l’argument présenté par Plutarque pour valoriser l’union hétérosexuelle. Car, si le mariage assure la stabilité sociale, il permet en outre de procréer et par là de fonder un foyer, source du bonheur conjugal.
Chez les grecs, la procréation est doublement divine : d’une part parce qu’elle est l’effet d’Eros, dieu de l’amour. Et d’autre part parce que les dieux eux-mêmes en ont besoin pour créer  de la vie (1).
Sans Eros, pas de vie sur terre, et même pas de Dieux sur l’Olympe. C’est ce que croit Hésiode, selon qui il existe un Eros primordial qui a permis à Chaos et Gaïa de s’accoupler pour produire les Dieux et tout ce qui s’en suivit.
Maintenant, redescendons de l'Olympe et revenons à nous : amour-mariage-enfants : dans quel sens ça marche ?
- De nos jours, on s’aime, on se marie, et puis on fait des enfants – si affinité.
- La morale chrétienne inverse  le rapport entre amour et procréation : ce qu’on considère en premier, c’est la possibilité d’engendrer, car c’est elle qui entraine la légitimité de l’amour (l’amour physique du moins). Ainsi, les couples homosexuel(le)s sont-ils condamnés car forcément stériles. Le chrétien considère la sexualité comme un mal quand elle n’est pas justifiée par sa fécondité.
- Du temps de Plutarque, on dira : Messieurs, amusez-vous si vous voulez avec un jeune et bel éphèbe. Mais ce n’est pas sérieux : vous devrez un jour ou l’autre faire des enfants et alors il vous faudra un partenaire sexuellement convenable. La sexualité n’est ni bonne ni mauvaise : elle est simplement utile.
- Et nous, si nous étions grecs ou romains, que dirions-nous du mariage homo ?
… Peut-être ceci : les homos ont le droit de se marier, à condition qu’ils aient d’abord payé leur dette à l’égard de la vie et de l’espèce en faisant d’abord un ou deux enfants.
Même Oscar Wilde se maria et eut deux enfants…
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(1) On notera au passage que les Dieux gréco-romains, à la différence du Dieu judéo-chrétien, sont à l’intérieur de la nature, puisqu’ils sont soumis à ses lois.

Tuesday, November 27, 2012

Citation du 28 novembre 2012



…on connaît ce mot charmant d'Euripide, qui disait en donnant des baisers et des caresses au bel Agathon qui avait déjà de la barbe: "La beauté reste même dans son automne."
Plutarque – Erotikos (Ed. Belles Lettres)

Les mœurs connaissent-elles une évolution ? On peut en douter quand, abordant le débat sur le mariage entre homosexuel(el)s, nous lisons ce dialogue de Plutarque. Soutenant que l’union d’un homme et d’une femme est supérieure à celle d’un homme avec un autre homme, il évoque l’instabilité de cette dernière – en raison entre autre de la barbe dont l’apparition fait fuir l’amant.
En effet, l’amour homosexuel chez les grecs et les romains unissait non un homme et un homme, mais un homme et un adolescent. C’est ainsi que le bel Agathon qui avait déjà de la barbe en était déjà à l’automne de l’amour : autant dire que ça ne durait pas longtemps.
Plutarque en conclue que, si on ne peut aimer un barbu, ce danger n’est pas encouru quand on aime une femme (1), donc que l’union hétérosexuelle était meilleure du point de vue de la stabilité de l’union – et donc de la qualité des mœurs.
On trouvera peut-être ce chemin d’argumentation tortueux ? Soit – Reste que l’idée évoquée par Plutarque est aussi celle qu’on entend aujourd’hui. L’union entre un homme et un homme serait une menace pour la société (grecque ou romaine, mais aussi la nôtre) entre autre parce qu’elle est instable, qu’elle fluctue au gré du désir érotique.
Et l’homme qui aime une femme, est-il donc plus fidèle ?
Oui – en tout cas c’est possible. Car si on en croit Plutarque, la femme enracine l’homme dans une relation stable et durable : grâce à ses attraits physiques, elle le garde avec elle suffisamment longtemps pour qu’apparaissent des liens plus profonds que l’amour : il s’agit de l’amitié (2) qui unit l’époux et l’épouse.
Autre temps, autres mœurs dira-t-on : aujourd’hui les homos vieillissent ensemble…
Alors, oui : accordons-leurs le droit au mariage… mais après une preuve de vie commune de 10 ans.
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(1) Tant et si bien que, pour faire fuir le prétendant-mari qui l’aurait empêchée de respecter son vœu de chasteté, sainte Wilgeforte obtint de Dieu qu’il lui fit pousser une barbe très fournie (voir ici)
(2) Il s’agit de la philia comme on l’a expliqué récemment (ici)

Saturday, November 10, 2012

Citation du 11 novembre 2012



Peut-il y avoir d'autres guerres que des guerres civiles, puisque tous les hommes sont frères ?
Madame de Guilbert
Une guerre entre Européens est une guerre civile.
Victor Hugo
Dans une guerre civile, la victoire même est une défaite.
Lucain – Pharsale
Les armées se séparèrent ; et on raconte que Pyrrhus répondit à quelqu'un qui célébrait sa victoire que « encore une victoire comme celle-là et il serait complètement défait ».
Plutarque (A propos de la bataille d’Ausculum (279 av.J-C) où l’armée de Pyrrhus, roi d’Epire l’emporta sur celle de Rome au prix de pertes irréparables)

11 novembre… Commémoration de la victoire ?
Oui, certes car si nous eussions perdu la guerre contre les allemands, l’histoire de France eut été bien différente.
Mais dans le contexte de l’immédiate après-guerre, une victoire était-elle seulement possible ?
11 novembre 1918 : la victoire laissa la France, bien que vainqueur, dans un état d’exténuement démographique proche de celui où l’Allemagne se trouva.
- Bien des années plus tard, dans les années 1960, la dissuasion nucléaire fonctionnait à peu près sur le même principe : que l’agresseur, même vainqueur, soit menacé de disparaitre du fait de la riposte de l’adversaire, même vaincu.
Et de nos jours encore, il n’est pas besoin de principe moral pour condamner la guerre : un calcul de probabilité des pertes suffit, et si jamais on trouvait un moyen de détruire l’ennemi sans subir soi-même de lourdes pertes, eh bien, sus à l’ennemi ! D’ailleurs c’est ce à quoi on s’active aujourd’hui encore dans les laboratoires de recherches, qu’il s’agisse du projet reaganien de guerre des étoiles, ou de super armement – et si on a renoncé pour le moment à la bombe à neutron ou à l’arme bactériologique, soyons sûrs que ces essais ne sont pas très  loin dans les remises de l’Armée.
Voyez maintenant comment fonctionne le principe du pacifisme moral : toute guerre est une guerre civile, la victoire même y est une défaite, […] parce que tous les hommes sont frères.
Nous sommes dans l’éthique de la conviction, qui ne souffre aucune exception et non dans celle de la responsabilité, qui soumet les principes éthiques à celui de l’efficacité (1).
Il est tout à fait inutile de dire que le choix entre ces deux attitudes constitue un dilemme : déjà parce que Weber lui-même le souligne ; ensuite parce que s’il n’en allait pas ainsi, nous ne serions pas dans la vie morale.
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(1) Distinction opérée par Max Weber (Le savant et le politique) :
Ethique de la conviction : « Le chrétien fait son devoir et en ce qui concerne le résultat de l'action il s'en remet à Dieu»
Ethique de la responsabilité : « Nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes. » (Lire le texte ici)