Showing posts with label ¤ P. Valéry. Show all posts
Showing posts with label ¤ P. Valéry. Show all posts

Monday, December 25, 2017

Citation du 26 décembre 2017

On se réfugie dans ce qu'on ignore. On s'y cache de ce qu'on sait. L'inconnu est l'espoir de l'espoir.
Paul Valéry
L'inconnu est l'espoir de l'espoir.
Belle formule n’est-ce pas ? Qu’on pourrait développer : L’inconnu rend possible l’espoir qu’il y ait de l’espoir.
Un peu comme le malade à qui le médecin vient d’annoncer qu’il a une tumeur, et qui se retient de demander : « Est-elle maligne ? Si oui, peut-on la guérir ? Sinon, combien de mois (d’années) me reste-t-il à vivre ? » - Et si son patient ne lui demande rien, le médecin ne dira rien car il sait qu’il y a un pacte tacite qui le lie à lui : celui de lui donner de l’espoir tant qu’il le peut ; et de ne pas l’empêcher d’espérer quand il ne peut rien de plus.
Mais la merveille n’est pas là ; elle est dans ce ressort intime du psychisme qui nous fait oublier ce qu’on ne veut pas savoir. Voyez cet homme qui a fait un test de dépistage du sida sur la demande exprès de ses proches. Voilà que le résultat arrive ; mais l’enveloppe reste intacte sur le bureau, il ne va pas l’ouvrir parce qu’il a peur de savoir.
C’est un peu comme la mauvaise foi chez Sartre : le refus de savoir ce qui nous blesse réside d’abord dans le fait de détourner le regard, comme cet exemple, dans l’Etre et le néant, de la femme courtisée par un amant très empressé et qui se met à parler des beautés de l’art, pendant qu’elle abandonne sa main entre celles de l’homme.


- Reste à savoir si la volonté d’ignorer est première et si elle est suffisante lorsqu’on veut cultiver « l’espoir de l’espoir ». Ne faut-il pas aussi un désir enraciné dans notre cœur et qui dit : « Je sais bien… Mais quand même »

Thursday, December 21, 2017

Citation du 22 décembre 2017

On sait un latin, ou, plutôt, on fait semblant de savoir un latin, dont la version du baccalauréat est la fin dernière et définitive. J'estime, pour ma part, que mieux vaudrait rendre l'enseignement des langues mortes entièrement facultatif (...) et dresser seulement quelques élèves à les connaître assez solidement, plutôt que de les contraindre en masse à absorber des parcelles inassimilables de langages qui n'ont jamais existé...
Valéry – Variété III, 1936

J’avoue être assez peu passionné par la question de savoir s’il faut ou non apprendre le latin : passe encore qu’on la pose en 1936, mais aujourd’hui ça fait bien longtemps qu’on l’a oubliée et avec la langue dont Valéry disait déjà qu’elle n’avait jamais existé (sic).
En revanche, je suis plus curieux de comprendre pourquoi Valéry dit qu’il suffirait de dresser seulement quelques élèves à les connaître assez solidement, car cela dispenserait la masse de l’apprendre. Est-ce à dire que l’élite permet à la foule de vivre sans souci dans l’ignorance ? Eh quoi ? Si je n’ai jamais entendu parler de Virgile serais-je plus heureux si quelque érudit en connaissait les vers par cœur ? Il faut quand même un minimum de connaissance pour savoir non pas vers qui se tourner pour apprendre, mais bien d’abord qu’il y a quelque chose à apprendre.
Arrivé à ce point de la réflexion on est frappé par l’analogie entre les latinistes de Valéry et … l’usage de l’Internet. On se plaint de ce que les étudiants (et même leurs professeurs !) font du copié-collé dans leurs dissertations sans jamais se demander la signification de ce qu’ils recopient. Un peu comme le fidèle fait ses patenôtres sans savoir pourquoi il les fait, les connaissances qui circulent sur le Net resteraient lettres mortes, sans aucun intérêt pour l’usager des moteurs de recherche. Oui, il y a des cours de physique quantiques donnés en ligne. Et alors ? Si je ne sais absolument pas de quoi ça parle, pire encore : si après les voir lus je n’y ai rien compris, leur existence n’est pour moi d’aucun intérêt. Qu’un virus informatique les dévore : ça ne changerait rien pour moi.

Reprenons le texte de Valéry : malgré ce qu'il en dit, que des potaches puissent traduire leur version latine pour le bac est quand même assez prodigieux : car ils peuvent à partir de là avoir une idée de ce qu’il y a dans les Géorgiques et même comparer le texte latin avec la traduction française et en tirer profit.

Regardez ça : voilà qui fait envie !

Monday, September 04, 2017

Citation du 5 septembre 2017

Tout Etat social a besoin des fictions.
Paul Valéry (Cité par Emanuel Macron dans son interview au magasine Le Point)
Voyez comme sont les gens : toujours à critiquer ! L’interview du Président Macron a donné le vertige à certains commentateurs, obligés qu’ils étaient de lire 20 pages d’un texte dense et qui plus est émaillé de citations. Pourtant parions que ce sont les mêmes qui reprochaient à Nicolas Sarkozy de critiquer la présence de la Princesse de Clèves au programme des lycées.
Ils ne font en disant cela qu’étaler leur paresse cérébrale !  Car si on lit ce texte on constate d’abord qu’il n’a rien d’obscur et en plus qu’il ne comporte que 3 citations. D’ailleurs les passages les plus « filandreux » sont contenus dans les questions des journalistes du Point.
Citation 1
L’essentiel est ailleurs – et déjà dans l’idée contenue dans cette citation, donnée en ouverture par monsieur Macron qui la considère comme fondamentale. La fiction dont parle Valéry est l’idéal dont se nourrit l’imaginaire social, moyen pour la société de stimuler les ardeurs citoyennes, et de mobiliser les énergies en dehors des contraintes de la réalité quotidienne. Ah ! Péguy … Mais je n’oublie pas que le Président Sarkozy, dans son tristement célèbre discours de Latran recherchait lui aussi à donner une transcendance à la France pour réanimer son souffle vital, et qu’il le trouvait dans la spiritualité religieuse. Il faut disait-il un prêtre à côté de l’instituteur.
Voyez vous-mêmes: « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. » Nicolas Sarkozy - Président de la République française - Discours au Latran
Faut-il le dire ? De même que j’ai très mal reçu ce Discours au Latran (1), de même je reçois très mal quelqu’un qui cite ainsi Valéry sans se soucier des inquiétantes observations qu'il était entrain de dégager. Car, n’est-ce-pas, c’est bien  le même Valéry qui après avoir vanté les mérites de la fiction relève que « l’histoire est le produit le plus dangereux… » (à lire ici) ; et lui encore qui dit « Nous autres civilisations nous savons à présent que nous sommes mortelles… » (lire ici)
Ce que tout cela démontre, ce n’est pas qu’il faut se méfier des fictions parce qu’elles n’existent pas dans la réalité ; mais bien craindre ce qui se passe quand on décide de les y inscrire. Or, c'est bien ce à quoi nous invite l'actuel Président de la république française.
------------------------------
(1) De même que la fameuse « Lettre de Guy Môquet » lue dans tous les établissements scolaires de France à la rentrée 2007 sur ordre de la Présidence constitue également un recours au modèle de l’héroïsme.

Je n’insiste pas

Thursday, August 31, 2017

Citation du 31 aout 2017

Clarté du français.
Qui sait si cette clarté n'est point due à la diversité des races en présence sur notre sol. Une population mêlée formerait pour s'entendre un langage moyen. Inverse de Babel. Chez nous Latins et Germains et Celtes.
Paul Valéry – Cahiers (Langage)
Le globish (mot-valise combinant global, « planétaire », et English, « anglais ») est une version simplifiée de l'anglais n'utilisant que les mots et les expressions les plus communs de cette langue. C'est le jargon utilisé par des locuteurs de diverses autres langues quand ils veulent communiquer en anglais.
Art. Wiki.
« Parfois appelée aussi broken English (« anglais hésitant », « mauvais anglais ») ou « anglais d'aéroport », cette langue n'a rien de formalisé, elle se construit spontanément par la pratique. Il est donc difficile de déterminer si tel ou tel exemple d'anglais est du globish ou non. », poursuit Wiki, signalant au passage que cette forme d’anglais n’est surtout pas à recommander, qu’il s’agit d’un anglais « hésitant » voire même  « mauvais ». Même en admettant que le globish soit parfois considéré comme un anglais certes basique, mais suffisant pour soutenir la communication entre hommes de toute nationalité, il n’en reste pas moins qu’on a là une tout autre vision que celle proposée par Valéry.

En effet, suivant Valéry il faudrait se féliciter d’un usage spontané et créolisant de la langue française, comme si une épure de la langue devait en résulter, les différents usages rabotant les ornements baroques dus aux raffinements de la cour de Louis XIV. Un peu comme lorsque des étrangers apprenant difficilement notre langue nous interpellent sur des irrégularités de l’orthographe ou de la grammaire, et qui nous demandent pourquoi donc conservons-nous ces particularités ? Pourquoi disons-nous que « nos genoux sont mous » et non que nos « genous sont mous » ? Après tout n’ont-ils pas eux aussi le droit à la parole en tant qu’usagers de la langue ? Et qu’est-ce donc qu’une langue sinon ce qu’en font ceux qui la parlent ? N’y a-t-il pas un peu de ridicule à légiférer dans le langage ? Je sais bien que le 17ème siècle a connu d’un coté les précieux et leur langage orné et de l’autre l’Académie française qui se chargeait de dire quel était le bon usage (sous-entendu : celui de la Cour) ; mais notre époque qui voit triompher le libéralisme devrait aussi déréguler la langue.

(Sur le parler urbain, voir ici)

Friday, January 06, 2017

Citation du 7 janvier 2017

L'homme n'est jamais moins seul que lorsqu'il est seul.
Cicéron
Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie
Paul Valéry (Cité le 11-01-2006)
Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre.
Pascal Pensées – Fragment 139 (classification Brunschvicg)
Celui qui connaît l'art de vivre avec soi-même ignore l'ennui.
Erasme (Cité le 19-06-2014)

Comme on le voit je suis souvent attiré par la question de la solitude : qu’est-ce qui se passe  quand on est seul d’une solitude stricte, c’est à dire sans âme-qui-vive dans les environs, un peu comme le navigateur solitaire à la barre de son bateau ?
1 – En réalité, on n’est jamais moins seul que quand on est seul. Autrement dit, le rapport à autrui commence avec le rapport à soi-même vu comme représentation de soi et non comme expérience du vécu immédiat. Et cette fréquentation de soi-même est une épreuve où se révèle  le rapport à l’autre dans toute son étendue. Faut-il le rappeler ? Je est un autre disait Rimbaud (1).
2 – Se retrouver seul face à soi même peut être la plus terrible épreuve, car c’est celle de la vérité. C’est ce que dit Pascal, ce qui laisse entendre que la présence des autres est non seulement inessentielle mais surtout qu’elle nous détourne (= nous « divertit ») de l’essentiel, à savoir la reconnaissance de notre misère.
3 – Mais c’est là présupposer une faille, une blessure, dans l’âme humaine. Si seulement nous pouvions nous ouvrir à la création qui fuse de notre esprit, comme le recommande Rimbaud, ne pourrions-nous pas nous émerveiller de ce feu d’artifice jaillissant et nous admirer nous-mêmes dans nos créations ? On reprochera sans doute à cette joie son caractère perversement narcissique. Certes, mais après le jaillissement, vient le moment de la rectification : moment douloureux parfois, mais aussi moment de lutte avec soi-même, où notre propre valeur n’est plus une expérience narcissique, mais un idéal qu’on n’atteindra sûrement pas, mais qui nous servira de repère pour notre marche en avant. Le rapport aux autres peut alors parfaitement être réintégré, comme une variable parmi d’autres de l’évaluation de notre moi.
---------------------------------------

(1) La lettre du voyant (voir ici) ; on y lit que le génie a ceci de particulier qu’il s’étonne lui-même de ses créations, comme si, justement, elles venaient de quelqu’un d’autre.