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Tuesday, March 21, 2017

Citation du 22 mars 2017

Elle a.... insulté mon oreille / Par l'impropriété d'un mot sauvage et bas / Qu'en termes décisifs condamne Vaugelas.
Molière – Les femmes savantes. II, 6
La « clause  Molière » (désignant la capacité d’un travailleur du bâtiment à comprendre et parler le français afin d’exclure légalement les travailleurs étrangers – lire ici) est bien nommée. Car si l’on relit la fameuse scène d’où notre citation est extraite, on voit bien que les situations évoquées par Molière sont très proches de ce qu’on vise aujourd’hui : le mauvais usage du français est là également une raison d’exclure celui qui se révèle incapable de pratiquer correctement la langue française
Je ne saurais mieux faire que reproduire l’extrait de la scène en question (1) :
 (Résumé : Philaminte chasse Martine, sa bonne, parce qu’elle parle mal le français)
Philaminte
Elle a, d'une insolence à nulle autre pareille /Après trente leçons, insulté mon oreille / Par l'impropriété d'un mot sauvage et bas / Qu'en termes décisifs condamne Vaugelas.
[……]
Martine
Tout ce que vous prêchez est, je crois, bel et bon ; / Mais je ne saurois, moi, parler votre jargon.
Philaminte
L'impudente ! appeler un jargon le langage / Fondé sur la raison et sur le bel usage !
Martine
Quand on se fait entendre, on parle toujours bien, / Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.
Philaminte
Hé bien ! ne voilà pas encore de son style ? / Ne servent pas de rien !
Bélise
O cervelle indocile ! / Faut-il qu'avec les soins qu'on prend incessamment, / On ne te puisse apprendre à parler congrûment ? / De pas mis avec rien tu fais la récidive, / Et c'est, comme on t'a dit, trop d'une négative.
Martine
Mon Dieu ! je n'avons pas étugué comme vous, / Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.
Bélise
Quel solécisme horrible !
Philaminte
En voilà pour tuer une oreille sensible.
Bélise
Ton esprit, je l'avoue, est bien matériel. / Je n'est qu'un singulier, avons est pluriel. / Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ?
Martine
Qui parle d'offenser grand'mère ni grand-père ?
Philaminte
O Ciel
[…]

… Martine ? Encore une candidate au charter des sans-papiers !
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(1) Tout comme je l’avais fait il y a … 7 ans et demi !

Wednesday, January 11, 2017

Citation du 12 janvier 2017

- TOINETTE – Que diantre faites-vous de ce bras-là?
  ARGAN – Comment?
  TOINETTE – Voilà un bras que je me ferais couper tout à l'heure, si j'étais que de vous.
  ARGAN – Et pourquoi?
  TOINETTE – Ne voyez-vous pas qu'il tire à soi toute la nourriture, et qu'il empêche ce côté-là de profiter ?
  ARGAN – Oui ; mais j'ai besoin de mon bras.
  TOINETTE – Vous avez là aussi un œil droit que je me ferais crever, si j'étais à votre place.
ARGAN – Crever un œil ?
  TOINETTE – Ne voyez-vous pas qu'il incommode l'autre, et lui dérobe sa nourriture ? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt : vous en verrez plus clair de l'œil gauche.
Molière – Le Malade imaginaire  Acte III  Scène 10
- « Supprimer 500 000 fonctionnaires c’est réaliste mais (c’est en plus) absolument nécessaire : aujourd’hui nos finances publiques sont dans un état catastrophique, il faut réduire la dépense publique et donc diminuer le nombre de postes dans la fonction publique. »
Serge Grouard, député LR et soutien de François Fillon

Lors des vœux pour la nouvelle année, beaucoup ont souhaité à leurs parents et amis de disposer d’une dose d’optimisme suffisante pour affronter les échéances électorales du printemps. Mais est-ce justifié ?
Fidèle à son principe de vérité La citation-du-jour aborde ainsi l’un des concepts le plus surprenant du candidat « Les Républicains » (sic), à savoir la suppression de 500000 postes dans la fonction publique : comment pourrait-on se priver d’un demi-million de fonctionnaires alors que très souvent les services publics brillent déjà par leur absence ? Monsieur Fillon prétend compenser cette saignée par l’augmentation de 35 à 39 heures de travail par semaine (1). Certains contestent ce chiffre mais de toute façon, voilà qu’on dit quand même aux fonctionnaires :
- « Vous êtes le boulet qui tire la France vers le bas. Ne voyez-vous pas que vous tirez à vous toute la nourriture, et que vous empêchez le reste du pays de profiter ? »
Du coup les citoyens pourront en effet profiter d’une baisse d’impôts puisqu’on n’en aura plus besoin pour payer les fonctionnaires, les cantonniers, les infirmières ou les gardiens de prison.
- Houlà ! Voilà la réalité : c’est qu’il faudra payer des vigiles, des places pour nos enfants en écoles privées, des paysagistes pour nos jardins publics et nos ronds points, des postiers salariés par des entreprises privées…
- Ah… C’est vrai, il faudra compenser. Mais vous allez être débarrassés de ces fonctionnaires qui vous incommodent et vous dérobent la nourriture.
Et ça, ça n’a pas de prix !
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(1) 39 heures payées 37, sinon l’opération serait blanche.

Sunday, December 25, 2016

Citation du 26 décembre 2016

Manger est humain, digérer est divin
Charles T. Copland
Monsieur Purgon : « Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours vous deveniez dans un état incurable. (…) Que vous tombiez dans la bradypepsie. (…) De la bradypepsie dans la dyspepsie. (…) De la dyspepsie dans l'apepsie. (…) De l'apepsie dans la lienterie. (…) De la lienterie dans la dysenterie. (…) De la dysenterie dans l'hydropisie. (…) Et de l'hydropisie dans la privation de la vie, où vous aura conduit votre folie. »
Molière Le malade imaginaire Acte III, scène 5

La Citation-du-jour dans son souci de vous prendre là-où vous êtes – au ras des pâquerettes – pour vous mener jusqu’aux cimes les plus élevées, vous propose un ballade depuis l’intérieur de votre estomac jusqu’à la méditation concernant le Souverain Bien.

Digestion I
Nous y voici ! Entre deux réveillons, après les lourdeurs de la bombance d’hier on songe que le pire est peut-être à venir… Nous savons que les lendemains de fête déchantent, parce que l’estomac peine à digérer. Dyspepsie ! Il faut lire Molière pour retrouver la trace des maux qu’on a pu lui attribuer.
Car n’est-ce pas, notre société de consommation nous invite non seulement à bouffer, mais aussi à sur-bouffer et cela sans recourir aux artifices des anorexique qui vomissent afin de ne pas avoir à digérer (croyant imiter ainsi les romains décadents – ce qui n’est soit-dit en passant que médisance). Pouah ! Nous valons mieux que ça !
Et c’est dans ces moments difficiles qui nous nous mettons à philosopher.
- Ah !... Vraiment c’est ce qu’on ne voit ni n’entend qui est le plus important. Quand Willem Reich parlait du silence des organes, quand une eau minérale prenait comme slogan de son efficacité « Mon foie connais pas ! » on soulignait une vérité bien oubliée aujourd’hui : l’essentiel est caché, dans les profondeurs de l’organisme, mais aussi dans les profondeurs de l’Etre. Soyons attentif au secret qui environne les grandes fonctions du corps, et soignons-le en respectant les conditions de ce fonctionnement silencieux : voilà ce qu’on peut faire de mieux pour jouir de la vie. Epicure le disait quand il affirmait qu’on devait éviter les excès qui nous ruinent la santé et qui nous mettent par leur coût dispendieux sous la coupe des riches qui consentent à nous les fournir, mais sûrement pas sans compensations fâcheuses.
- Pour notre réveillon, il faut donc éviter le homard français et le caviar iranien ? Mais alors, que choisir ?

Consultons donc Epicure, le philosophe qui voit dans le plaisir le souverain bien, et écoutons ses leçons : « Ce ne sont pas les beuveries et les orgies continuelles, les jouissances des jeunes garçons et des femmes, les poissons et les autres mets qu'offre une table luxueuse, mais la raison vigilante, qui recherche minutieusement les motifs de ce qu'il faut choisir et de ce qu'il faut  éviter et qui rejette les vaines opinions, grâce auxquelles le plus grand trouble s'empare des âmes. » Epicure – Lettre à Ménécée.

Thursday, July 28, 2016

Citation du 29 juillet 2016

Etre malade, c’est se sentir comme un enfant et comme un vieillard en même temps.
Mathias Malzieu – Journal d’un vampire en pyjama (p. 110)
Ils n'entendent point, et ma sonnette ne fait pas assez de bruit. Drelin, drelin, drelin : point d'affaire. Drelin, drelin, Drelin : ils sont sourds. Toinette! Drelin, drelin, drelin : tout comme si je ne sonnais point. Chienne, coquine! Drelin, drelin, drelin : j'enrage. Drelin, drelin, drelin : carogne, à tous les diables! Est-il possible qu'on laisse comme cela un pauvre malade tout seul ? Drelin, drelin, drelin : voilà qui est pitoyable ! Drelin, drelin, drelin : ah, mon Dieu! Ils me laisseront ici mourir. Drelin, drelin, drelin.
Molière – Le Malade imaginaire, acte I, scène 1

Quelque soit son âge, le malade est un enfant dans la mesure où il manifeste une extrême dépendance : de même que le nourrisson crie et pleure dès qu’il a un besoin, puisqu’il est dans l’impossibilité de le satisfaire par lui-même, de même comme on le voit chez Molière, le malade prend sa sonnette et appelle l’infirmière.
Mais le malade est aussi un vieillard avant l’âge parce qu’il n’est pas seulement dans un état de grande faiblesse ; il est aussi, comme lui, celui qui porte une attention fanatique à son corps souffrant et qui exige de manière tyrannique d’être reconnu dans sa souffrance – et donc d’être ménagé et aidé pour cela. Les vieux se plaignent toujours, non pas parce que ça les soulage, mais parce qu’il attendent en retour qu’on les plaigne et qu’on souffre avec eux par sympathie.
Certains d’entre eux jouent de cette sympathie pour tyranniser leur famille. Tel est le comique de cette citation de Molière : ce malade est bien incommodant d’exiger qu’on coure toute affaire cessante pour le servir ! Devrait-on le prendre en pitié, lui qui n’en a guère pour son entourage dont pourtant il dépend ? D’ailleurs, est-il si fable que cela pour être capable de faire tant de bruit ? Le vrai malade meurt en silence faute d’avoir la force d’appeler.
o-o-o
Peut-être faut-il quand même un peu plus de sérieux pour comprendre cette citation de Mathias Malezieu. Car définir la maladie comme l’état proche de celui de la vieillesse, c’est aussi dire qu’elle nous rapproche de la mort, ou au moins de l’intuition de notre mortalité. Le vieillard est l’homme qui sent à chaque instant la limite de la mort borner son horizon. Doit-il penser à l’été prochain, lui qui ne sait s’il sera encore en vie ?  Doit-il prendre part au le combat politique, alors que les élections sont encore si lointaines ? C’est quand même Pascal qui dans sa Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies, fait de celle-ci l’expérience de l’agonie et de la mort. (1)
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(1) La maladie est « une espèce de mort » cf. texte ici. Et son commentaire .

Wednesday, July 06, 2016

Citation du 7 juillet 2016

La beauté du visage est un frêle ornement, / Une fleur passagère, un éclat d'un moment, / Et qui n'est attaché qu'à la simple épiderme.
Molière. Les Femmes Savantes, Acte III., Sc. VI.
Molière se fait l’écho d’une conception fort connue à son époque, popularisée par la Contre-réforme, celle des Vanités qui ravalent la beauté féminine à un trait superficiel et transitoire, origine du péché et qui doit être mortifié (ci dessous sainte Madeleine se flagellant le sein).

Elisabeth Sirani – Sainte Madeleine au désert
Alors, la beauté ne serait qu’une illusion machinée par le démon pour la perte des fidèles ?
N’y a-t-il pas une contradiction qui consisterait à dire : tout ce que l’on peut voir – y compris la beauté des femmes – est éphémère et donc périssable ; la beauté véritable est invisible, seul l’esprit peut la contempler – raison pour la quelle elle est impérissable 
Cela Platon l’avait détaillé et argumenté il y a bien longtemps (1). Pour lui, de même que tout ce qui est sensible – qu’on peut voir, toucher ou sentir – est sans valeur, de même tout ce qui est éternel est invisible insensible. La peau – nous y voilà – est très belle mais elle ne conserve pas ses qualités : la voici qui avec l’âge, s’épaissit, s’avachit et devient grisâtre. Pouah ! Comment pourrait-on aimer toucher et baiser une peau comme celle-là ! Nos élégantes la font retendre, mais cela ne sert à rien : elle est et elle demeure une vieille peau.
Disons, comme Platon, « tout ce que j’aime est invisible, parce que ça n’existe que dans mon esprit ». Ce que disait avec une force exemplaire Claude Simon dans ce passage :
« Cette interminable chevauchée nocturne n'avait eu d'autre raison, d'autre but que la découverte à la fin de cette chair diaphane modelée dans l'épaisseur de la nuit : non pas une femme, mais l'idée même, le symbole de toute femme. » Claude Simon – La route des Flandres – Citation du 11 mai 2015
Mesdames, laissez tomber toutes les onguents de l’Oréal qui vous coutent la peau des fesses pour entretenir celle de votre visage : rappelez  à votre amoureux que votre beauté, c’est dans son subconscient qu’il doit la chercher, pour l’aimer et la caresser. Et s’il vous rit au nez, mettez-le dehors et cherchez un amoureux philosophe.
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(1) Platon – Le banquet, discours de Diotime, 209e-212a