Saturday, October 22, 2016
Citation du 23 octobre 2016
Wednesday, May 16, 2012
Citation du 17 mai 2012
Saturday, October 16, 2010
Citation du 17 octobre 2010
Dans l'expérience du dialogue […] il y a […] un être à deux […] : nous sommes l'un pour l'autre collaborateurs dans une réciprocité parfaite, nos perspectives glissent l'une dans l'autre, nous coexistons à travers un même monde,
Merleau-Ponty - Phénoménologie de la perception, p. 407 (1)
(Suite du Post précédent)
Ce texte de Merleau-Ponty pour rappeler que le dialogue n’est pas simplement une situation où on partage le temps de parole, pas plus qu’un échange verbal, mais bien la construction d’une « pensée à deux ».
Reprenons :
- Le dialogue n’est pas simplement un partage du temps de parole : on le sait, ce partage peut déboucher sur deux monologues qui se croisent sans jamais se répondre. Je suppose même que l’égalité des deux partenaires du dialogue ne tient pas essentiellement à l’égalité de leur temps de parole.
- A parler rigoureusement le dialogue n’est pas non plus seulement un échange : car on peut aussi bien échanger des arguments sans jamais arriver à un accord avec un adversaire.
- Le dialogue est la création d’une pensée à deux que Merleau-Ponty considère comme formant un seul et même tissu.
C’est que dans le dialogue, mes pensées sont suscitées non par mon interlocuteur, mais par l’état de la discussion : je n'assume pas seulement mes pensées, mais aussi le résultat produit par le dialogue.
Qu’est-ce qui fait que le dialogue soit une expérience si rare ?
Peut-être est-ce une affaire de narcissisme : la pensée-à-deux doit l’emporter sur ma pensée propre pensée, ce miroir où j’aime complaisamment à me mirer.
Reste que si le dialogue véritable est si rare, c’est peut-être aussi parce que peu nombreux sont ceux avec qui on aimerait dialoguer.
Je m’explique : supposez que vous rencontriez une très jolie femme : vous avez envie de lui faire l’amour. Très normal. Mais avez-vous envie pour autant de faire des enfants avec elle ? Pas sûr.
Hé bien pour dialoguer c’est pareil. Que vous ayez un partenaire-dialogue plutôt sympa, tant mieux. Mais il faut en plus qu’il y ait une véritable complicité pour que naisse cette pensée à deux sans la quelle le dialogue n’aboutit pas véritablement.
D’ailleurs l’analogie avec la procréation va plus loin encore, puisque selon Merleau-Ponty, dans le dialogue naît un être à deux – même s’il ne dure que ce que dure le dialogue.
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(1) J’ai honteusement massacré ce texte. Retrouvez-le en bon état ici (vous y trouverez certains passages que je cite dans mon commentaire)
Wednesday, April 14, 2010
Citation du 15 avril 2010
La religion fait partie de la culture, non comme dogme, ni même comme croyance, mais comme cri.
Maurice Merleau-Ponty – Sens et non sens
Que la religion soit l’expression d’une souffrance, ce n’est pas une idée nouvelle. Marx en avait dit autant (voir ceci), même si pour lui elle était plus un soupir qu’un cri. Après tout c’est une affaire de degré.
Par contre, là où Marx voit un effet d’idéologie, qui cantonne la religion au domaine des superstructures soumises aux impératif de l’économie, Merleau-Ponty voit une élément constitutif de la culture. Et ce n’est pas une mince différence.
Si la religion est une idéologie, elle n’a pas d’autonomie ; lorsque les infrastructures changent, les superstructures idéologiques changent également. Pour dire les choses plus simplement, la religion disparaîtra spontanément – comme l’Etat – quand l’ordre communiste aura mis en place la société sans classe. La religion n’ayant d’autre utilité que de consoler l’homme de ses misères terrestres, elle disparaîtra avec l’exploitation de l’homme – comme n’ayant plus de raison d’être.
Merleau-Ponty semble bien avoir ici une autre approche : comme élément culturel, la religion est constitutive de l’humanité. Il peut y avoir différentes religions comme il y a différentes cultures. Mais il ne peut y avoir de cultures sans religions. Quand les portugais ont découvert ce qui allait être le Brésil ils ont été bien étonnés : les indiens Tupis n’avaient selon eux pas de religion, c'est-à-dire par d’églises, par de rites pas de prêtres. Mais les récits des voyageurs de l’époque montrent bien que ce qu’ils n’avaient pas perçu, c’étaient les formes originales prises dans ces cultures indigènes par la religion.
Pour en revenir à la déclaration de Marx, on se rappelle que Staline, irrité que le peuple préfère l’opium de la religion à l’avenir radieux qui lui était promis, a fait fermer les églises.
Mais je crois qu’il avait été comme Marx un peu abusé par son optimisme révolutionnaire : car même dans la société sans classe les hommes continueront à mourir, et ils continueront à préférer l’immortalité.
Friday, March 26, 2010
Citation du 27 mars 2010
Quand Maurice [Merleau-Ponty] est saoul, il veut baiser sur l'heure et adresse ses vœux à 3 ou 4 femmes différentes qui le repoussent - non qu'il déplaise mais il semble trop expéditif – alors il voit rouge et frappe.
J-P Sartre - Lettre au Castor Mardi 18 [printemps] 1948
Ah… L’urgence génitale, que d’excès elle fait commettre…
Nous parlerons ailleurs du cas général des messieurs - ici on se contentera du cas des philosophes (1).
Merleau-Ponty : voilà quelqu’un qui n’a pas la mine réjouie et rubiconde d’un jouisseur (cf. photo jointe) : et pourtant s’il faut en croire Sartre, il connaissait lui aussi l’impériosité du sexe.
Le plus drôle finalement, ce n’est pas que les philosophes eux-même connaissent l’appel de la chair. C’est plutôt que ça leur arrive alors qu'il ont la prétention de dominer leur conduite en l’alignant sur des valeurs qu’ils jugent universelles.
Car voici que Sartre rapporte dans la même lettre les propos de Merleau-Ponty pour justifier son comportement violent : « Après tout, j'ai 43 ans et je suis professeur de morale. Je dois leur enseigner à vivre. » On croit entendre le rire de Sartre au moment où il écrit ça au Castor.
Oui, mais qui donc passait pour être un tyran moral pour ses compagnons de chambrée lorsqu’il était cantonné en 1940 en Alsace ?
(1) « le cas des philosophes » : sans jeu de mot.
Saturday, December 12, 2009
Citation du 13 décembre 2009
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Sunday, July 20, 2008
Citation du 21 juillet 2008
Hokusai et nous (1)
Chaque objet est le miroir de tous les autres.
Maurice Merleau-Ponty – Phénoménologie de la perception
Le point de vue d’Hokusai sur le miroir est légèrement différent de celui de Merleau-POnty ; nous allons voir en quoi.
Le miroir est le point de vue sur le réel qui le reflète non pas tel que vous le voyez, mais tel qu’il le voit. D’ailleurs quand on se regarde dans le miroir, c’est bien pour se voir alors qu’on ne se voit pas dans la réalité.
Cette idée de point de vue propre au miroir a beaucoup excité les imaginations. Que se passerait-il si le miroir devenait le lieu où la réalité se métamorphosait au lieu de se dédoubler ?
Voyez cette estampe d’Hokusai
Voici un tableau très classique de la femme à sa toilette. Habituellement, dans la culture occidentale, c’est l’occasion de dénoncer la coquetterie féminine ; c’est aussi pour l’homme un moyen de satisfaire son voyeurisme avec bonne conscience.
Mais regardez mieux : que voyez-vous dans le miroir ? Justement, voici un visage masculin, qui darde son regard concupiscent sur la nudité qui s’offre innocemment à lui. Ce miroir est-il donc un miroir magique, qui au lieu de refléter le monde environnant ouvrirait une porte secrète sur un autre ?
Mais Hokusai a joué avec notre imagination : cette image masculine n’est que le reflet vu sous l’angle du miroir d’un masque accroché au mur.
Alors que selon Merleau-Ponty chaque objet est le miroir de tous les autres, le miroir véritable selon Hokusai n’en reflète qu’un.
Miroir sélectif. Miroir subjectif ?
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P.S. C'est le 4 août que l'expo Hokusai ferme ses portes au Musée Guimet. Si vous n'y êtes pas encore allé, prenez une loupe, armez vous de patience, et courez y.
Friday, August 17, 2007
Citation du 18 août 2007
Qualité, lumière, couleur, profondeur, qui sont là-bas, devant nous, n’y sont que parce qu’elles éveillent un écho dans notre corps, parce qu’il leur fait un accueil .
Merleau-Ponty - L’œil et l’esprit ch. 2
Nous savions déjà que, pour qu’un paysage existe, il lui fallait un spectateur. Mais on devrait dire la même chose du visible en général : point de visage, point d’objet, point d’attention à la tâche manuelle, sans cette connivence intime qui nous relie à ce que nous voyons. Le monde vu, dit Merleau-Ponty, est l’équivalent interne du monde visible. Qui dira dans quel espace se déploie le paysage peint du tableau ?
Merleau-Ponty conteste ainsi l’espace analytique tel que Descartes l’a conçu dans sa Dioptrique. Voici le texte de Descartes (ch.6) :
« Comme, lorsque l’aveugle, … tourne sa main A vers E, ou C aussi vers E, les nerfs insérés en cette main causent un certain changement en son cerveau qui donne moyen à son âme de connaître, non seulement le lieu A ou C, mais aussi tous les autres qui sont en la ligne droite AE ou CE, en sorte qu’elle peut porter son attention jusques aux objets B et D, et déterminer les lieux où ils sont, sans connaître pour cela ni penser aucunement à ceux où sont ses deux mains. Et ainsi, lorsque notre œil ou notre tête se tournent vers quelque côté, notre âme en est avertie par le changement que les nerfs insérés dans les muscles, qui servent à ces mouvements, causent en notre cerveau. »
L’aveugle a remplacé ses yeux par ses mains, et les rayons de lumière sont devenus des bâtons. La vue résulte normalement de l’entrecroisement de 2 rayons lumineux issus de deux points différents et frappant les 2 yeux en même temps. On a compris que l’aveugle « voit » lorsqu’il « perçoit » par ses mains ou ses bras l’angle formé par les deux bâtons, substituts des rayons lumineux. L’espace de Descartes est celui du géomètre ; la vision est remplacée par l’analyse des propriétés de l’espace, l’étendue de notre monde est devenu un espace euclidien. Dans sa Lettre sur les aveugles, Diderot décrit le cas de Saunderson, professeur de géométrie anglais complètement aveugle, ce qui ne l’empêchait pas de l’enseigner.
L’espace du géomètre est un espace strictement intellectuel : il n’y a pas de place pour un paysage là-dedans.
Thursday, November 02, 2006
Citation du 3 novembre 2006
J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulement d'eau au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !
Rimbaud - Le Bateau Ivre
Quelle différence entre la vraie poésie et les poésies médiocres ?
Je serais tenté de dire qu’avec la poésie le sens nous habite avant que nous l’ayons analysé. Je crois qu’il faut lire Merleau-Ponty pour le saisir cela – et peut-être Heidegger : de même que l’intention de signifier sous-tend et guide l’expression, de même il y a une intuition du sens déclenchée par l’expression poétique, qui sous-tend et guide sa compréhension. On est saisi par le sens avant de l’avoir compris. Si vous ne me croyez pas, lisez ce quatrain, lisez tout le Bateau ivre, lisez tout Rimbaud, tout Baudelaire, etc…
Les mauvaises poésies… Pourquoi en parler, puisqu’elles sont mauvaises ? En plus comme elles sont multiples il nous faudrait des pages et des pages pour en terminer le pitoyable inventaire. Aussi, je me contenterai de pointer une caractéristique de ces ennuyeux poètes, qui montre de quelle façon ils singent la poésie. Ils nous infligent des poèmes faits de trois mots sur une page blanche : « Un mot en moins, disent-ils, est un mot de trop en moins. » C’est qu’ils savent que dans un poème le sens du mot est comme un malle au trésor avant qu’on l’ait ouverte : il est riche de tous les sens à la fois. Alors comme ils ne savent pas faire, ils réduisent les occurrences des mots, pour créer une tension par ces juxtapositions insolites : à charge pour vous, lecteurs, de boucher les trous en fabriquant le sens qu’ils n’ont pas su créer ! Même s’il faut se casser la tête pour y arriver. Do it yourself !
Tout ça pour en arriver à ceci : la poésie, c’est ce qu’il y a de plus simple à lire, parce qu’elle est comme la musique : elle vous prend aux tripes sans qu’on l’ait voulu, sans qu’on l’ait cherché, parfois même quand on ne le voudrait pas.
D’ailleurs, n’est-ce pas l’effet de ces vers du Bateau ivre ?