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Friday, February 08, 2013

Citation du 9 février 2013



Les bêtises qu'il a faites et les bêtises qu'il n'a pas faites se partagent les regrets de l'homme.
Paul Valéry
La bêtise, lieu de la contradiction humaine.
- Si nous résistons à une tentation, en nous une petite voix nous dit : « Tu es bien bête ! N’importe qui à ta place en aurait profité - au lieu de quoi, toi, tu t’es privé. Et pour quel avantage ? Peux-tu me le dire ? »
- Si au contraire nous cédons à cette même tentation, une autre petite voix nous prend à partie : « Comment as-tu pu faire une chose pareille ? Tu devrais avoir honte de te laisser aller à la tentation. »
Cette citation Valéry nous rappelle que, si la conscience morale nous donne des remords d’avoir commis une faute quelconque,  il y a aussi en nous une tendance à la  jouissance égoïste qui ne se laisse pas réduire au silence, et qui crie très fort quand nous refusons de suivre son penchant.
D’où la question : vaut-il mieux avoir des remords que des regrets – ou bien l’inverse ?
Exemple ?
J’ai eu l’occasion de faire une bonne affaire sur le dos d’une personne crédule. Je ne l’ai pas fait parce ma petite voix m’a dit : « Tu ne dois pas ! ».
Maintenant, je me dis : « Tu es bien bête ! Si tu l’avais fait, tu aurais pu financer les études de tes enfants au lieu de les envoyer trimer à l’usine dès 14 ans ! Tu avais aussi des devoirs de père de famille ! »
En moi, l’intérêt personnel et la rigueur morale se prennent aux cheveux, chacun accusant l’autre de stupidité.
--> Nous sommes dans un dilemme : quoi qu’on fasse, ce sera mal supporté.
Certains diront que le cas est bien connu : entre l’éthique de responsabilité et l’éthique de conviction (voir ici) il n’y a pas de conciliation possible. Toutefois, remarquons que faire des bêtises nous laisse à l’étage en dessous – je veux dire qu’on ne prend en compte ici que ses effets psychologiques. Il ne s’agit pas ici de considérer des valeurs ni leur insertion dans le monde, mais simplement de constater ce qui se passe en  nous quand nous cédons – ou ne cédons pas – à quelque action réprouvée par la morale ou les coutumes sous le nom de « bêtises ».

Thursday, July 12, 2012

Citation du 13 juillet 2012


Toute activité orientée selon l'éthique peut être subordonnée à deux maximes totalement différentes et irréductiblement opposées. Elle peut s'orienter selon l'éthique de la responsabilité ou selon l'éthique de la  conviction.
Max Weber, Le Savant et le Politique (1919)
L’un des dilemmes irritants de la morale consiste dans cette opposition entre deux manières différentes de choisir : l’une qui repose sur la considération des valeurs (en amont de l’action) ; l’autre sur celle du résultat (en aval de celle-ci).
On a vu hier que Kierkegaard s’en tenait au choix d’agir selon des valeurs (éthique de la conviction), sans tenir compte du résultat (éthique de la responsabilité), parce que l’important est dans la psychologie de l’agent moral. Mais si l’on veut bien entrer dans l’opposition de Weber (1), on voit bien qu’elle est intimement liée à toute action politique – et en particulier à celle d’aujourd’hui. Car le débat du jour (à l’intérieur de la droite) est celui-ci : « Vaut-il mieux vaut perdre sans l’extrême droite que de gagner avec elle ? (morale de la conviction) – ou inversement doit-on dire : l’important c’est de gagner et peu importe comment » (morale de l’efficacité).
Ce qui est important, c’est de remarquer qu’on a affaire à un choix qui est d’abord moral et pas seulement politique. J’admets bien sûr que ceux qui affirment que « l’important c’est d’arriver au pouvoir et peu importe avec qui », sont des gens qui font une carrière politique et non de moraliste.
Mais il ne faut quand même pas croire que tous ceux qui mettent en avant l’efficacité politique soient des petits machiavels, dénués de tout sens moral. Beaucoup d’entre eux ne veulent pas évacuer complètement la question des valeurs. Ils disent : « Oh, ces gens-là (= ces électeurs d’extrême-droite avec qui  nous faisons alliance) ne votent pas selon des valeurs ; ce sont seulement des protestataires : ils ne votent pas pour – ils votent contre. » ; mais ils sont obligés de compléter : « Nous, qui avons des valeurs nous allons les aider à les découvrir. » D’ailleurs les débats qui agitent la recomposition des partis de droite en France s’intitulent : Débats sur ce que sont nos valeurs.
Alors, puisqu’il y a morale, il y a forcément dilemme. Le dilemme consiste donc à dire : ou bien j’affirme la pureté de mes valeurs, mais alors mon action échouera forcément à les réaliser complètement ; ou bien je vise l’efficacité de mon action, mais alors je trahis peu ou prou mes valeurs.
Ou bien le tout ou rien ; ou bien le moins mal possible. De toute façon on ne peut quitter le domaine de la valeur, parce qu’une politique sans valeurs c’est le cynisme.
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(1) Texte à lire ici

Wednesday, July 11, 2012

Citation du 10 juillet 2012


On ne jouit bien que de ce qu’on partage.
Madame de Genlis – Les mères rivales



[Extrait du livre de madame de Genlis, reproduit par Googlebooks ici]

Il faut lire la citation « développée » (ici : le fac-simile) pour comprendre son intérêt.
C’est en effet une opinion générale qu’on ne puisse jouir de quoi que ce soit sans le partage. Et on nous recommande d’y voir une expression de la charité chrétienne, voire même de l’amour du prochain. « Partagez, mes frères, car c’est en vous détournant de vous-mêmes que vous vous retrouverez le mieux. » Etc…
Moi qui ai horreur des sermons et des sermonneurs, j’apprécie beaucoup madame de Genlis – du moins ce qu’elle écrit ici.
Car, voilà la vérité : nous voulons partager pour être approuvé, c’est donc une expression non de la générosité, mais de l’amour-propre (1).
On pourrait encore juger mon ravissement comme une exagération, parce qu’on est en fin de compte en présence d’un avertissement rappelant La Rochefoucauld : tout altruisme est en réalité le déguisement d’un égoïsme. Communiquer nos pensées serait alors une sorte de générosité narcissique, mais qui ne consisterait pas à dire : « elles sont tellement belles, mes pensées, que je ne peux sans pécher les garder pour moi seul ». Mais bien : « regardez comme elles sont belles, ces pensées ! Et dites-moi que vous m’admirez de les avoir produites. »
Oui, c’est vrai. Reste que madame de Genlis ajoute : ce plaisir [du partage] est le seul sentiment utile produit par l’amour-propre. Parce que, quand même, ce partage produit quelque chose de positif en nous permettant de penser avec les autres et non de rester limité à soi-seul.
Même ce que je fais par égoïsme peut être justifié moralement si son résultat est souhaitable. Ça c’est du pragmatisme ! (2)
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(1) Madame de Genlis connaissait Rousseau. On peut admettre qu’elle donne à l’« amour-propre » le sens qu’il lui confère : amour de soi.
(2) Nous sommes dans le cas de la distinction entre éthique de la responsabilité et de l’éthique de la conviction de Max Weber. Cf. ici

Sunday, March 11, 2012

Citation du 12 mars 2012


Aux mains de l'individu, la force s'appelle crime. Aux mains de l'Etat, la force s'appelle droit.
Max Stirner
L’État consiste en un rapport de domination de l'homme sur l'homme fondé sur le moyen de la violence légitime (c'est-à-dire sur la violence qui est considérée comme légitime).
Max Weber – Le savant et le politique (voir ici)
On retrouve ici l’idée de Max Weber : l’Etat détient le monopole de la violence légitime. La police a des armes que le citoyen ne doit pas détenir, elle peut le priver de sa liberté, crime puni par la loi quand c’est l’homme du peuple qui le commet.
Mais Stirner va plus loin que Weber : l’usage de la force par l’Etat ne constitue jamais un crime. Le crime c’est faire ce qu’on n’a pas le droit de faire, et semble-t-il, l’Etat a tous les droits (dès lors qu’il en a la puissance).
On a déjà ici même (1) affronté ce problème et nous l’avons tranché en affirmant qu’il existait une légitimité que l’Etat perd quand il fait usage de la force au-delà de certaines limites – même quand il reste dans les bornes de ses lois. Autrement dit, il y a un droit supranational, auquel même les Présidents, mêmes les Rois doivent se plier.
Ce n’est pas très nouveau : Montesquieu disait que la différence entre les rois et les despotes était que les premiers devaient se soumettre à des lois fondamentales – religieuses de son temps, énoncées par les droits de l’homme de nos jours ; quant aux seconds, ils n’admettent pour loi que leur bon vouloir.
Je crois que c’est là tout ce qu’il faut savoir pour définir la tyrannie, y compris de nos jours : que le Grand timonier dise : je suis celui qui guide le peuple donc là où je parle, parle le peuple ; là où le peuple parle par ma voix, parle la loi.
Idem pour le Guide suprême : je suis celui qui révèle la volonté de Dieu – qui doit être la seule loi des hommes – donc c’est en Son Nom que je gouverne.
- Variante : Je suis celui qui parle au nom d’Angela – là où je parle, Elle parle.
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(1) On peut se reporter au Post référencé plus haut.

Thursday, February 16, 2012

Citation du 17 février 2012


On peut dire qu’il y a trois qualités déterminantes qui font l’homme politique: la passion; le sentiment de la responsabilité; le coup d’œil.
Max Weber, Le savant et le politique, 1919
On serait tenté d’ajouter : la caractéristique de l’homme politique tient à ce que, en lui, ces trois qualités se complètent les unes les autres.
Vérifions :
1 – La passion – On l’a déjà signalé hier : cette passion peut être ou bien celle du pouvoir, ou bien celle d’un idéal à réaliser, ou bien celle des richesses à acquérir par ce moyen. Nous n’y reviendrons pas, sauf pour nous demander si ces passions peuvent se « marier » avec les autres qualités déterminantes qui font l’homme politique.
2 – La responsabilité – Voilà ce qui est l’essentiel pour le politicien : s’il ne persuade pas ses électeurs qu’il est un homme responsable, alors il n’est plus rien. La triste affaire DSK nous a montré ce qui arrive quand on ne préserve plus au moins l’apparence de la responsabilité (j’allais écrire : de la respectabilité, mais c’est que justement les deux vont ensemble).
3 – Le coup d’œil – Surprenant, n’est-ce pas ? On ne songerait pas spontanément à mettre au nombre des qualités du politicien cette forme d’intuition, ainsi que l’audace qui va avec (car il faut avoir le courage de faire, et pas seulement voir ce qu’il y a à faire). Mais rappelons-nous du « kairos » de la sagesse grecque qui désigne l’art de saisir le moment opportun pour agir.
A ce compte, que dire de nos gouvernants ?
Notre–(bouillant)–Président nous a montré qu’il n’hésitait jamais à agir, mais on a vu aussi que son action, parfois précipitée, parfois contrainte à des rétractations brouillonnes, n’a pas eu les effets escomptés. Les grecs complétaient justement le kairos par une autre qualité du sage : la prudence (phronèsis), qui ne relève pas de la simple précaution, mais qui est une forme de sagacité qui nécessite une bonne connaissance de la situation dans laquelle on va agir. Agir avant de savoir ce qu’est le contexte, et c’est l’échec assuré.
Concluons :
Les trois qualités dont parle Weber doivent être équilibrées. C’est essentiel, car ceux chez qui la passion domine ne sauraient être ni sagaces, ni prudent, ni responsables.
Oui, mais, dites-moi : qui donc se mêlerait de faire de la politique sans la passion dévorante du pouvoir ?