Showing posts with label ¤ Mauriac. Show all posts
Showing posts with label ¤ Mauriac. Show all posts

Monday, July 12, 2010

Citation du 13 juillet 2010

Le moyen qu'ils choisissent pour échapper au réel : terrorisme, amour, érotisme, drogue, aventures

Mauriac – Journal 2, 1937

Le vice appelé Surréalisme est l'emploi déréglé et passionnel du stupéfiant image.

Louis Aragon – Le Paysan de Paris

La drogue a trois effets :

- D’abord elle produit une jouissance.

- Ensuite elle détourne du réel.

- Enfin elle crée une dépendance (ce qu’on nomme de nos jours addiction).

Retenons de la citation de Mauriac deux idées :

- La première, c’est que la drogue a pour fonction principale de nous détourner du réel. C’est bien ce que nous pensons aujourd’hui encore, quand nous disons que sa consommation est l’indice d’une désespérance.

- La seconde, c’est que la drogue n’est qu’un moyen parmi d’autres d’obtenir ce résultat, et que de ce point de vue la drogue ressemble au terrorisme, à l’amour, à l’érotisme, aux aventures.

Sur le premier point, voilà ce qui devrait nous faire réfléchir : si, dans la drogue on ne condamne que l’addiction, on fait bon marché de ses autres effets : plaisir et irréalisme.

--> Que le plaisir soit un puissant moteur de notre vie, ça va de soi. Mais, qu’on le trouve trop facilement et trop puissamment, et voilà le moteur qui tombe en panne. Seulement, ce n’est pas le cas uniquement avec la drogue : qu’on se rappelle des délices de Capoue (1).

--> Quant à l’irréalisme, on se doute bien qu’une fois qu’on y est entré on ait du mal à en sortir. Je me rappelle des jeux de rôles dont la passion avait saisi la jeunesse il y a 10 ou 15 ans. « Catastrophe ! disait-on alors : ces jeunes croient d’avantage à la réalité des sorciers et des murs de feu, ils ne savent même plus que les études et le travail les attendent. » « Certains (disait-on encore) vont jusqu’à déprimer, voire même se suicider quand leur personnage est tué ».

Seulement – et ce sera le second point – on oublie (tout comme Mauriac) de citer l’art et la création artistique comme moyen d’échapper à la réalité en engendrant un autre monde, un mode fait de poésie, de musique, de couleurs et de formes. Toutes ces créations sont autant de refuges (et autant de jouissances) pour ceux dont l’âme ne peut se contenter du réel, et qui ne se contentent pas non plus des paradis artificiels.

Et c’est cela que nous rappelle Aragon.

Qu’il évoque à ce propos le stupéfiant image ne signifie d’ailleurs pas que certains – dont Baudelaire – n'aient pas hésité à cumuler les hallucinations de la drogue avec les transports poétiques.


(1) À lire par ceux qui auraient oublié leur culture classique.

Monday, July 13, 2009

Citation du 14 juillet 2009

Dans bien des cas, la patrie aura été défendue par des «sans-patrie», et abandonnée par des «patriotes»

Mauriac – Bâillon dénoué. (1945)

Autrefois, la Patrie qu’on célèbre en ce 14 juillet était ce sans quoi on ne pouvait réellement vivre. La terre où étaient ensevelis les ancêtres était en même temps le terreau des nouvelles générations. On ne pouvait l’emporter à la semelle de ses souliers, et les apatrides étaient des hommes sans droit, presque sans existence. Au point que la Charte des Nations Unies a cru nécessaire de garantir le droit imprescriptible pour chacun d’avoir une nationalité.

Or, comme le rappelle Mauriac, pendant l’occupation les vrais patriotes, ceux qui ont défendu au péril de leur vie l’intégrité du territoire national, ont été aussi les apatrides, des gens chassés de leur pays, expatriés de force et déchus de leurs droits. Des gens qui avaient choisi la France comme pays des libertés contre l’oppression, d’où qu’elle vienne.

Si on me permet la licence de glisser de la patrie à la nation, alors on me permettra aussi de rappeler la conférence de Renan Qu’est-ce qu’une nation ? où il affirme que c’est l’adhésion à une communauté qui la constitue : L'existence d'une nation est (…) un plébiscite de tous les jours… (Lire la suite ici)

L’existence des sans papiers rappelle aujourd’hui celle des apatrides d’hier, même si bien entendu, il y a des nuances à apporter. Mais la problématique reste la même:

- D’abord il faudrait rappeler que notre civilisation s’est construite sur une idée du droit qui est universelle et qui donc ne suppose pas des conditions de race, de religion, de naissance pour exister. Ce qui ne paraît pas si évident vu des dunes de Calais.

- En suite que, si nous suivons Renan, nous devrions dire que nous sommes tous des sans papiers, c'est-à-dire que chacun de nous doit les mériter, en adhérant activement aux valeurs de la République.

--> Pour faire court : quand on a dit qu’il faudrait passer un examen de français (pourquoi pas une dictée ?) pour avoir un permis de séjours, alors, là, je me suis dit qu’il faudrait poser la même condition à tous les français.

Ça va nous faire de la place…

Tuesday, April 21, 2009

Citation du 22 avril 2009

Autrefois, le chemineau faisait horreur ; le saltimbanque était méprisé : les sédentaires se jugeaient supérieurs aux errants. Aujourd'hui, l'homme immobile regarde l'homme bolide écraser sa volaille et disparaître dans une poussière de gloire.

François Mauriac – La Province, p.55 (1964)

La vitesse : voilà qui faisait encore rêver en 1964. Il y avait de la gloire à soulever la poussière de la route, quitte à écraser les poules.

Aujourd’hui, 45 ans plus tard, plus de poules sur le bord de la route, plus de poussière soulevée, plus de vitesse pour cause de réchauffement climatique, mais aussi plus de rêve.

Quand le Concorde a été mis au rancart, a-t-on regretté un avion qui volait à mach 2 ? Pas du tout : ce n’était plus alors qu’un bel oiseau.

Où sont donc les petits MG, et les Aston-Martin des années 60 où se pavanaient les play-boys de l’époque ?

1960 !... Années bénies où pour être marginal il suffisait de rouler en Coccinelle (qui planait à 110 Kms heures) ou en Deuche.

Plus de rêve… Ou peut-être, d’autres rêves ?

Qu’est-ce qui fait rêver les jeunes aujourd’hui ? Il ne m’appartient peut-être pas de répondre à cette question, mais j’ai bien le droit de la poser.

La voiture qui fait rêver aujourd’hui a des performances qui se mesurent en grammes de CO2 au kilomètre. Les super-ordis, les baladeurs MP3 qui font des perfs high-tech sont aussi ceux dont le recyclage est garanti, et dont la fabrication n’a pas contribué à détruire la forêt amazonienne.

Ne croyez pas que les quinquas qui courent après ce qui fait Bling-Bling soient dans le coup. Les jeunes, eux, ils savent que la mode, c’est de relier leur Rolex à des capteurs photovoltaïques.

Ça c’est tendance.

Thursday, May 22, 2008

Citation du 23 mai 2008

Ce n'est pas la mort qui nous prend ceux que nous aimons ; elle nous les garde au contraire et les fixe dans leur jeunesse adorable …; c'est la vie qui dissout l'amour.

François Mauriac – Le désert de l'amour

Il est vrai que Mauriac parle ici plus particulièrement de l’amour, mais pour une fois il me semble que le couple amour/mort est moins pertinent que celui de jeunesse/mort :

– Vous voulez rester jeune ? Mourez jeune.

Il y a des paradoxes qui se dissipent en même temps qu’ils nous apparaissent : celui-ci en est un. Reste à comprendre ce qui se passe.

Pour dire les choses d’une façon un peu abrupte, il faudrait affirmer que l’éternité est celle du souvenir, et que rien d’autre de ce qui est humain n’est éternel. Nous serons à jamais – si toute fois nous accédons à cette forme d’éternité – cette image que les autres auront fixée de nous, et qu’ils transmettront aux autres générations. Si cette image est celle d’un jeune être qui n’a pas eu le temps de vieillir, alors c’est elle qui sera « à tout jamais » notre image.

Deux observations :

1 – D’abord on a un peu ici l’idée du péché mortel, celui qui scelle notre destin post-mortem dès lors que nous mourons juste après l’avoir commis et avant de nous en être repentis. Nous resterons pour l’éternité définis cette faute qui nous a damné.

2 – Ensuite, on comprend vite que le souvenir que nous laisserons derrière nous n’a guère de chance de survivre à nos enfants, au mieux à nos petits enfants. Vous avez le souvenir de votre arrière grand-mère, vous ?

Conséquence : si vous voulez être immortel, laissez des œuvres qui vous incarnent : Homère avec l’Iliade, Michel Ange avec la Sixtine, etc…

Oui, mais alors, la jeunesse ? Ce n’est pas mon œuvre que je veux immortelle, c’est MOI, moi JEUNE !

C’est très simple : créez une œuvre géniale très jeune et puis disparaissez à 20 ans, comme Evariste Gallois.

Vous avez passé l’âge ? Pas grave : attendez votre prochaine réincarnation.