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Monday, December 11, 2017

Citation du 12 décembre 2017

Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer.
Marx 11ème thèse sur Feuerbach
Il vient une heure où protester ne suffit plus, après la philosophie, il faut l’action.
Victor Hugo

Voilà donc ce qu’on reproche souvent aux philosophes : ils parlent, parlent à perte de vue, et ils ne font rien pour changer le monde. Quand Marx, bientôt relayé par Victor Hugo,  fait cette remarque (nous sommes en 1845), les soulèvements populaires sont pour bientôt, et les barricades vont pouvoir s’ériger sous la pression …
Sous la pression de qui au fait ? N’oubliez pas Gavroche chantant sur les barricades avant de tomber sous les balles « C’est la faute à Voltaire… C’est la faute à Rousseau ».



Delacroix – La liberté guidant le peuple (détail)
Il s’agit d’une représentation d’une des journées appelées « Trois glorieuses » de la révolution de 1830 à Paris 
On pense couramment que le jeune garçon figurant sur ce tableau aurait donné à Hugo l’idée de son petit personnage

--> Si les philosophes sont aussi impuissants que ça, alors à quoi bon gâcher une cartouche pour les faire taire ?
Nous nous questionnons : d’où vient la force qui va changer le monde ? Des canons (1) ? Des gains de prospérité économique ? Des progrès de la science ? Attention, la réponse doit être réfléchie car si nous choisissons une voie et nous y lançons, autant qu’elle mène bien là où nous voulons aller.
Alors c’est ici que les philosophes réapparaissent : car, pour explorer la voie choisie pour révolutionner le monde, il faut naviguer sur des flots de concepts vers des rivages jamais abordés. Il faut être un aventurier de l’avenir, et ça, les philosophes savent faire !
Ne reprochons pas aux philosophes de ne pas pouvoir changer le monde : leur seul défaut est de prétendre savoir le faire. Par contre écoutons-les quand ils nous font partager leur lucidité quant aux gains et aux pertes aux quels nous allons aboutir en bouleversant les rapports sociaux aux noms de valeurs nouvelles.
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(1) Madame Véto avait promis / De faire égorger tout Paris / Mais son coup a manqué / Grâce à nos canonniers. (Ecouter ici)

Saturday, September 23, 2017

Citation du 24 septembre 2017

Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c'est exiger son bonheur réel. Exiger qu'il abandonne toute illusion sur son état, c'est exiger qu'il renonce à un état qui a besoin d'illusions.
Marx – Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel (1843)
Et si rien n’avait changé depuis que Marx écrivait ces lignes ? Sans doute, la régression de la religion (du moins de la religion comme fondement du pouvoir politique – Cf. Marcel Gauchet) est-elle effective dans nos démocraties ; mais on devrait aussi regarder avec un peu plus de circonspection le comportement de nos partis politiques. Comment expliquer que des marchands d’illusions se soient infiltrés au premier rang de ceux qui ont de l’influence en politique ? A quoi tient donc l’extrême popularité de ceux qui promettent que tout est possible, à condition – par exemple – de faire « payer les riches » ?
Aujourd’hui on dit que les idéologies ont disparu, que leurs vastes et impressionnantes constructions sont en ruines et que plus personne ne s’intéresse à ce qui va arriver après- demain. Mais regardez : qu’est-ce qui soutient nos tribuns, nos démagogues, nos bateleurs, tous ces charlatans ? N’est-ce pas le désir si fort enraciné dans le cœur des hommes qui veulent à tout prix qu’il y ait une solution à chacun de leur problème ?

Je me rappelle encore le lendemain de l’élection de François Hollande, en 2012, combien  certains d’entre nous étaient stupéfaits de voir élu un homme dont les promesses étaient si peu réalistes ; au point de se dire que personne ne croyait réellement que l’homme qu’ils venaient d’élire serait capable d’en réaliser la moitié. Mais qu’importe ? Plutôt que d’élire celui qui promet « Du sang, de la sueur et des larmes », élisons celui qui promet mille ans de bonheur.

Tuesday, May 30, 2017

Citation du 31 mai 2017

L'émancipation de la classe ouvrière doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes
Karl Marx – Statuts de l'Association l’internationale des Travailleurs (1)
La pratique de la non-mixité est tout simplement la conséquence de la théorie de l’autoémancipation
Christine Delphy – La non-mixité : une nécessité politique (lire ici)


La polémique sur le festival afroféministe NyansapoComment lutter contre le racisme des blancs en imposant une séparation entre race blanche et race noire ?

Aux origines de la polémique sur le festival afroféministe Nyansapo il y a cette règle posée par les organisateurs : certains ateliers du festival seraient réservées aux femmes noires ou « racisées » - la manifestation devant avoir lieu à Paris, la maire Anne Hidalgo a demandé son interdiction (on lira le détail ici).

Comme sur ce Blog c’est moi le patron, je dirai sans plus de précaution que ce principe de non-mixité est mauvais, car il m’apparait soit comme le symptôme d’un être qui souffre et qui cherche un lieu où se protéger, soit comme la volonté de désigner comme hostile une catégorie d’êtres (les hommes ; les blancs ; les chrétiens – ou les musulmans, etc.). Vous êtes un homme ? Inutile de le dire : on a reconnu en vous le phallocrate, le bad guy qui, comme Donald T., « attrape les femmes par la chatte » Vous avez la peau blanche ? Vous voilà ipso facto colonialiste – voire esclavagiste ; vous être un chrétien ? Vous voilà démasqué ! Vous êtes un croisé, avide de tuer ou de martyriser les musulmans. Vous êtes  une femme et on est en période de Ramadan ? Vous voilà impure et source de souillure.
J’entends bien les justifications honnêtes (je veux dire non fanatisées) qui mettent en avant un pouvoir qu’on a toujours rendu impossible pour tel ou tel groupe persécuté : la non-mixité est bonne lorsqu’elle est choisie librement par ceux qui en sont d’habitude victime – comme moyen de se mettre à l’abri des oppresseurs. Et rien d’autre : lorsque Rosa Parks lutta contre la ségrégation dans les bus, ce n’était sûrement pas pour qu’on invente des bus interdits aux blancs (de fait ça existait déjà… à l'arrière des bus). En revanche, lorsque dans certaines villes, on propose que dans les métros des wagons soient réservées aux femmes pour les mettre à l’abri des incivilités ou des agressions des hommes, je dirai : pourquoi pas ?
– Mais seulement faute de mieux !
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(1) A la suite d'un meeting internationaliste de solidarité avec la Pologne tenu à Londres, décision sera prise de fonder la première internationale ouvrière. Marx écrira ses statuts provisoires, définitivement approuvés en septembre 1871, à la conférence de Londres de l'Association Internationale des Travailleurs.

Sunday, May 21, 2017

Citation du 22 mai 2017

Une vision partagée agit comme une boussole et contribue à donner du sens au travail. Collectivement, l'entreprise a la connaissance, il s'agit de la révéler.
Synargies – Créateur des sens et d’agilité
Ce sont les hommes qui font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font.
Marx (Repris par Raymond Aron)
Hier Charles-Henri se préparait à conquérir le pouvoir – tout seul ou avec une équipe de fidèles. Mais n’aurait-on pas oublié au passage ceux pour qui ce pouvoir serait exercé ?
Soyez-en sûr : quelque méchant opposant va se lever et s’adresser ainsi aux parents du petit Charles : 
« - Et le peuple bordel ? C’est lui qui est le pouvoir légitime, le Président n’en est que le dépositaire provisoire. Ce qui veut dire que non seulement il devra le rendre dans 5 ans, mais encore qu’il devra l’exercer dans l’intérêt de la collectivité. Vous les bourgeois, vous avez un peu tendance à l’oublier, mais les gens eux, ils s’en souviennent : c’est le peuple qui est l’origine et la fin du pouvoir politique. Hier vous n’avez imaginé que le moyen de faire de Charles-Henri le nouveau Président ; mais vous avez oublié de lui apprendre l’art de gouverner avec sagesse – c’est-à-dire dans l’intérêt du peuple. »

Au secours les coaches ! Vous n’auriez pas quelque chose à répondre à ces contradicteurs ?
- Une vision partagée agit comme une boussole et contribue à donner du sens au travail. Collectivement, l'entreprise a la connaissance, il s'agit de la révéler.
Bon : on va biffer « entreprise » et mettre « pays » (ou « « nation » - si vous insistez). Mais quand même : subtil le coach, n’est-ce pas ?
Mais ? J’en vois qui se grattent la tête et qui arborent une mine désolée : « C’est tout ce que vous avez trouvé à répondre à ces Insoumis ? Mais ça ne va pas : ils vont nous tailler en pièce et dire en plus qu’ils ont le droit et le devoir de le faire ! »
Allons, les Gens : ne vous désolez pas. Lisez plus attentivement le message : « Collectivement, le pays a la connaissance (du sens à donner à l’action), il s'agit de lui révéler »
C’est là que notre coach – qui a lu Raymond Aron, intervient : « Les gens savent bien qu’ils triment dur, mais ils ne devinent pas pourquoi : disons-leur que c’est pour gagner plus et qu’avec ça ils feront le bonheur de leurs enfants : ils seront volontaires pour travailler encore plus dur ! »
Voilà ce que doit apprendre votre petit Charles-Henri : avec ça il sera Président de la République en 2037 !

Voilà – vous me devez 10000 euros de consulting »

Sunday, May 14, 2017

Citation du 15 mai 2017

Avec l’automation, qui est à la fois le secteur le plus avancé de l’industrie moderne, et le modèle où se résume parfaitement sa pratique, il faut que le monde de la marchandise surmonte cette contradiction : l’instrumentation technique qui supprime objectivement le travail doit en même temps conserver le travail comme marchandise, et seul lieu de naissance de la marchandise.
Debord – La société du spectacle (1967), 2 – § 45
Nous sommes en 1967 : les ordinateurs personnels n’existent pas encore, les robots sont des machines de laboratoire ou de fiction ; on ne possède pour en parler que le terme d’« automation », qui définit une théorie étudiant les conditions permettant « l'exécution totale ou partielle de tâches techniques par des machines fonctionnant sans intervention humaine. » (Dictionnaire)
Reste un problème, encore théorique en 1967 mais dont on devine déjà qu’il sera pressant dans un proche avenir : on vend des marchandises pour réaliser un profit ; or la production par des machines ne permet pas de faire de profit, puisque seul le travail humain produit une plus-value (Comme dit Guy Debord, la force de travail est la seule marchandise qui soit le « lieu de naissance de la marchandise »).

Cette thèse était pour les marxistes la preuve que le capitalisme succomberait un jour à ses propres contradictions. Debord, plus circonspect la définit comme une contradiction à surmonter (sans doute au sens hégélien de dépassement dans une synthèse (1)).
Bien sûr la thèse de Marx suppose qu’on admette que les machines ne produisent pas de plus-value, ce qui, étant donné les conditions actuelles du marché, et loin de se vérifier. Mais il y a quand même une urgence à reprendre la question posée par Guy Debord : c’est celle de la quantité – et surtout de la qualité – de travail dévolu aux machines. Il y a trop de bras devenus inutiles du fait de la mécanisation, et ces inemployés ont trop de bouches à nourrir. Si les machines continuent à se multiplier – et donc si contre la théorie elles continuent de produire du profit – alors on ne pourra jamais en freiner l’expansion, et il faudra bien un jour nourrir des gens inemployés non parce que l’économie est mal gérée mais au contraire parce qu’elle est gérée rationnellement.
Que faut-il faire devant ce chômage structurel ? Compter sur le progrès qui a jusqu’à maintenant toujours produit des tâches nouvelles qui échappaient aux machines ?
Ou s’orienter vers le malthusianisme, c’est-à-dire limiter le nombre d’homme à nourrir, sachant que la production des machines ne serait pas affectée par cette diminution de la population ?
Ou encore considérer que les biens produits ne sont plus à vendre mais à distribuer – ce qu’on anticiperait par le revenu universel ?
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(1) Sur l’aufhebung hégélien voir ici

Monday, April 03, 2017

Citation du 4 avril 2017

Dieu a rendu le travail et le repos, comme le jour et la nuit, alternatifs pour l'homme: la rosée du sommeil, tombant à propos avec sa douce et assoupissante pesanteur, abaisse nos paupières.
Milton – Le Paradis perdu (1667)
L’homme doit être occupé de telle manière qu’il soit rempli par le but qu’il a devant les yeux, si bien qu’il ne se sente plus lui-même et que le meilleur repos soit pour lui celui qui suit le travail.
Emmanuel KANT, Réflexions sur l’éducation, 1776-1786 (Texte à lire ici)

Le poète et le philosophe sont d’accord : celui qui ne travaille pas n’a aucun droit à se reposer. Aucune allocation ne doit ni ne peut suppléer à ce défaut, et le chômeur est considéré comme étant en activité tant la recherche de travail suffit à remplir son emploi du temps (nos candidats à la Présidence le disent : que le chômeur qui ne recherche pas de travail soit privé de ses allocations et devienne chômeur du chômage…)

On comprend que le repos soit entendu comme quelque chose qui dépasse le simple délassement du corps, la simple réparation des fatigues, car tout dépend de la nature des fatigues en question : il y a le bon repos qui succède aux fatigues du travail, et puis l’autre, celui qui délasse le corps fourbu par des activités de loisir. Courir un marathon ou s’épuiser sur un dancefloor, cela fatigue énormément, mais cela ne donnera pas la satisfaction du sommeil après une journée de travail. Ainsi, la psychologie du travailleur est-elle un état d’équilibre, oscillant entre fatigue et repos, et nulle inquiétude, nul remord, nulle angoisse ne vient perturber le sommeil. L’homme laborieux est aussi un homme bienheureux, car ses malheurs ne viennent pas de lui.
D’ailleurs les adeptes de l’allocation universelle prennent appui sur ce bonheur pour dire que l’allocation en question ne supprimera pas le travail, puisque celui-ci sera toujours recherché et pratiqué pour cet état bienheureux qu’il procure. Du coup, l’aversion pour le travail devient une énigme que ne peut résoudre que la théorie de l’aliénation : c’est parce qu’il est dépossédé de son travail  que l’homme est également dépossédé de lui-même. Entendez « dépossédé de son travail » non comme signifiant qu’il en est dépourvu, mais bien qu’il ne peut décider de son contenu et de sa réalisation, qui appartient à son employeur, l’entrepreneur capitaliste.
« Il (le travailleur) n’est lui-même qu’en dehors du travail et ne travaille pas par désir mais uniquement par contrainte pour satisfaire ses besoins extérieurs au travail. La preuve, c’est que dès que la contrainte disparaît, le travail est fuit comme la peste. Le travail n’est donc plus le travail de l’ouvrier mais d’un autre et donc l’ouvrier dans son travail ne s’appartient plus lui-même. » écrit Marx dans le Manuscrit de 1844 (lire ici).

Du coup, pour le travailleur aliéné même le repos est aliéné : il est celui de l’animal sans conscience qui doit récupérer pendant la nuit pour recommencer à labourer tout le jour.

Le sommeil du prolétaire est loin de tomber sur ses paupières comme une rosée