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Monday, November 23, 2015

Citation du 24 novembre 2015

Je souhaite que toute vie humaine soit pure, libre et transparente
Simone de Beauvoir

Ethique de la transparence : morale qui reconnait la pureté et la liberté comme valeurs. Ce qui est transparent est dans l’authenticité  la plus totale. Est-ce vrai ? (1)
Définissons d’abord :
Transparence, c’est quand ce qui est caché devient visible parce que le voile qui le masquait s’est aminci et que l’intérieur est devenu lumineux. La peinture a repris ce thème bien des fois (ici même, le 14 avril 2009, voir la blouse transparente de Matisse), mais à chaque fois avec l’idée de créer du mystère là où la vision directe ne serait que banalité sans profondeur. Mais il y différentes sortes de transparences : comparons sur un thème commun celle du peintre et celle du photographe.


Magritte – Homage to Mack Sennett / Photo – anonyme

Bien sûr, l’œuvre de Magritte suscite l’étonnement : même transparente, cette robe ne peut pas laisser voir les seins de la femme qui l’a déposée dans cette penderie et puis qui s’en est allée. Il faudrait un miracle ! Par contre la jeune fille porte un chemisier qui laisse voir ses tétons, avec un peu plus de transparence qu’on ne s’y attendrait.
Origine de la transparence :
Dans les deux cas on sens l’influence du fantasme : la transparence est en réalité comme la projection d’un désir sur une réalité. Ah ! Si seulement ce chemisier me laissait voir ce qu’il cache ! Mais remarquons en même temps que cette image ne se borne pas à montrer le réel, elle montre le désir qui se moule sur lui. C’est pourquoi elle doit donner à voir et cacher en même temps : trop évident et c’est la réalité crue qui apparaît et non l’objet du désir qui est toujours absent (2). Certes la robe de Magritte ne cache pas grand chose, mais on peut supposer qu’elle correspond intégralement au fantasme du voyeur qui regrette que la femme qui vient d’enlever cette robe ne soit plus là…
o-o-o
Revenons à notre question : la transparence est-elle signe d’authenticité ? Certes, car elle est la seule à révéler que le réel n’est jamais sans rapport avec notre désir.
Mais pour la pureté, on repassera !
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(1) Pour mémoire, cette phrase de Rousseau : « Quiconque a le courage de paraître ce qu’il est, deviendra tôt ou tard ce qu’il doit être. » Rousseau - Lettre à Sophie d'Houdetot, citée le 24 juin 2006

(2) La photo est un peu décevante : trop visible à droite, mais pas assez à gauche ; c’est un difficile équilibre !

Saturday, April 25, 2015

Citation du 26 avril 2015

Blanches sérénités de l’océan des formes, / Quelquefois je vous veux, sous les muscles énormes, / Géantes & crevant le moule de mes mains.
Albert Mérat  - Le sonnet des seins (L’Idole – 1869)
Vous trouverez en annexe le sonnet en entier, mais l’ensemble de ces poèmes dédiés à l’Idole est à lire ici.
Oui, cher lecteur : à moins que vous n’ayez le cerveau embrumé, vous aurez compris que ces « blanches sérénités », ces « formes géantes » que moulent les mains du poète, ce sont … les seins d’une belle Idole.
Ces vers emberlificotés et archaïsants du poète parnassien ne sont-ils que des formes poétiques banales et convenues ? Certes non, et leur lecture ne nous trompera pas longtemps : il s’agit bel et bien de fantasmes et rien ne pourrait d’avantage nous le prouver que ce passage cité ici, où les seins crèvent le moule des mains du sculpteur qui prétendent en pétrir la pâte pour en faire une copie. Rien ne peut les emprisonner, comme le montre ce tableau de Magritte :


René Magritte - Homage To Mack Sennett, 1934
Oui, cette idée que les seins se voient là même où ils ne devraient que se deviner est très courante. Mais voilà que notre poète est plus fort que les fantasmeurs courants : c’est qu’il prétend faire l’aveugle et découvrir par le toucher ce que les yeux ne pourraient voir. Mais ce n’est pas tout ! Voici que l’aveugle, en posant ses mains sur les seins de sa belle amie, les révéle totalement – non pas banalement par contact, mais en déclenchant leur puissance éruptive.
Va-t-on dire que l’éruption en question se produit quelque part dans le corps de l’aveugle, et qu’on transfère l’effet à la cause ? Pourquoi pas ? C’est une métonymie, procédé rhétorique courant, qu’on ne doit pas s’étonner de trouver dans un poème parnassien.
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LE SONNET DES SEINS
L’éclosion superbe & jeune de ses seins / Pour enchaîner mes yeux fleurit sur sa poitrine. / Tels deux astres jumeaux dans la clarté marine / Palpitent dévolus aux suprêmes desseins.

Vous contenez l’esprit loin des rêves malsains, / Nobles rondeurs, effroi de la pudeur chagrine ! / Et c’est d’un trait pieux que mon doigt vous burine, / Lumineuses parmi la pourpre des coussins.

Blanches sérénités de l’océan des formes, / Quelquefois je vous veux, sous les muscles énormes, / Géantes & crevant le moule de mes mains.

Plus frêles, mesurant l’étreinte de ma lèvre, / Vers la succession des muets lendemains, / Conduisez lentement mon extase sans fièvre.

Albert Mérat  - L’Idole 1869

Wednesday, May 22, 2013

Citation du 23 mai 2013



Oh ! les premiers baisers à travers la voilette !
François Coppée (1)
Bonjour – Vous êtes encore là les jeunes ? Alors je reprends mon étude du baiser.
Rappelez-vous : il s’agissait de savoir quel type de baiser peut posséder ce pouvoir de transcender la caresse en produisant la fusion immatérielle de deux âmes.
Coupant court aux scabreuses fantaisies qu’on a évoquées hier, Maupassant cite François Coppée : le baiser dont nous parlons peut fort bien être simplement un baiser donné à travers la voilette.
A travers la voilette… Bizarre quand même : mes tentatives pour imaginer la scène échouent totalement. Heureusement, Maupassant à une expérience de la chose qui lui permet de voir et de sentir ce genre de baiser et, en nous ouvrant les portes de son imagination, il nous montre comment ce baiser peut bien être comme nous le disions hier « l’absolu de la caresse ».
Poursuivons donc la lecture entamée hier de Maupassant (c’est toujours tante Collette qui parle) :
Réfléchis. Il fait froid dehors. La jeune femme a marché vite, la voilette est toute mouillée par son souffle refroidi. Des gouttelettes d'eau brillent dans les mailles de dentelle noire. L'amant se précipite et colle ses lèvres ardentes à cette vapeur de poumons liquéfiée. Le voile humide, qui déteint et porte la saveur ignoble des colorations chimiques, pénètre dans la bouche du jeune homme, mouille sa moustache. Il ne goûte nullement aux lèvres de la bien-aimée, il ne goûte que la teinture de cette dentelle trempée d'haleine froide.
    Et pourtant nous nous écrions toutes, comme le poète :
Oh ! les premiers baisers à travers la voilette !
La puissance érotique du premier baiser sublime tout – même le dégout de la voilette imbibée de vapeur de poumons liquéfiée…
Bref : si on laisse de côté ce détail, alors on a le tableau de Magritte, et on comprend pourquoi il représente un comble de l’érotisme (2).

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(1) François Coppée… Que ceux qui confondraient encore le poète de la fin du 19ème siècle et le fougueux politicien d’aujourd’hui le sachent : la prochaine fois ils auront à recopier quelques-uns de ses poèmes : punition sévère, mais juste.
Quant à savoir qui était François Coppée (1842-1908), je me contenterai de reproduire cet extrait de sa biographie par l’Académie française :
François Coppée a prononcé le discours sur les prix de vertu le 16 novembre 1893. En 1898, il entra dans la politique militante à l'occasion du procès célèbre [de Dreyfus] ; il défendit par la plume et par la parole, avec une généreuse ardeur, les institutions militaires, religieuses et sociales qui étaient attaquées avec violence, et il fut l'un des fondateurs de la Ligue de la Patrie Française dont on le nomma président d'honneur.
... Après tout, notre Jean-François est peut-être un descendant du poète ?   
(2) Comme on le voit sur cette image, on aurait éventuellement là un usage sensuel du niqab – sauf que l’érotisme exige des trou-trous dans les vêtements.

Sunday, May 13, 2012

Citation du 14 mai 2012

Le meilleur miroir ne reflète pas l’autre côté des choses.
Proverbe japonais

[J’emprunte cette illustration de Magritte à l’extraordinaire article-Blog de Wodka (sic ?) « Jeu de miroirs » : à ne pas manquer !]

Qu’est-ce qu’un miroir ? Réponse : un objet qui duplique l’apparence de la réalité. Comme tel on ne peut s’attendre à ce qu’il nous révèle la face cachée des choses – comme par exemple : à quoi nous ressemblons vu de dos. Et c’est si vrai que Magritte prend le contrepied de cette évidence pour créer de l’étrange dans le banalement quotidien.
Et donc la question n’est pas tant de savoir si le miroir reflète plutôt l’apparence ou plutôt la profondeur de choses, mais bien de savoir quel point de vue s’y retrouve. Dans ce Post consacré à Hokusai (et à Merleau-Ponty),  je soulignais que tel est le jeu des miroirs : faire varier le champ de notre perception en nous déplaçant à volonté selon l’endroit où auront été placés les autres miroirs.
C’est donc par erreur que le Proverbe cité aujourd’hui affirme qu’on ne peut trouver dans le miroir que ce qu’on connait déjà : n’importe qui sait bien que pour se coiffer l’arrière de la tête, il suffit d’avoir un second miroir, et le tableau de Magritte n’est paradoxal que parce qu’il n’y a qu’un seul miroir.
Mais si le proverbe japonais laisse entendre qu’il y a une face cachée des choses (un peu comme il y a une face cachée de la lune), c’est peut-être parce que quand même nous aurions plusieurs miroirs ou même des caméras vidéos, nous ne saurions nous voir comme les autres nous voient, c’est-à-dire comme si nous étions en dehors de nous-mêmes.
On dira que les vidéos (webcams entre autre) nous livrent notre image redressée, exactement comme si nous étions en face de nous-mêmes.
Mais quand je me vois ainsi (sur l’écran de mon ordi) j’ai l’impression d’avoir un étranger devant moi, quelqu’un qui n’est pas moi, et dont les gestes sont imprévisibles (1) – tant est dominante l’expérience de l’image inversée dans le miroir.
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(1) Exemple : prendre un objet qui est là, à ma droite : immanquablement en guidant mon geste sur l’image qui est devant moi, je pars vers ma gauche.

Thursday, October 07, 2010

Citation du 8 octobre 2010

Une combinaison de la femme et du poisson est une sirène, et la forme d'une sirène se fait aisément accepter. Mais une vivante sirène est-elle possible?

Valéry – Variété II, 1929

La sirène, monstre fabuleux et symbole hermétique, sert à caractériser l'union du soufre naissant, qui est notre poisson, et du mercure commun, appelé vierge

Fulcanelli, Demeures philosophales,

Homère et les écrivains classiques ne nous disent rien de l'aspect des Sirènes. Ce sont leurs commentateurs qui nous apprennent qu'elles ont un corps d'oiseau et une tête de femme

Lavedan

Magritte III

Que savons-nous des Sirènes ? Mélange de femme et d’oiseau ? Ou de femme et de poisson ? A moins que ce ne soit plutôt de poisson et de vierge ?

Bon. On ne va pas compliquer à l’excès : tenons-nous en à la tradition connue : la Sirène est un mélange de femme et de poisson.

Mais dans quelle proportion et de quelle façon ? Tant qu’à faire d’avoir une femme coupée en deux (1) autant savoir si c’est le haut ou le bas qui doit rester féminin.

Et en effet : dans la femme que préférez-vous ? Le haut ou le bas ?

Je ne doute pas que chacun ait déjà la réponse mais préfère la garder dans les replis secrets de son âme…

A moins que comme les Danois, vous préfériez ne pas choisir et vous offrir une Petite Sirène avec deux queues et donc encore deux jambes…

La Petite Sirène – Port de Copenhague

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(1) La femme coupée en deux…. Nous avions eu déjà l’occasion d’évoquer le film de Chabrol, et l’affiche de Miss.Tic

Wednesday, October 06, 2010

Citation du 7 octobre 2010

O le désespoir de Pygmalion, qui aurait pu créer une statue et qui ne fit qu’une femme!

Alfred Jarry – L’Amour absolu

Magritte II

A force de seriner tout le temps les mêmes anecdotes, on finit par s’en lasser et par les raconter à l’envers, histoire de les renouveler.

Ainsi de Pygmalion et de sa statue Galatée, qui obtint de Vénus la grâce de la métamorphoser en femme véritable à la quelle il s’unit.

- Par exemple on peut imaginer que Pygmalion soit la statue et Galatée le sculpteur :


Paul Delvaux - Pygmalion

- Ou alors, on pourrait dire que c’est plutôt le contraire dont il aurait fallu rêver – que Pygmalion créât une statue mais que la grâce qu’il demandât fut qu’elle restât de marbre ? C’est du moins ce que suggère notre citation-du-jour.

Mais Jarry passe un peu à côté de l’essentiel. Galatée n’est pas une femme comme une autre : c’est une femme qui est juste à la mesure du désir de l’homme. Autrement dit, elle est un pur fantasme, un rêve qui aspire à devenir réalité.

Seulement voilà : le fantasme est un désir, et comme tel il ne peut jamais s’inscrire tout à fait dans la réalité. Que Pygmalion ne trouve que dans sa statue la femme qu’il peut aimer d’un amour fou s’explique non seulement parce que les femmes de Chypre sont des abominables salopes (voir ici), mais encore parce que seule l’œuvre d’art peut donner consistance à son désir-de-femme.

Oui mais, l’œuvre d’art est aussi une métaphore de la distorsion qui sépare le fantasme de la réalité : Galatée reste de marbre, tant qu’Aphrodite ne vient pas l’animer.

C’est ainsi que Magritte représente le mythe de Pygmalion en saisissant non pas le moment où Galatée s’anime, mais celui où Pygmalion la crée.

Exit la déesse, et exit surtout le miracle de la métamorphose – d’où le titre de son œuvre : La tentation de l’impossible.

René Magritte – La tentation de l’impossible

Tuesday, October 05, 2010

Citation du 6 octobre 2010

Tant qu'il y aura des yeux reflétant les yeux qui les regardent ; tant qu'une lèvre répondra en soupirant à la lèvre qui soupire ; tant que deux âmes pourront se confondre dans un baiser, il y aura de la poésie !

Gustavo Adolfo Bécquer – La Poésie est éternelle

Tableau de Magritte : Les amants (1928)

Magritte I

Ceux qui lisent de temps à autre ce Blog le savent : je n’aime rien tant que donner dans la poésie bien sirupeuse, bien sucrée, pour en souiller le rose bonbon… Reste de stade anal mal rééduqué ? Peut-être.

Mais avouez que Gustavo Adolfo Bécquer, il y va fort. Passe encore pour la définition de la poésie – mais pour l’exemple donné : le baiser, fusion de deux âmes, ça fait beaucoup…

D’où, ce tableau de Magritte qu’on dirait fait exprès pour répliquer à notre poète.

Laissons de côté l’aspect contradictoire de ce baiser qui ne peut fusionner quoique ce soit, parce qu’il est contraint de filtrer au travers de deux voiles.

On peut donner deux interprétations de ce tableau :

- la première se contente de dire que les baisers – surtout les baisers à la colombe – sont absolument anti-hygiéniques.

Un exemple de cette interprétation dans ce souvenir personnel : un jour j’ai été accidenté, jambe cassée et opérée en urgence. L’anesthésie dans ce cas consiste en une péridurale qui endort la jambe, mais laisse parfaitement conscient de tout le reste.

Une infirmière arrive en cours d’opération : elle a le masque de tissu réglementaire en milieu stérile. En entrant elle rencontre une copine infirmière comme elle, masquée comme elle : elles se font la bise, ou plutôt le masque de l’une embrasse le masque de l’autre. Un baiser parfaitement aseptique – nul doute qu’on pourrait suggérer ça à notre ministre de la santé qui se retrouve avec un stock inimaginable de masques anti-grippe.

- La seconde interprétation est plus sérieuse. Elle prend l’exact contre-pied de notre citation. Dans le baiser en apparence le plus fusionnel on ne trouve que l’assouvissement du désir qui ne cherche dans la bouche baisée qu’un objet de jouissance, et qui ne livre rien de l’âme du « baiseur ». Dans le baiser, on reste donc dans l’anonymat de la pulsion, ce que symbolisent ces voiles qui masquent les visages des amants de Magritte.

D’ailleurs ce genre de baiser ne se donne que les yeux fermés.

Sunday, July 19, 2009

Citation du 20 juillet 2009

L'esclavage humain a atteint son point culminant à notre époque sous forme de travail librement salarié.

Bernard Shaw - Bréviaire d'un révolutionnaire


Magritte – Pour faire diminuer la durée du travail – Projet d’affiche pour la Centrale des ouvriers du textile de Belgique, 1938.


Ne comptez pas sur moi pour revenir sur les 35 heures et sur le dimanche chômé : j’ai déjà beaucoup donné, et ça finirait pas lasser.

Non, je préfère la plongée dans le passé historique, ce lointain passé dont nous avons du mal à croire qu’il ait jamais existé et qui revendiquait l’avenir radieux des congés payés et de la diminution du temps de travail.

C’était un temps où les gens croyaient qu’ils étaient sur terre pour autre chose que le travail, et qu’une vie de farniente, de pétanque et de chaise longue serait le bonheur sur terre.

Magritte a réalisé cette affiche en 1938, alors qu’il était encore membre du parti communiste belge. Comme beaucoup de surréalistes, il croyait alors que le Parti communiste allait faire la révolution dont il rêvait.

Ils n’avaient pas tout à fait compris et l’information qu’en l’URSS, on fêtait les héros du travail, Stakhanov et compagnie, ne les avait pas encore touchés.

Ce qu’ils n’avaient pas compris – que nous avons fort bien intégré – c’est que l’important n’est pas de travailler plus ou moins, mais de savoir pourquoi on travaille.

Nous on sait : c’est pour gagner plus.

Merci Président !

Thursday, July 16, 2009

Citation du 17 juillet 2009

Cette évocation de la nuit et du jour me semble douée du pouvoir de nous surprendre et de nous enchanter. J’appelle ce pouvoir la poésie.

René Magritte – Cité par le Musée Magritte de Bruxelles


- Ci-contre : Magritte: L’empire des lumières (1954)


Pour ceux qui croient que peinture figurative et réalisme vont de paire, l’œuvre de Magritte ne peut qu’être salutaire. Si la peinture devait reproduire ce que la réalité nous présente, elle n’aurait réellement aucun intérêt.

Contre cette croyance, Magritte et son fameux secret. La peinture a pour rôle de faire éclater, de rendre évident le secret des choses. Non pas pour le dissiper. Mais bien au contraire pour nous faire prendre conscience de son existence.

Mais souvent, comme ici, ce secret qui recèle la poésie du monde résulte de la juxtaposition de ce qui ne se voit que séparément. Ainsi de la maison plongée dans la nuit sous le ciel de midi.

- De quel secret s’agit-il ? Si on pouvait le dire ce ne serait plus un secret. Et d’ailleurs Magritte refuse obstinément de commenter ses propres toiles (1).

Le philosophe (2) prendra le risque de dire que le secret, c’est la réalité elle-même débarrassée de son vêtement utilitaire. L’artiste est celui qui dira que la porte jaune n’a pas la même taille selon la manière dont elle est éclairée, qu’il voit le dessus de la table vertical sans que la bouteille posée dessus ne tombe ; et que son imagination lui permet de coller ainsi la maison nocturne sous le ciel bleu.

Platon méprisait la peinture la considérant comme le reflet d’une apparence. Le peu de réalité conservé par l’apparence disparaît dans sa représentation. C’est ce que la modernité refuse : il y a dans l’apparence une réalité supérieure qui se donne à voir pour qui sait voir. C’est ce qu’on a appelé la surréalité.


(1) Notez que c’est le propre de la plupart des artistes, qui à l’encontre des romanciers, refusent d’expliquer leurs œuvres, laissant les critiques prendre ce risque.

(2) Nous pensons à Bergson.

Sunday, October 22, 2006

Citation du 22 octobre 2006

Le coup claque comme un col du fémur dans une salle de bains de général en retraite.
San Antonio

San Antonio est la Maître de la métaphore, ainsi qu’en témoigne cette citation. C’est une des raisons de son succès, et de l’intérêt des universitaires pour son œuvre.
Il y a plusieurs critères qui permettent d’évaluer une métaphore, et nous prendrons notre inspiration chez Paul Ricœur (1).
Ce qui frappe avant tout dans cette métaphore, c’est son caractère insolite : l’écart entre les deux termes de la comparaison est tel que nous ne pourrions imaginer la fin de la phrase si jamais il venait à manquer. C’est là une caractéristique de ce qu’on peut appeler une métaphore vive, par opposition à la métaphore morte. La force de la métaphore, c’est d’être surprenante dans la mesure où elle est neuve, inouïe au sens propre du terme ; mieux : c’est d’être enchâssée dans le texte comme si elle était née avec lui. Pas de métaphore vive sans l’acte créateur qui manifeste la présence d’un auteur, de sa vie et de son horizon ; et pas de métaphore vive sans changement, évolution, construction d’un contexte qui l’amène et qui l’exige . La métaphore morte en revanche est celle qui provient de la tradition, de la culture ; bref, c’est un cliché. A la limite on ne sait même plus qu’il s’agit d’une métaphore (ex : le pied de la chaise).
Alors on peut à présent dégager les limites de la métaphore chez San Antonio. On a l’impression que l’insolite prime dans le choix de celle-ci, comme si c’était une fin en soi. Or le rôle de la métaphore est de créer un contexte neuf qui alimente ou crée du sens (1). La «salle de bains de général en retraite » ne fait pas sens ici, c’est le moins qu’on puisse dire ; on serait même plutôt du coté du procédé des surréalistes, du genre : le verre d’eau et la parapluie associé à la phrase « Les vacances de Hegel » (2).
Bien entendu il nous manque pour en juger véritablement le contexte sans le quel aucune métaphore ne peut être véritablement jugée : il faudra nous reporter à l’œuvre.
L’intérêt véritable des citations n’est-il pas de nous conduire à lire les œuvres dont elles sont extraites ?


(1) Paul Ricœur - La métaphore vive - Le point - Seuil
(2) Voir commentaire de l’œuvre de Magritte du 19 mars.