Tuesday, April 25, 2017
Citation du 26 avril 2017
Monday, May 16, 2011
Citation du 17 mai 2011
Tout n'est pas politique, mais la politique s'intéresse à tout.
Nicolas Machiavel
Tout n'est pas politique, mais la politique s'intéresse à tout : faut-il dire Tant mieux ! ou bien faut-il dire Hélas ! ?
Déjà, on pourrait se dire qu’il est bizarre que la politique s’intéresse à tout, y compris à ce sur quoi elle n’a pas prise.
Que les amoureux se réconcilient après s’être brouillés, que les enfants soient mignons et intelligents, que l’herbe de nos pelouses soit verte et qu’elle sente bon le foin quand on l’a tondue : voilà ce que les politiques ne peuvent faire, mais il est pourtant très important qu’ils soient attentifs à ce que ça arrive.
Tout ce qui échappe à la politique, c’est la vie privée avec tout ce que ça comporte d’individualité et de choix personnels. Mais pourtant nous, nous qui sommes les vrais gens, nous ne nous intéressons à la politique que parce que nous croyons que ça va avoir un effet bénéfique sur notre vie privée. Voyez l’indifférence générale à propos de la politique étrangère : que m’importe que Kadhafi ou que Bachar el-Assad massacrent leur peuple – ce n’est pas ça qui fera gagner des élections (1). Si Barak Obama peut tirer un bénéfice de l’exécution de Ben Laden c’est parce que le peuple américain le considérait comme une menace d’attentats sur le territoire Américain – surtout quelqu’un qui a humilié les américains, tous, un par un.
On fait parfois grief à Machiavel d’être cynique et de donner à penser que les Princes qui nous gouvernent n’ont qu’un seul but : garder le pouvoir. Mais nous devons aussi comprendre qu’ils ne le peuvent qu’avec notre complicité. On veut croire à la Providence (dont on disait il y a peu qu’elle fait bien mal les choses) incarnée par tel ou tel candidat et c’est ainsi qu’elle fait retour sur le devant de la scène à chaque campagne électorale (2).
La politique s’intéresse à tout parce qu’il faut faire croire aux électeurs qu’on est avec eux dans la proximité – quand bien même ça supposerait de « tâter le cul des vaches ».
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(1) Ni qu’on fait de l’Audimat dans les J.T.
(2) J’avais terminé ce billet quelques jours avant que survienne l’extraordinaire affaire DSK. Si on trouve normal que les hommes politiques fassent quelque chose pour que la vie privée des citoyens soit la meilleure possible, en revanche on tombe à la renverse quand on s’aperçoit que leur vie privée à eux peut interférer avec leur vie publique.
Alors, maintenant pour chaque élection il va falloir éplucher le passé de chaque candidat, non seulement pour savoir s’il n’a pas une maladie mortelle, s’il n’a pas spolié les biens d’une riche veuve, ou encore fraudé le fisc, mais en plus il faudra savoir s’il ne tripote pas les petites filles dans les coins sombres ?
On n’en finit plus…
Friday, December 10, 2010
Citation du 11 décembre 2010
Il perd, celui qui sait ce qu'il va faire s'il gagne. Il gagne, celui qui sait ce qu'il va faire s'il perd.
Machiavel
Modernité des classiques 3 –
Je supposerai que Machiavel a voulu dire : Il perd, celui qui ne sait rien d’autre que ce qu'il va faire s'il gagne. Il gagne, celui qui sait aussi ce qu'il va faire s'il perd.
Pourquoi ne l’a-t-il pas écrit alors ? D’ailleurs, a-t-il seulement écrit cette phrase ?
Sans doute, mais je dois l’avouer : j’ai trouvé cette citation de Machiavel sur la page d’un site boursier où elle apparaissait comme une maxime de prudence – ce qui n’est pas forcément une garantie d’authenticité.
On pensera sans doute que Jérôme Kerviel aurait évité bien des tracas s’il avait gardé en mémoire ce sage conseil. Mais il serait réducteur de ne considérer Machiavel que comme celui qui, du fond de son 16ème siècle, a su anticiper le trading. Les messages de Machiavel sont toujours aussi des messages politiques – ou plutôt : des messages aux politiques.
Une anecdote que ne connaissent pas nécessairement ceux qui lisent ce Post en dehors de nos frontières. Quand François Fillon (notre actuel premier ministre) fut éjecté par le Président Chirac du gouvernement en juin 2005, il déclara : « Jacques Chirac a fait de moi un directeur de la campagne [de Nicolas Sarkozy] avant l'heure ». Faut-il rappeler que Sarkozy était alors l’ennemi politique des chiraquiens ?
Si Fillon savait aussi bien ce qu’il allait faire après son échec (à rester au gouvernement), ne doutons pas que tous les ministres qui ont été récemment éjectés du pouvoir l’ont également anticipé.
Les moins dangereux d’entre eux se sont faits avocats d’affaire et recyclent leur carnet d’adresse dans des activités de lobbying. Les autres sont en train de fonder leur club politique pour pourrir la vie de Notre-Président ...
Sunday, July 04, 2010
Citation du 5 juillet 2010
[César Borgia utilise Messire Ramiro de Lorca, un "homme cruel et expéditif, auquel il donna les pleins pouvoirs"]
Comme il [César Borgia] avait conscience que les rigueurs passées avaient engendré quelques haines contre lui, afin de purger le coeur de ces populations et de se les gagner en tout, il voulut montrer que si une certaine cruauté avait eu lieu de se manifester, elle n'était pas de son fait, mais celui de la nature cruelle de son ministre [Ramiro de Lorca]. Sur ce il saisit la première occasion, et à Cesena un matin il le fit couper en deux sur la grand-place, avec un billot de bois et un couteau sanglant à ses côtés. La férocité d'un tel spectacle rendit la population à la fois contente et stupide.
Machiavel, Le prince, ch.7 (trad.T.Ménissier)
Nous sommes un certain nombre de citoyens à hocher la tête en nous posant une question : puisqu’il faut économiser l’argent public, pourquoi ne supprime-t-on pas les ministres ?
En effet, nous avons remarqué que Notre-Président, du fait de son hyper-pouvoir, était en réalité à l’origine de tout ce que font les ministres – du moins tout ce qu’ils font de bien, étant entendu que leur autonomie se limite à commettre des gaffes, des erreurs, parfois des indélicatesses. On aurait tout à gagner de leur disparition en les remplaçant par quelques hauts fonctionnaires qui dans leurs bureaux se grattent les fesses d’ennui en attendant l’heure de la retraite.
Mais voilà : Notre-Président a lu Machiavel et il a compris sa leçon : il faut, pour faire passer des mesures très impopulaires, pouvoir en faire porter la responsabilité à des ministres, et puis ensuite donner satisfaction au peuple en les révoquant (1). Ainsi de la réforme des retraites, du gel des salaires et autres joyeusetés que l’été qui arrive recèle encore dans ses flancs.
Le Président doit en effet pouvoir du même geste prouver qu’il n’est pas responsable des réformes quant elles sont désagréables, et en même temps qu’il peut entendre le cri du peuple souffrant pour lui rendre justice.
– Ça, c’est de la politique !
Que ceux qui sont encore sceptiques se demandent pourquoi on nous annonce un remaniement ministériel pour cet automne – et pourquoi le ministre du travail qui fabrique la réforme des retraites à grand coup de machette doit être conservé malgré toute une batterie de casseroles accrochées à ses basques. Le virer maintenant, quel gâchis !
(1) Bien sûr, la coutume barbare de les couper en deux a disparu depuis la révolution française. Mais on la garde sous le coude : on ne sait jamais…
Friday, July 24, 2009
Citation du 25 juillet 2009
Ce n'est pas l'or, ce sont les bons soldats qui sont le nerf de la guerre. L'or ne fait pas trouver de bonnes troupes, mais les bonnes troupes font trouver de l'or.
Machiavel – Discours sur la première Décade de Tite-Live II x p.538
Vous savez à quoi me fait penser cette citation de Machiavel ? A ces déclarations de l’état major français, dans les années 30, affirmant que les machines de guerre que sont les tanks et les avions ne remplaceraient jamais les fantassins. Et de construire la ligne Maginot pour arrêter les hommes mais sûrement pas les bombardiers de la Luftwaffe…
On comprend bien sûr que Machiavel, si perspicace quand il s’agit de pouvoir politique soit si limité par la compréhension des mécanismes de la guerre : c’est que la politique – ou plutôt les hommes qui en font – n’a pas tellement changé de nature, alors que la guerre a connu des mutations énormes liées au progrès technique.
Mais en même temps, on voit bien que si les armées modernes misent tout sur la machine et les techniques, dans le même temps elle s’appuie de moins en moins sur les hommes.
Dès lors que la nature du terrain restreint le champ d’action des machines de guerre, les armes les plus puissantes du monde en viennent à battre en retraite devant une poignée de farouches guerriers qui n’ont que leur kalachnikov à leur opposer. C’est bien ce qui s’est passé dans la guerre du Vietnam, et c’est se qui passe encore aujourd’hui dans la guerre contre les Talibans.
Où sont les G.I.s capables de ramper le couteau entre les dents pour aller égorger les montagnards qui leur tirent dessus depuis un piton rocheux ?
Le jour où l’or investi pour faire la guerre effacera les montagnes et les vallées reculées, il sera en effet le nerf, l’unique nerf de la guerre.
Remarquez : ce jour est arrivé depuis le 6 août 1945 à Hiroshima…
Saturday, June 13, 2009
Citation du 14 juin 2009
Une guerre est juste quand elle est nécessaire.
Machiavel
Le bac de philo pointe son nez à l’horizon, et je n’ai même pas trouvé de revue donnant les sujets qui vont tomber : faut-il que la philosophie ait cessé d’intéresser les jeunes…
Je vous propose tout de même pour vous préparer à l’examen, un des poncifs de la philosophie-au-bac, un des sujets de dissert archi convenu en philosophie morale et politique :
- Y a-t-il des guerres justes ?
Il pourrait bien tomber celui-là ? Vous croyez pas ?
…. Bof….
Je vois que ça ne vous passionne pas plus que ça.
Alors, tient, tant qu’on y est, je vous propose le sujet tel qu’on pourrait l’imaginer si – invraisemblable ! – on en venait à réformer l’épreuve de philosophie du bac !
- Vous répondrez en 750 mots à la question « Y a-t-il des guerres justes ? » en vous appuyant sur le jugement de Machiavel : «Une guerre est juste quand elle est nécessaire. »
Voilà, je vous souhaite bon courage et je ramasse les copies dans 2 heures.
Friday, June 12, 2009
Citation du 13 juin 2009
Pour prévoir l'avenir, il faut connaître le passé, car les événements de ce monde ont en tout temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par les hommes animés des mêmes passions, ces événements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats.
Machiavel
Encore Machiavel, mais cette fois pour montrer comment les idées évoluent.
On a récemment évoqué le maillon manquant dans l’évolution des primates entre les singes et les lémuriens. Hé bien ici on a un texte qui est le maillon manquant entre la conception anhistorique de la destinée des hommes et la conception historique de l’évolution des sociétés humaines.
Et voici comment :
- Que les évènements qui surviennent soient issus du passé et non pas fondés par l’action des grands ancêtres tels que décrits pas les mythes, voilà à coup sûr une idée moderne, bien dans une conception humaniste.
- Mais que l’histoire ne soit qu’un répertoire d’exemples répétables d’actes illustres et de leurs conséquences inéluctables, voilà qui contredit cette modernité en nous renvoyant à une lointaine mythologie.
Car les historiens sont les premiers à dire que le passé ne se répète pas, et que tel évènement qui revient cycliquement produira à chaque nouvelle occurrence des effets différents, parce que situé dans un contexte lui-même différent. La crise de subsistance de 1788 est une crise appartenant au cycle des crises d’ancien régime. Oui mais, alors que d’autres crises semblables n’avaient engendré que quelques jacqueries, celle-ci fut l’un des détonateurs de la révolution de 89.
Pourtant nous sommes bien tentés de faire la même réflexion que Machiavel : notre crise n’est elle pas une réplique de la crise de 29 ? On a cru tellement à sa réitération possible que nos gouvernants se sont précipités pour renflouer le système bancaire afin d’éviter le krach qui eut lieu à cette époque.
C’est sûr que, si l’on doit donner raison à Machiavel, c’est bien dans le domaine des sciences humaines là où la prévision est possible. Et l’économie entre évidemment dans ce cadre. Mais ça s’arrête là : dès qu’on entre dans le contexte social ou politique, les conséquences des évènements économiques cessent d’être prévisibles.
Et tant mieux.
Car ça veut dire que l’avenir nous appartient.
Thursday, June 11, 2009
Citation du 12 juin 2009
Gouverner, c'est faire croire.
Machiavel
Merveille des citations… (1) Tout dire en quatre mots, être capable depuis ce lointain 15ème siècle de prédire la société du spectacle, le bling-bling, les discours au 20 heures et les descentes tonitruantes dans les quartiers avec 20 caméras et une forêt de micros…
Gouverner, c'est faire croire. Oui, mais faire croire à quoi ?
Question naïve, que nous devrions rougir d’avoir posée : sa réponse est en effet la suivante : croire à tout ce à quoi nous croyons quand nous apportons notre assentiment à un homme politique.
Et bien sûr, ce n’est pas forcément nocif : la sage décision, la prudente gouvernance, la réforme hardie mais indispensable doit s’accompagner de l’assentiment du peuple et pour cela il vaut mieux lui faire croire que c’est pour son bien plutôt que d’employer la force.
Mais on pourrait aussi dire que si l’on fait le bien du peuple, on ne voit pas pourquoi il faudrait de la rhétorique et du spectacle. Augmentez le SMIC et les retraites, assurez la véritable gratuité des soins, la pérennité du service public, et je vous garantis que les discours et l’argumentation seront tout à fait superflus.
Ce que pense Machiavel, c’est que cet idéal de gouvernance ne tient pas, parce que les hommes sont insatiables – ils n’auront jamais assez – et que les gouvernants le sont aussi à leur manière – ils veulent avec avidité toujours plus de pouvoir et pour plus longtemps. En sorte que le conflit entre gouvernant et gouverné rebondit en permanence, et que l’art politique est en effet un art du semblant, parce que dans l’imagination, tout et permis, même l’avenir radieux.
(1) En vérité je ne suis pas tout à fait sûr que Machiavel ait réellement dit ça: le Net colporte cette phrase en la lui attribuant, mais ça ressemble plutôt à un résumé de sa doctrine qu'à un extrait véritable. Là encore, si quelque a la référence je suis preneur.