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Monday, March 18, 2013

Citation du 19 mars 2013



[l’amour] c’est bien le seul cas où plus nous possédons, / plus notre cœur brûle d’un funeste désir.
Lucrèce – De la nature (IV – 1089-1090) Traduction Kany-Turpin
Selon Lucrèce, le besoin est caractérisé par une vacuité du corps que la satisfaction matérielle va remplir. J’ai soif et l’eau va occuper dans mon corps l’espace vide que ce besoin manifeste. J’ai faim et le pain fait de même. Mais que dire de l’amour ? Croit-on que c’est un excès de liquide séminal qui le produit, et qu’une vigoureuse évacuation en éteindra la brûlure ?
Mais d’un beau visage et d’un teint frais, rien ne pénètre / pour réjouir le corps, hormis des simulacres / ténus espoirs emportés par le vent, pauvrets ! (v.1094-1096) Et Lucrèce d’évoquer le supplice de Tantale : l’assoiffé est plongé dans un torrent d’eau fraiche qui se dérobe à ses lèvres avides.
Comment assouvir le désir amoureux ? Nous avons donné hier un début de réponse à cette difficulté : dans l’amour il faut inverser le processus du besoin : il s’agit non pas de prendre, mais de donner.
Assouvir le désir amoureux, c’est donner… donner quoi ? A qui ? Et donner combien ?
- Alors il y a les poètes qui vont nous l’expliquer (comme Michel Polnareff – ici) : heureusement qu’ils sont là, ceux-là.
Parce qu’autrement, il y a les méchants psychanalystes qui vont ricaner et nous dire :
« L'amour, c'est offrir à quelqu'un qui n'en veut pas quelque chose que l'on n'a pas. » – Jacques Lacan
Quelque chose que l'on n'a pas : qu’est-ce qu’il en sait Lacan ? Ça, il ne l’avait peut-être pas – lui. Mais quant à moi…

Thursday, January 07, 2010

Citation du 8 janvier 2010

Mais la manière dont s’obtient la douce volupté / importe aussi beaucoup : on croit communément / qu’en la position des bêtes, des quadrupèdes, / il est plus facile de féconder l’épouse / parce que, poitrine baissée, reins soulevés, / ainsi dans la place se logent les semences.

Lucrèce – De la nature (Livre IV, vers 1263-1268) [Traduction Kany-Turpin, éd. Aubier] (1)

Il fut un temps, mes enfants, où les traités de philosophie contenaient des cours d’éducation sexuelle… Heureuse époque.

Oui, mais voilà qu’aujourd’hui on demanderait plus que ce que nous fournit Lucrèce : on demanderait des illustrations, des photos, des dessins – ou du moins un récit un peu plus épicé. Bref de quoi alimenter notre imagination.

--> Rassurez-vous, braves gens, concernant les positions de l’amour, la mythologie grecque y a pensé : voyez donc le mythe de Pasiphaé – comme récit épicé, c’est du lourd…

Je vous raconte : Pasiphaé a été rendue magiquement amoureuse d’un splendide taureau blanc au quel elle souhaite s’accoupler. Comment faire ? Ecoutons le Pseudo Apollodore : [Dédale] construisit une vache de bois montée sur des roulettes ; l'intérieur était creux, et elle était recouverte d'une peau de bovidé ; il la mit dans le pré où le taureau avait l'habitude de paître, et Pasiphaé y entra. Quand le taureau s'en approcha, il la monta, comme s'il s'agissait d'une vraie vache.

Ça y est, vous voyez la situation ? Pas encore ? Je ne vous crois pas… Mais puisque vous insistez, voyez ci-dessus l’image que vous attendez.

…Les petits curieux vont encore me dire : oui, mais là, c’est un cheval et une jument creuse. Pas une vache et un taureau.

C’est vrai, mais je dois vous l’avouer : quand j’ai cherché illustration de la « pose de Pasiphaé », je n’ai rien trouvé d’antique correspondant à cette situation. Rien non plus de contemporain, sauf cette image impliquant le cheval, ce qui retire beaucoup de force mythique à la situation. (2)

Un dernier mot : de cette union naquit le Minotaure, preuve que Pasiphaé avait bien choisi sa position…


(1) Pour une (vieille) traduction en ligne voir ici.

(2) Voyez aussi cet excellent Blog de Jean-Claude Bourdais (déjà signalé - à voir ici). Dans l’abondante iconographie qu’il nous livre, toute l’histoire de Pasiphaé et de son taureau est montrée, toute… sauf l’accouplement. Il n’y a guère qu’André Masson qui s’y soit collé, mais ce n’est pas très lisible

Monday, January 22, 2007

Citation du 23 janvier 2007

Le voici [le vaste monde] déjà brisé par l’âge, et la terre épuisée/ Enfante à grand peine de petites créatures,/ Elle qui engendra toute espèce et donna / Les corps gigantesques des fauves en ses gésines.

Lucrèce - De la nature II, vers 1150-1153

Energie renouvelable… Développement durable… Vous y croyez, vous ? En tout cas vous croyez sans doute que cette préoccupation remplace l’insouciance d’hommes nourris à l’idée que la terre est inépuisable, que le minerai pousse comme la racine des plantes dans le sol, que la divine Providence veille sur un monde accordé à nos besoins.

C’est là l’erreur. Lucrèce (1er siècle av. J.C.) conçoit la nature, c’est-à-dire le monde, comme une être vieillissant, emportée comme un être vivant (1) par l’âge vers la stérilité et la mort. Le temps cyclique n’existe pas pour lui, et si la naissance est possible, la renaissance ne l’est pas.

La science moderne ne lui donne pas tort : les célèbres monstres préhistoriques avec leurs T.Rex robustes comme des chars Leclerc, leurs oiseaux grands comme des Airbus et des libellules à l’envergure d’avions de chasse, ont existé ; ils n’existeront plus jamais. Car leur existence était fonction d’une nature dont la fertilité et la profusion était liée à l’émergence des premiers continents. Le milieu naturel est devenu exsangue, notre taille est proportionnée à ses capacités, et les Lilliputiens sont tout juste pour demain. Demain, le Sahara commencera à Fontainebleau.

Qu’est-ce qui revient toujours, toujours identique ? La flèche du temps a gagné l’univers entier : le Big-Bang a sonné le glas de l’éternité.

No future ! Après nous, le déluge ! Voilà des formules qui ne doivent plus nous glacer le sang : ce n’est pas nous qui déglinguons la nature : elle le fait toute seule.

(1) Pour le matérialisme épicurien de Lucrèce, il n’y a pas lieu de faire une différence entre la matière inerte et la matière vivante : les mêmes atomes les composent, les mêmes lois en disposent.