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Friday, March 20, 2015

Citation du 21 mars 2015

Les chevaux de guerre naissent sur les frontières.
Te-Tsing Tao-te-king-kiai (Lao-Tseu –Tao-Te-King) Voir ici

Citation complète : Lorsque le Tao régnait dans le monde, on renvoyait les chevaux pour cultiver les champs. / Depuis que le Tao ne règne plus dans le monde, les chevaux de combat naissent sur les frontières. / Il n'y a pas de plus grand malheur que de ne pas savoir se suffire. / Il n'y a pas de plus grande calamité que le désir d'acquérir. / Celui qui sait se suffire est toujours content de son sort.

Lorsque le roi gouverne avec le Tao (donc, sans la guerre), les chevaux de guerres sont utilisés pour des besoins civils. Par contre, avec la guerre incessante (donc sans le Tao) , même les juments qui attendent un poulain sont amenés sur le champs de bataille – et donc, donnent naissance sur les frontières.
Chez nous au temps du Moyen-âge, il y avait des chevaux qui naissent destriers comme si leur nature  les destinait à la guerre. Et  des hommes guerriers par nature ? Bien sûr : il s’agissait des chevaliers.
Et des royaumes faits pour combattre leurs voisins ? La Chine a connu cela, avec les royaumes-combattants qui se sont déchirés abondamment.
Posons maintenant la question : la guerre est-elle dans la nature des hommes, et dans celle des animaux ? Dans l’ordre intime de la société ? Lao-Tseu nous répond : - Nullement mais c’est la voracité des hommes, incapables de se suffire avec ce qu’ils ont qui déclenche ces processus violents et les mutations qui vont avec.

On reconnaît dans cette philosophie Taoïste un courant de pensée qui chez nous mène droit au stoïcisme. Je ne sais d’ailleurs s’il y a eu des rois ou des empereurs taoïstes en Chine. Nous, nous avons eu Marc-Aurèle, l’empereur capable de philosopher avec les stoïciens, et qui laissa une œuvre que la tradition philosophique a recueillie dans son patrimoine. Seulement voilà : Marc-Aurèle n’eut pas pour autant une vie très conforme aux principes stoïciens : il guerroya fréquemment, martyrisa les chrétiens (sainte Blandine !) et enfanta Commode l’Empereur à l’épouvantable réputation.

Occasion de confirmer que les circonstances sont déterminantes, plus qui l’hérédité.

Thursday, July 17, 2008

Citation du 18 juillet 2008

Plus il y a de lois, et plus il y a de voleurs

Lao-Tseu

On comprendra qu’il ne s’agit pas ici de dire avec ironie : si on veut supprimer les délits, arrêtons de les établir. Que le viol ne soit plus condamné, et on n’aura plus de violeur en prison ; mais on en aura toujours autant dans les maisons. Non, il s’agit bien plutôt d’évoquer l’hypothèse selon laquelle les interdits nés de l’obsession de la sécurité engendrent eux-mêmes l’insécurité. Ils sont comme on dit aujourd’hui contreproductifs.

Chaque loi formulant un interdit engendre des hommes pour lui désobéir : selon Durkheim la tendance à désobéir aux lois est une constante de la nature humaine, en sorte que le délit est un phénomène normal, du moins quand il reste dans des proportions raisonnables.

Si à chaque interdit correspond un certain lot de délinquants, alors comme le dit Lao-Tseu, plus il y a de lois, et plus il y a de voleurs.

Suffirait-il de dépénaliser certains actes pour voir les hommes se détourner de les accomplir ? La tentation est grande en effet de conclure sur la maxime chinoise : pour supprimer le vol, supprimons les lois qui l’interdisent.

Toutefois, comme nous l’avons remarqué, on peut produire toutes sortes d’exemple de délits qui ne sont pas poursuivis dans certains pays, mais qui n’en sont pas moins commis. Que l’Etat ne poursuive aucun voleur n’empêchera pas qu’ils détroussent les gens. Seuls les anarchistes pourraient croire cela.

Voilà, j’ai lâché le mot : si Lao-Tseu n’est pas anarchiste (bizarre formule d’ailleurs), sa formule l’est – du moins pour nous. Si c’est la loi qui fait le voleur et non le voleur qui justifie la loi, c’est que l’homme est fondamentalement bon, et que seule la contrainte le pousse à faire le mal.

Je dirai donc que la maxime de Lao-Tseu commet une petite erreur : celle de faire comme s’il n’y avait qu’une cause au délit.

Saturday, April 21, 2007

Citation du 22 avril 2007

Le sage redoute la célébrité comme l'ignominie.

Lao-Tseu

Comment devenir célèbre ? La question est peut-être aussi vieille que l’humanité. Nous avons tendance à l’occulter en nous demandant plutôt « Comment devenir riche ? ». Mais donnez le choix à qui vous voudrez (enfin, bon, plutôt de moins de 20 ans), entre le gros lot du Loto et la victoire à la Star-Ac : beaucoup préfèreront cette dernière même si elle ne garantit pas la fortune. Célèbre, admiré… Oui, mais à quel prix ?

La réponse de Lao-Tseu est sans ambiguïté, et les évènements récents sur le Campus de Virginie donnent à penser qu’il n’a pas tort. On devient plus sûrement célèbre en massacrant beaucoup d’innocents qu’en mourant, même héroïquement (voyez là dessus la citation de Montaigne commentée le 20 mai 2006 (1))

Comment devient-on célèbre ? Qu’est-ce qui « célèbrise » le mieux ? Quant Alexandre le grand est arrivé en Egypte (2), les habitants lui ont présenté un des leurs qui était célèbre pour son adresse : il était capable lancer de fort loin des lentilles dans un vase au goulot très étroit. On dit qu’Alexandre lui fit donner un boisseau de lentille le récompensant d’un cadeau inutile pour son exploit inutile. Autant dire qu’on tient là un critère de distinction entre la fausse célébrité et la vraie : seule l’utilité publique donnerait accès à la seconde, la première étant du niveau de l’émotion publique. La célébrité devrait se mériter non par l’étonnement ou l’admiration que suscite un acte, mais par son bénéfice. Mais à ce compte, les gens obscurs ne sont-ils pas ceux qui devraient être célèbres ? Ne sont-il par les plus utiles, eux les paysans, les ouvriers, les prolétaires - au sens originel ? On est dans la paradoxe le plus total, et ça ne date par d’hier, puisque déjà Lao Tseu le soulignait : la célébrité d’émotion publique est la seule qui existe.

Finalement, dans l’idée de célébrité, on trouve deux éléments négatifs : le premier est celui d’excès (accordée sans tenir compte de la réalité) ; le second est celui de la faiblesse de l’opinion publique, qui s’accorde pour pas grand chose, et qui se détourne si facilement de ceux qu’elle a élus.

(1) Que les trop paresseux pour aller y voir trouvent ici son énoncé : « De tant de milliasses de vaillants hommes qui sont morts depuis quinze cents ans en France les armes à la main, il n’y en a pas cent qui soient venus à notre connaissance. » Montaigne Essais, II, 16

(2) Ou dans un autre pays ? Là encore ma mémoire est incertaine.