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Monday, November 10, 2014

Citation du 11 novembre 2014



Le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré : le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l'essence humaine a d'essentiellement inacceptable.
Milan Kundera – L'insoutenable légèreté de l'être (1984)

Le Kitsch, comment ça marche ?
Par exemple : comment effacer de notre champ de vision quelque chose comme ça :

Otto Dix – Un blessé de guerre (1916 - Bapaume)
Comment laver nos yeux et notre cœur de cette abomination ? En demandant à Disney, de nous plonger dans une autre vision, telle que celle-ci :

Château de la Belle au bois dormant Disneyland Paris
Oui, le kitsch, cet art du bonheur comme on l’a parfois nommé, exhibe tout ce qui relève du plaisir des individus, tout ce qui, sans demander d’effort, nous montre un monde heureux, un monde où les lendemains seront les mêmes qu’aujourd’hui, baignés de la même lumière, exempte de lassitude et d’angoisse. Bref : Milan Kundera parle d’un kitsch communiste pour évoquer cette fiction du « monde meilleur » apporté par un régime bienveillant.
En voici la preuve pour les mécréants :


Ah !... Comme ils sont beaux nos chers Leaders !

Monday, June 27, 2011

Citation du 28 juin 20011

L'humour : l'ivresse de la relativité des choses humaines ; le plaisir étrange issu de la certitude qu'il n'y a pas de certitude.

Kundera

1 – L'humour : l'ivresse de la relativité

L’humour sera pris ici comme synonyme de comique c’est-à-dire comme ce qui s’oppose au sérieux.

Ce n’est pas que le sérieux soit méprisable ; tout au plus lui arrive-t-il d’être ridicule quand on prétend l’appliquer à l’homme – et principalement à soi, quand « on se prend au sérieux ».

L’humour, c’est alors ce qui nous fait rire quand on pense aux choses humaines – c’est du moins ce que Kierkegaard assure : les hommes doivent se comparer à Dieu pour pouvoir rire d’eux-mêmes : l’homme, ce vermisseau qui se compare aux étoiles… Cette poussière qui se croit éternelle… L’homme est cet être transitoire qui se prend pour un absolu, alors que tout chez lui n’est en réalité que relatif.

2 – Plaisir étrange issu de la certitude qu'il n'y a pas de certitude.

Toutefois, Kundera limite le propos : on n’est pas dans la métaphysique, mais plutôt dans un jugement sur la connaissance humaine. Un peu à la façon de Pascal jugeant que l’homme également éloigné de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, ne peut rien connaitre avec certitude : tout ce qu’il sait est proportionné à ses capacités et à sa nature, et rien n’est certain même à son échelle. Car, qui sait si du côté de l’infini il ne se trame pas quelque chose qui va bouleverser toutes ses prévisions ?

Comme disait Hume : l’affirmation « le soleil se lèvera demain » n’est qu’une opinion seulement probable, et non une certitude absolue comme quand on dit « 2+2=4 ».

Car qu’est-ce qui nous dit qu’une météorite surgie du lointain espace ne viendra pas pulvériser notre belle planète et ses beaux levers de soleil ? (1)

Alors, oui : on dit que si la fin du monde devait survenir de cette façon on le saurait 15 jours ou 3 semaines avant. Bon – Disons alors : « l’affirmation que le soleil se lèvera dans 3 semaines n’est qu’une probabilité », et voilà.

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(1) On pense à l’astéroïde 2011 qui vient de nous frôler : mais il était bien trop petit pour qu’on y fasse vraiment attention. Oui – mais le prochain ?

Monday, January 10, 2011

Citation du 11 janvier 2011


Nous écrivons des livres parce que nos enfants se désintéressent de nous. Nous nous adressons au monde anonyme parce que notre femme se bouche les oreilles quand nous lui parlons.
Milan Kundera – Le Livre du rire et de l'oubli
- Pourquoi écrivons-nous ?
A cette question, Milan Kundera répond : l’écriture est l’expression d’un manque, d’un déficit d’écoute. Nous écrivons parce que nos proches ne nous écoutent pas. L’écriture est une bouteille à la mer, destinée au lecteur potentiel, celui qui recueillera notre prose et la lira avec attention, alors que nos enfants baillent quand leurs parlons et que notre femme se bouche les oreilles quand nous nous confions à elle.
A ce titre, Internet a renforcé cette conviction : ne s’agit-il pas de trouver des lecteurs jusqu’à l’autre côté de la terre, alors que nos proches dédaignent de nous lire ?
On opposera à cela les réseaux sociaux, mais c’est qu’alors on confond comme souvent un peu tout à propos d’Internet : qu’on utilise l’idée de Kundera, par exemple pour distinguer entre ces réseaux sociaux (genre Facebook), où la communication est essentiellement adressée (aux « amis ») et les Blogs comme celui-ci qui s’adresse bien sûr à des lecteurs, mais qui sont complètement anonymes, et qui le resteront selon toute probabilité.
Maintenant on aimerait savoir si Kundera exprime un regret ou au contraire une satisfaction.
Après tout, dans le monde anonyme ne trouve-t-on pas de meilleurs lecteurs de nos écrits que dans notre famille et chez nos amis ?
- Qui est le meilleur lecteur ?
Comme vous peut-être, j’ai fait l’expérience de lire les manuscrits de ceux de mes amis qui écrivent. J’en ai retiré un sentiment désagréable, comme si je devenais d’un coup le maître d’école soulignant en rouge les passages du texte qui ne me plaisaient pas, comme si j’étais possesseur la norme du texte, dont l’auteur était du coup destitué.
Avouez que si c’est pour être lu comme ça, il vaut mieux s’adresser aux lecteurs anonymes, qui, du fait de leur éloignement, auront l’humilité de nous laisser construire notre univers littéraire à notre guise.
J’ai toujours pensé que Rousseau avait vécu avec Thérèse, sa lingère illettrée, parce qu’elle au moins ne prétendait pas lire ses ouvrages (1).
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(1) Rousseau raconte bien sûr qu’ils pleuraient ensemble le soir, quand il lisait à Thérèse les pages de la Nouvelle Héloïse écrites dans la journée. Mais c’est que justement il n’apparaissait plus comme l’auteur mais comme le lecteur d’une œuvre anonyme.

Sunday, February 07, 2010

Citation du 8 février 2010

Publier ce que l'auteur a supprimé est donc le même acte de viol que censurer ce qu'il a décidé de garder.

Milan Kundera – Les testaments trahis

Voilà une citation qui me ramène à un sujet dont je suis assez gratuitement préoccupé : le rôle de l’ordinateur dans l’histoire (future) de la littérature.

Je dis « gratuitement », parce que je ne suis ni un auteur, ni un historien de la littérature. Mais je vois bien que l’utilisation de l’ordinateur fait disparaître le manuscrit, avec toutes ses ratures, tous ses repentirs, tous ses collages.

Que saurions-nous de Flaubert si nous n’avions pas ses monstrueux manuscrits – 75 pages de manuscrit de l’Education sentimentale pour arriver aux deux pages de la promenade en forêt de Fontainebleau.

Que saurions-nous de Proust, si nous n’avions pas ses paperolles collées méticuleusement sur ses ratures et recouvertes de nouvelles ratures ?

On me dira peut-être qu’on a inventé des logiciels qui enregistrent automatiquement tous les états d’un écrit, mémorisant tous les passages supprimés ? Mais qui s’en sert ? Et de toute façon songeons à tous ces auteurs dont l’écriture peut encore servir à deviner l’état d’esprit au moment où ils écrivaient leurs œuvres (1)

Croyez-moi : depuis que le Mac a remplacé le Mont Blanc, on a perdu un peu plus que du luxe ostensible.


(1) Un exemple ? Le Mémorial de Blaise Pascal (voir le manuscrit ici).

Wednesday, August 27, 2008

Citation du 28 août 2008

La valeur d'un hasard est égale à son degré d'improbabilité.

Milan Kundera - L’immortalité

- C’est quoi le degré d’improbabilité ?

- C’est le rapport entre les chances de gains et le risque de perte.

Par exemple : Je tire à pile ou face : j’ai une chance sur deux. Je tire une boule du Loto : j’ai une chance sur 49.

Mais dans les deux cas, seul le hasard a tranché.

- Il y a quelque chose de plus que la sèche évaluation mathématique dans la citation de Kundera. Ce que veut dire Kundera, c’est que la valeur du hasard est proportionnelle à la crainte ou à l’espoir : que j’aie une chance infime de gagner, si le hasard m’aide à le faire, c’est le bonheur. Bien sûr l’inverse est également vrai, même si la déception de l’échec dû à la malchance est rarement conçue comme « valeur du hasard »

On dira que le hasard n’a en lui-même aucune valeur, qu’il n’est rien, pas même une cause – surtout pas une cause (1). D’ailleurs, existe-t-il vraiment ? Je ne veux pas dire que c’est le Destin qui décide de tout, et que le terme de hasard ne recouvre qu’une ignorance.

Je veux dire que même en mathématiques il est bien difficile de démontrer qu’une suite de nombre est aléatoire : prenez la suite des chiffre du nombre pi : qu’est-ce qui vous dit qu’en poursuivant le calcul au-delà des limites actuellement atteintes, on ne trouverait pas une série donnant rétroactivement la clef de la série des chiffes dans le nombre déjà connu ?

Alors, disons que le hasard existe, mais qu’il est la plupart du temps lié à la décision subjective de l’observateur, et cela surtout s’il est défini comme ayant de la valeur.

Ainsi, dès que je sors de chez moi, je croise dans la rue des quantités de gens. Ces hasards, dont certains sont très improbables (des gens de passage dans ma rue suite à une erreur de G.P.S. par exemple), n’ont aucune valeur pour moi. Mais que le même hasard me fasse rencontrer une personne amie que je n’ai pas vue depuis des lustres, et je tomberai à la renverse devant cette chance incroyable… Seules les montagnes ne se rencontrent pas, dirai-je alors…

(1) Dans la classification aristotélicienne, même si on admet le hasard comme cause efficiente, on dira bien sûr qu’il n’est pas une cause formelle.

Tuesday, August 26, 2008

Citation du 27 août 2008

On a tous tendance à voir dans la force un coupable et dans la faiblesse une innocente victime.

Milan Kundera- L’insoutenable légèreté de l’être

Cette remarque de Kundera semble frappée au coin du bon sens : oui, on le reconnaît facilement, le droit du plus faible semble bien être l’aune à la quelle mesurer le degré d’évolution du droit, et le justicier sur son cheval blanc vole toujours au secours de la veuve et de l’orphelin.

Et puis on se dit que Kundera a une idée derrière la tête : ne veut-il pas suggérer que cette tendance est en réalité un préjugé, et que le faible pourrait bien ne pas être aussi innocent qu’il y paraît ? Pourquoi en effet la force serait elle coupable, dès lors qu’elle est simplement force, et la faiblesse simplement innocence ? Lors qu’on commence une enquête après un meurtre, on dit bien qu’aucune piste n’est privilégiée ; le plus faible témoin est aussi suspect que le plus fort.

Enfin, on se dit qu’il y a quelque chose qui cloche. Kundera fait comme si la force et la faiblesse étaient des valeurs absolues : qu’il y ait un seul homme sur terre, on pourrait encore dire qu’il est fort ou faible (1). Pour ma part, je ferais mienne plutôt la thèse de Rousseau : il n’y a que des hommes plus forts que d’autres, et des hommes qui leur sont plus faibles.

Dans ce cas, plutôt que de parler de fort et de faible, il vaudrait mieux parler de vainqueur et de vaincus. Et peut-être alors devrait-on en effet secourir les vaincus, quel que soient leur responsabilité dans leur échec ? Après la bataille, la Croix Rouge secoure tous les blessés quelque soit leur camps.

Dernière réticence : que devrait-on dire de David en face de Goliath ? N’est-ce pas justement le plus faible qui l’emporte sur le plus fort ?

--> C’est qu’en réalité, il y a plusieurs niveaux de confrontation, et que l’un de ceux-ci sera seul déterminant : dans le combat rapproché, David était vaincu à coup sûr ; dans le combat à moyenne distance, il avait l’arme pour gagner : c’est elle qui le rendit plus fort que Goliath, qui n’avait que ses poings.

Le voyou qui attaque à l’arme blanche se fait étendre par le policier qui a un P.38 ; personne ne s’en étonne.

(1) Il est vrai qu’il y serait encouragé par des gens comme Nietzsche ; mais le contexte philosophique de l’Insoutenable légèreté de l’être est si je me rappelle bien plutôt du côté des présocratiques. Encore que des présocratiques à Nietzsche, il n’y ait pas des kilomètres.