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Wednesday, March 12, 2008

Citation du 13 mars 2008

La censure épargne les corbeaux et s'acharne sur les colombes.

Juvénal Satires

Il a raison Juvénal, - même si aujourd’hui on opposerait plus volontiers les colombes aux faucons qu’aux corbeaux - l’appel à la guerre a toujours été plus audible que l’appel à la paix..

Je voudrais évoquer cette censure du pacifisme à travers la célèbre chanson de Boris Vian : le Déserteur.

Voici 3 versions de cette chanson :

- La version originale, paroles de Boris Vian, chantée par Boris Vian: Si la pacifisme de la chanson composée par Boris Vain a été censuré, au point que même dans les années 60 on n’entendait qu’une version édulcorée, c’est qu’en plus de l'appel à la désertion,elle interpellait le Président - sous entendu : de la République.

Le Déserteur composé en 1954 est inspiré par le pacifisme de lutte contre la guerre d’Indochine qui s’achevait alors dans le sang à Dien-Bien-Phu, et qui commençait en Algérie. C’est un moment de l’histoire coloniale française.

- La version censurée/édulcorée (je n’ai pas retrouvé le nom de l’interprète). C’est une version plus « internationale » et plus « hippie » : après avoir repris de la censure des années 50 l’apostrophe aux « messieurs qu’on nomme grand », en lieu et place de « Monsieur le Président », elle remplace le couplet d’origine qui appelle à la désertion : « Refusez d'obéir / Refusez de la faire / N'allez pas à la guerre / Refusez de partir », par une benoîte déclaration de fraternité « profitez de la vie /éloignez la misère / les hommes sont tous des frères / gens de tous les pays ». Avouez qu’il n’y a même pas la trace d’une censure ici : c’est carrément autre chose, avec une autre intention. Seule la musique reste.

- La version de Renaud. Les années 70 ont vu se développer un mouvement de contestation contre l’armée ou plutôt contre le service militaire obligatoire. Les colombes de Juvénal ne sont pas à la lutte contre la guerre, mais contre les militaires de carrière dont avaient à souffrir les appelés du contingent. Et ça donne cette version de Renaud. Ecoutez -la et vous serez édifié : la chanson de Boris Vian est déjà devenue tellement célèbre qu’il suffit de l’évoquer pour être entendu. Le message c’est : laissez nous fumer notre hash tranquille entre potes. Quant à déserter pour éviter de « tuer des pauvres gens », il n’en est plus question : qui donc se mêlerait de militer aujourd’hui pour la paix ?

Censeur : un métier sans avenir…

Sunday, September 09, 2007

Citation du 10 septembre 2007

Panem et circences

Juvenal - Satire

« Du pain et des jeux », revendication du peuple romain à l’égard du pouvoir, jugée révélatrice des mœurs du peuple sous l'Empire romain par les premiers chrétiens.

Contrairement à une idée assez répandue, les jeux du cirque visés par cette formule de Juvénal sont essentiellement des épreuves d’athlétisme, et non les sanguinaires combats de gladiateurs. Les premiers chrétiens ont utilisé cette formule pour dénigrer la passion pour le « sport » qui éloigne de la spiritualité qui devait selon eux être le seul souci des hommes.

Que cette passion ait existé ou pas chez les romains, nous ne le saurons peut-être jamais tant le débat est vif entre les historiens. Mais je serais tenté de le croire, lorsque je lis les journaux en cette période de Rugby-mania : que la France livre un match décevant, et on croit qu’elle vient de connaître une défaite politique ou économique grave. Un connaisseur affirmait récemment dans une interview : « Lors de son premier match, la France a perdu une bataille, mais elle n’a pas perdu la guerre ! » Rien que ça !

Qu’est-ce donc qui est en jeu dans cette passion qui aligne les « cicenses » sur le « panem » ? Peut-être faut-il y regarder à deux fois avant de répondre : l’excitation de l’exploit. Parce que, si les supporters attendent l’exploit, la foule, elle, attend la victoire. Et si la foule attend la victoire, c’est parce qu’elle sent que c’est elle qui vient de la remporter. Nous sommes grands parce que nos joueurs sont grands.

Et c’est cela qui intéresse les politiques. Eux qui sont habitués à susciter les passions de la foule, ils en trouvent une qui surgit là, comme ça : il n’y a pas à la produire, elle existe. Il ne reste plus qu’à la gouverner.

C’est une passion de la foule, qui se manifeste principalement lorsque plusieurs spectateurs sont assemblés : la retransmission des match sur grand écran en des lieux publics montrent que beaucoup préfèrent sortir de chez eux pour voir le même spectacle que sur leur télévision, mais le voir à plusieurs. On mange son « panem » tout seul ; on regard les « circenses » à plusieurs.

C’est peut-être ça qui fait que certains se méfient de cette liesse populaire, et que les politiciens en raffolent.