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Tuesday, November 08, 2016

Citation du 9 novembre 2016

Le Capital mourrait si, tous les matins, on ne graissait pas les rouages de ses machines avec de l'huile d'homme.
Jules Vallès – l'Insurgé (1885)

 
Fritz Lang – Metropolis (1927)
(Citation déjà évoquée le 2 janvier 2009)

De Vallès à Fritz Lang, plus de quarante années ont passé, mais le travail est resté un labeur qui ruine l’organisme humain et qui, avant de le faire périr prématurément, le condamne à une vie de forçat. Pour le capitaliste, l’homme n’est qu’un adjuvant de la machine il ne mérite même pas les attentions qu’on prête à celle-ci en surveillant son bon fonctionnement et en la graissant avec soin quand il le faut.
Aujourd’hui, il semblerait que ces souffrances au travail soient oubliées : les hommes soulèvent des palettes énormes aux commandes de leur Fenwick et les femmes conduisent des bus de 20 mètres de long. Pourtant notre civilisation a inventé une nouvelle maladie : le burnout autrement dit l’épuisement au travail. Tout se passe comme si, grâce au progrès du machinisme, on avait épargné au travailleur des fatigues énormes, mais que dans le même temps on ait récupéré l’énergie ainsi épargnée pour la réinvestir dans le travail de bureau, lié à un clavier/écran d’ordinateur ou au téléphone du call-center. Et on prétend que cette maladie (quand on consent à la nommer ainsi) est toute nouvelle, que jamais on n’avait vu pareille chose.
Hélas ! Même si les souffrances de l’employé d’aujourd’hui ne sont pas aussi théâtrales que celle de l’ouvrier imaginé par Fritz Lang, c’est exactement la même chose.
J’oserais presque dire que du goulag à l’entreprise moderne, c’est exactement le même point de vue qui s’impose : considérer l’homme comme une force qu’on peut utiliser comme bon nous semble dès lors qu’on en a fait l’achat en échange d’un salaire : le travailleur comme dit Marx doit à son patron la totalité de sa force de travail dans le temps imparti à son labeur – d’ailleurs on voit l’importance prise aujourd’hui encore par la question de la durée hebdomadaire de travail… (1)
Bref : celui qui rentre chez lui après une journée de travail sans être épuisé a volé son patron.
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(1) Puisque j’évoque le goulag, remarquons qu’à la différence des camps nazis, qui avaient pour but de faire périr les déportés en les soumettant à la famine et au sur-travail, les goulags avaient pour but de tirer le maximum de travail des prisonniers, quitte bien sûr à les faire mourir très rapidement d’épuisement.

Saturday, March 24, 2007

Citation du 25 mars 2007

Le passé, voilà l'ennemi; c'est ce qui me fait m'écrier dans toute la sincérité de mon âme: on mettrait le feu aux bibliothèques et aux musées qu'il y aurait pour l'humanité, non pas perte, mais profit et gloire.

Jules Vallès - Lettre ouverte à M. Covielle, le Nain jaune, 24 février 1867

Faut-il brûler les livres ? Jules Vallès répond oui, au nom du progrès.

Scandale ? Bien sûr quand on voit avec quels compagnons il se retrouve en se rangeant parmi les destructeurs de bibliothèques et de musées.

Mais pour qui n’a pas peur des mots, l’idée est peut-être moins révoltante qu’il n’y parait. Il ne se pose pas en « Big Brother », qui bave de haine devant les intellectuels et les artistes. Il se pose en défenseur de l’innovation et de l’invention, contre les oukases des docteurs au bonnet carré, ou des prêtres qui prospèrent dans l’obscurité et la peur.

Le passé inhibe, il encourage à faire ce qui ne marche plus, il décourage de tenter ce qui n’a jamais été fait. Le passé est un carcan stérile, et quand il est historique, c’est encore pire : « produit le plus dangereux… » disait Valéry (voir citation 5 avril 2006).

Que faire du passé ? Si on ne le rejette pas, il faut :

- soit l’inscrire dans une continuité qui, partie de loin, aboutit à nous, avec l’inconvénient de croire qu’à chaque étape, à chaque œuvre nouvelle (référence aux bibliothèques et aux musées), c’est nous mêmes qui étions le but visé. Le passé sert à notre auto-glorification.

- soit le considérer comme une première présentation de ce qui existe toujours aujourd’hui, de ce qui a donc toujours existé. Et alors le passé n’est pas dépassé ; il n’est même pas passé (1).

- soit le considérer comme ayant un intérêt en soi, mais on risque alors de devenir antiquaire.

Pourquoi pas. Mais je dirais tout de même que Jules Vallès n’écrirait plus aujourd’hui cette lettre : les bibliothèques sont vides (2), quant aux musées, s’ils sont remplis, c’est avec de gens qui cherchent des idées pour décorer le mur au dessus du buffet de la salle à manger

(1) Beau sujet pour une dissert de philo, vous ne trouvez pas ?

(2) C’est faux ? Sans doute parce qu’elles sont devenues « médiathèques » où on emprunte CD et DVD