Thursday, July 20, 2017
Citation du 21 juillet 2017
Monday, April 04, 2011
Citation du 5 avril 2011
Monday, July 07, 2008
Citation du 8 juillet 2008
Il y a trois sortes d'intelligence : l'intelligence humaine, l'intelligence animale et l'intelligence militaire.
Aldous Huxley
J’avoue que moi aussi je partageais jusqu’à récemment le jugement de Huxley : l’intelligence, chez un militaire me semblant contradictoire avec la vertu d’obéissance, je la plaçais en dessous de l’intelligence animale.
Et puis vient le célèbre épisode de la libération de Ingrid Bétancourt : opération d’intelligence militaire dit-on partout. Intelligence militaire, me dis-je ? Quésaco ?
Là-dessus, j’ai pris mon dictionnaire d’anglais, et j’ai compris : en anglais, intelligence signifie, outre le sens habituel pour nous, renseignement – voire même service de renseignement. (1)
O.K., j’ai compris, me dis-je : c’est un faux ami.
Quoique…. On pourrait se demander par quelle aventure lexicale, ce mot qui, même en anglais signifie d’abord l’entendement, et sa capacité à comprendre, devient par la suite synonyme renseignement, voire même d’espionnage.
C’est là qu’on comprend quelque chose qui pourtant devrait être bien connu : l’intelligence c’est la sagacité, l’aptitude à découvrir ce qui est caché ; donc aussi ce qu’on nous cache.
Pas d’exercice de l’intelligence là où il n’y a pas de secret, de vérité cachée.
La première manifestation de l’intelligence dans l’espèce humaine a été le péché du fruit défendu : c’est la prise de possession de la connaissance du bien et du mal. L’intelligence, c’est la volonté de découvrir par soi-même de ce qui est bon ou mauvais, vrai ou faux, beau ou laid, partout où on prétend nous le cacher, parce que du même coup, celui qui nous cache tout ça peut nous dominer (2). Dans le convois militaires, seul le véhicule de tête sait où il va ; les autres ne savent qu’une chose : c’est qu’il faut le suivre.
Et revoilà les militaires…
(1) Je n’ai pas le texte original de Huxley ; il est possible qu’il joue sur ce double sens.
(2) Il existe une branche de la psychologie spécialisée dans la « psychologie de la domination ». L’ignorance en est l’un des support : celui qui doit attendre l’information pour agir dépend totalement de celui qui détient l’information.
Thursday, June 19, 2008
Citation du 20 juin 2008
Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l'Histoire est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne.
Aldous Huxley - Collected essays
C’est un poncif un peu irritant : il faut apprendre l’histoire pour ne pas refaire les erreurs que nos ancêtres ont commises.
Car, à quoi bon apprendre ce qui ne sera plus ? Dès lors que l’époque a changé, même les erreurs qu’on y a commises ne sont plus possibles aujourd’hui.
Il y a quelques années Robert Hossein réalisait des grandes mises en scènes, des reconstitutions historiques comme le procès de Marie-Antoinette, et faisait voter le publique pour savoir s’il aurait condamné la malheureuse à l’échafaud. Ridicule.
Aldous Huxley nous aide donc à y voir plus clair : la leçon de l’Histoire (H majuscule !), c’est qu’il n’y en a pas. Et déjà pour la raison que nous avons dite.
Mais aussi j’aimerais suggérer que l’histoire en délimitant le territoire du changement (progrès des techniques et des sciences ; évolution des sociétés politique ; etc.), délimite aussi ce qui n’est pas soumis au changement (en gros : les besoins et les données physiologiques humains – et peut-être la nature humaine). Dans ce domaine, inutile d’espérer tirer parti des exemples passés là où nous ne pouvons que les répéter ; demanderait-on à un ivrogne de prendre exemple sur l’ivrognerie de son père pour y renoncer pour lui-même ?
S’il y a encore débat, c’est sans doute pour établir l’extension de ce qui ne change pas au cours de l’histoire. Les hommes de Cro-Magnon étaient-ils sensibles à la beauté d’un coucher de soleil ? Pouvaient-ils s’attendrir devant l’enfant qui vient de naître ? Etaient-ils secourables pour le malheureux affamé ?
Il n’est pas besoin d’être Rousseau pour se poser ces questions, même s’il est le seul à croire qu’on pouvait y répondre (1).
(1) Petit rappel. Rousseau affirme:
1 - Il y a une nature humaine.
2 - Cette nature change avec son environnement. Rien donc ne subsiste dans l'homme actuel de l'homme des origines
3 - L'histoire de ces changements est l'histoire de la corruption de l'humanité.
4 - La leçon qu'on peut tirer de l'histoire est simplement celle-ci : n'espérez pas revenir aux temps heureux de l'innocence originaire. Tout ce que vous pouvez espérer c'est d'arrêter cette évolution .
Monday, January 21, 2008
Citation du 22 janvier 2008
Que l'humanité en général puisse jamais se passer de Paradis artificiels, cela semble fort peu probable. La plupart des hommes et des femmes mènent une vie si douloureuse dans le cas le plus défavorable, si monotone, pauvre et bornée dans le meilleur, que le besoin de s'évader, le désir de se transcender eux-mêmes, ne fût-ce que pour quelques instants, est et a toujours été l'un des principaux appétits de l'âme.
Aldous Huxley - Les portes de la perception
Le désir de se transcender… Voilà une aspiration de l’être humain dont on devrait se demander si ce n’est pas son aspiration absolue. Même inaccessible, elle permettrait alors de définir le coefficient de bonheur attendu de chacune de nos entreprises.
Exemple. Voilà que je me mets à peindre ou à apprendre l’équitation : deux actions a priori sans autre utilité que de me hisser vers des expériences que je n’ai pas encore réalisées. Si je fais une croisière sur le Nil, c’est pareil. Sauf que là je suis plus du côté du spectateur que de l’acteur. N’empêche : mon bonheur sera fonction de la quantité de réactions, d’étonnement, d’émerveillement que j’impulserai dans le spectacle qui défile au long de la croisière - aucun bonheur pour celui dont le regard bovin souille ce paysage merveilleux.
Bon. Tout ça c’est bien beau, mais Aldous Huxley en profite pour dire que ce sont les Paradis artificiels qui nous transporteront au-delà de nous mêmes. Tous ces beaux discours sur la créativité humaine, qu’est-ce qu’ils deviennent ?
Huxley est connu pour avoir décrit ses expériences sous mescaline (1). De la transcendance, oui, si on admet qu’il s’agit d’un univers entièrement neuf. Maintenant est-ce pour autant ma transcendance, celle dans la quelle j’inscrirai les ressources cachées de ma nature, ou bien s’agit-il de visions liées à la chimie de ces substances - un peu comme dans le delirium tremens les visions qu’ont les alcooliques sont plutôt stéréotypées ?
J’avoue ne pas avoir d’expérience personnelle à faire valoir ici. Que ceux qui en ont nous expliquent ce qui en est. Pour le moment, je signale que Baudelaire, dans les Paradis artificiels explique que l’effet de haschich se borne à exagérer les caractéristiques de l’individu, sans rien y ajouter de neuf. Mais il est vrai qu’il ne s’agit que de haschich.
Par contre, Antonin Artaud avec le peyotl a bien des choses à nous suggérer…(2)
(1) Il s’agit bien sûr des Portes de la perceptions.
(2) Pour être tout à fait exact, les adeptes de la mescaline aussi.