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Saturday, June 17, 2017

Citation du 18 juin 2017

La liberté des sujets ne réside par conséquent que dans les choses que le souverain, en réglementant les actions des hommes, a passées sous silence, par exemple la liberté d’acheter, de vendre, et de conclure d’autres contrats les uns avec les autres ; de choisir leur résidence, leur genre de nourriture, leur métier, d’éduquer leurs enfants comme ils le jugent convenable et ainsi de suite.
Hobbes – Léviathan (1651)
Liberté… ce mot écrit aux frontons de notre République est une exigence fondamentale de notre société. Nous devons la défendre coûte que coûte parce que sa disparition serait l’acte de décès de notre organisation politique. Voilà la thèse démentie ici par Hobbes.
Ici, la liberté n’est pas entendue comme un principe organisateur de la société, mais simplement comme l’effet d’une lacune dans le tissu des lois ; elle est une faille dans l’organisation de la société et elle ne subsiste qu’à condition qu’une harmonie s’établisse spontanément entre les hommes, sans que l’Etat ait besoin de l’imposer par la violence d’un règlement. (Sur tout cela voir le texte complet en annexe). Au fond, la liberté publique est un phénomène collectif qui échappe à deux régulations opposées : l’une qui vient de la contrainte de la loi ; l’autre qui résulte d’un besoin individuel satisfait par l’entraide collective.
1 – On comprend que pour Hobbes cette dernière situation corresponde à la nécessité où nous sommes de nous associer à autrui pour survivre, qui ne résiste pas à l’inégalité de force entre les groupe sociaux, dès lors qu’un maitre a pu imposer sa volonté à des esclaves. L’esclave est l’homme qui réclame la contrainte de la loi comme étant nécessaire pour soumettre son maitre à l’autorité d’un souverain.
2 – La liberté est une situation, elle ne peut être une revendication (1) : or, réclamer que tout homme soit aussi libre que moi, c’est me mettre en danger d’être soumis à l’expression de cette liberté dès lors que la libre force de l’adversaire l’emporte sur la mienne. Réclamer ce qu’on a – à savoir la liberté physique et naturelle ; et refuser ce qui pour la sauvegarder serait en état de la supprimer – à savoir la loi – voilà l’absurde dilemme au quel l’homme social est soumis.
3 – Hobbes ne dénoue pas le problème de façon théorique : il le soumet simplement à l’observation concrète. Oui, il y a de la liberté publique dans les sociétés soumises par ailleurs à la volonté d’un souverain. Mais cela est purement accidentel et ne peut d’ailleurs pas durer indéfiniment.
« Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! » disait Saint-Just. Avec l’état d’exception on voit combien ce paradoxe reste actuel.
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(1) Notre revendication républicaine de liberté porte sur l’interdiction d’empêcher l’expression de la liberté individuelle. Elle ne la crée pas, elle la rend viable partout où elle existe déjà.
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Annexe.
« Étant donné […] qu’il n’existe pas au monde de République où l’on ait établi suffisamment de règles pour présider à toutes les actions et paroles des hommes (car cela serait impossible), il s’ensuit nécessairement que, dans tous les domaines d’activité que les lois ont passés sous silence, les gens ont la liberté de faire ce que leur propre raison leur indique comme étant le plus profitable. Car si nous prenons la liberté au sens propre de liberté corporelle, c’est-à-dire le fait de ne pas être enchaîné, ni emprisonné, il serait tout à fait absurde, de la part des hommes, de crier comme ils le font pour obtenir cette liberté dont ils jouissent si manifestement. D’autre part, si nous entendons par liberté le fait d’être soustrait aux lois, il n’est pas moins absurde de la part des hommes de réclamer comme ils le font cette liberté qui permettrait à tous les autres hommes de se rendre maîtres de leurs vies. Et cependant, aussi absurde que ce soit, c'est bien ce qu’ils réclament ; ne sachant pas que les lois sont sans pouvoir pour les protéger s’il n’est pas un glaive entre les mains d’un homme (ou de plusieurs), pour faire exécuter ces lois. La liberté des sujets ne réside par conséquent que dans les choses que le souverain, en réglementant les actions des hommes, a passées sous silence, par exemple la liberté d’acheter, de vendre, et de conclure d’autres contrats les uns avec les autres ; de choisir leur résidence, leur genre de nourriture, leur métier, d’éduquer leurs enfants comme ils le jugent convenable et ainsi de suite. » Hobbes – Léviathan (1651)

Saturday, May 20, 2017

Citation du 21 mai 2017

. … je mets au premier rang, à titre d'inclination générale de toute l' humanité, un désir perpétuel et sans trêve d'acquérir pouvoir après pouvoir, désir qui ne cesse qu'à la mort.
Hobbes – Léviathan I, 11 (Lire le texte ici)

Ah ! Le pouvoir ! Hobbes le dit : on n’en a jamais assez.
Jamais ? Sauf quand on accède au pouvoir suprême : là est le bonheur, un bonheur qui ne cherche pas un « après » parce qu’il a tout – tout de suite.

C’est dit !  Charles-Henri sera Président de la République : ce sont ses parents l’ont décidé. Comme il a juste 4 ans autant dire qu’il ne faut pas trainer pour le préparer.
Que convient-il de faire ? Les parents sont perplexes : ils commencent par le conseil en marketing politique. Qu’a-t-il à proposer ?
- Monsieur, madame. Nous sommes une démocratie, et le pouvoir se conquiert non par le maniement des armes, comme dans certains pays, mais par la maitrise de la parole. La communication est la base de tout développement d’activité, qu’il soit d’ordre public ou privé. Nous vous apportons les conseils marketing, politique et juridique, afin d’élaborer une stratégie en adéquation avec vos objectifs.
Les parents sont émerveillés : ils vont sûrement trouver là les conseils qui permettront à leur rejeton de gagner les élections. Mais ils ont quand même un doute : est-ce bien sérieux ? Dominer les gens par la parole, les persuader de voter pour Charles-Henri, est-ce que ça va être si simple ? N’y aurait-il donc pas quelque science indispensable à connaître ?
- Notre offre de conseil, de coaching et de formation repose sur la psychologie positive, l'enquête appréciative et la vision systémique. Nous contribuons à accélérer le changement, développer l'engagement, l'efficacité, l'agilité et l'autonomie d'un point de vue individuel et collectif. Nous avons un impact majeur sur la qualité des relations citoyennes contribuant ainsi à donner un sens au vivre-ensemble.
Les parents respirent mieux : Charles-Henri sera diplômé de psychologie positive. C’est dit !
Un dernier scrupule les retient : on ne devient pas Président de la République comme ça, tout seul. Il faut une équipe solide efficace et avec la quelle on est en confiance – Regardez Emmanuel M* : sans ses marcheurs il ne serait pas allé bien loin !
N’y aurait-t-il pas aussi un coaching d’équipe ?
- Monsieur, madame : Attention ! On ne confond pas le coaching d’équipe et le team building ! Il vise à optimiser l’intelligence collective, de façon durable, mais surtout de façon autonome et mature! Une équipe peut respirer la joie de travailler ensemble, et être composée d’excellents éléments choisis pour leurs exceptionnelles compétences, elle n’en sera pas pour autant performante : valeurs, excès de co-protection, territoires… Nous vous aiderons à préparer les futurs collaborateurs de Charles-Henri pour qu’ils soient efficaces et dévoués.
La suite à demain – Si vous le voulez bien
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N.B. Les passages en italiques sont des montages d’extraits de divers sites de coaching : certes ils ont été un peu trafiqués, mais La Citation-du-jour tient à les remercier de leur gracieuse collaboration

Friday, February 10, 2017

Citation du 11 février 2017

Examine si ce que tu promets est juste et possible, car la promesse est une dette.
Confucius
«Covenants, without the sword, are but words » (Pactes sans sabres, ne sont que palabres)
Hobbes - Léviathan, II, XVII
La promesse est une dette : oui, si on admet qu’elle nous engage pour l’avenir autant qu’une dette. Maintenant il faudrait quand même savoir de quoi il s’agit : si j’emprunte quelque chose, il va de soi que je dois le rendre sinon ce serait un vol ; mais la remarque de Confucius fonctionne « à contrechamp » : je ne suis plus celui qui promet de rendre ce qu’il a reçu, mais celui qui promet de faire un prêt : mon engagement doit-il être aussi impératif ?
Ecoutez la cigale de la fable : « Je vous paierai, …, / Avant l'Oût, foi d'animal, / Intérêt et principal. » La fourmi comme on le sait n’est pas prêteuse : pour elle, une promesse consiste dans des mots, un peu d’air agité par des lèvres, et la promesse de l’emprunteuse ne lui inspire guère confiance. C’est pour cela qu’on a inventé les dépôts de garantie : je te prête si tu es assez riche dès aujourd’hui pour me rembourser demain. Mais alors, pourquoi emprunter ? C’est insoluble !
Heureusement les linguistes américains, Austin en tête (1), sont venus nous expliquer que dans certaines circonstances, les mots sont des faits aussi décisifs que des actes, et que dire « Je te promets » engage autant qu’une prestation d’échange ou de service.
Bien sur certains vont jusqu’à multiplier les conditions qui rendent la promesse effective : en particulier les serments sur la bible ou sur la tête d’un être cher. Mais qu’importe : si tout cela à une importance c’est bien parce qu’au bout du compte, les mots remplacent les choses.

Et puis un jour arrive quelqu’un qui se moque de ces conventions. Quelqu’un qui dit : « Vos traités (par exemple) commerciaux ne valent rien pour moi. Un trait de plume les a ratifiés, un autre les supprime. Et si vous contestez il faudra le faire les armes à la main. » On pense bien sûr à l’attitude du nouveau Président des Etats-Unis, même s’il n’a pas encore convoqué son armée, il a du moins promis d’utiliser la force toutes les fois qu’il le jugera nécessaire.

La force prime le droit – et quand c’est l’inverse qui se produit, c’est déjà une décision de droit, autrement dit ce fondement-là est on ne peut plus fragile.
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(1) J.L. Austin, philosophe américain, auteur d’une théorie du langage comportant la notion de performativité

Monday, December 12, 2016

Citation du 13 décembre 2016

L’homme est un loup pour l’homme.
Hobbes
Et si le loup était un modèle non de férocité mais de solidarité avec ceux de sa meute, si l’homme devenait un de ses membres aurait-il droit à un amical salut le matin ?

Impossible ? Regardez plutôt cette image :


C’est le loup qui prend l’initiative de la léchouille, preuve qu’il reconnaît l’homme comme l’un des siens – peut-être même comme le chef de la meute.
Serons-nous un jour comme les loups : dur pour les étrangers et fraternel avec les siens ? D’ailleurs, ne le sommes-nous pas déjà, nous qui chassons avec férocité les demandeurs d’asile refusés sur notre territoire ? Feriez-vous la même chose que ce loup avec le musulman qui entre à la Mosquée pour la prière du matin ?

Je sens que je choque : oui, au fait, pourquoi choisir un tel exemple ? Pourquoi ne pas demander si vous saluez aimablement tous ceux qui viennent d’un quartier qui n’est pas le votre ?
C’est vrai, mais voyez-vous, si le loup nous donne un exemple supplémentaire, c’est celui de la recherche d’identifiants strictement sélectionnés : on dit que le louveteau passe des nuits entières à reproduire soigneusement les modulations du hurlement caractéristique de sa meute, qui lui servira de sauf-conduit quand, revenant seul vers les siens ceux-ci ne l’accepteront que s’il sait « hurler avec les loups » de façon correcte.
Alors, voilà : nous faisons la même chose avec les musulmans, priés de prouver qu’ils sont de bons maris respectueux du droit de leurs femmes à vivre en toute liberté, et que les femmes sont capables de s’affranchir de la tutelle des imams ; quant à leurs enfants ils pourraient quand même s’appeler Kévin plutôt que Rachid, ça serait une bonne idée.
Mais a-t-on les mêmes exigences par rapport à la caillera de banlieue ? Bien sûr que non, à moins d’exiger (comme Finkielkraut) qu’ils parlent la langue de Racine avec l’accent du 16ème arrondissement.

Thursday, May 19, 2016

Citation du 20 mai 2016

Le prix ou la VALEUR d'un homme est, comme pour tous les autres objets, son prix, c'est-à-dire ce qu'on donnerait pour avoir l'usage de son pouvoir.
Thomas Hobbes - Léviathan (1651) chapitre 10 (lire ici)
Le journal nous apprend qu’alors qu’on veut limiter le salaire des patrons à 100  fois le SMIC, ceux du CAC 40 touchent en moyenne actuellement l’équivalent de 240 fois le salaire minimum.

Source : Libé du 19 mai, page 5
C’est impressionnant, n’est-ce pas ? Voir ce petit bonhomme face à cette masse de salaires : 240 fois le salaire de l’autre petit  bonhomme (à gauche, ni plus petit, ni plus grand). Qu’est-ce qui justifie cet écart ?
Est-ce une performance professionnelle 240 fois plus forte ?
- Bonjour monsieur le maçon, pourriez-vous me faire un devis pour reconstruire ce mur tout pourri ?
- Voilà, madame Michu : il me faudra une semaine de travail.
- Comment ? Une semaine ? Vous voulez dire qu’il vous faut 35 heures pour remonter ce mur ?
- Ben oui.
- Mais savez-vous que Carlos Ghosn, lui, ferait le même travail en moins de 9 minutes !
(Pour ceux qui sursautent, voici le calcul – il est très simple : 35 heures multipliées par 60 minutes, divisées par 240 (fois le salaire du pauvre maçon) = 8,75 minutes)
o-o-o
 Bon, on le sait : ça ne marche pas comme ça. Le salaire du patron (à supposer qu’il ne soit pas fixé par lui-même ou par le Conseil d’Administration) n’a d’autres règles que celles du marché.
- Monsieur Ghosn nous refusons d’augmenter votre salaire ; rappelez-vous qu’il est déjà fixé à 2,7 millions d’euros (par an) (1).
- Vous me refusez les 7,2 millions qu’on avait prévus ? Pas grave : je vais chez VW ; je suis sûr que pour ce prix-là ils sont prêts à m’embaucher.
Eh oui : le juste prix, c’est celui que le marché est prêt à donner.
Sauf que dans le cas de notre maçon, le juste salaire c’est celui qui lui permet tout juste de ne pas crever de faim.

2 poids – 2 mesures
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(1) Oui, je sais : monsieur Ghosn dans sa grande modération ne touchait jusqu'à maintenant que 2,7 millions et non 4,2 comme la moyenne de ses confrères. Je m'y perds moi dans ces tourbillons d'euros !