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Friday, April 22, 2016

Citation du 23 avril 2016

Les hommes ont inventé la guerre pour y être sans les femmes et entre hommes.
Jean Giraudoux – Sodome et Gomorrhe

Il n’y aurait donc pas de femmes guerrières ? Mais alors, que doit-on faire des Valkyries et autres Amazones ?

 Bon, on l’a compris : les Valkyries se battent de leur côté et les guerriers du leur : pas de mixité à la guerre. Est-ce une raison pour dire que la guerre n’a été inventée que pour ça – je veux dire : pour y être entre-soi ? ? Mais alors, les peuples qui maintiennent en toute circonstance une stricte séparation entre les sexes devraient être pacifiques puisqu’ils n’auraient pas besoin de la guerre pour se débarrasser des femmes ?
… Cette hypothèse est vraiment idiote, on m’a compris – Je ne ferai pas de commentaire.

La chose sérieuse dans cette citation-du-jour, c’est que la guerre n’aurait pas d’autres fonctions que celle-là, et donc qu’elle est vraiment un massacre inutile.
Du coup on est obligé de remettre sur la table la question : Pourquoi la guerre ? Ou plutôt : Pourquoi certaines guerres ; celles qui ne sont pas associée à l’impérieuse nécessité de se battre pour vivre.
Prenons la Seconde guerre mondiale : ce ne sont pas les motifs pour la déclencher qui ont manqué aux allemands : réclamer un espace vital pour la race germanique ; faire barrage au bolchevisme qui menace la civilisation ; débarrasser l’Europe des juifs qui menacent d’en faire dégénérer les peuples. Rien que des motifs d’ordre vitaux. Et voilà Giraudoux qui arrive et qui nous dit : tout cela n’est pas sérieux. Si tant d’hommes sont partis à la guerre c’est parce qu’ils en avaient assez des femmes et qu’ils voulaient être entre eux.

La guerre c’est comme un match de foot qui ne s’arrêterait jamais…

Citation du 22 avril 2016

A se dire tous ces petits riens qui ne valent pas la peine d’être dits, mais qui valent la peine d’être entendus.
Jean Giraudoux

Voilà un joli paradoxe : quelle étrange mutation transforme le vil plomb des mots ordinaires en or des sublimes déclarations indispensables à la vie ? A quel moment ces mots, dans leur voltige qui les mène des lèvres qui les prononcent aux oreilles qui les entendent, viennent-ils à changer de nature ?
La poésie … que faire de la poésie ? N’est-ce pas elle qui opère cette transmutation en faisant jaillir de leur choc les étincelles de la vérité comme disait Descartes (1) ? Ah… Peut-être bien faut-il de la poésie pour donner à entendre certaines de ces vérités, oui. Mais c’est trop compliqué, trop lointain pour être entendu de tous instantanément. De fait il ne s’agit pas forcément de faire  jaillir la vérité : il faut aussi montrer que la chose dont on parle existe, dans l’instant même où on la dit. Il nous faut des performatifs (voir ici).

Les mots d’amour sont des performatifs : dire « Je t’aime » c’est aimer ; ces mots-là, qui normalement ne devraient pas être dits – ou du moins pas être répétés indéfiniment – sont des manières d’être de l’amour. « Je t’aime » produit une vibration de l’air qui est solidaire de l’amour – dans certaines circonstances du moins. Par exemple entre jeunes amoureux qui se sont prouvé leur amour par maintes caresses ou baisers, et qui maintenant échangent des serments d’amour sur un fond de soleil couchant ou sur un quai de gare. Bref, certains mots sont bien plus que des signes linguistiques. Leur banalité n’a aucune importance, leur répétition ne les prive pas de leur force.
Oui, mais du coup, dire « Je t’aime » sans y penser c’est prendre un gros risque, celui d’être entendu comme l’amour-qui-parle.
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 (1) « Car il ne croyait pas qu'on dût s'étonner si fort de voir que les poètes, mêmes ceux qui ne font que niaiser, fussent pleins de sentences plus graves, plus sensées, et mieux exprimées que celles qui se trouvent dans les écrits des Philosophes. Il attribuait cette merveille à la divinité de l'enthousiasme, et à la force de l'imagination, qui fait sortir les semences de la sagesse (qui se trouvent dans l'esprit de tous les hommes, comme les étincelles de feu dans les cailloux) avec beaucoup plus de facilité, et beaucoup plus de brillant même, que ne peut faire la Raison dans les Philosophes. » - Descartes, Olympiques (Récit de Baillet)

Saturday, April 16, 2016

Citation du 17 avril 2016

Dieu n'a pas prévu le bonheur pour ses créatures il n'a prévu que des compensations : la pêche à la ligne, l'amour, le gâtisme.
Jean Giraudoux – Intermezzo
Aujourd’hui, c’est dimanche : qu’allez-vous faire, puisque vous ne travaillerez pas ? Vous irez à la messe, pour vous confire en patenôtres avec des grenouilles de bénitiers ? Ou vous préparez déjà les cannes à pèche et les asticots pour aller taquiner le gougeon ? Hum… J’en vois qui sont à retaper les oreillers – ils ne vont pas se lever de si tôt. Et que vois-je, près d’eux ? Une ravissante forme féminine qui s’étire paresseusement laissant libre accès à ses charmes. Ça sent la grasse-mat’ crapuleuse…
Allez-y, chers amis, allez  à la messe, ou à la pèche, ou encore faites crac-crac tant que vous voudrez. C’est dimanche, jour de compensation.
Oui, vous avez bien lu : le bonheur étant de sortie, il n’a même pas des substituts, il ne reste que des compensations. Dieu ou qui que ce soit a voulu que l’homme soit heureux (1). C’est la LOI : vous méritez d’être heureux. Oui, mais Dieu – ou qui que ce soit – n’a pas su faire que les  hommes soient heureux. Où bien, il a su faire, mais c’est nous, les hommes qui n’avons pas su comment profiter de cette aubaine.

Bref : il a fallu donc compenser ce manque-à-jouir et il y a un jour pour ça : le dimanche, qui n’est pas fait simplement pour compenser le travail par le repos, mais qui doit aussi compenser le déficit de plaisir ou de béatitude. C’est moins bien que le bonheur ? Oui, mais nous n’y pouvons rien – et après tout qu’importe ? Ce qui compte, c’est que ces compensations nous soient dues, que nous puissions en profiter sans arrière-pensées de culpabilité : tout ce que nous avons évoqué en commençant nous est dû, rien ne doit s’y opposer sous peines de grave injustice.
Et quoi ? J’entends qu’on veut nous faire travailler le dimanche ? Horreur ! Aux armes citoyens !... Seulement, voilà que les arguments fournis pour lutter contre cette loi scélérate sont des arguments moraux : s’occuper de louer Dieu, vivre sa vie de famille etc…(1) Ça ne marche pas. Si on avait dit : le dimanche j’honore ma femme et pour ça il me faut du temps, ça aurait quand même eu un peu plus de poids.
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(1) Sous condition dirait Kant de bien se conduire : "Agis de telle sorte que tu mérites le bonheur"

Sunday, March 27, 2016

Citation du 28 mars 2016

Il y avait eu ce mois-là vingt et un jours fériés en Bavière, grâce aux nombreuses naissances et morts de princes Wittelsbach et d'archiducs zu Bayern. On pouvait prévoir que si la famille continuait à vivre et à mourir au même rythme, les jours de travail seraient bientôt supprimés pour son bon peuple...
Giraudoux – Siegfried et le Limousin., 1922, p. 87
Aujourd’hui, jour férié. Occasion de se lamenter : les jours fériés sont un mal français ! Il y en a plus que partout ailleurs – il y en a trop !
Alors, avant de maudire notre pays qui se traine par paresse en queue de peloton des pays civilisés, suivons un peu le regard de Giraudoux : en Bavière, 21 jours fériés en un seul mois ! et tout ça par la grâce de je ne sais quel prince dont le pouvoir régalien semble bien être caractérisé par son aptitude à distribuer les jours sans travail. On me dira peut-être que c’est là une fiction qui n’a pas à être confondue avec la réalité. Mais je voudrais bien qu’on se rappelle combien de jours chômés pour cause de fête religieuse il y avait autrefois. Rien que pour Pâques qui nous offre aujourd’hui une seule journée de paresse, il y avait je crois une semaine complète sans travailler, une semaine consacrée à louer le Seigneur. Alors, qu’on ne vienne pas nous dire qu’on abuse !

D’ailleurs on va pouvoir vérifier que les jours fériés ne changent pas fondamentalement les performances économiques. En effet, en 2016 nous n’aurons que très peu de jours fériés chômés : le 1er, le 8 mai : tombent un dimanche. Idem pour Noël et le jour de l’an. Alors, nous ferons le bilan en 2017 : la production économique aura-t-elle augmenté, ou bien aurons-nous simplement reconduit les performances des année à fort taux de jours fainéantés ?


La vraie raison du discrédit que certains jettent sur ces jours sans travailler est qu’ils semblent ne fonctionner que comme des stimulateurs de paresse, au lieu qu’autrefois le jour férié était un jour où l’on devait louer le Seigneur, ce qui était plus important que de travailler pour un patron.

Tuesday, July 15, 2014

Citation du 16 juillet 2014



Huit joueurs forts et actifs, deux légers et rusés, quatre grands rapides, et un dernier, modèle de flegme et de sang-froid. Le rugby c'est la proportion idéale entre les hommes.
Jean Giraudoux
Allez ! Encore un petit tour du côté du rugby.
Une remarque : je suis totalement ignare en matière de rugby, et je voudrais qu’on ne me tienne pas trop rigueur de mes approximations.
Tout ce que je sais de la composition de l’équipe de rugby vient d’ici. Du coup on comprendra que, pour cette même raison, je ne discuterai pas la validité « rugbystique » de la citation de Giraudoux.
Ça c’est de la citation ! Et pas seulement parce que, sur un sujet qui semble frivole, on convoque une gloire de la littérature. Non, c’est une pensée géniale parce qu’elle nous permet de voir la société comme une équipe de rugby, comparaison que chacun pourra interpréter aisément. D’ailleurs je m’étonne qu’aucun homme politique (du moins à ma connaissance) ne se soit emparé de cette phrase de Giraudoux pour nous faire marcher droit.
- Donc, la société ne doit pas être composée d’hommes tous identiques, même si on imagine cette identité comme une super-faculté telle la Raison-des-Lumières. Exit donc l’homme citoyen-universel ; place aux ailiers, talonneurs, piliers, etc… La société (au sens le plus large) nécessite une diversité de fonctions et donc de talents.
Il serait tentant de chercher qui, dans la société, peut incarner ces personnages : qui sont les gros balaises de la « première ligne » ? Qui sont les ailiers légers et rusés ? Qui sont les grands et rapides arrières ? Et puis l’ultime défenseur qui est-il ?
La métaphore est trop belle pour que je vous prive du bonheur de la décrypter vous-mêmes. Du coup, je vous laisse aussi le soin de déterminer à quel type de régime politique répond cette organisation rugbystique de la société : une démocratie ? Une anarchie ? Ou bien plutôt une dictature ?
o-o-o
Laissez-moi juste réfléchir à l’arrière, celui dont Giraudoux nous dit qu’il est un modèle de flegme et de sang-froid. Curieux n’est-ce pas ? Curieux parce que, dans nos sociétés, on ne songe guère à faire du retrait dans le combat une qualité – voire même une vertu.
Nous, nous sommes dans la compétition, tout se joue dans la percussion, dans la rapidité – dans la réactivité. Et voilà qu’on nous chante la vertu du gaillard qui reste derrière les autres, mais non pas comme un « planqué », plutôt comme un ultime défenseur – mais en même temps comme celui qui a une vision assez globale pour relancer l’attaque.
Quelqu’un qui serait à Londres quand l’Allemand est à Paris ?