Wednesday, November 15, 2017
Citation du 16 novembre 2017
Friday, May 05, 2017
Citation du 6 mai 2017
(3) « …je me résolus de laisser tout ce monde ici à leurs disputes, et de parler seulement de ce qui arriverait dans un nouveau, si Dieu créait maintenant quelque part dans les espaces imaginaires assez de matière pour le composer, et qu'il agitât diversement et sans ordre les diverses parties de cette matière, en sorte qu'il en composât un chaos aussi confus que les poètes en puissent feindre, et que par après, il ne fit autre chose que prêter son concours ordinaire à la nature, et la laisser agir suivant les lois qu'il a établies. » Descartes, Discours 5ème partie
Monday, October 03, 2011
Citation du 4 octobre 2011
C'est la théorie qui décide de ce que nous pouvons observer.
Albert Einstein
J’en étais à chercher une pensée d’Einstein qui pourrait nous éclairer sur ce qu’il dirait au cas où, ressuscité, il aurait connaissance de ces impertinents neutrinos qui vont plus vite que les photons.
Et je tombe sur cette phrase : C'est la théorie qui décide de ce que nous pouvons observer – et je me dis que depuis l’époque de Galilée, on n’a pas beaucoup appris.
Je m’explique : Galilée, ayant inventé la lunette astronomique et ayant constaté qu’il y avait des montagnes sur la lune et des taches sur le soleil – ce qui contredisait à la théorie aristotélicienne dominante à son l’époque – s’entendit répondre : « Aristote n’a jamais dit qu’il fallait observer le ciel avec une lunette astronomique ».
Et alors aujourd’hui, certains disent : « il est impossible que les neutrinos aillent si vite, parce que la théorie de la relativité dit que c’est impossible… Donc votre observation est fausse.»
Qu’avons-nous donc appris depuis Galilée ? Que les révolutions scientifiques ne se font pas sans dégâts psychologiques (chez les physiciens) ? Qu’elles sont soutenues par les convictions des savants plus encore que par les expériences ?
En tous cas, on voit bien qu’un changement si radical dans la théorie ne va pas sans souffrances : même l’équipe qui a découvert ces neutrinos si véloces dit à la communauté scientifique « Montrez-nous que nous avons fait une erreur, et nous vous remercierons » – et ce n’est pas par modestie.
Maintenant, il y a des scientifiques plus « philosophes » qui disent : « Oh… Si c’est vérifié, il n’y aura pas à changer de théorie. On dira que dans la formule « E=mc2 », hé bien n’est-ce pas, la variable « c » ne désignera plus la vitesse de la lumière mais celle des neutrinos. »
--> Dites-moi pas que les photons, quand ils accélèrent, ils deviennent des neutrinos !
--------------------------------------------
N.B. Moi, pauvre philosophe, je n’ai pas le bagage scientifique (et surtout mathématique) pour en discuter, pourtant il y a quelque chose de bien embarrassant dans tout ça : c’est que les photons, même quand on les excite et qu’on leur balance de l’énergie supplémentaire, ils n’accélèrent pas ! Rien, pas un epsilon au-dessus des 300000km/s ! Qu’est-ce donc qui les retient, puisque les neutrinos, eux, ils sont capable d’aller plus vite ?
Sunday, October 02, 2011
Citation du 3 octobre 2011
Ce qui m'intéresse vraiment c'est de savoir si Dieu avait un quelconque choix en créant le monde.
Albert Einstein
- L’Inquisition a brûlé tout vif Giordano Bruno pour avoir osé dire qu’il existait une pluralité de mondes.
Autant dire que ça a calmé les philosophes qui se sont désormais contentés de s’interroger non plus sur cette pluralité, mais seulement sur la possibilité pour le monde d’être autre que ce qu’il est.
- Descartes disait : Dieu aurait pu faire le monde autrement s’Il l’avait voulu. Mais Il a fait celui-ci, et il est bon parce que c’est Lui qui décide de ce qui est bon ou mauvais.
- Leibniz disait : ce monde est le meilleur des mondes possibles, parce que Dieu l’a choisi entre tous ceux qu’Il pouvait envisager.
- Einstein affirme qu’il n’est pas certain que Dieu ait eu le choix.
Les physiciens sont devenus des métaphysiciens, qui s’interrogent sur le néant, la matière, et la pluralité des mondes. Et sur Dieu.
Tranquilles, les physiciens : l’Inquisition a disparu et avec elle les menaces sur leur vie. Reste le questionnement : si le monde – ou plutôt l’univers – pouvait être autre que celui que nous « connaissons » (si tant est qu’on le connaisse), quel serait-il ?
Qu’on ne dise pas : tout ceci, c’est de la masturbation intellectuelle, parce que notre vie à nous, citoyens du 21ème siècle ne dépend pas des particules ni de la nébuleuse du Centaure – elle dépend des élections et des Marchés financiers. Voilà ce qui compte.
Erreur ! Les particules, on en a mesuré l’importance de Hiroshima à Fukushima, et les physiques bizarroïdes nous ont prouvé leur efficacité dans tous nos appareils électronico-numériques.
Quant à la pluralité des mondes, ça ne changerait pas grand-chose à notre vie que ça n’existe pas, sauf que là, c’est notre imagination qui les réclame à cor et à cri : voyez l’intérêt soulevé par les exo-planètes.
Wednesday, February 10, 2010
Citation du 11 février 2010
Les machines un jour pourront résoudre tous les problèmes, mais jamais aucune d'entre elles ne pourra en poser un !
Albert Einstein
Le problème est un mouvement provisoire et contingent appelé à disparaître dans la formation du savoir.
G. Deleuze - Différence et répétition
A la question : quelle est l’opération intellectuelle la plus élaborée, celle que les ordinateurs aussi puissants soient-ils ne sauront jamais faire, répondez sans hésiter : poser un problème.
C’est vrai qu’Einstein est mort avant que soient développées les puissantes machines d’aujourd’hui, ces super-ordinateurs qui calculent les bombes atomiques, qui prédisent le temps qu’il va faire, ou qui gagnent aux échec contre les champions du monde. Mais on peut penser que sa remarque reste valable, ne serait-ce qu’en raison des multiples efforts que l’on doit fournir pour rendre les rendre capables de réaliser la recherche que nous souhaitons.
Le jour où les ordinateurs sauront poser correctement des problèmes, ce jour-là les philosophes pourront prendre leur retraite – définitive ! Car, si on peut définir la philosophie de bien des façons antagonistes (d’Aristote à Gilles Deleuze en passant par Descartes tous s’y sont essayés), on peut sans trembler espérer que tous seront d’accord pour dire qu’elle est – au minimum – l’art de poser des problèmes.
Qu’est-ce donc qu’un problème ? Si nous le définissons comme une construction qui enracine la recherche dans un savoir acquis et qui l’oriente vers ce qu’elle doit découvrir, alors on voit bien qu’aucune logique liée à l’organisation du savoir ne peut suffire à le formuler correctement pour une situation donnée.
C’est d’ailleurs cela que pointait la définition de Gilles Deleuze : le problème est un mouvement provisoire et contingent appelé à disparaître dans la formation du savoir.
L’essentiel est en effet que le problème soit un mouvement : c’est dans ce sens que les machines ne sauront jamais en fabriquer. Car les machines et l’esprit humain ne fonctionnent pas vraiment de la même façon.
Saturday, September 12, 2009
Citation du 13 septembre 2009
La chose la plus difficile à comprendre au monde c'est l'impôt sur le revenu !
Albert Einstein
La réforme fiscale, c'est quand vous promettez de réduire les impôts sur les choses qui étaient taxées depuis longtemps et que vous en créez de nouveaux sur celles qui ne l'étaient pas encore.
Edgar Faure
Par tout pays, le peuple ne s’aperçoit qu’on attente à sa liberté que lorsqu’on attente à sa bourse ; ce qu’aussi les usurpateurs adroits se gardent bien de faire que tout le reste ne soit fait.
Rousseau – Lettres écrites de la montagne (7ème lettre)
S’il arrive que ce Post soit lu de l’étranger, il faut expliquer qu’en France en ce moment, le sujet de conversation (outre la grippe A) c’est la nouvelle taxe carbone dont Notre-Président vient de fixer les modalités.
Comme cette taxe rend bien perplexe les français, j’ai trouvé que trois citations n’étaient pas de trop, la troisième étant sans doute la plus pertinente mais ayant déjà eu les honneurs d’un commentaire (voir ici).
Etonnement, donc :
- Comment ? J’achète du CO2 et je ne le savais pas ?
- Comment cette taxe va-t-elle me dissuader de polluer si on me rend l’argent qu’on m’a pris pour ça ?
- Pourquoi un impôt pour modifier un comportement, alors qu’une bonne pédagogie aurait suffi ?
Stop !!! C’est là que gît l’essentiel : pourquoi l’Etat nous prend-il de l’argent, comme pour nous punir, alors qu’on est des citoyens éduqués et que l’explication devrait avoir un effet moral suffisant ?
La taxe carbone ne donne-t-elle donc par raison à Rousseau qui reproche aux citoyens de son époque de ne prendre garde qu’à l’argent et non aux lois ?
Hé bien, moi je dis : cet effet de la taxe carbone n’est pas si mauvais.
Tout se passe comme si l’Etat, au lieu de nous donner des leçons de morale qui offenserait notre libre arbitre nous disait : faites comme vous voulez, mais si ce que vous faites est mauvais, alors vous allez payer. Vous êtes libre de définir le bien et le mal comme vous voulez ; vous devez simplement payer pour les pots cassés
Alors j’entends bien que les riches vont pouvoir continuer à polluer avec leur gros 4x4 alors que les pauvres eux devront acheter les petites – toutes petites – voitures qui ne dégagent que 5 grammes de carbone par kilomètre…
Seulement, voyez combien il y a de riches et combien il y a de pauvres : le bilan carbone de l’opération est très satisfaisant.
Thursday, August 27, 2009
Citation du 28 août 2009
Il est hélas devenu évident aujourd'hui que notre technologie a dépassé notre humanité.
Albert Einstein
On se dit d’abord que Einstein, le génie qui n’a pas dédaigné de mettre ses mains dans le cambouis de la technologie de la bombe A, doit savoir ce qu’il dit quand il affirme que l’humanité est maintenant dépassée par ses inventions technologiques.
Dépassée ? En quel sens ?
Je ne crois pas qu’Einstein parle de l’humanité au sens de disposition morale bienveillante, parce qu’on imagine qu'il pense plutôt à la technique comme moyen utilisé par la férocité humaine pour se renforcer ; moyennant quoi, ce serait l’humanité comme collection de tous les hommes existant qui serait visée ici.
Et d’imaginer que notre époque est celle de l’autodestruction de l’humanité, de l’extinction de l’espèce détruite par elle-même. Et c’est vrai que la peur de la 3ème guerre mondiale a été nourrie de ce genre de réflexion.
Et puis, on se dit que croire qu’on attendu les progrès techniques pour génocider l’espèce ce n’est pas si évident que ça et que l’humanité a toujours eu les moyens de se détruire.
- Rwanda 1994 : 700000 morts à la machette. C’est avec une technologie qui date de l’age du fer (quelques millénaires en arrière) que les Rwandais sont arrivées à ce résultat. Et je ne parle pas des camps d’extermination nazis, abattoirs humains qui n’étaient guère high-tech.
Alors, c'est vrai dans tous ces cas les génocideurs ne risquaient pas d'être victime de leur propre férocité.
Mais on savait pourtant que c'était possible: les victoires à la Pyrrhus, ça ne date pas d'hier.(1)
(1) Dénombrant les pertes subies par son armée à la victoire d'Ausculum, il aurait déclaré: "Si nous devons remporter une autre victoier sur les romains, nous sommes perdus".
Wednesday, July 22, 2009
Citation du 23 juillet 2009
Lune 2
J'aime penser que la lune est là même si je ne la regarde pas.
Albert Einstein
La lune est-elle la même quand je ne la regarde pas ? Faut-il être un génie comme Einstein pour se poser la question ? Ou bien un psychopathe, comme celui dont parle Merleau-Ponty qui se retournait pour voir si le monde continuait d’exister dans son dos ?
En réalité la question est mal posée parce que la réponse est tronquée.
Je suppose que Einstein se propose de connaître la lune (et bien sûr le cosmos) comme si l’homme n’était pas là pour les voir. Ce qui signifie non seulement que la connaissance doit être objective, mais encore qu’on ne peut y parvenir qu’à condition de faire table rase de tout ce qu’on croit connaître de l’objet étudié.
Oublier la lune qui influence le tempérament des lunatiques ; oublier la lune qui n’est là que pour éclairer nos nuits ; écarter les croyances sur la nature de la lune montante qui la distinguent de celles de la lune descendante ; et bien sûr oublier aussi la lune qui inspire les poètes et les amoureux.
Bref, jeter pardessus bord toute cette instrumentalisation de la lune qui en ferait une réponse aux besoins de l’homme, exactement comme pour comprendre le système solaire il a fallu renoncer à croire que le soleil n’était là que pour éclairer la terre de toute part également, c'est-à-dire comme un flambeau qui tournait autour d’elle.
Croire que la lune est la même quand je ne la regarde pas, c’est accepter l’idée que mon existence – et celle de l’humanité en général – n’a aucun impact sur l’univers, qu’il soit lointain comme Aldébaran, ou proche comme notre astre des nuits.
Toutefois, comme le disait Freud, accepter cela c’est s’infliger une humiliation narcissique. (1)
(1) Freud – Une difficulté de la psychanalyse (voir le texte ici)
Thursday, September 04, 2008
Citation du 5 septembre 2008
Peu d’êtres sont capables d’exprimer posément une opinion différente des préjugés de leur milieu. La plupart des êtres sont mêmes incapables d’arriver à formuler de telles opinions.
Einstein – Comment je vois le monde
Permettez à l’ancien prof que je suis de rappeler un principe que nos bientôt-défunts IUFM enseignaient aux débutants : les représentations socioculturelles des enfants ont toujours plus de force que ce qu’enseigne l’école. Autrement dit, vous les profs, vous devez d’abord faire en sorte que les élèves expriment leurs préjugés (= leurs idées, leurs opinions) avant de mettre en place votre enseignement – et en tenant compte de ce point de départ.
Puisque j’y suis, permettez-moi encore de dire qu’on exige des enfants ce qu’on n’oserait jamais demander aux adultes : renoncer à leurs préjugés ! Et encore faut-il dire que ce renoncement ne signifie pas qu’on doive se mettre à penser comme ceux avec qui on n’est pas d’accord. Pas du tout.
Il s’agit simplement d’admettre de discuter de nos opinions, et pour cela de les confronter à des opinions différentes. Et c’est là que ça coince : Einstein, qui savait à quoi s’en tenir, dit même : la plupart des êtres sont mêmes incapables d’arriver à formuler de telles opinions [différentes des leurs].
Car, avant même de comprendre que d’autres points de vue sont possibles, il faut déjà admettre que soi-même on ne détient qu’un point de vue. Il faut donc abandonner la position de certitude inébranlable et indiscutable qui semblait une caution suffisante pour justifier notre certitude, et admettre justement la discussion.
Bien sûr, tout n’est pas préjugé. Les vérités démontrées n’en sont pas, et comme le disait Bachelard, il y a des erreurs qu’on ne recommence pas. Du reste Einstein prend soin de préciser qu’il parle des préjugés du milieu. Mais ça fait encore pas mal d’idées à discuter.
Sunday, January 20, 2008
Citation du 21 janvier 2007
Il n'y a que deux façons de vivre sa vie : l'une en faisant comme si rien n'était un miracle, l'autre en faisant comme si tout était un miracle.
Albert Einstein
Une capacité d’accomplir des miracles compte aussi au nombre des facultés humaines.
Hannah Arendt - La crise de la culture, ch IV-4, p. 220
Alors, allons-y : tout est miracle, notre vie est miraculeuse, les autres sont miraculeux, ma voisine et son chien, la voiture qui démarre chaque matin, l’haleine chargée de mon patron…
Stop ! Si tout est miracle, rien n’est miraculeux. Le miraculeux suppose une rupture, une surprise, un émerveillement. Albert Einstein polémique sans doute lorsqu’il déclare ceci, peut-être pour faire comprendre qu’il n’y a pas plus de mystères dans l’univers que dans notre vie.
Nous allons chercher la réponse chez Hannah Arendt.
Est miraculeux ce qui a une improbabilité infinie, dit Hannah Arendt. Autrement dire, le miracle est ce qui ne devrait pas arriver et qui pourtant s’accomplit.
Pas très original, me direz-vous. Et pourtant si : Arendt affirme que les miracles sont partout où il y a des hommes : « une capacité d’accomplir des miracles compte aussi au nombre des facultés humaines. »
Le miracle, c’est dans l’action qu’on le trouve, et dans la manière dont nous le ressentons.
Pour mesurer l’originalité de cette position, souvenons-nous de la thèse classique : seul Dieu fait des miracles, et ceux-ci contredisant les lois de la nature, c’est dans la nature seule qu’ils s’observent - guérison miraculeuse qui contredit la réalité physiologique, soleil qui se dédouble, mer qui s’ouvre en deux… Et du coup, le miracle se comprend par sa fonction : manifester la puissance de Dieu pour convaincre les sceptiques, en changeant l’eau en vin par exemple.
Retour à Hannah Arendt : nous savons déjà que pour elle la « natalité » est un miracle, que chaque enfant qui naît est l’ouverture d’une imprévisible nouveauté ; c’est là que l’improbabilité du miracle prend sa place. Que sera cet enfant ? C’est par ses chances de d’agir tout au long de sa vie qu’il se définit comme miracle, et donc le miracle est la marque de la vie entière des hommes.
On dira que beaucoup de ménagères de moins de 50 ans ne sont pas vraiment miraculeuses. Oui, mais elles auraient pu l’être. Ça ne vous suffit pas ?
… Vous avez raison, et la réponse de Arendt est plus radicale : il y a du miracle dans chaque action, ne serait-ce que par la surprise qu’elle occasionne. La mesure du miracle, c’est aussi dans notre affectivité que nous la trouvons.
Wednesday, January 03, 2007
Citation du 4 janvier 2007
L'éternel mystère du monde est son intelligibilité
Albert Einstein - Pensées intimes
Suite du message du 3 janvier
Le monde est donc « intelligible ». D’accord avec Einstein ? Bon. Seulement, tout dépend de ce qu’on veut appeler « intelligibilité »… S’agit-il de se représenter l’univers ou bien s’agit-il de prévoir l’évolution des phénomènes ? Jusqu’à Newton, ces deux éléments allaient de paire ; mieux même, l’un était la condition de l’autre : comment en effet prévoir des phénomènes qu’on n’aurait pas compris ? Et comment les comprendre sans connaître les lois gouvernant leur évolution et leur rapport à d’autres phénomènes. Avec Newton, ça se gâte : la gravité est une action à distance inexplicable et pourtant parfaitement prévisible. Les lois de la gravitation universelles sont si parfaites qu’on les utilise toujours aujourd’hui, quatre siècles après, pour calculer la trajectoire des engins spatiaux ; et en même temps Newton disait, concernant la cause de l’attraction à distance « hypothesis non fingo », je ne fais pas d’hypothèses. On peut prévoir mieux que jamais les effets, sans comprendre les causes.
Einstein est le premier à expliquer les causes de l’attraction universelle (par la déformation de l’espace-temps du fait de la gravité des corps célestes - cf. théorie de la relativité généralisée), il est donc certain d’introduire plus d’intelligibilité dans la compréhension de la nature. Même si, en même temps, on dit que seuls quelques très grands esprits sont capable de comprendre les théories de la relativité…
Seulement, avec la physique quantique, patatras ! finie l’intelligibilité, les phénomènes physiques présents dans les particules de matière sont devenus incompréhensibles pour l’esprit humain. Non pas qu’il faille espérer la découverte d’une cause inconnue comme avec Newton ; non pas non plus qu’il faille être prix Nobel de physique pour y voir clair. Non, c’est plus radical : les lois de la physique quantique sont en parfaite contradiction avec les principes logiques qui régissent le fonctionnement de notre esprit, et avec les observations macrophysiques (1).
Il y a pire : pour Einstein, le monde - ou la nature - forme un tout, qui a son unité. Avec l’arrivée de la physique quantique il y a deux natures : celle qu’on observe dans les étoiles soumise aux lois de la relativité ; et la nature liée aux phénomènes corpusculaires soumis aux lois quantiques.
Et ne comptez pas sur moi pour vous rassurer sur l’unité de la nature en vous exposant la « théorie des cordes » : chacun a ses limites.
(1) Voir à ce propos l’intéressant numéro hors-série de Science et avenir consacré au chat de Schrödinger.
Tuesday, January 02, 2007
Citation du 3 janvier 2007
L'éternel mystère du monde est son intelligibilité
Albert Einstein - Pensées intimes
Vous avez pris de bonnes résolutions pour 2007, et en particulier vous vous êtes promis de vous cultiver un peu et de ne plus vous contenter des informations glanées dans Voici.
La citation du jour vient à votre secours : mathématiques et physique des particules : ça vous va ?
Cette pensée d’Albert Einstein est souvent évoquée pour souligner le rôle joué par les mathématiques en physique. Comment comprendre qu’en manipulant des équations on soit parvenu - par exemple - à découvrir la loi de l’électromagnétisme, bien avant que l’expérience de laboratoire le confirme ? Tout se passe comme si la nature était régie par les mêmes règles que celles qui gouvernent les mathématiques, qui sont celles de notre esprit.
Dans l’antiquité déjà, Pythagore avait affirmé que « tout est nombre » ; il signifiait par là que, grâce au symbolisme des nombres on pouvait rendre compte de tout ce qui existait. Mais aujourd’hui, on ne cherche plus dans ce symbolisme une explication du mystère de la nature. Ce qu’on cherche, c’est - depuis Kant - à répondre à la question « Comment la science est-elle possible ? ». Avec la remarque d’Einstein, c’est la nature de la nature qui est ainsi mise en cause : si la science est possible, c’est peut-être parce que le sujet connaissant ne fait qu’un avec l’objet à connaître. Et alors on se retrouve d’un seul coup dans le champ de la religion, voire même du mysticisme : Dieu a créé l’homme comme il a créé l’univers. Avec la même pâte, avec le même alphabet, qu’importe : quelle que soit la nature de cette communauté de nature, l’important, c’est qu’elle existe ; et le seul fait de comprendre la nature est une preuve de son existence.
On voit que le mysticisme n’a pas reculé devant la science. Le colloque de Cordoue cherchant dans la physique quantique les traces du mystère de l’univers l’a montré de façon éclatante (1) ; mais la tendance à la subversion de la science par la religion est permanente. Partout où il y a du mystère, il y a place pour le mysticisme.
à suivre donc…
(1) sur la physique quantique, voir le message de demain.