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Wednesday, March 30, 2016

Citation du 31 mars 2016

Le mensonge est le seul privilège qui distingue l'homme de tous les autres organismes.
Dostoïevski / Crime et châtiment

L’homme seul possède le langage symbolique, donc il est le seul à savoir mentir.
Sauf que beaucoup d’animaux peuvent tromper leurs adversaires par un comportement approprié : même l’araignée qui fait la morte pour désintéresser son prédateur sait le faire.

- Le mensonge est habituellement interprété comme faisant appel à la fonction symbolique du langage : si, quand je touche le feu je retire ma main, ce mouvement peut bien signifier « chaleur » ; admettons que je ne ferai pas ce mouvement avec autant de vivacité si je ne me brûle pas. Maintenant si je crie « Au feu ! » alors qu’il n’y en a pas, je fais usage du langage sans y être amené par la réalité : c’est parce que les mots peuvent être déconnectés de celle-ci que le mensonge est possible, ce qui vérifie le jugement de Dostoïevski.

Le mensonge implique donc une déconnection entre la réalité et le comportement et c’est cela qui signe chez l’animal une capacité vraiment humaine. Car il écarte tout comportement « mensonger » stéréotypé et commun à toute l’espèce comme l’araignée dont nous parlions plus  haut. Il existe par contre une expérience qui montre que le singe accède à cette forme supérieure de mensonge : un singe voit à l’extérieur de sa cage deux pots retournés cachant l’un une friandise, l’autre rien du tout. Quand un opérateur arrive, le singe lui montre le pot à retourner pour trouver la friandise qu’il lui donne alors. Quand survient un nouvel intervenant (coiffé d’une casquette pour être bien reconnaissable) il emporte la friandise au lieu de la lui donner. Le singe refuse ensuite d’indiquer le lieu intéressant mais l’homme cherche et trouve par lui même. Alors le singe imagine d’indiquer le pot vide, et l’homme repart sans rien emporter. Le singe apprend donc à mentir en indiquant ce qu’il sait être la mauvaise réponse, ce qui n’est certes pas un comportement symbolique, mais qui montre quand même qu’il accède à un comportement intelligent c’est à dire adapté à la réalité.

Concluons donc que c’est moins le mensonge que le pragmatisme est le propre de l’homme … et du singe.

Friday, December 26, 2014

Citation du 27 décembre 2014

Le criminel, au moment où il accomplit son crime est toujours un malade.
Dostoïevski – Crime et châtiment
Bientôt, il n'y aura plus de criminels, rien que des malades ; plus d'opposants, rien que des délinquants ; plus de déviants, rien que des tordus.
            Roger Gentis – N'être
Qu’on me pardonne de ne pas retracer ici la carrière de Roger Gentis, qui fut durant le dernier quart du 20ème siècle un acteur du combat pour l’ouverture des asiles. Ce combat est bien oublié aujourd’hui, mais il n’est pas sûr que ce soit parce qu’il fut gagné.
Ce que je retiendrai en revanche, c’est l’idée que le crime peut aussi être l’effet d’un choix, que le refus de la norme, de l’ordre, des valeurs sont des actes spécifiquement humains et non des symptômes de dégénérescence. La pire haine de l’humain n’est-elle pas de refuser de voir dans le crime l’expression de la liberté humaine, sa possibilité de se tourner vers le « mal radical » – même si celui ci reste inaccessible ?
Si nous allons dans ce sens, nous sommes invités par des approches « scientifiques » à une réévaluation des actes criminels interprétés comme des produits de la société criminogène ou d’un déterminisme familial. Personne, nous dit-on, ne peut être délinquant au point de vouloir faire souffrir des enfants – comprenez : personne de normal.
Mais justement, c’est cette idée de normalité qui est refusée par Gentis : le propre de l’homme,  normal ou pas, c’est de faire un choix radical, totalement libre et responsable. Ensuite, que ce choix soit celui d’un crime monstrueux, c’est une autre affaire : selon lui, si les monstres n’existent pas, alors il faut réintégrer la « monstruosité » dans l’humanité.
Du coup, le risque est de rétablir des sanctions extrêmement dures, parce qu’elles n’ont pas pour fonction de maintenir le criminel dans la société, mais de le châtier – voire même de le supprimer. Car si on ne peut espérer « guérir » le criminel parce qu’il n’est pas malade, alors il faut le faire disparaître.

Certains diront même qu’on « doit » l’échafaud au criminel, car c’est comme cela qu’on reconnaît l’humain en lui.

Tuesday, May 13, 2008

Citation du 14 mai 2008

[Le Grand Inquisiteur à Jésus] : Pourquoi es-tu venu nous déranger ? Car tu nous déranges, tu le sais bien. …. demain je te condamnerai et tu seras brûlé comme le pire des hérétiques
Dostoïevski - Les Frères Karamazov (Livre V)
Quand il reviendra, il nous pardonnera / Comme il l'avait fait pour Judas.
Jésus reviens, Jé-ésus reviens, / Jésus reviens parmi les tiens
Paroles de Florence Quentin - Étienne Chatiliez / Gérard Kawczynski – du film : La vie est un long fleuve tranquille.
Il y a 3 jours, le baiser de Judas ; aujourd’hui le retour de Jésus…Avec Jésus il ne faudrait pas commencer, sinon on ne sait pas où ça va mener…
Jésus, quelle icône ! Oui, mais icône de quoi au juste ?
Pour le savoir, et puisqu’il a promis de revenir, nous avons cherché comment son retour serait perçu de nos jours.
1 – Jésus-amour fleur bleue au patronage de Sainte-Mère de Neuilly, etc…
(Inutile de commenter cette petite vidéo je crois que tout le monde la connaît ?)
2 – Le poème du Grand Inquisiteur de Dostoïevski (voir texte).
Même si vous n’avez pas lu les frères Karamazov (= c’est mal), vous devez connaître le « Poème de Grand Inquisiteur » qui se trouve au livre 5.
Pour aller vite, disons que le Grand Inquisiteur qui règne par le fanatisme des foules en faisant brûler les hérétiques va faire brûler Jésus qui revient parce qu’il est porteur de troubles populaires, et parce qu’il n’a pas su enfanter la religion qui soulève les foules. Bref, si Jésus revenait, avec son message christique véritable, il serait jeté en prison, comme il y a 2000 ans, et mis sur le bûcher par les pontifes romains, ceux-là mêmes qui se réclament de Lui. (1).
Maintenant, choisissez l’histoire qui vous va le mieux.
(1) Pour les feignants qui ne liront pas jusqu’à la fin, voici la chute de cette histoire : « Le Prisonnier s’approche en silence du nonagénaire et baise ses lèvres exsangues. C’est toute la réponse. Le vieillard tressaille, ses lèvres remuent ; il va à la porte, l’ouvre et dit « Va-t’en et ne reviens plus… plus jamais ! » Et il le laisse aller dans les ténèbres de la ville. Le Prisonnier s’en va

Friday, July 21, 2006

Citation du 22 juillet 2006

Si Dieu n’existait pas, tout serait permis
Dostoïevski - Les frères Karamazov
(Ça, c’est la citation rapportée par Sartre dans sa conférence intitulée : l’Existentialisme est un humanisme. Elle est probablement fausse, d’un point de vue littéral du moins. Mais elle résume fort bien la pensée de Dostoïevski et bien sûr, celle de Sartre également.)
On devine le syllogisme : Si Dieu n’existait pas, alors tout serait permis. Or il n’existe pas. Donc tout est permis.
Qu’est-ce que vous pensez de ça ? Si vous être anarchistes, vous direz tant mieux, Ni Dieu, ni Maître, etc.. Mais si vous êtes sociologue durkheimien, vous direz : Attention ! Danger d’anomie !
« Anomie » : quésaco ?
C’est un terme utilisé par Durkheim (1) pour désigner l’absence de règles et de valeurs sociales. Il lui sert à montrer que l'affaiblissement des règles imposées par la société aux individus a pour conséquence d'augmenter leur insatisfaction et de provoquer leur « démoralisation ». Laissés à eux mêmes, ils jouissent d’une liberté strictement négative ; la liberté individuelle ne résultant que de l’affaiblissement de la société, elle ne révèle pas leur statut de sujet ; elle n’est donc que le symptôme de la désorientation de la volonté que rien ne peut compenser - rien et surtout pas la volonté de l’individu. Durkheim n’est donc vraiment pas un anarchiste… Mais ça, vous le saviez déjà. Mais les conséquences sont plus intéressantes.
La première conséquence, c’est que pour éviter cette démoralisation, pour avoir des aspirations, les règles sociales sont indispensables, il doit y avoir du défendu et de la répression sociale.
L’autre conséquence, c’est que si Durkheim et Dostoïevski ont raison, une société - et donc l’homme - a un besoin impérieux de religion, sous quelque forme que ce soit, autrement dit que la liberté entendue comme indétermination est catastrophique pour l’individu. Parce que la religion est la source absolue des règles sociales et des aspirations individuelles, parce que nous ne saurions vivre sans ces contraintes, alors nous devons humilier notre orgueil au pied de la croix.
Brrrr !!!
(1) Voir en particulier De la division du travail social.