Tuesday, October 13, 2015
Citation du 14 octobre 2015
Thursday, April 17, 2008
Citation du 18 avril 2008
Quand un philosophe me répond, je ne comprends plus ma question.
Pierre Desproges
En hommage à l’«humoriste caustique », disparu il y a 20 ans.
Les médias regorgent aujourd’hui d’hommages à Pierre Desproges, et certains le définissent comme celui qui était capable de nous faire rire de tout.
Peut-on rire de tout ? Outre que j’ai déjà rencontré la question (sans l’épuiser c’est vrai - voir index rire), je suis toujours gêné par les exemples qu’on peut envisager : la mort, l’holocauste, brrr… Rire de tout ça ce n’est pas facile.
Par contre rire des philosophes : c’est facile et ça fait rire beaucoup de gens… sauf peut-être les philosophes eux mêmes. Que les philosophes aiment faire rire, oui : mais pas à leurs dépens ! Quel malotru ce Desproges, qui donne raison à tous les imbéciles qui ne comprennent rien à la finesse du raisonnement et à la subtilité d’une problématique. « Un chèque en blanc tiré sur l’ignorance » comme disait le bon docteur Lacan.
Quoique…
Notre rire signifie que cette boutade a un sens qui n’est pas à prendre au premier degré. On ne se plaint pas ici de l’obscurité de la philosophie, ni de son jargon, ni de l’aridité de sa dialectique. Ça, beaucoup l’ont fait (à commencer par les sophistes débattant avec Socrate), et ça ne fait rire personne.
Non, ici Desproges ne se moque pas de la philosophie ; il se moque des philosophes.
Répondons lui :
- D’abord, tous les philosophes ne répondent pas à des questions, certains n’ont que faire du dialogue par le quel ils pourraient en rencontrer. Il se trouve justement que le principal dans ce genre – je veux dire Nietzsche – a classé les philosophes selon la qualité de leur rire.
- Ensuite, certains d’entre eux ont utilisé le rire pour critiquer leurs confrères (1) – il est vrai qu’il s’agissait de faire rire des autres philosophes, et non de soi.
--> Oui, me dira-t-on, mais vous ? Si vous vous mettiez dans la peau d’un philosophe, est-ce que vous accepteriez de vous sentir concerné par la boutade de Desproges ? Est-ce que ça vous ferait rire ?
Moi ? Ça dépend.
- Si je n’ai pas su me faire comprendre et surtout, si je n’ai pas tenu compte de ce que savait mon interlocuteur, et plus encore si j’ai essayé de l’impressionner (Ils ont troublé leur eau pour qu’elle paraisse profonde disait Nietzsche), alors je ne ris pas trop, parce qu’on rit à mes dépens.
- Si par contre, mon interlocuteur prouve par sa remarque qu’il ne comprend se pas lui-même, alors, OK, je veux bien rire… de lui.
… On m’aura compris : le plus difficile, c’est de rire de soi ; ou plutôt, de rire avec ceux qui se moquent de vous, quand ce n’est pas votre propre plaisanterie qui l’a déclenché.
Cyrano riait de son nez, mais il embrochait ceux qui se moquaient de lui.
Desproges, lui, riait de son cancer. Soin talent a été de nous en faire rire aussi - avec lui.
(1) On peut évoquer l’anecdote de Diogène le Cynique venant à l’Ecole d’Athènes où l’on pérorait sur les définitions de l’homme : l’homme est un bipède sans plumes, disait-on. Et Diogène de jeter un poulet plumé au milieu de l’assemblée en disant : « Voici l’homme »
Thursday, December 07, 2006
Citation du 8 décembre 2006
Donnez au Téléthon : c’est toujours ça que les Restos du cœur n’auront pas.
Pierre Desproges
C’est quoi, ça ? Encore une provoc, histoire de faire fumer de rage les Bobos ?
Du calme. C’est vrai que si je donne au Téléthon, j’aurai moins à donner aux Restos du cœur. Donner aux uns c’est refuser aux autres ; c’est un constat déjà fait à l’époque du Tsunami : en donnant aux victimes du Tsunami, on a asséché les ressources des ONG d’Afrique.
On disait déjà, autre fois : on a chacun ses pauvres ; ce qui veut dire qu’on ne peut pas donner à tous. Rocard a scandalisé en disant que la France n’avait pas pour vocation d’accueillir toute la misère du monde. C’est qu’il voulait dire « supprimer toute cette misère ». Seulement, voilà : avec le Téléthon, avec les Restos du cœurs, la bienfaisance populaire s’est donné pour mission de le faire. Et il en est pour dire que du coup elle a donné à l’Etat une raison pour ne pas faire son devoir.
Certes, on dira que les choses ne sont pas si radicales. Et d’ailleurs, que c’est le geste qui compte. Allah fait un devoir au croyant de faire l’aumône, mais il n’impose pas de se ruiner pour ça. Pourquoi on fait la charité ? Charité bien ordonnée commence par soi-même ; et si on complétait : « … et elle finit par soi-même » ? On donne au Téléthon pour soigner les maladies génétiques, parce que ça nous dispense de voir des images d’enfants morbides. On donne aux restos du cœurs, parce que les pauvres qui y ont recours sont méritants ; ce ne sont sûrement pas des gamins mal élevés des banlieues, ni leurs parents alcooliques. Ça non !
Et si on faisait une journée nationale des prisons ? Vous donneriez pour en construire des plus conformes à la dignité humaine, ou bien vous diriez : « Je paie déjà assez d’impôts comme ça » ? Peut-être. A moins que vous disiez : « J’ai déjà donné (au Téléthon) »
Sunday, March 12, 2006
Citation du 13 mars 2006
"S'il n'y avait pas la Science, combien d'entre nous pourraient profiter de leur cancer pendant plus de cinq ans ?"
Pierre Desproges - Extrait de Vivons heureux en attendant la mort
La morbidité est le fléau des temps modernes. Des naïfs croient que grâce à la médecine nous allons vivre très vieux et mourir en pleine santé : erreur. Plus on vit vieux, plus on a de « chances » de vivre longtemps en couches culottes, mangeant sa Blédine dans un fauteuil roulant... On demandait un jour au concours d’infirmières de réfléchir à une statistique montrant qu’en 20 ans le nombre des décès à l’hôpital (comparé à celui des décès à domicile) avait augmenté dans des proportions extraordinaires. Une candidate répond : « les gens meurent d’avantage à l’hôpital qu’à leur domicile parce qu’ils sont plus nombreux à mourir malades. C’est un problème de santé publique. » Donc autrefois, on mourait en pleine santé. C.Q.F.D.
Mais sous prétexte de lucidité n’allons pas verser dans un pessimisme encore plus morbide. Pascal comparait l’homme à un condamné à mort attendant dans sa cellule l’heure de son exécution. Mais la vie ne s’épanouit pas sur le terreau de la mort ; l’oubli, force active (Nietzsche), nous propulse vers l’avenir, ou plutôt ouvre le présent sur l’avenir de l’action. Desproges lui-même, son cancer, il en a fait un spectacle, il l’a dominé par son humour, il l’a vaincu en le ridiculisant. Bref il l’a détaché de lui-même, il en a fait une chose. On dit parfois qu’on exorcise nos démons par la parole. Ici on ne les exorcise pas, on les objective, on les englobe pour mieux les dépasser. C’est encore Pascal qui en parle le mieux.
Si le cœur vous en dit, relisez les fragments des Pensées consacrés au « roseau pensant »…