Showing posts with label ¤ Descartes. Show all posts
Showing posts with label ¤ Descartes. Show all posts

Monday, June 19, 2017

Citation du 20 juin 2017

La passion reste en suspens dans le monde, prête à traverser les gens qui veulent bien se laisser traverser par elle.
Marguerite Duras – L'Amant
On considère souvent la passion (amoureuse par exemple) comme étant quelque chose qui prend naissance en soi, qui s’embrase dans le cœur (sic) ; bref : la passion est d’abord en soi-même avant de s’élancer vers le monde.
Marguerite Duras par contre considère la passion comme une force extérieure, un peu comme le vent ou le magnétisme terrestre, et non comme une force intérieure à l’homme.
Du coup, nous voici passif devant la passion (ce qui étymologiquement est exact) un peu comme ceux qui sont transpercés par les flèches de Cupidon.


Vu ici

Toutefois, illustrer la phrase de Marguerite Duras par la flèche de Cupidon est un peu inexacte : car elle suppose quand même le consentement du passionné, alors que la flèche de Cupidon nous surprend au moment où nous ne nous y a attendons pas. Bref : le passionné a-t-il la possibilité de consentir à sa passion ou de la refuser ? Rappelons-nous Descartes : dans, sa prime jeunesse, devenu amoureux d’une jeune fille qui était victime d’un strabisme, il fut par la suite attiré spécialement par les filles qui louchaient. Mais, dit-il, « depuis que j'y ai fait réflexion, et que j'ai reconnu que c'était un défaut, je n'en ai plus été ému. » (cf. ici) : autrement dit il y a un moment où l’on peut, grâce à un examen de la raison, se retenir de tomber amoureux. Le « coup de foudre », s’il se produit, serait donc à retardement.

Dans ce cas, les victimes de Cupidon seraient en réalité victimes de leur propre imprévoyance – ou de leur ambivalence : « cette femme, je sais qu’elle va me faire souffrir, mais quand même… »

Friday, June 02, 2017

Citation du 3 juin 2017

La morale des États se résout, pour de si grands intérêts, à hasarder le sacrifice de quelques particuliers.
Fontenelle – Eloge de monsieur le comte de Marsigli (1658-1730)
…En se considérant comme une partie du public, on prend plaisir à faire du bien à tout le monde, et même on ne craint pas d'exposer sa vie pour le service d'autrui, lorsque l'occasion s'en présente ; voire on voudrait perdre son âme, s'il se pouvait, pour sauver les autres…

Remarque sur l’« affaire Ferrand » 
Les ouvrages de nos classiques jettent parfois une lumière crue – pour ne pas dire cruelle – sur notre actualité. Ainsi de l’ « affaire Ferrand » du nom du ministre soumis à une enquête préliminaire du parquet de Brest pour abus de confiance. Car, alors que le gouvernement – et même le Président – disent en chœur que « Non ! Jamais ! », ils ne demanderont la démission de cet homme dont la réputation ne peut être mise en doute par de simples suspicions non avérées par l’enquête judiciaire – hé bien chacun sait que la question n’est pas de savoir s’il est innocent ou coupable, mais seulement à partir de quand son cas sera suffisamment embarrassant pour qu’on exige son départ.
Cynisme politique ? Machiavélisme toléré pour cause de « pragmatisme » ?
En tout cas, Fontenelle le dit tranquillement : lorsque l’Etat se résout à sacrifier un particulier, c’est encore dans le cadre de la morale. Oui, au 17ème siècle on nommait « moral » le fait de sacrifier un particulier lorsque c’était dans l’intérêt du plus grand nombre. C’est déjà ce que pensait Descartes dans l’extrait cité de sa lettre à la Princesse Elisabeth : il y a une règle de morale qui concerne la vie publique : elle exige qu’on se mette au service de la collectivité et que l’on fasse tout ce qui est en son pouvoir pour le bien publique Ainsi donc, se sacrifier pour elle est un bien, donc moralement acceptable ; mais si ce sacrifice entraine une perte plus grande que l’avantage obtenu, alors la règle en question ne s’applique plus (1).

Du coup, nous voici nanti d’un principe qui devrait permettre se savoir s’il faut débarquer monsieur Ferrand du gouvernement : c’est la règle du plus grand avantage. Si Monsieur Ferrand est un boulet pour le gouvernement, alors il faut  le démissionner. Mais si, même dans l’hypothèse où il ferait perdre des voix aux élections, sa présence en tant que ministre de la cohésion des territoires était bénéfique à la Nation, alors il faudrait le maintenir.
Faire le maximum de bien et le minimum de mal : voilà la règle morale à appliquer.
Seulement n’oublions pas que cette règle s’applique au bien public et non à l’intérêt privé de quelques uns qui ne chercheraient qu’à conserver leur pouvoir.
----------------------------------------

(1) « Et il faut toujours préférer les intérêts du tout, dont on est partie, à ceux de sa personne en particulier ; toutefois avec mesure et discrétion, car on aurait tort de s'exposer à un grand mal, pour procurer seulement un petit bien à ses parents ou à son pays ; et si un homme vaut plus, lui seul, que tout le reste de sa ville, il n'aurait pas raison de se vouloir perdre pour la sauver. » écrit Descartes dans la même lettre : on ne saurait mieux dire !

Friday, May 05, 2017

Citation du 6 mai 2017

La folie : faire la même chose encore et encore en s’attendant à un résultat différent.  
Albert Einstein


 « Irish whiskey triple distilled matured and bottled in Ireland »
« - Un des secrets d'élaboration de Jameson réside dans sa triple distillation lente en alambics de cuivre. Cette méthode lui confère sa douceur remarquable et sa rondeur en bouche. »
Avec cette triple distillation du whisky irlandais, on remarque  tout de suite qu’ici on n’assomme pas les braves gens avec « les abstracteurs de quintessence » ! - mais avouez que ce serait tentant. Bref on peut faire et refaire la même chose avec chaque fois un résultat différent lorsqu’on agit sur un produit qui se transforme à chaque fois.
Quant à Einstein, il avait bien sûr autre chose en vue : il s’agissait  de reprendre un geste identique effectué sur une substance identique. On aurait alors une croyance qui consisterait à dire : « Ce qui a échoué x fois réussira à la x+1ème  tentative » (1). Pourquoi ? Parce que la phase de la lune aura changé ou que les prières auront été faites avec plus de ferveur. On sait que c’est faux depuis bien longtemps, et de nos jours, à part les jardiniers, personne ne croit encore à l’influence de la lune sur notre monde (2).

Bref, rien de nouveau sous la lune (heu… le soleil plutôt). Quelle nouveauté pointe donc Einstein ? En quoi la science moderne apparait-elle avec ce principe qui place l’expérience et  l’expérimentateur au centre du processus ?
Je dirai que cette conception de la science débarrasse l’homme de tout intermédiaire dans son rapport à la matière : même le concept de nature paraît alors superflu. Qu’on regarde comment Descartes rejette tout ce fatras hors de son Discours de la méthode en affirmant qu’il ne parle pas de notre monde déjà étudié par les philosophes mais d’un monde nouveau, tout semblable au notre, sauf justement, qu’il serait vierge de toute influence occulte imaginée (et surtout : défendue) par les théologiens (3)
Répétons-le : le savant est seul face à la Nature et c’est déjà bien assez compliqué comme cela !
------------------------------------------
(1) On aurait pu aussi dire : « Ce qui a réussi x fois réussira aussi bien la x+1ème fois ». On aurait alors le principe de la méthode expérimentale qui ne refait pas l’expérience, mais qui donne le moyen de la refaire en indiquant tous les paramètres nécessaires.
(2) Pour ceux finasseraient, je signale que bien entendu, je laisse aussi de côté le phénomène des marées.
(3) « …je me résolus de laisser tout ce monde ici à leurs disputes, et de parler seulement de ce qui arriverait dans un nouveau, si Dieu créait maintenant quelque part dans les espaces imaginaires assez de matière pour le composer, et qu'il agitât diversement et sans ordre les diverses parties de cette matière, en sorte qu'il en composât un chaos aussi confus que les poètes en puissent feindre, et que par après, il ne fit autre chose que prêter son concours ordinaire  à la nature, et la laisser agir suivant les lois qu'il a établies. » Descartes, Discours 5ème partie

Saturday, April 08, 2017

Citation du 9 avril 2017

Etre de gauche c’est d’abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi ; être de droite c’est l’inverse.
Gilles Deleuze
Voilà une autre façon de distinguer la droite de la gauche en politique : il s’agit de cercles concentriques qui nous mènent de soi vers le monde ou bien du monde vers soi. On pourrait même dire que ces deux mouvements constituent chacun un cycle, et qu’arrivé à une extrémité on revient au point de départ, en boucle :
La gauche, c’est : Le monde --> son pays --> ses proches --> soi-même --> Le monde  --> etc… (On suppose alors que si on se place dans la boucle, c’est parce qu’on doit se sauver soi-même si on veut participer au bien de la communauté (1))
La droite, c’est exactement le contraire, inutile de décrire la boucle, on a compris que l’égoïsme et l’intérêt privé animent les hommes, tous les hommes y compris les politiques, sachant toute fois que le bien commun reste dans la boucle parce qu’il est la condition des privilèges dont les dirigeants espèrent bénéficier.

Autrement dit tous les candidats qui songent au bien commun et qui acceptent l’éventualité de se sacrifier pour lui sont des candidats de gauche. Mais tous ceux qui aiment pardessus tout le pouvoir personnel, au point de ne jamais vouloir s’en éloigner sont des hommes et des femmes de droite.
Toujours indécis ? Toujours à vous prendre la tête entre les mains et à dire : « Mais ils sont tous à dire qu’ils feront le bien commun et tous à faire ce qui leur est avantageux ! Sont-ils tous des menteurs ? Que les seuls qui seraient sincères seraient ceux qui n’auraient aucune chance d’être  élus et qui le savent ? Et si c’est le cas que puis-je faire sinon m’abstenir ? »
Admettons que ce soit vrai. Admettons que les distinctions droite-gauche ne tiennent plus et que les masques soient tombés : tous pourris ? Et du coup, vous voici prêts à abandonner le pouvoir à n’importe qui, en se disant que ce sera la même chose ?
--> Pas du tout ! votez plus le plus efficace, puisqu’il saura que s’il ne l’est pas la rue le chassera du pouvoir.
Si on fait cela,


… alors oui : ça ira !
-----------------------------------------
(1) Relire pour  mémoire cette citation de Descartes récemment donnée : « Et il faut toujours préférer les intérêts du tout, dont on est partie, à ceux de la personne en particulier ; toutefois avec mesure et discrétion, car on aurait tort de s'exposer à un grand mal pour procurer seulement un petit bien à ses parents ou à son pays ; et si un homme vaut plus, lui seul, que tout le reste de sa ville, il n'aurait pas raison de se vouloir perdre pour la sauver.  (Lettre à Elisabeth 15 septembre 1645)

Wednesday, April 05, 2017

Citation du 6 avril 2017

L'égalité civile et politique n'est qu'un aveu d'impuissance, l'impuissance à classer les mérites.
            J.H. Rosny Aîné – Pensées errante
Et il faut toujours préférer les intérêts du tout, dont on est partie, à ceux de la personne en particulier ; toutefois avec mesure et discrétion, car on aurait tort de s'exposer à un grand mal pour procurer seulement un petit bien à ses parents ou à son pays ; et si un homme vaut plus, lui seul, que tout le reste de sa ville, il n'aurait pas raison de se vouloir perdre pour la sauver.
DESCARTES – Lettre à Elisabeth 15 septembre 1645

Voyez la force des préjugés : quand on lit cette citation de Rosny, on lui trouve un relent de préjugé antidémocratique et même, disons-le, un tantinet fasciste.
Par contre, que Descartes écrive que l’homme qui vaut plus que les autres doit être protégé même si c’est au prix du sacrifice des autres, ça ne nous choque pas plus que ça :  ça s’appelle le pragmatisme.
Pourtant, si nous voulons bien examiner les choses sans préjugés, justement, nous constaterons que les principes de la justice ne se laissent pas dériver si facilement des considérations sur la nature humaine. Ou plutôt que ces considération nourrissent un peu n’importe quoi, et pas seulement l’impératif catégorique de Kant.
Tant et si bien que John Rawls a cru nécessaire de faire appel à son célèbre voile d’ignorance pour expliquer comment on va opter pour l’égalité des droits et imposer la considération de l’utilité sociale des individus (2). Moyennant quoi, on doit être non pas juste, mais équitable. Si comme le dit Descartes on était sûr de détenir l’homme dont le talent est absolument utile aux autres, il faudrait lui faire un pont d’or pour garder ses services, quitte à appauvrir tous les autres.
Mais comme nous vivons dans un monde en perpétuel changement, en mutations constantes, nous ne savons ni quelles qualités, ni quel savoir sera utile et avantageux dans l’avenir.
Par exemple, nous sommes sous le voile d’ignorance aujourd’hui même quand à l’éducation qui sera avantageuse pour nos enfants, parce que nous ne savons pas dans quel monde ils vont évoluer.
Et donc l’égalité pour tous, nous la voulons d’abord pour nous-mêmes.
C’est exactement ce que dit Rosny.
-------------------------------------------
(1) John Rawls (1921-2002) a soutenu que les principes de la justice doivent être choisis derrière un « voile d'ignorance », c'est-à-dire sans que personne ne connaisse ni sa place dans la société, ni ses talents ni sa conception du bien.

On peut aussi lire ça.

Friday, February 03, 2017

Citation du 4 février 2017

(Si) un bâton paraît rompu dans l'eau, à cause de la réfraction  …  je ne puis demeurer d'accord de ce que l'on ajoute que cette erreur n'est point corrigée par l'entendement, mais par le sens de l'attouchement.
Descartes – Sixièmes Réponses aux Objections
adressées aux Méditations métaphysiques
Voici un avertissement de Descartes dont nous devrions tenir compte : quand nos yeux nous trompent, ne cherchons pas à toucher pour vérifier, parce que ça risque de ne pas suffire, mais faisons-le plutôt avec ce que notre entendement nous donne à comprendre.
Descartes pensait ici à l’expérience dite « du bâton brisé », et aux lois de la réfraction qui nous permettent de comprendre ce qui se passe :


Pour l’explication, voir ici


Conclusion : Le toucher ne permet pas de corriger les erreurs des yeux, il faut en plus ajouter les lois de la physique, comme celles de l’optique qui, par leur rigueur géométrique permettent d’accéder à une certitude que l’expérience sensible ne donne pas.

– Seulement voilà : des illusions d’optique, il y en a des quantités, et parfois nous sommes comme l’homme ordinaire que Descartes cherchait à corriger : nous aimerions toucher pour être sûr. Comme ici :


Body-painting – Voir par exemple ici

Ah ! … Que cette image est trompeuse ! Car il se pourrait qu'ayant vu cette belle dame, un doute nous assaillirait : « Est-il sûr que ce vêtement existe ? N’est-il pas une simple couche de peinture étendue sur la peau ? Et alors ces seins sont-ils bien charnels ? Qu’est-ce qui me prouve qu’ils existent ? Peut-être ne sont-ils eux aussi qu’une apparence machinée pour me tromper ? Pour vérifier, rien n’est plus simple : il suffit d’y tâter. »
Là dessus Descartes interviendrait : « Bas les pattes ! Cette erreur n’est point corrigée par l’attouchement mais par le jugement. Dans cet exemple même, c'est l'entendement seul qui corrige l'erreur du sens » Seulement, la géométrie ne nous est ici d’aucun secours :  qu’un théorème prouve que le bâton qui paraît rompu soit resté droit, d’accord ; mais qu’un nichon bien pulpeux soit réel, aucun mathématicien n’a jamais su le prouver.
Alors, René, tu restes sans voix, hein ?
- Que nenni : Descartes a plus d’un tour dans sa besace de philosophe : voilà qu’il nous sort la bonté divine de Dieu et sa nécessaire véracité.
« Dieu ne peut dans sa bonté vouloir que nos sens nous trompent en permanence. Si nous voyons des beaux seins, c’est parce qu’ils existent vraiment, sans quoi Dieu ne permettrait pas que nous les vissions. De ce que Dieu n'est pas trompeur, il résulte en effet sans aucune réserve qu'en cela (= perception sensorielle) je ne suis pas trompé. »
Si donc vous croyez en Dieu, vous devez également croire que cette belle poitrine existe.

C.Q.F.D.