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Wednesday, January 20, 2016

Citation du 21 janvier 2016

Tout ce qui existe dans l’univers est le fruit du hasard et de la nécessité.
Démocrite
Hasard ou destin, la réponse n’est pas simple.
Joseph Kessel – Ami entends-tu...  

Comme le dit le principe du tiers-exclu, tout ce que l’on peut imaginer ne peut rentrer que dans deux cases : soit ça existe, soit ça n’existe pas – il n’y a pas d’intermédiaire. De la même façon, tout ce qui existe, est arrivé soit par hasard, soit par nécessité.
Evidemment on résiste à cette idée : ainsi donc, tout serait soit noir, soit blanc ?  Il n’y aurait aucune place pour le gris plus ou  moins foncé ? Peut-être… En tout cas, ce principe paraît bien avantageux : on sait déjà que tout ce qui nous arrive résulte du hasard ou bien de la nécessité. Il est donc impossible de confondre les deux ? Pas si sûr : il n’est pas si simple de savoir ce qui relève du hasard et ce qui relève de la nécessité – ou plutôt ici du destin, qui en est une variante.
En effet, quand quelque chose d’imprévisible nous arrive, savons-nous si c’est le hasard qui en est la cause, ou bien si un destin qui gouverne le monde au loin et ignoré de nous n’en serait pas la cause. Les hindouistes vous le diront : en cette vie vous récoltez les fruits de vos actes durant une vie précédente. Bonne ou mauvaise, c’est votre destinée, et rien d’autre.
On peut hausser les épaules : "Je ne me préoccupe pas de cela, direz-vous. Je lutte pour mieux vivre, et si ça rate, eh bien, je recommence. Je suis un battant, moi – je ne renonce jamais ! »
Seulement voilà : si la poisse s’acharne contre vous ; si des petits riens font capoter vos grands projets, si certains amis vous trahissent alors que rien ne le laissait présager, alors vous allez gémir : « Je suis maudit – Maudit ! Le sort s’acharne ? Non : c’est qu’on m’a marabouté, quelqu’un m’a jeté un sort : allons chercher un talisman… » J’exagère ? Peut-être – mais peut-être pas. Ou bien peut-être vous arrêterez-vous à cette certitude : c’est le destin qui vous fait échouer ; et du coup là vous allez – vous le battant, le compétiteur – renoncer : on ne lutte pas contre le destin !

En tout cas, entre hasard et destin, l’hésitation est le lot de chacun. C’est même peut-être ça qui caractérise l’avenir.

Monday, January 05, 2015

Citation du 6 janvier 2015

Rien ne vient du néant, et rien, après avoir été détruit, n'y retourne. Les atomes se déplacent dans tout l'univers en effectuant des tourbillons et c'est de la sorte que se forment les composés : feu, eau, air et terre.
Démocrite (déjà cité ici)
Déchet II
Sous mes doigts un clavier ; devant mes yeux, un écran ; à côté un ordinateur :
- Mais non ! Tout cela n’est en réalité qu’une seule et même chose : un tourbillon d’atomes.

Cette citation de Démocrite énonce ce principe du matérialisme antique qu’on prend souvent pour une sorte de rêve, de poésie sans consistance, avec ses atomes qui voltigent et tourbillonnent comme la poussière dans un soleil d’été.
Ou alors, on le considère comme un vieil adage qui n’a depuis longtemps plus rien à nous apprendre : Rien ne se perd, rien ne se crée – tout se transforme. Banal. Pourtant nous avons là quelque chose qui devrait nous éveiller dès que nous nous interrogeons sur notre avenir sur terre. En effet :
- Tout ce que nous utilisons pour produire existe depuis la nuit des temps, et rien de ce que nous rejetons ne disparaitra jamais. Qu’y pouvons-nous ? Rien, sauf que nous pouvons faire en sorte que ce que nous rejetons ressemble autant que possible à ce que nous avons pris. C’est la comparaison avec les centres d’épuration des eaux usées qui doit nous guider, puisqu’elles sont censées rejeter l’eau telle qu’elles l’avaient prélevée.

Pourtant reste encore une difficulté dans ce passage de Démocrite : rien ne vient du néant, et rien, après avoir été détruit, n'y retourne. Comment ça ? Si on a détruit quelque chose, ne l’a-t-ton pas anéanti, c’est à dire rejeté dans le néant ?
On a déjà formulé la réponse : – tout se transforme. Quand le cochon mange du maïs, il ne l’anéantit pas, il le transforme en viande-de-cochon. Quand je mange le cochon, je ne le détruis pas : je le transforme en viande humaine et en excrément, les quels vont à leur tour être transformés en autre chose. La comète Tchouri perd peu à peu sa glace en passant près du soleil. Mais ces molécules d’eau vont continuer d’exister et – peut-être – se réagréger à d’autres dans ce ballet des atomes dont parle Démocrite.
Que retenir de ce ballet ? Que ce sont les mêmes molécules qui constituent la maïs/le cochon/l’homme/ses excréments/etc.

Le matérialisme est une école de la modestie.

Thursday, July 11, 2013

Citation du 12 juillet 2013


De Démocrite : qui voudrait avoir un enfant ferait mieux, à mon avis, d’adopter le fils d’un de ses amis. Ainsi aura-t-il un enfant conforme à son désir ; car il le choisira tel qu’il voudra. […] si l’on en a un de soi … on est forcé de le prendre tel qu’il est.
Stobée – Florilège IV, XXIV, 32

Faut-il faire des enfants ?
Démocrite est le philosophe qui a mis à mal non seulement l’Olympe, en décrivant le monde comme étant gouverné par le hasard et la nécessité (1), mais qui a en plus porté atteinte à la pensée-bien-pensante (du moins à la nôtre).
Que nous dit en effet notre philosophe ? Qu’il ne faut pas faire d’enfant, parce qu’il vaut mieux les prendre déjà faits, et si possible à un âge suffisant pour qu’il soit possible de savoir s’ils conviennent à l’espoir que nous mettons dans notre descendance.
Vous voulez avoir l’enfant de vos rêves ? Bien. Mais même avec une top-modèle qui mesure 1,80 mètres avec des yeux myosotis et un corps de déesse ; même avec un prix Nobel – pour être sûr que le rejeton fera péter les tests de QI (2) : ça ne marche pas !
Soyez sérieux – ne faites pas n’importe quoi : prenez donc l’enfant tout fait ! Vous saurez au moins quel est son sexe, quelle sera la couleur de ses yeux et celle de ses cheveux ; vous saurez s’il est bavard ou s’il est affligé d’un défaut d’élocution. Si vous êtes sportif, vous pourrez même, à condition de ne pas le prendre trop jeune, le choisir en fonction de sa morphologie : longiligne si vous voulez ne faire un cycliste ; baraqué si vous souhaitez le champion de natation.
Il y a quand même de la bien-pensance chez Démocrite : « si l’on en a un de soi … on est forcé de le prendre tel qu’il est » : il ne s’agit donc pas d’accréditer cette coutume de l’époque qui voulait que le père fut autorisé à supprimer l’enfant – son enfant – dont il ne voulait pas, parce qu’il était mal formé, ou bien qu’il était né sous une mauvaise étoile. J’ai lu quelque part que l’expression « élever un enfant » venait de la coutume romaine de déposer le nouveau-né aux pieds du père (le pater familias) le quel le prenait dans ses bras (l’élevait) s’il l’acceptait comme rejeton – ou bien décidait de le laisser là – à charge pour les domestiques de le déposer en dehors des remparts de la ville où il deviendrait la proie des bêtes errantes.
- Et aujourd’hui ? On commence à trier les embryons pré-implantation, pour avoir le choix entre garçon et fille. C’est exactement ce que suggère Démocrite : simplement on a changé de technique.
La suite à demain – Si vous le voulez bien
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(1) Démocrite : « Tout ce qui existe dans l'univers est le fruit du hasard et de la nécessité ». Voir ici
(2) « Il y a 25 ans, un millionnaire américain, Robert Graham, créait une banque de sperme destinée aux... Prix Nobel » (Agence Science-Presse)

Wednesday, July 10, 2013

Citation du 11 juillet 2013


Les hommes éprouvent à se gratter le même plaisir qu'à faire l'amour.
Démocrite – Fragment 127

Et Démocrite : La masturbation procure une jouissance comparable à l’amour. 
Hérodien – Prosodie générale – Les Présocratiques (Pléiade, p.  877)

La sagesse antique et nous II
Démocrite : le Philosophe qui rit… contredisant  l’image revêche qu’on se faisait du sage, à ce point  qu'on le considère parfois comme fou ! Mais c’est aussi un sage admiré de ses contemporains, qu’on ne connait aujourd’hui que par les citations qu’ils nous ont transmises.
Il y aurait donc un éloge de la masturbation chez Démocrite (1) qui, en écho à Diogène (cf. ici), nous engage à nous satisfaire de cette façon.
En rapprochant nos deux citations-du-jour, on constate que ce que vise Démocrite, c’est ce que Freud nommait « le plaisir d’organe » (2). Mais, il y a plus : alors que Freud visait une satisfaction  érotique, le grattement qui soulage la démangeaison selon Démocrite apporte le même plaisir qu’à faire l’amour. Il y aurait non seulement une jouissance à se gratter, mais aussi – et surtout – on est en droit de supposer que toutes les jouissances sont les mêmes. Le plaisir érotique n’est-il donc rien de plus qu’un plaisir anonyme ?
Toutefois, la comparaison avec la psychanalyse devrait s’arrêter là dans la mesure où le plaisir du « grattage » est à distinguer du principe de plaisir freudien qui vise à abaisser la tension psychique consécutive au désir.
Laissons de côté ce point qui mériterait sans doute une discussion plus approfondie, et allons papillonner plus loin : l’avantage des citations fragmentaires, isolée de tout contexte, c’est qu’elles ouvrent la carrière à l’imagination.
Ainsi pourquoi ne pas rapprocher ce qu’on dit ici de la masturbation de ce que dit également Démocrite à propos des enfants qu’il vaut mieux prendre tout faits que de les faire soi-même (3) ? S’il n’est pas nécessaire de faire des enfants, alors pourquoi valoriser l’acte sexuel ? Autant le remplacer par la masturbation – le péché d’Onan.
Ou encore, puisque la Bible s’est bien penchée sur la question par le péché des sodomites.
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(1) Pour un débat sur l’éloge de la masturbation chez Démocrite, voir ici.
(2) « Plaisir lié à la satisfaction auto-érotique d'une pulsion partielle dans la zone érogène où elle se produit, et qui est éprouvé indépendamment de la satisfaction d'autres pulsions et sans relation directe avec l'accomplissement d'une fonction. »
(3) Voir Post de demain 12 juillet

Citation du 10 juillet 2013


De Démocrite : Une vie sans fête est une longue route sans auberges.
Stobée – Florilège III, XVI, 22
La sagesse antique et nous I
Démocrite : le Philosophe qui rit (« portrait » ci-contre)… contredisant à ce point l’image revêche qu’on se faisait autre fois du sage qu’on le considérait à son époque comme fou ! Mais c’était aussi un sage admiré de ses contemporains – en témoignent les nombreuses citations qu’ils nous en ont transmises.
On a souvent dit que les fêtes permettaient, de rompre la monotonie du quotidien,  d’oublier les soucis de la vie, voire même  de renverser l’ordre social habituel (comme avec le Carnaval). Telle est en tout cas la thèse de Roger Caillois dans un ouvrage que nous avons cité bien des fois (1).
La conception de Démocrite, sans infirmer ces thèses, donne une autre vision de la fête, en la comparant à l’auberge sur le chemin du voyageur. De même que l’auberge nous permet de faire une pause, de reconstituer les forces qui viennent à nous manquer, le fête est ce qui  nous aide à avancer sur la longue route de la vie.

C’est particulièrement évident pour les fêtes qui marquent des étapes : les mariages, les communions - voire même les enterrements. Mais il faut mettre sur le même rang les fêtes saisonnières, celles qui ponctuent l’année en fermant une saison et en ouvrant une autre, comme les fêtes des moissons, des vendanges, de la lumière, etc..
En lisant ces remarques, on sera frappé de la similitude de fonctions entre les fêtes et les vacances. Nous aussi, nous avons besoin de restaurer nos forces, et nous avons pour cela la rupture des vacances. Remarquez qu’il ne s’agit pas seulement de se reposer, ni même de changer d’horizon – sans quoi la retraite serait comme une longue période de vacance.
Plutôt que d’une halte, il s’agit de rupture dans le quotidien : les vacances sont la négation du travail, et c’est pour cela qu’il est non seulement permis de se lever tard, de déjeuner à n’importe quelle heure et de faire la sieste tous les jours – mais c’est de surcroît indispensable si l’on veut se sentir en vacances.
Le Club Med, ce n’est pas n’importe quelle auberge !
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(1) Caillois – L’homme et le sacré.