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Friday, December 09, 2011

Citation du 10 décembre 2011

Le succès a de nombreux pères, l’échec aucun.

Philip Caldwel

Le défi du jour : justifier cette citation.

Oui, c’est un vrai défi, parce que l’échec qu’il soit le nôtre ou celui des autres a toujours beaucoup d’explications, parce qu’on le relie à toutes sortes de causes ; or, si l’on admet que l’échec n’a pas de père, on veut semble-t-il dire qu’il se produit sans cause ; ou du moins que sa cause est imperceptible. C’est d’ailleurs comme ça qu’on s’en excuse : ce n’est pas seulement qu’on ne l’ait pas voulu ; c’est qu’en plus la cause qui l’a provoqué était infime ; c’est le grain de sable qui a bloqué la machine – et pourtant c’est lui le véritable responsable de notre ratage.

Toutefois, certain s’obstineront et diront : la cause de l’échec est elle-même un échec parce que nous aurions pu et dû la prévoir et donc mettre en place un dispositif pour l’éviter. On voit dans les thrillers comment un « casse » extraordinaire échoue parce qu’on n’avait pas su prévoir ce qui pourtant est arrivé. Donc, l’échec n’aurait pas dû se produire.

On m’objectera que dans certains thrillers, c’est le hasard qui détermine l’échec. Les malfaiteurs qui vont dévaliser nuitamment une banque avaient tout prévu, mais voilà qu’un employé est resté à travailler tard dans son bureau et ça fait tout rater (1). On est dans le cadre du hasard au sens habituel : d’un côté la série des faits en rapport avec le vol ; de l’autre les faits liés au travail de l’employé qui l’ont contraint à rester sur place et qui n’ont aucun rapport avec le projet des voleurs.

On est ainsi en présence du hasard dont la définition chez Cournot correspond exactement à cette situation (2). D’ailleurs, on pouvait le prévoir depuis le début, puis que tout ce qui arrive a une cause, sauf ce qui arrive par hasard.

Déjà réussi mon défi ? Trop facile !

Et si, en prime, on s’attaquait au succès ? Passons sur le fait qu’il nous soit annoncé comme issu de nombreux pères – ce qui laisse planer un doute sur la moralité de la mère : on va rester sérieux.

Par contre, on voit qu’un succès n’arrive jamais par hasard – ou alors ce n’est pas tout à fait un succès (3).

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(1) On peut aussi penser à la panne d’ascenseur dans Ascenseur pour l’échafaud.

(2) Le hasard est la rencontre de deux séries causales indépendantes – Cournot

(3) Les amateurs de foot savent combien sont contestées les victoires acquises au dernier instant sur un but très « chanceux ».

Sunday, November 12, 2006

Citation du 13 novembre 2006

Définition - Le hasard est la rencontre de deux séries causales indépendantes. Cournot

Définition - Le destin, [selon les stoïciens], c’est la solidarité des causes. Gilles Deleuze

Le hasard supprime l’idée de cause : comme tel, on ne peut rien en dire ; il peut néanmoins être décrit comme la rencontre de deux séries causales indépendantes. L’exemple classique est celui de la tuile qui tombe du toit sur la tête du passant : celui-ci n’était pas là par hasard - admettons qu’il passait tous les jours à cet endroit pour aller à son travail. La tuile ne tombe pas par hasard non plus : le vent soufflant en tempête ce jour-là suffit à expliquer sa chute. Le hasard, c’est la rencontre d’une série causale sociologique - la présence du passant - et d’une série causale météorologique - la tempête - rencontre qu’on ne peut justifier de quelque façon que ce soit.

Peut-être dira-t-on qu’on n’a fait que reculer le hasard d’un cran : le mot s’applique alors l’interférence des causes. Soit. Ceux qui ont voulu exclure le hasard ont justement exclu l’indépendance des causes : cf. la définition du destin selon les stoïciens, que synthétise Gilles Deleuze. On apprend ainsi qu’il y a une condition de possibilité au hasard : il implique une certaine vision de la nature, qui la fragmente en régions indépendantes. A l’inverse, voyez l’astrologie : pour elle, tout se tient et il y a un rapport entre ce qui se passe dans le ciel et ce qui se passe dans la vie individuelle.

Nous avons beaucoup de mal à admettre l’existence du hasard : est-ce parce que nous croyons à l’unité de la nature ? Mais peut-on sérieusement croire que tout le monde ait une philosophie de la nature ? Personnellement, j’en doute. En revanche, tout le monde veut que ce qui lui arrive ait un sens, et pour cela il ne faut pas que le hasard existe. Voyez l’homme qui a eue la vie sauve parce qu’il raté l’avion qu’il devait prendre et qui s’est « craché ». On dira : « Celui-là, c’était pas son heure… ». Comme si quelqu’un ou quelque chose avait décidé de l’heure de sa mort et que sa survie, n'étant pas le fait du hasard, signifiait quelque chose… Mais là encore, je ne dirais pas qu’il s’agit seulement de superstition, de croyance irrationnelle, de foi dans un ange gardien. Je crois qu'on refuse que ça n’ait pas de sens, parce qu'alors notre mort serait en événement accidentel, comme le tirage des boules du loto. Et ça voudrait dire que notre vie elle-même est contingente.