Wednesday, October 11, 2017
Citation du 12 octobre 2017
Thursday, October 24, 2013
Citation du 25 octobre 2013
Saturday, May 25, 2013
Citation du 25 mai 2013
Monday, May 21, 2012
Citation du 22 mai 2012
Monday, February 27, 2012
Citation du 28 février 2012
L'univers sonore: onomatopée de l'indicible, énigme déployée, infini perçu, et insaisissable. ... Lorsqu'on vient d'en éprouver la séduction, on ne forme plus que le projet de se faire embaumer dans un soupir.
Cioran – Syllogismes de l'amertume (1952)
Se faire embaumer dans un soupir : belle formule, n’est-ce pas ? Et qui emporte l’esprit dans des songes qui vont bien au-delà de la joie ou de la peine.
Pour moi, imposer un sens précis à une formule poétique, c’est à la fois la rétrécir et prendre l’insupportable posture en surplomb de celui qui sait, du maître du sens. Une sorte de psychanalyste de la muse.
Je ne mange pas de ce pain (sémantique) là – je vous laisse rêver encore un peu.
Par contre, le début de la citation peut exciter les neurones du philosophe : L'univers sonore: onomatopée de l'indicible.
Déjà, l’univers sonore n’est pas forcément celui du langage. La musique et tous les sons la nature – le chant des oiseaux comme le brame du cerf, ou même le ressac de la mer – rentrent dans cette catégorie.
Néanmoins, on nous dit que ces sons sont des onomatopées, donc des signes qui ont une signification naturelle – sauf qu’on ne peut rien dire, justement parce que ce sens est indicible.
Voilà déjà un acquis : il y a du sens ailleurs que dans l’univers du langage.
Oui, mais : de quoi y a-t-il sens ? Quelle est cette énigme ?
--> C’est l’énigme [de] l’infini, celle que l’on déploie devant nous, mais qu’en même temps on nous dérobe. Comme si on nous montrait une porte uniquement pour pouvoir nous en interdire l’accès. (1)
Mais faut-il donc que ce « sens-indicible » soit dans l’univers sonore ? L’univers visuel, l’univers olfactifs, celui du tact (du contact) – bref, tous ces univers ne sont-ils pas autant d’entrées dans cette énigme ? Ne faudrait-il pas imaginer que tous ces univers n’en font qu’un et que, s’ils sont énigmatiques, c’est bien parce qu’on les a séparés les uns des autres ?
Peut-être. En tout cas, il y a un qui a su déchiffre l’énigme de l’univers sonore : c’est Siegfried (de Wagner), qui obtient le pouvoir de déchiffrer le chant des oiseaux de la forêt (2).
Simplement, pour y arriver, il faut lécher le sang du dragon.
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(1) Un peu comme la loi chez Kafka. On peut lire ce texte ici.
(2) Siegfried, acte II, scène 2
Sunday, September 18, 2011
Citation du 19 septembre 2011
L'ironie est la mort de la métaphysique.
Emil Cioran – Carnets 1957-1972 (5 novembre 1960 p.759)
L'ironiste fait semblant de jouer le jeu de son ennemi, parle son langage, rit bruyamment de ses bons mots, surenchérit en toute occasion sur sa sagesse soufflée, ses ridicules et ses manies. Voilà décidément le grand art et la suprême liberté, la plus intelligente, la plus diabolique, la plus téméraire aussi. La conscience ironique dit non à son propre idéal, puis nie cette négation. Deux négations s'annulent, disent les grammaires : mais - ce que les grammaires ne nous disent pas - l'affirmation ainsi obtenue rend un tout autre son que celle qui s'installe du premier coup, sans passer par le purgatoire de l'antithèse. La ligne droite n'est pas si courte que cela et le temps perdu est quelquefois le mieux employé.
Vladimir Jankélévitch – L'ironie (p.76)
Beaucoup comme Cioran ont fait les dégoûtés devant l’ironie : les ironistes seraient des gens qui fuient leur responsabilité en cassant tout sans rien construire, des nihilistes, des asociaux – c’est déjà les reproches que s’attirait Socrate, le premier ironiste connu.
Ceux qui ont défendu l’ironie au nom de la liberté de penser – c’est-à-dire de la liberté de refuser de croire et de plier l’échine devant l’autorité du vrai n’ont semble-t-il répondu qu’à moitié : ils ont fait de l’ironiste un sceptique, et voilà tout (1).
Jankélévitch attire notre attention sur un point qu’on oublie souvent : l’ironie n’est qu’un moment dans le processus de la pensée. Elle est le moment du doute dont elle est un instrument, un moyen de mettre à distance l’évidence qui n’est jamais l’oméga du savoir.
Rectifions : l’évidence n’est jamais l’alpha du savoir, mais elle en est bien l’oméga.
Et entre l’alpha et l’oméga, qu’y a-t-il ? L’ironie parbleu !
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(1) D’ailleurs, c’est peut-être le sens de la remarque de Cioran ; pourquoi pas ? Ça ne change pas grand-chose en tout cas à ce qui suit.