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Friday, May 09, 2014

Citation du 10 mai 2014



Un homme fort riche disait en parlant des pauvres : « On a beau ne leur rien donner, ces drôles-là demandent toujours. »
Plus d’un Prince pourrait dire cela de ses courtisans.
Chamfort – Maximes et pensées. N° 596

On publie régulièrement des arrêtés dans les municipalités infestées de pigeons : Défense de nourrir les pigeons, afin qu’ils aillent chercher leur pitance ailleurs. On sait aussi que les frontières de l’Europe se hérissent de barbelés : faute d’éradiquer la pauvreté dans les pays d’Afrique (ou d’ailleurs), on prie ces malheureux d’aller frapper à d’autres frontières.
Oui, mais voilà : « ces drôles-là demandent toujours » –  sous-entendu : c’est à nous qu’ils demandent !
C’est que si on demande l’aumône, on croit meilleur de demander aux riches plutôt qu’aux pauvres. Ce qui est sans doute une erreur, car on sait que ce sont les pauvres qui sont les plus solidaires avec les malheureux et que s’ils n’ont pas beaucoup à donner, ils sont en revanche très nombreux : leurs dons finissent pas remplacer avantageusement ceux des riches.
Oui… Ces drôles-là demandent… Mais qui sont-ils au fait ? Ce ne sont pas des musulmans, eux ils ont une communauté qui fait de l’aumône un devoir religieux et qui soutiennent les nécessiteux. Ce ne sont pas des SDF de chez nous : eux ils ont des chiens  aux fortes mâchoires et quand on les aperçoit on change de trottoir.
Non, ce sont plutôt des gens de l’Europe de l’est, enfin de ceux qui viennent de Roumanie, par exemple et qu’on appelle pour ça des Roms (au grand scandale des Roumains bien nés).
Et voilà ce qui pour nous fait scandale : imaginer que ces pauvres-là sont des citoyens européens comme nous, nous donne une image déplaisante de ce que nous pourrions devenir  un jour.


…..
Au fait, cette pauvre dame, elle ne serait pas grecque par hasard ?

Sunday, March 23, 2014

Citation du 24 mars 2014


Il en est du bonheur comme des montres. Les moins compliquées sont celles qui se dérangent le moins. La montre à répétition est plus sujette aux variations; si elle marque de plus les secondes, nouvelle cause d'inégalité; puis celle qui marque le jour de la semaine et le mois de l'année, toujours plus prête à se détraquer.
Chamfort –  Maximes et Pensées (publiées en 1795)
Commentaire II
Après nous être extasiés sur le progrès et renvoyé au Musée de la pensée technique la Citation de Chamfort, demandons-nous quand même : qu’en est-il du bonheur ? Car c’est bien cela qui intéresse notre Auteur-du-Jour.
Selon Chamfort le bonheur le plus stable (et que serait le bonheur si on devait trembler de le perdre à tout instant ?) est celui qui demande le moins de soin, le moins de biens à consommer : c’est le bonheur du sage qui boit à la fontaine, se nourrit du fruit cueilli en chemin et dort sous le porche de la grange. Mais s’il faut être un Sage pour être heureux avec ça, c’est qu’il faut aussi être content de boire de l’eau, de manger des prunes et de dormir à la dure.
Je pense que la remarque de Chamfort est parfaitement exacte : le moins nous dépendons de l’environnement – et donc des autres – et le moins nous risquons de perdre le nécessaire. Être heureux, c’est puiser en soi-même l’élément du bonheur, et déjà l’Antiquité polémiquait pour savoir si le Sage avait besoin d’amis.
Qu’en pensez-vous ? Pour moi, je trouve que cette discussion quoique fort intéressante, est sans intérêt ici, parce que nous sommes loin, très loin de nous demander : que faire des amis une fois que je me suis délesté de tout le fardeau des biens matériels ? – parce que justement, les biens matériels nous en avons toujours plus besoin.
Vous en doutez ? Vivez donc sans votre smartphone un seul jour, vous m’en direz des nouvelles. Et regardez autour de vous : vos amis, vos collègues, vos voisins – et la dame dans le bus, et le type accoudé au comptoir, etc. Ils sont tous connectés, tous en dépendance non seulement de la machine, mais aussi du réseau.
Et nos enfants ? Reprenons la métaphore de la montre de Chamfort : autrefois, le garçon qui faisait sa 1ère communion (10 ans) recevait en cadeau une montre ! Magnifique !
Aujourd’hui, même s’il ne fait plus sa communion, c’est entrant au collège (6ème – 11 ans) qu’il reçoit son premier smartphone pour envoyer des SMS aux copains pendant le cours de math.

Friday, March 21, 2014

Citation du 22 mars 2014

Il en est du bonheur comme des montres. Les moins compliquées sont celles qui se dérangent le moins. La montre à répétition est plus sujette aux variations; si elle marque de plus les secondes, nouvelle cause d'inégalité; puis celle qui marque le jour de la semaine et le mois de l'année, toujours plus prête à se détraquer.
Chamfort –  Maximes et Pensées (publiées en 1795)
Commentaire I
Voilà une métaphore qui a le mérite de la simplicité, mais qui montre aussi à quelles révisions nous invite l’évolution technologique.
Car la simplicité n’est plus aujourd’hui l’indice de la fiabilité, mais celui de l’obsolescence ! Pour utiliser une comparaison plus actuelle, voyez nos voitures : la vieille 2-CV, avec ses deux bougies et son delco pour leur distribuer l’électricité et puis sa bobine : simplissime ! Dans les années 50, un américain voyant une 2-CV au bord du trottoir a demandé à son propriétaire s’il l’avait construite lui-même.
Eh bien, ces voitures-là on pouvait bien sûr les réparer avec une clef anglaise et un poste de soudure, mais elles tombaient en panne régulièrement – capot levé sur le bord des premières autoroutes. Les nôtres ont une durée de vie multipliée par 3, et à part leur cœur numérique, elles ne craignent rien. Seulement, ne soulevez pas le capot : ça ne sert à rien – où donc se cache la batterie ? Et la jauge d’huile ?
- On m’objectera que la panne (voire le bug) est liée à la modernité : la charrette du Père-Louis ne tombait jamais en panne, elle. Ça c’est vrai.
Mais il est vrai aussi que les machines sont de plus en plus indépendantes de nous : les pannes, c’est leur affaire. Elles doivent se réparer toutes seules – comme ces voitures qui envoient directement un check-up à leur fabricant, le quel peut reprogrammer à distance l’ordi central pour lui permettre de surmonter la défaillance. Ça ne réparera pas la bielle, mais ça évitera peut-être de la couler.

Tuesday, September 17, 2013

Citation du 18 septembre 2013



Dans le monde, vous avez trois sortes d’amis : vos amis qui vous aiment, vos amis qui ne se soucient pas de vous, et vos amis qui vous haïssent.
Chamfort – Maximes et pensées
Bonjour chers amis de Facebook (1) ! Je ne vous connais pas, mais votre présence dans les marges de mon mur (à côté des annonces cochonnes qui me proposent des réjouissances interlopes) me réchauffe le cœur.
J’avoue que j’ai souvent critiqué l’usage du terme « amis » dans ce cas. Mais j’avais tort, je le vois bien aujourd’hui. Car Chamfort (2) nous l’apprend, il y a des amis qui ne se soucient pas de nous, comme le sont forcément ces gens que nous ne connaissons que par la grâce de la virtualité numérique.
En quoi cette formule «un  ami qui  ne se soucie pas de nous » n’est-elle pas une contradiction insupportable ? Chamfort ne nous le dit pas mais le fait qu’il se soit, lui, le poète et le moraliste si connu encore aujourd’hui, intéressé à cette idée nous invite à nous creuser un peu la tête.
Si certains amis se désintéressent de nous – une chance car certains autres nous haïssent – c’est probablement parce que le mot « ami » admet des sens complètement différents : ce mot correspond à ce qu’Aristote appelait des homonymes, un seul signifiant pour plusieurs signifiés.
Mais ce que ne nous dit pas Aristote, c’est que, pour que ce soit tolérable, il faut bien que ce mot ait un usage générique, qui admet ces significations contradictoires. En d’autre terme, un ami, c’est d’abord quelqu’un qui se déclare l’être. Et ensuite peu importe ce que ça veut dire dans la réalité.
Dirons-nous que l’ami c’est quelqu’un qui nous veut du bien? Mais comme, selon Chamfort, un ami c’est peut-être quelqu’un qui nous hait, ça ne marche pas. Plus probablement, un ami c’est quelqu’un qui a simplement déclaré qu’il l’était. Quelqu’un qui, comme avec Facebook a cliqué dans telle case plutôt que dans telle autre.
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(1) Ouiiiiiiiiiiiiiiii ! La citation du jour a son site Facebook – et plein d’amis pour la conforter dans ses ambitions de développement…
(2) Une fois pour toutes, nous parlons du poète 18ème siècle et non du chanteur. Voir ici.

Monday, September 16, 2013

Citation du 17 septembre 2013


Il est plus facile de légaliser certaines choses que de les légitimer.
Chamfort – Maximes et pensées
C’est de temps en temps la pensée qui nous vient à l’esprit, quand on parle de légaliser l’usage du cannabis.
Et en effet beaucoup considèrent que légaliser la vente de cette drogue est une facilité dangereuse parce qu’elle revient à « baisser les bras » devant la difficulté de lutter contre sa consommation qu’ils considèrent comme un danger potentiel : on ne devrait donc jamais en légaliser la vente. Leur principe est simple : ce qui est illégitime ne doit jamais être légal.
On objecte : la loi répressive est sans effet sur la consommation et en plus elle entraine des trafics qui prospèrent uniquement parce qu’ils sont lucratifs. De ce fait, les trafiquants eux-mêmes devraient vouloir que la loi répressive continue d’exister car c’est là l’origine de leurs bénéfices.
Toutefois, si l’on acceptait de discuter le principe qui exclut toute légalisation de ce qui est illégitime, alors on se poserait cette question : qu’est-ce qui est le plus pernicieux : interdire la consommation et le commerce de cette drogue, ou bien en nourrir le trafic par des lois répressives ?
--> C’est ici qu’on pourrait reprendre l’idée de Chamfort : à l’inverse du principe évoqué ci-dessus, disons qu’on peut légaliser sans légitimer. Rien ne légitime la consommation de drogue, mais la loi peut en légaliser le commerce : ce n’est pas parce qu’il n’est pas légitime de boire de l’alcool ou de fumer du tabac (en raison de leurs méfaits) qu’on doit interdire d’en consommer. La prohibition de l’alcool aux USA de 1919 à 1933 (1) en a montré amplement les inconvénients.
Au fond si on a du mal à penser la solution, du moins peut-on penser le problème : il ne se trouve pas seulement dans le cadre juridique mais aussi dans celui de l’éthique, plus exactement dans l’opposition wébérienne entre l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité (2).
On peut regretter qu’il y ait parfois contradiction entre les principes de l’action et l’action elle-même. Mais on sait depuis longtemps qu’il en va ainsi.
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(1) Dans les Etats « secs » cf. ici
(2) « Weber distingue deux éthiques de l’action politique, l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité : ceux qui agissent selon une éthique de conviction sont certains d’eux-mêmes et agissent doctrinalement (…) alors que l’éthique de responsabilité repose sur l’acceptation de répondre des conséquences de ses actes…» (Art. Wikipédia: voir ici – et le texte de Max Weber ici)