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Monday, October 02, 2017

Citation du 3 octobre 2017

Mieux vaut cent fois n'être pas né ; mais s'il nous faut voir le jour, le moindre mal est de s'en retourner là d'où l'on vient.
Sophocle – Œdipe à Colone

Après le malheur de naître, je n'en connais pas de plus grand que celui de donner le jour à un homme.
Chateaubriand – Mémoires d'outre-tombe (Première partie, livre deuxième, chap.5)

La question que chacun se pose est : « Que puis-je espérer ? » et les religions se précipitent en se bousculant pour être les premières à répondre.
Laissons-là ces conflits et penchons-nous sur la question symétrique dont la réponse sera peut-être un peu plus facile : « Quel est le plus grand malheur pour un homme ? »
- La réponse du pessimisme antique est : « Le plus grand malheur pour toi est d’être né. »
Voilà qui ferme la bouche aux questionneurs, parce que dès lors qu’on existe on sait que le malheur est notre lot.
Alors que faire ?
- Sophocle apporte la précision suivante : une fois qu’on est né le suicide est la meilleure attitude à avoir. Le seul espoir qui nous reste est d’éviter de faire durer le supplice : «  Au lieu de vous plaindre, sautez par la fenêtre ! Qu’attendez-vous donc ? »
- Chateaubriand quant à lui précise, pour ceux qui n’auraient pas choisi d’écourter leurs souffrances, de ne pas les redoubler. – Quoi donc ? Si je subis le plus grand malheur possible, comment pourrais-je l’augmenter encore ? Dans l’infini rien ne peut être multiplié, car tout l’est déjà !
La souffrance supplémentaire, celle qui n’est pas contenue dans le fait d’exister, c’est d’être responsable d’un crime abominable, qui est de faire durer le malheur des autres.
Au fond le pessimisme ne concerne initialement que l’individu et rien pour l’espèce. C’est tout juste si les autres existent sauf parfois pour expliquer l’origine de la malédiction, comme c’est le cas pour les Atrides. Mais voilà : si je suis un peu attentif, je devrais dire " Chacun devrait se demander « Stop ou encore ? ». Pour moi-même, en sautant par la fenêtre. Et pour l’espèce en évitant de faire des enfants".



Monday, August 28, 2017

Citation du 24 aout 2017

Je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné qu’un terroriste.
Chateaubriand – Mémoires d’outre-tombe
Attention au piège des mots. Aujourd’hui le terroriste est un mot qui est sur toutes les lèvres, dans tous les esprits. Le sens de ce mot est clair : il est référé à toutes les situations où des islamistes sont impliqués. Seuls quelques dictateurs le dévoient de cet usage pour l’attribuer à tous ceux qui combattent leur régime : voir Bachar el Assad Poutine ou Erdogan. Tout juste se rappelle-t-on que ce terme a aussi servi aux nazis à désigner les résistants français – juste ce qu’il faut pour commencer à songer qu’il faudrait réfléchir un peu avant d’accepter ce terme comme doué de critères suffisamment objectifs pour qu’on n’ait jamais besoin d’en justifier l’emploi.
Or, voilà qu’on tombe sur cette citation de Chateaubriand, employant le germe de terroriste dans les Mémoires-d’Outre-Tombe, première moitié du 19ème siècle. Et là on se dit : à quoi se réfère donc ce terme à cette époque ? Un coup d’œil sur le dictionnaire (CNRTL) nous répond : TerroristePersonne ayant soutenu ou appliqué pendant la Révolution française une politique de terreur. (lire ici)
Autant dire qu’on est aux antipodes du sens actuel. Non pas que la terreur soit exclue du sens révolutionnaire, bien sûr. Mais parce que si les terroristes sont ceux qui appliquent en 1793 la Terreur, alors ils agissent de concert avec le peuple, ils ne cherchent pas à le diviser mais à le réunir.

Bon. – Je ne vais pas discuter du sens historique de la Terreur révolutionnaire. Simplement, demander que chacun veuille bien se demander à quoi il pense quand il emploie certains mots, en particulier ceux qui sont si largement et si fréquemment employés. Qu’on veuille bien alors se rendre compte des manipulations dont nous sommes les victimes faciles lorsqu’on tombe dans le piège des mots.

Saturday, July 01, 2017

Citation 2 juillet 2017

Il faut être économe de son mépris, en raison du grand nombre de nécessiteux.
Chateaubriand.
Précisons que Chateaubriand évoque Talleyrand, du quel Napoléon disait : « Monsieur, vous êtes de la merde dans un bas de soie ! » (voir Post d’hier) : preuve que cet homme restait pour lui un exemple de quelqu’un qui aurait mérité le mépris … s’il n’avait été rationné.

Le mépris est défini par le dictionnaire ainsi : « Sentiment ou attitude de réprobation morale par laquelle on considère que quelque chose ou quelqu'un ne vaut pas la peine qu'on lui porte attention ou intérêt » (voir détail ici)
Le mépris est donc non une action mais une réaction en présence du …méprisable. Façon de dire que même s’il y a beaucoup de « nécessiteux », notre mépris ne nous coûte pas beaucoup d’effort, puisqu’il peut n’être qu’un état psychologique en sa présence.
Toutefois, il ne faudrait pas refermer le dictionnaire trop vite, car il nous présente également le sens métonymique : « P. méton., gén. au plur. Actes ou paroles de mépris : Essuyer des mépris. ». Autrement dit le même terme désigne le sentiment et les actions qui en résultent.

Le mépris est donc aussi l’acte par le quel je manifeste mon mépris. Quels sont ces actes ?
- Des paroles : « je vous méprise, monsieur ! » A noter qu’un langage relevé est plus marquant du mépris que des insultes grossières.
- Une attitude de retrait : quitter la table ou la salle de réunion. Cette façon de se retirer peut être combinée avec une formulation verbale explicite.
- Enfin, il y a bien des gestes ou des attitudes symboliques qui peuvent varier selon les cultures ou les milieux sociaux, comme faire un geste obscène ou cracher par terre. Il est essentiel toute fois que le mépris reste à distance de son l’objet : cracher à la figure ne se ferait pas, tout comme le soufflet qui était une humiliation destinée à enclencher un duel.

On ne se bat pas en duel avec celui qui nous méprise : on se contente de le mépriser à notre tour.

Thursday, June 29, 2017

Citation du 30 juin 2017

Tous mes jours sont des adieux
Chateaubriand
Nous voici, avec Chateaubriand, dans la posture romantique, faite de regret et de mélancolie pour les jours enfuis, emportant ce qu’il y a en nous de meilleur et ne laissant à la place que soupirs et nostalgie.
Et pourquoi pas « Tous mes jours sont des bonjours » (valable aussi en 2 mots) ? Pourquoi ne pas se réjouir même de voir disparaître quelque chose de nous avec le temps qui passe ? Oui, pourquoi ne pas espérer que l’avenir nous délivre de nous-mêmes ? Si l’on est effectivement au fond du désespoir, on devrait espérer que ce couvercle de plomb qui écrase notre horizon et nous prive de tout avenir se soulève, qu’on puisse enfin lui dire adieu ?
Seulement voilà : en fait de romantisme, cette pensée-là est une pensée dépressive. On l’a expliqué  en disant que les romantiques étaient en réalité de jeunes aristocrates spoliés de leurs biens, ou privés de l’aventure révolutionnaire, ou encore des ambitieux venus après l’épopée napoléonienne. Des jeunes gens qui auraient voulu être plus vieux pour pouvoir vivre l’époque où tout basculait, et où le renouveau surgissait de partout. Bref : l’avenir est alors celui d’une décadence, parce qu’on s’éloigne toujours d’avantage d’un âge d’or définitivement révolu.

De nos jours cette phrase pourrait être prononcée dans deux cas possibles :
- soit il s’agit d’un vieillard qui regrette les jours passés et qui chaque matin a perdu un peu plus ce qui faisait de lui un être conquérant et heureux de l’être.

- soit il s’agit d’un être jeune mais qui se comporte comme un vieillard – entendez qu’il se définit seulement par rapport au passé porté par les anciens, et non comme un jeune héros qui prend l’avenir à plein bras pour le modeler selon ses désirs.

Sunday, January 17, 2016

Citation du 18 janvier 2016

Quel mortel reste juste s'il ne redoute rien ?
Eschyle – Les Euménides
Si tu pouvais par un seul désir, tuer un homme à la Chine, et hériter de sa fortune en Europe, avec la conviction surnaturelle qu’on n’en saurait jamais rien, consentirais-tu à former ce désir ?
Chateaubriand, Essai sur les révolutions. Génie du christianisme 
(voir texte en annexe)

Tuer le mandarin – (Figuré) Nuire à une personne qu’on est assuré de ne pouvoir connaître, avec la certitude de l’impunité et pour en recueillir des avantages.

Article Wikitionnaire
Contrairement à ce qu’on pourrait supposer à la lecture de cette citation,  Chateaubriand affirme que, dans un cas aussi propice à l’indifférence, le crime entraine nécessairement les tourments de la culpabilité (1). Autrement dit, la conscience morale existe réellement, même si sa voix est étouffée par d’autres sentiments.
Voici la question qui est indirectement posée : comment faire pour que les lois soient respectées ? Faut-il compter sur l’éveil de la conscience morale ? Faut-il plutôt compter sur des punitions dissuasives (= dont la force l’emporte sur l’avantage apporté par le crime) ? Réciproquement, l’impunité ou l’indifférence à la punition (comme la peine de mort dont on voudrait menacer le kamikaze) entrainerait-elle le crime ?
On sait que cette question est agitée en ce moment à propos de la déchéance de nationalité à l’encontre des terroristes. Toutefois on ne pose pas vraiment le problème dans ses termes véritables : quelle sanction pourrait dissuader un terroriste de commettre ses forfaits ?
On dit que cette sanction est inefficace parce qu’elle vise des hommes qui ont fait à l’avance le sacrifice de leur vie, et qu’on devrait alors l’appliquer non à des vivants mais à des morts – ce qui, soit dit en passant, est impossible, la mort du coupable entrainant l’extinction de l’action de la justice.
En admettant qu’il n’y ait pas de réponse satisfaisante à cette question, il ne faudrait pas abandonner pour autant le débat sur la déchéance de nationalité, mais simplement modifier l’angle de visée du problème.
La suite à demain, si vous le voulez bien.
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Ô conscience ! ne serais-tu qu’un fantôme de l’imagination, ou la peur des châtiments des hommes ? je m’interroge ; je me fais cette question : « Si tu pouvais par un seul désir, tuer un homme à la Chine, et hériter de sa fortune en Europe, avec la conviction surnaturelle qu’on en saurait jamais rien, consentirais-tu à former ce désir ? » J’ai beau m’exagérer mon indigence ; j’ai beau vouloir atténuer cet homicide, en supposant que, par mon souhait, le Chinois meurt tout à coup sans douleur, qu’il n’a point d’héritier, que même à sa mort ses biens seront perdus pour l’État ; j’ai beau me figurer cet étranger comme accablé de maladies et de chagrins ; j’ai beau me dire que la mort est un bien pour lui, qu’il l’appelle lui-même, qu’il n’a plus qu’un instant à vivre : malgré mes vains subterfuges, j’entends au fond de mon cœur une voix qui crie si fortement contre la seule pensée d’une telle supposition, que je ne puis douter un instant de la réalité de la conscience.

Chateaubriand, Essai sur les révolutions. Génie du christianisme (cité ici)