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Monday, November 14, 2016

Citation du 15 novembre 2016

L'homme, ce rêveur définitif, de jour en jour plus mécontent de son sort, fait avec peine le tour des objets dont il a été amené à faire usage.
André Breton – Premier manifeste du surréalisme
Le seul objet qui pourrait nous contenter serait donc celui dont nous n’aurions pas besoin, à moins qu’il soit simplement hors de notre portée ? Nous faudrait-il avoir un lanceur de balles de tennis – nous qui n’y jouons pas – ou bien ne rêverons-nous de voiture que devant une Rolls-Royce, qui ne nous appartiendra jamais ?
Cela a été, mais cela n’est plus : car maintenant le Smartphone existe !


Oui, mesdames et messieurs, votre Smartphone est l’objet qui fait encore et toujours rêver, et j’en veux pour preuve que leurs heureux propriétaires ne peuvent le laisser au fond de leur poche ou de leur sac à main : ils marchent fièrement dans la rue, tenant leur appareil serré dans leur main ; un passant qui reviendrait chez nous après une très longue absence serait surpris : de quel talisman s’agit-il donc ? a moins qu’ils ne craignent les pickpockets ? – Mais non ! Ce qui leur est nécessaire, c’est de sentir son infinie puissance là, au creux de leur main …
Michel Serre a pris le Smartphone comme symbole des changements que les jeunes générations doivent affronter : sa jeune héroïne, « Petite Poucette » possède un pouce qui via le clavier de son Smartphone la relie à la terre entière.
Mais nous ne retiendrons pas aujourd’hui cette problématique déjà largement débattue (par exemple ici), et nous observerons que le Smartphone appartient à cette catégorie d’objet (que Breton ne pouvait connaître) dont on peut dire que leur utilisation est indéfiniment variée, puisqu’une nouvelle « appli’ » suffit à transformer complètement l’appareil. Capable de me guider dans la ville que je ne connais pas, de me faire retrouver ma voiture garée dans une rue dont j’ai oublié le nom, de me donner le téléphone et de me faire entendre – et voir – qui je veux et où qu’il soit, et même susceptible de devenir un interlocuteur défiant le test de Turing ! (1)
Demain, retrouvez ici même ave Michel Serres la suite des aventures de la Petite Poucette – Si vous le voulez bien…
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(1) « Je ne sais pas où est la Mairie » dit cet homme. Et, du fond de sa poche une voix : « Je vais consulter la base de données Google ». Ce cas est authentique.

Sunday, December 28, 2014

Citation du 28 décembre 2014


Deux mains qui se cherchent c'est assez pour le toit de demain.
André Breton – Signe ascendant
Comment !? André Breton donne dans la bluette ? Une bluette comme ça :



Et pourquoi pas ça, tant qu’on y est ?


… Allez, c’est ma semaine de bonté : je vais faire un effort en faveur d’André Breton, mais seulement parce qu’il a été le Pape du Surréalisme.
Alors, devinez un peu ce que font deux mains qui se cherchent ? Vont-elles se livrer à quelque jeu de salopiot ? Impossible : comment voulez-vous fourrer vos doigts là où c’est défendu s’ils sont emberlificotés dans les doigts de l’autre ? Non, deux mains qui se cherchent ce sont deux mains qui veulent marcher dans la même direction – main dans la main. Et n’allez pas me chercher des noises parce que « des mains qui marchent » ça vous fait rigoler.
De plus : les images que je viens de publier montrent qu’on a affaire aux deux mains du  même individu. Mais André Breton quand à lui fait clairement référence à des mains qui appartiennent à deux individus différents.

Comment voulez vous en imaginant le toit dessiné par vos seules mains vous sentir soulevé par l’espoir de l’avenir ? C’est là qu’est la platitude, pas du côté de notre Pape.

Monday, December 22, 2014

Citation du 23 décembre 2014

Le plus beau présent de la vie est la liberté qu'elle vous laisse d'en sortir à votre heure.
André Breton – Introduction à Jacques Rigaut dans "Anthologie de l'humour noir"
Retenons le titre de l’ouvrage d’où cette phrase est tirée : humour noir. Parce que, célébrer la vie en faisant l’éloge du suicide, c’est un peu raide quand même…
Essayons toutefois d’en extraire la substantifique moelle en la pressurant fortement.
Remarquons déjà que si on n’avait que le début de la phrase : « Le plus beau présent de la vie est la liberté » il n’est pas sûr qu’on chercherait à la compléter. La liberté, sans ajout ni précision, voilà qui devrait nous suffire. Pourquoi vouloir ajouter quelque chose qui la limite et qui éventuellement la dénature ? La Liberté est-elle plus grande avec cette spécification mortifère ?
Tâchons plutôt de nous concentrer sur la vie, et disons : la vie est plus belle parce qu’on peut en sortir à notre heure. Moi, je trouve ça moins choquant. Après tout, nous pouvons quitter notre vie comme bon nous semble : nous n’avons de comptes à rendre à personne, puisque nous n’avons pas demandé à naitre. Et d’ailleurs, c’est très bien comme ça, sans quoi il faudrait encore se justifier : « Ah ! tu as demandé à vivre parce que tu voulais être un Grand musicien (ou politicien, ou brigand, ou armateur grec, etc.). Tu n’y es pas arrivé : c’est là ta faute ».
En réalité notre naissance a ajouté un être complètement facultatif à l’humanité. Du coup nous n’avons aucune obligation de continuer à en faire partie.

Toutefois, la mort ne doit pas être le symétrique de la naissance, sans quoi elle serait absurde : pour qu’elle ne le soit pas, il faut qu’on puisse partir à notre heure.
A notre heure ? Mais quand allons-nous considérer que notre heure est venue ? A quelle vision de sa vie faut-il parvenir pour pouvoir prononcer une phrase aussi terrible ?
- Mais ça ne se passe pas comme ça – pas du tout. Comme le dit Schopenhauer, nous sommes piégés par l’instinct de l’espèce. Il faut vivre pour se reproduire et pour la perpétuer : c’est cet instinct qui nous fait préférer vivre misérablement plutôt que de mourir héroïquement – comme le Bûcheron de la fable.


- Une anecdote glanée à la télé : une femme atteinte d’un cancer incurable décide d’en finir : elle se fixe une date à l’avance : elle dit « Je partirai le 1er novembre » (c’est dans 2 mois). Au fur et à mesure que la date approche, elle se dit : « Ai-je raison ? Je suis encore heureuse de vivre – et pourtant que je sens que je me détruis de l’intérieur. Que faire ? » On nous dit qu’elle s’est supprimée à la date prévue : qui dira si elle a eu raison ou bien tort ?

Tuesday, January 14, 2014

Citation du 15 janvier 2014



Il semble que de toutes parts la civilisation bourgeoise se trouve plus inexorablement condamnée du fait de son manque absolu de justification poétique.
André Breton – Position politique de l'art d'aujourd'hui (1935)
80 ans après que Breton ait prononcé cette prophétie, une douloureuse crispation nous prend en la lisant.
Car, oui : la civilisation bourgeoise est absolument dénuée de justification poétique, 80 ans d’histoire l’ont abondamment confirmé.
Mais hélas non ! La civilisation bourgeoise n’en a pas du tout été inexorablement condamnée.
On dirait même que son universel triomphe signifie que les autres civilisations – celles qui pourraient avoir eu une justification poétique (pensons aux mythes fondateurs) – ont bel et bien succombé à cause de cela devant la société marchande. Il semble d’ailleurs que les poètes se soient depuis résignés à vivre dans leur tour d’ivoire, à admettre qu’ils ne peuvent survivre qu’isolés de la réalité.
Bien sûr mes lecteurs-attentifs doivent hocher la tête : certains cas d’agitation sociale ne relèvent-ils pas de la totale irrationalité, ou plutôt d’une autre rationalité que la rationalité marchande de la société bourgeoise. Ne serait-ce pas là une preuve que des poètes sont encore aujourd’hui à l’œuvre ?
--> Voyez par exemple ces ouvriers de l’usine Goodyear-Amiens – ceux qui ont séquestrés deux cadres de l’entreprise pendant plus de 24 heures – leurs propos consistent à dire qu’en tant que travailleurs de l’usine, ils ont des droits qui l’emportent sur ceux des propriétaires-actionnaires. Ne sont-ils pas les poètes du 21ème siècle ? En tout cas, Maurice Taylor, le patron du groupe Titan qui est en négociation pour racheter l’usine ne s’y est pas trompé, lui : « L'entreprise n'appartient pas aux ouvriers » rappelle-t-il. Et d’inviter ces rêveurs à redevenir « adultes » et à se ranger aux règles de « l’Etat de droit ».
Oui, mes chers lecteurs, les poètes restent parmi nous, tapis dans le retrait de l’utopie ; ce sont eux qui réclament la justice sociale, fut-ce au prix du sacrifice de l’Euro. Et qui prétendent que le travail donne des droits sur le capital. Et eux qui croient, comme Léo Ferré, que demain Nous aurons du pain / Doré comme les filles / Sous les soleils d’or……