Thursday, April 20, 2017
Citation du 21 avril 2017
Sunday, November 30, 2014
Citation du 1er décembre 2014
Friday, June 14, 2013
Citation du 15 juin 2013
La télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d'une partie très importante de la population.
Thursday, May 15, 2008
Citation du 16 mai 2008
L'âge est une donnée biologique socialement manipulable et manipulée.
Pierre Bourdieu
Dire qu’il faut qu’on relance le débat sur l’âge du départ en retraite pour qu’on en vienne à réfléchir sur la signification de l’âge…
Bourdieu, lui, n’a pas eu besoin de ça : distinguons dit-il, entre l’âge biologique et l’âge social. Aucun de ces deux paramètre n’est absolu : on n’a aujourd’hui plus 50 ans comme à l’époque de Descartes - à cet âge il était persuadé qu’il n’aurait plus le temps de créer une œuvre vraiment vaste, et d’ailleurs il mourut effectivement à 54 ans.
On voit également que l’âge social est en complet décalage par rapport à ce qu’il était il y a deux siècles.
- Du côté des jeunes : L’autonomie des jeunes est de plus en plus retardée sur le plan économique, alors qu’elle reste identique sur le plan biologique. Kant pointait là une des sources de crises dans les sociétés, où la maturité sociale était en retard sur la maturité biologique : on dit également que l’adolescence est une « invention » des sociétés moderne. (On sait qu’aujourd’hui l’une des données du problème de la durée de cotisation pour la retraite c’est qu'on commence à travailler de plus en plus tard.)
- Du côte des vieux : reprenons le cas de l’âge de la retraite. On joue sur le décalage qui se serait creusé entre âge biologique et âge social. Comme on n’est plus vieux biologiquement au même âge qu’avant, il faut réaligner le temps social sur le temps biologique. On ne peut manipuler l’âge biologique ; en revanche on ne se prive pas de manipuler l’âge social.
--> Ça veut dire qu’on doit admettre qu’on va rester jeune plus longtemps, et donc travailler plus tard.
Reste que les actifs ne l’entendent pas de cette oreille. Ils voient la retraite comme une période où chacun peut jouir de la vie de rentier qui autrefois était réservé à une petite élite sociale. D’où l’idée que vivre sans travailler est à la fois possible et désirable.
Pour ceux qui disent qu’il faut travailler toujours plus, on voit bien que les retraités sont un exemple déplorable.
On sait bien que ce n’est pas là dessus qu’on attaque l’âge de la retraite – pas encore.
Friday, July 27, 2007
Citation du 28 juillet 2007
La cécité aux inégalités sociales condamne et autorise à expliquer toutes les inégalités, particulièrement en matière de réussite scolaire, comme inégalités naturelles, inégalités de dons.
Pierre Bourdieu - Les Héritiers (1964)
Commentaire 2
inégalités sociales… inégalités naturelles…
Après la pédagogie, la politique.
Les inégalités naturelles sont des écarts irrécupérables entre les individus. Exemple : à chaque fois que vous construisez une bibliothèque, vous donnez plus de chance à celui qui est capable de lire et vous accroissez l’écart qui le sépare de celui qui en serait, à tout jamais, incapable.
Admettons, comme Bourdieu, que les inégalité « naturelles » résultent en fait d’inégalités sociales (voir là dessus le Post d’hier et celui du 22 août 2006). Alors, chaque fois qu’on laisse en friche les dons de nos bambins, c’est Mozart qu’on assassine. La casse sociale, ça fait aussi de la casse chez les enfants.
Normalement, la politique, ça sert à ça : éviter la casse sociale, et sauver le petit Mozart à chaque fois qu’on en trouve un. Malheureusement, chacun sait qu’il n’en est rien.
… Mais les politiques, pour pouvoir se regarder dans la glace en se rasant le matin (1), ont trouvé la parade : faute de savoir éviter la casse sociale, ils ont eu l’idée de demander aux éducateurs de la réparer, ou du moins de la rendre moins voyante.
On a donc mis en place des stages de formations pour les profs, instits, éducateurs de tout poil. On a appelé ça : « Gérer l’hétérogénéité ». Et pour bien montrer que ça marche, on a valorisé la filière unique, disant aux les jeunes enseignants qui, effarés des enfants qu’on leur confie, réclament le rétablissement des filières : « C’est parce que vous ne savez pas faire. Ne baissez pas les bras. Venez vous former, vous verrez que ça marche. D’ailleurs on va vous montrer un de vos collègues qui réussit parfaitement dans le 9-3 ».
J’arrête là, parce que je sens que je vais m’énerver.
(1) Ajouter : « ou en se mettant du fond de teint » (correction du Ministère de la Parité)
Thursday, July 26, 2007
Citation du 27 juillet 2007
La cécité aux inégalités sociales condamne et autorise à expliquer toutes les inégalités, particulièrement en matière de réussite scolaire, comme inégalités naturelles, inégalités de dons.
Pierre Bourdieu - Les Héritiers (1964)
Commentaire 1
"…réussite scolaire, comme inégalités naturelles, inégalités de dons…"
- Alors ça y est ? Votre petit dernier va entrer à la grande école en septembre ? Oui, je sais vous êtes anxieux de voir comment il va s’adapter. Mais un enfant qui sait déjà pratiquement lire à l’entrée du CP - même qu’il a appris tout seul n’est-ce pas ? - vous n’avez pas de souci à vous faire : c’est un surdoué, c’est sûr…
Vous êtes comme moi sans doute : vous en connaissez des enfants qui ont été définis par leurs parents comme des petits génies. J’en ai même connu qui cherchaient à leur faire ignorer leur génialité : « c’est lourd à porter… » disaient-ils. Ce qui était le plus lourd à porter, pour le malheureux enfant, c’était le choc de l’échec (par exemple en arrivant en seconde au lycée) : en découvrant qu’il n’était pas ce que ses parents lui avaient fait croire, il n’était plus rien.
Vous avez exactement le même problème avec le cancre, l’imbécile qui ne comprend rien, l’idiot de la famille comme Flaubert : identifié à un néant, le pauvre enfant cherchera peut-être dans la violence le moyen de s’affirmer là où son intelligence le met en échec.
Bien sûr, l’enseignant est en première ligne dans ce combat pour l’égalité. Je dirais même qu’il ne peut enseigner qu’à la condition de souscrire à la formule de Bourdieu : ce qui lui demande du courage parce qu’en cas d’échec, c’est son échec et pas celui de l’intelligence de l’élève.
Par précaution de méthode comme disait Descartes, considérons que nos élèves sont capables d’apprendre ce que contiennent les programmes scolaires. A partir de là, tout n’est question que de métier… et de personnalité. C’est d’ailleurs peut-être la même chose : c’est bien Clemenceau qui disait : « on n’enseigne pas ce qu’on sait, on enseigne ce qu’on est » ?
Mais ça, ce n’est pas ce qu’on enseigne dans les IUFM. Mais c’est comme ça que ça marche.