Showing posts with label ¤ Bossuet. Show all posts
Showing posts with label ¤ Bossuet. Show all posts

Monday, July 25, 2016

Citation du 26 juillet 2016

Nous nous plaignons de notre ignorance, mais c'est elle qui fait presque tout le bien du monde : ne prévoir pas, fait que nous nous engageons.
Bossuet – Œuvres complètes (édition 1863)
L'ignorance et la bêtise du peuple font la force du dictateur.
Jdan Noritiov

Que penser de l’ignorance ? D’un côté on la rejette, parce qu’elle paraît complice des dictateurs qui assoient leur domination sur la croyance en leur pouvoir démiurgique ; de l’autre on l’apprécie – par exemple quand on évite de dire à quelqu’un qu’il est désigné pour mourir bientôt ; ou encore quand on refuse les tests qui révèleraient une prédisposition génétique à une maladie incurable : c’est qu’alors l’ignorance est une condition de la vie normale.
Imaginons que par magie on puisse lire le « Journal du lendemain », et que celui-ci annonce à son lecteur son propre décès ; celui-ci serait-il allé tranquillement travailler comme chaque jour ? Et qu’est-ce qui se passerait dans les étables si les cochons savaient que la bétaillère pour l’abattoir arriverait le lendemain ? (1)
Mais il y a plus : ne pas savoir, ne pas prévoir, ce n’est pas seulement le secret du bonheur ; c’est aussi, comme le dit notre Auteur-du-Jour, que l’ignorance encourage l’engagement : comme nous imaginons facilement que l’avenir nous sourira, l’ignorance de ce qu’il nous réserve véritablement nous aide à formuler des projets que nous tenterons de réaliser.

Oui, bien heureux l’ignorant ! Si de surcroit il a foi en un Protecteur qui étend sur lui sa Providence, alors il s’en remet à lui : Inch’Allah ! A quoi bon se soucier de l’avenir ? Fais ce que tu dois, et quand au résultat remets en au Seigneur-Dieu.
L’ignorance est une grâce.
-----------------------------------

(1) Voir (ici) le film Babe, le cochon devenu berger

Wednesday, January 09, 2013

Citation du 10 janvier 2013



Madame se meurt ! Madame est morte !
Bosuet – Oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre – 1670 (voir Annexe)
Henriette d'Angleterre avait 26 ans, lorsque, après avoir bu un verre d'eau de chicorée, elle ressentit de violentes douleurs abdominales. Elle mourut en quelques heures – A peine avait-t-on annoncé : Madame se meurt ! qu’on devait s’exclamer : Madame est morte !
La brutalité de cette mort frappa vivement toute la cour. Bossuet y trouva l’occasion de rappeler que la pensée de la mort doit accompagner chaque instant de notre vie – thème cher à la Contre-Réforme
Soudaineté de la mort… Fragilité de l’existence… Le chrétien doit se souvenir qu’il doit se tenir prêt à comparaitre devant son Créateur à tout moment.
Que je m’étouffe en mangeant des bretzels, qu’une artère pète dans mon cerveau, ou alors que je me fasse renverser en traversant la rue : ma vie ne tient qu’à un fil et il faut s’apprêter à tout moment à le voir tranché. Après tout, c’était bien là le rôle des Parques que de dévider le fil de la vie : la troisième Parque tient les ciseaux qui serviront à le trancher.
  
Bernardo Strozzi – Les trois Parques
Alors, devant l’inévitable que pouvons-nous faire ?
Réponse a : Purger notre conscience de tous ces vilains péchés et demander pardon au Seigneur  pour toutes ces vilénies.
Réponse b : Prendre un contrat-obsèques (à consulter ici)
Réponse c : Savourer chaque instant de notre vie comme si c’était le dernier.
(Plusieurs réponses sont admises)
----------------------------------------------------------
L’extrait :
« Nous devrions être assez convaincus de notre néant : mais s'il faut des coups de surprise à nos cœurs enchantés de l'amour du monde, celui-ci est assez grand et assez terrible. Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt ! Madame est morte ! Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille ? Au premier bruit d'un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts ; on trouve tout consterné, excepté le cœur de cette princesse. Partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le désespoir, et l'image de la mort. Le Roi, la Reine, Monsieur, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré ; et il me semble que je vois l'accomplissement de cette parole du prophète : le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple de douleur et d'étonnement. » Bossuet
D’autres passages ici.

Saturday, November 03, 2012

Citation du 4 novembre 2012



- La satisfaction de soi-même et le repentir.
Nous pouvons aussi considérer la cause du bien ou du mal, tant présent que passé. Et le bien qui a été fait par nous-mêmes nous donne une satisfaction intérieure, qui est la plus douce de toutes les passions, au lieu que le mal excite le repentir, qui est la plus amère.
Descartes – Traité des passions de l’âme, seconde partie, article 63
(Voir ici l’article 191 de la troisième partie)
- Ne dédaignons pas la bonté de Dieu qui nous attend à repentance depuis longtemps.
Bossuet, Sermons
- Repentance : RELIG. Regret douloureux que l'on a de ses péchés, de ses fautes et désir de se racheter; p. méton., manifestation de cette attitude.
P. ext. Regret d'une action quelconque
TLF – Article repentance
L’Algérie demande à la France de manifester sa repentance pour les crimes qu’elle a commis à l’encontre du peuple algérien durant la colonisation. Et on pourrait multiplier ces appels à la repentance toujours liés à quelques crimes d’Etat.
Un Etat peut-il se repentir ? Est-ce compatible avec sa souveraineté ? Qu’il soit personne collective ou  institution, est-il conforme à sa nature d’éprouver quelque chose – fut-ce une repentance ?
- Appelons à l’aide les auteurs du 17ème siècle, époque justement où ce mot avait un usage précis.
Déjà, observons que la repentance appartient au registre religieux – elle y apparait comme condition de la rémission des péchés (Bossuet) ; ajoutons qu’il ne s’agit d’un sentiment moral que par extension. Et qu’en plus, ce n’est qu’indirectement (par métonymie) que la repentance se limite à la manifestation de cette attitude – un peu comme Tartuffe affichant l’attitude de la dévotion.
On ne se repent pas sur commande, voilà l’affaire. D’où peut-être l’énergique bras d’honneur de Gérard Longuet qui fâche tant la presse algérienne – qui n’a pourtant pas de preuve qu’on se soit soucié de l’Algérie à ce moment-là.
Néanmoins, on pourrait encore se dire que la repentance, à condition d’être sincère, serait la bien venue, car, comme le dit Descartes, elle est fort utile parce qu’elle nous incite à mieux faire une autre fois (art.191). Mais y aura-t-il une autre fois ? On peut espérer que non.
- Alors, que veut l’Algérie ? Humilier l’arrogance de la France ancien pays colonisateur ?
Espérons que non. On peut en effet observer que la repentance est la condition du pardon : d’une certaine façon la repentance et le pardon sont même symétriques par rapport à la faute, ils constituent un aller-retour sur la même action : je te blesse – je m'en repens – tu me pardonnes.
Sauf que, pour être pardonné, il ne suffit pas de se repentir : il faut encore demander le pardon.
Vous imaginez un État – la France – demandant pardon à un autre État – l’Algérie – pour les massacres qu’elle y a perpétrés pendant presque un siècle et demi ?
---------------------------------------
N.B. J'avais déjà consacré un Post à la demande de repentance de la part de l'Algérie : preuve que la question n'a pas été tranchée.

Monday, September 05, 2011

Citation du 6 septembre 2011

Dieu se rit de ceux qui déplorent les conséquences de faits dont ils chérissent les causes.

Bossuet, cité par Pierre Rosanvallon (interview dans Libération 27 aout 2011)

Rosanvallon appelle ceci « le paradoxe de Bossuet » : dans l’article cité il ne l’explique pas, il l’applique à notre époque.

Dieu rit-il encore de nous ? Je ne sais, mais il le pourrait bien ; c’est en tout cas ce que suppose Rosanvallon qui ajoute : nous faisons aujourd’hui exactement ce que critique Bossuet lorsque, dénonçant les inégalités sociales, nous acceptons pourtant les mécanismes qui les produisent. Moyennant quoi nous ne faisons pas porter nos critiques sur les causes de ces inégalités (exemple : des salaires non justifiés par le mérite), et donc nous ne faisons rien pour changer la situation (voire même nous l’acceptons dans certains cas – après avoir crié contre le salaire des PDG nous acceptons celui des stars du foot).

Que faut-il faire pour que Dieu ne rie plus de nous ?

Supposons que, comme le dit Bossuet, nous chérissions le jeu social qui génère des inégalités.

Soit – Reste qu’au jeu de l’inégalité sociale, les dés sont pipés : tous les joueurs n’ont pas les mêmes chances avant de commencer la partie. De fait tout se passe comme si nous acceptions les règles du jeu à condition d’être sûr d’y gagner. C’est le cas de la bourgeoisie qui sait que les inégalités sociales ayant tendance à se reproduire, ses enfants ont toutes les chances d’être propulsés vers le haut de l’échelle.

C’est ça qui fait que les jeunes n’ont pas tous les mêmes chances d’accéder aux emplois ; que les femmes n’ont pas les mêmes salaires que les hommes, etc.

C’est ça que nous ne devons pas l’accepter.

Maintenant, reste à savoir si nous aurions raison d’accepter ces règles – une fois corrigées ?

Ce qu’on nous dit, c’est que les inégalités sont finalement favorables à tous, et que les plus pauvres des pays riches – même inégalitaires – ont un meilleur destin que celui que leur offrirait un pays égalitaire.

Sauf que des pays comme ça restent à inventer.