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Friday, September 02, 2016

Citation du 3 septembre 2016

Il est désormais possible de renverser l'opinion comme un mécanicien de locomotive renverse la vapeur.
Bernanos – Le chemin de la croix-des-âmes
On le sait : renverser la vapeur ne signifie pas qu’on cesse de l’utiliser, mais seulement qu’on s’en sert pour aller en sens inverse.
De même, renverser l’opinion ne signifie pas sortir de son domaine, mais la remplacer par une opinion contraire. Ainsi, lutter contre une opinion dominante, c’est produire une autre opinion : par exemple, refuser de dire que les étrangers qui arrivent aujourd’hui chez nous sont une chance pour la France, parce qu’ils vont être des consommateurs improductifs, c’est rejeter une opinion non démontrée en utilisant une autre opinion également non démontrée. Quand bien même on aurait des chiffes et des statistiques, il serait toujours possible de privilégier un détail, un angle infirmant le point de vue contraire.
Alors devons-nous être sceptiques ? Devons-nous dire : « Les uns comme les autres parlent de ce qu’ils ne connaissent pas ».
--> Mais d’ailleurs : nous mêmes, en parlant d’opinion savons-nous de quoi nous parlons ?
Le mot opinion a trois sens possibles :
            - En philosophie l’opinion est une affirmation qui peut être vraie ou fausse, mais qui n’est jamais démontrée : c’est une croyance, parfois un préjugé.
            - D’un point de vue plus psychologique, l’opinion est l’identification, souvent narcissique, entre nos croyances et nous-mêmes. L’opinion est ce qu’on ne peut nous arracher sans nous mutiler.
            - La démocratie a considéré l’opinion comme un mode d’engagement personnel dans une affirmation qui en tire sa valeur. C’est ainsi que l’opinion est devenue une liberté individuelle inaliénable.

Oui, mais dirons-nous : « De toute façon une affirmation est vraie ou fausse. Et jamais elle ne le sera simplement en vertu de la personne qui la profère. » (1)
… Moyennant quoi, faudrait-il rejeter la démocratie et se tourner, comme certains philosophes des Lumières, vers le despotisme éclairé (2) ? Ou au contraire faut-il considérer que le peuple a toujours raison, simplement parce que la vérité est ce sur quoi nous sommes tous tombés d’accord ?
Pour passer de l’un à l’autre, il faudra renverser la vapeur.
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(1) Sauf à être un de ces « maitres de vérité » de la Grèce antique dont la parole dispense la vérité (cf. le livre de Marcel Détienne – et cet article (ici) très éclairant sur l’opposition entre opinion vérité chez Platon)

(2) Dans le despotisme éclairé, le despote est un homme dont les décisions sont guidées par la Raison

Sunday, August 28, 2016

Citation du 29 aout 2016

Un monde gagné pour la technique est perdu pour la liberté.
Bernanos – La France contre les robots (1947)
Cet essai de Bernanos date de 1947, époque à laquelle les innovations techniques ne renvoyaient pas comme aujourd’hui à des modes de consommation, mais plutôt à des modes de production. Ne faisant pas trop  la différence entre libéralisme et machinisme, Bernanos se livre à des imprécations politico-morales plus proches du marxisme que des utopies écologistes.

- 70 ans après que retiendrons-nous de cet essai ? Sa dénonciation visionnaire de la mondialisation et de ses délocalisations ? Certes. Mais on  notera surtout le décalage du point de vue : notre époque n’a plus peur de l’invasion des « robots » mais plutôt du ravage de la planète. La direction que prenait Bernanos en dénonçant les progrès techniques était-elle la voie qui aboutit aujourd’hui à l’altermondialisme ? Je ne le crois pas, du moins si l’on s’en tient à ces pages de 1947.
Reste que, de toute façon, nos peurs sont fonction des époques, dans la mesure où en changeant de période, nous les oublions parfaitement quand bien même le risque n’aurait pas disparu. La peur de la guerre atomique ? Oubliée – ce qui n’empêche que le feu nucléaire reste toujours menaçant. La peur du conflit entre deux puissances luttant pour avoir l’hégémonie mondiale (style 1984 de G. Orwell) ? Parlez-nous plutôt des ouvriers bangladais, payés 2 euros par jour. – N’empêche que les pays du Moyen-Orient s’étripent pour dominer la région et qu’on voit bien qu’il n'est pas possible de rester à l’écart de ces conflits.
Et puis, qui se souvient de la peur de voir des êtres humains clonés ?
- Peur des clones ? C’est quoi, ça ???
o-o-o
Mais surtout, n’y a-t-il pas une certaine naïveté à prononcer des condamnations définitives de certaines nouveautés, telles justement que les nouveautés radicales de la technique ? Croire que l’exploitation des hommes serait la conséquence du machinisme est une naïveté que Marx n’a pas commise : il recommandait de prendre les commandes des machines et non de les briser.

Et puis, en appeler comme le fait Bernanos à la rébellion de la jeunesse, c’est tout de même présomptueux. Nos jeunes sont trop occupés par la chasse aux Pokémons pour faire autre chose.

Saturday, August 13, 2011

Citation du 14 aout 2011

L'homme c'est bien malaisé à définir. Admettons que ça reste un enfant. Gentil et câlin à ses heures, mais plein de vices.

Bernanos – Monsieur Ouine

Dans un Post précédent (voir ici) on disait à la suite de Giono que l’homme reste toujours un enfant au sens où il a toujours besoin d’une maman.

Bernanos reprend à son compte cette idée, mais il la complète à sa façon : certes l’homme demeure le bébé qu’il a été, mais en plus il est resté le petit vicieux qu’il fut étant enfant.

Nous revoilà avec la perversion enfantine sur les bras, nous qui l’avions soigneusement évitée depuis presque 5 ans (nous citions alors la formule de Freud : L’enfant est un pervers polymorphe.).

Inutile de reprendre les remarques faites alors. Bernanos ajoute simplement que c’est par régression que nous sommes, nous autres adultes, des vicieux (ou des pervers), laissant entendre que l’adulte, l’homme parvenu à sa maturité, ne le serait plus (si toute fois il parvenait à la maturité totale).

Ce que nous pouvons noter encore, c’est que pour Bernanos, l’homme n’existe pas d’un bloc, qu’il n’est pas d’abord un enfant et puis ensuite un adulte. Il se fait progressivement par adjonction successives, un peu comme son cerveau s’est constitué par ajout d’un cerveau moyen au cerveau reptilien ; et puis d’un cortex – et d’un néocortex – autour du cerveau moyen. Chaque « cerveau » conserve ses spécificités, mais il entretient des échanges avec les autres couches cérébrales.

Revenons maintenant à notre citation : ce qu’on voudrait savoir, ce n’est pas seulement comment l’adulte dialogue avec l’enfant (un peu comme dans la psychologie transactionnelle), mais comment l’enfant câlin dialogue avec le petit sadique (ce qui met en jeu l’ambivalence des tendances).

Mais, si Bernanos a raison, pour le savoir peut-être suffirait-il de regarder en nous-mêmes.

Thursday, August 24, 2006

Citation du 25 août 2006

Qu'une guerre soit réellement une juste guerre, nul, je pense, ne saurait l'affirmer avant la paix. Ce sont les paix justes qui font les guerres justes.
Georges Bernanos -Les Enfants humiliés (1940)
Qu’est-ce qui peut justifier la guerre ? Bernanos répond : « la paix » et on voudrait croire qu’il n’y a surtout pas d’autres justifications de la guerre. La paix étant la négation de la guerre, alors la guerre juste n’est que la guerre à la guerre, la violence contre la violence. Même les casques bleus ont été Prix Nobel de la Paix. C.Q.F.D.
Nous allons donc vers une Paix perpétuelle, fin définitive de la guerre ? Hélas ! Que nenni !
Si cela était, on n’aurait pas besoin de trouver d’autres justifications de la Guerre ; or celles-ci foisonnent. Passons sur la conception Grecque : à savoir que la guerre est un processus naturel ( = relation normale entre les Cités) et à ce titre est « juste » puisqu’elle est conforme à la nature des hommes et à la volonté des Dieux (qui ne se privent pas de participer - par exemple - à la Guerre de Troie). Même si en secret on croit fermement qu’il y a des peuples de Guerriers, on n’en parle plus aujourd’hui.
Mais on estime aussi la guerre se justifie par la nécessité de se défendre contre une agression armée. C’est cette dernière justification qui est la plus courante : vous aurez remarqué que le Ministère de la Guerre n’existe plus depuis longtemps et qu’il a été transformé en Ministère de la défense depuis 1974. Alors, certes, il suffirait que personne ne soit agressif (plus d’Etats-voyous !) pour que règne la paix, et on retrouverait la première justification : la guerre sert à exterminer tous les méchants, et quant il n’y aura plus de méchants, il n’y aura plus de guerre. Toutefois, si vous admettez qu’il est légitime de se défendre les armes à la main, alors la question n’est pas de savoir s’il faut accepter ou non de faire la guerre, mais seulement dans quelles circonstances et en respectant quelles règles : vous passez donc à une autre justification.
Le 7 décembre 1941 les Japonais détruisaient une partie de la flotte U.S. dans le port de Pearl Harbour avant qu’aucune déclaration de guerre ne soit parvenue à Washington. Donc, l’attaque japonaise était une traîtrise injustifiable. Donc elle aurait été justifiée au cas où les règles du droit international avaient été respectées.
Ce qui était le cas les 6 et 9 août 1945 à Hiroshima et à Nagasaki. Voilà des gens civilisés.