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Monday, February 20, 2017

Citation du 21 février 2017

Les hommes d'Etat vivent au jour le jour, tous les événements les surprennent, et les problèmes qu'ils s'efforcent de résoudre sont ceux de la veille ou de l'avant-veille, qu'ils n'ont d'ailleurs pas encore compris.
Barjavel – Une rose au paradis
Ainsi, selon Barjavel, les hommes d’Etat ne vivraient, n’agiraient que dans le court terme, ce qui leur interdirait tout rapport à l’action et à la compréhension du long terme ?
Triste lucidité…
Car, n’est-ce pas, c’est bien ce qu’on voit depuis plusieurs décennies, depuis que nos chefs ont renoncé à agir pour graver leur nom dans le marbre de l’histoire, mais seulement pour être les plus performants à l’audimat : car la résolution des problèmes du pays passe au second plan, derrière leur souci électoral, et les voilà  en courant derrière les indices de satisfaction populaire.
Mais, faute de capacité à changer le cours de l’histoire leur avenir est très fragilisé et on sait depuis longtemps (au moins depuis notre Post d’hier) que la roche tarpéienne est très près du Capitole…

Développons un peu : ce n’est pas le fait de ne tenir compte que du court terme qui est affligeant ; d’ailleurs peut-être que les hommes politiques sont plus malins que ne le croit Barjavel, et qu’ils savent très bien ce qu’il faudrait faire pour gouverner efficacement le pays. Mais voilà : ce qu’ils veulent c’est être élus, et pour ça il faut ne tenir compte que de l’opinion publique, la quelle ne veut et ne voit que le court terme. L’opinion publique est myope, elle ne voit pas plus loin qu’aujourd’hui: elle veut tout tout de suite et elle ne vote que pour avoir un retour immédiat sur investissement.
D’ailleurs écoutez ce que proposent certains candidats : le 49.3 citoyen ! Le rejet par les citoyens du projet de loi qui ne cadre pas avec les promesses électorales des élus.

Le bulletin de vote est comme une commande sur amazon.fr : livraison garantie sous 48 heures, sinon, remboursement ! Sachant cela, certains autres candidats refusent de publier leur programme et demandent qu’on leur signe un chèque en blanc…

Saturday, February 18, 2017

Citation du 19 février 2017

Les amants inventent leur propre vocabulaire, mais il n'a de signification que pour eux.
Barjavel – L'enchanteur
Selon Barjavel, les amants ont une expérience si particulière de la vie et de la réalité qu’ils partagent qu’ils ont besoin de mots spécifiques pour la signifier, étant entendu que les mots de la langue commune ne peuvent désigner que ce qui est commun à tous ses usagers.
L’idée est donc qu’on ne pourrait, contrairement à ce que certains linguistes croient, tout dire dans cette langue commune, même en lui supposant des énoncés aussi long et aussi détaillés qu’on voudra. Comme les poètes, les amoureux parlent une langue qui est étrangère, même si elle paraît n’être que du français (ou de l’anglais ou n’importe quelle autre).

Alors, la question est : n’en va-t-il pas de même avec tous les usages et tous les usagers d’une langue quelconque ? Plus exactement : quelles sont les règles qui président à la signification des énoncés du langage courant ?
On aura peut-être reconnu les jeux de langage dont Wittgenstein a mis au jour les règles.  Précisons-les :
            - D’abord les jeux de langage excluent les définitions de dictionnaire qui expliquent le sens d’un mot à l’aide d’autres mots qu’il faut à leur tour définir, entrainant une infructueuse régression à l’infini.
Exemple :
« Je t’aime mon amour !
- Attends un peu chérie que j’attrape mon Robert et que je voie ce que tu veux dire. (1) »
            - Ensuite on élimine également les définitions ostensives qui consistent à expliquer le mot par référence à un objet de la réalité.
Exemple :
« Est-ce que tu m’aimes mon amour ?
- Dis-moi, chérie, quand tu me demandes si je t’aime, à quoi penses-tu ? A reflet qui danse au fond de ma prunelle quand je te regarde, ou bien à l’étrange bosse qui déforme mon pantalon quand tu y portes la main ? »
2 - Pour Wittgenstein, le sens d’un mot dépend de son usage, non pas tant par le va-et-vient entre l’énoncé et l’action (comme ce serait le cas avec la définition ostensive) ; mais principalement par les règles auxquelles fait référence l’énoncé. Ces règles sont aussi simples que celles qu’inventent les enfants dans leurs jeux (Du genre : « On dirait que tu serais le gendarme et moi le voleur »).
Exemple :
«  Chérie, on dirait que quand je te dis que je t’aime ça serait pour te dire que j’ai des battements de cœurs et des étincelles devant les yeux. Tu veux bien ?
- Oui mon amour : « amour » ça voudrait dire que c’est toi et toi seul qui me fait ça. 
- Alors, quand je rêve de toi et que je me réveille le matin dans des draps tout mouillés, ça veut-il dire que c’est amour que j’aime ?
- Euh… »
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(1) « Aimer - Verbe transitif. L'obj. désigne une pers. ou un être assimilé à une pers.; l'accent est mis sur le lien affectif]
a) [Le subst. correspondant est amour]
− [Avec une idée de lien moral et/ou spirituel]
                 -[L'obj. désigne des membres de la famille naturelle]… (CTRL)

Wednesday, October 05, 2016

Citation du 6 octobre 2016

Le hasard ne conçoit pas, n'ajuste pas, n'organise pas. Le hasard ne fait que de la bouillie.
Barjavel – La faim du tigre
Bref : le hasard produit de l’entropie, et c’est tout. L’entropie, c’est l’homogénéité produite par le désordre. Par exemple, je pioche un livre dans un tas de livres – et avant d’en tirer un autre, je me demande si je peux deviner quel sera le suivant : c’est impossible de le dire, parce qu’ils sont tous mélangés, comme dans un appartement en désordre, où la chaussette sale côtoie la part de pizza et que les lunette sont rangées dans le frigo.
Le même désordre existe partout où il est impossible de trouver un ordre établi. En conséquence, ce qui est devenu homogène par entropie est immuable, puisque rien ne peut être différencié, ce qu’on peut trouver dans telle zone doit être aussi probable que ce qu’on peut découvrir dans n’importe quelle autre, aujourd’hui comme dans des siècles et des siècles... Les différences ne sont que des choses insignifiantes, parce que le hasard ne fait que de la bouillie.

Toutefois, la science s’est construite en admettant l’existence du hasard, sachant qu’il produit aussi les lois et leur nécessité : l’exemple est l’évolution des espèces vivantes, qui résulte de mutations génétiques aléatoires, qui engendrent des modifications des individus qui se conservent par sélection naturelle. Que sur des milliers de milliards de mutations, une seule soit avantageuse, elle ne donne certes l’avantage qu’à un seul individu, mais celui-ci va se reproduire et engendrer des descendants qui comme lui vont bénéficier de cette capacité supplémentaire : et voilà une ramification qui va se développer et donner à sont tour l’occasion à d’autres mutations aléatoires de venir compléter l’acquis du changement précédent. On voit que l’erreur de Barjavel est d’avoir oublié de parler du rôle du milieu qui filtre le hasard et élimine les cas sans intérêt.
Le principe est le même pour la matière inanimée, celle qu’étudie la physique, ou l’astrophysique. Etant donné un phénomène aléatoire A, un autre phénomène aléatoire B est également possible, mais il n’est pas également possible qu’il devienne permanent. Des astrophysiciens ont cru utile de postuler un « principe anthropique » (1), permettant de restituer des étapes ignorées de l’histoire de l’Univers en supposant qu’elles ont suivi la pente qui menait à l’apparition de l’homme dans le cosmos. Mais il n’est pas nécessaire de faire appel à un tel principe entaché de finalisme et donc de métaphysique : les lois qui se sont formées peu à peu – en quelques milliardièmes de secondes – après le Big-Bang suffisent amplement.
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(1) « Anthropique » et non « entropique »…

Tuesday, February 21, 2012

Citation du 22 février 2012

Mais qu'est-ce que c'est, la Nature?

Cette entité, à laquelle se réfèrent les esprits rationalistes pour expliquer l'inexplicable, ressemble beaucoup à un dieu auquel on n'ose pas dire son nom, et qu'on a amputé de toute volonté et de tout esprit d'initiative.

René Barjavel – La faim du tigre

Cette brève citation comporte presqu’autant de préjugés que de mots. C’est d’ailleurs là son principal intérêt.

1 – La Nature, orthographiée avec une majuscule. Façon de la personnifier, et donc de la prédisposer à jouer le rôle dont on va l’affubler juste après.

2 – Cette Nature est une « entité », autrement dit elle constitue l’essence des choses.

--> Retenons ça, et puis passons à ce qui suit :

3 – Les « esprits rationalistes » : voilà le véritable pivot de cette citation, ce qui va ordonner et justifier tout ce qui suit.

Et maintenant, qu’est-ce qu’on produit avec tout ça ? Des préjugés, bien sûr !

1er préjugé : Ces esprits rationalistes sont à la fois prédisposés à nier le surnaturel, et donc à rabaisser au niveau de la « nature » tout ce qui se produit dans le monde, et en même temps ils sont bien obligés de rehausser la « Nature » au niveau d’un dieu, entité dont on dit qu’elle doit expliquer l’inexplicable.

2ème préjugé : les rationalistes veulent tout expliquer – même l’inexplicable, c’est-à-dire ce dont la caractéristique essentielle est précisément de rester pour nous un mystère.

3ème préjugé : ainsi entendue, la Nature est un dieu sans volonté, un dieu qui n’est pas personnel, mais qui pourtant forme une entité, et non un faisceau de forces disparates.

--> Autant dire que Barjavel affecte de croire que le positivisme n’a pas existé, et que l’interdit de toute prétention à connaitre l’absolu n’a jamais été prononcé. Car, lorsqu’on remplace Dieu par la nature (ce que fait par exemple Spinoza), c’est pour avoir une prise sur la cause première, et répondre ainsi à un besoin inné chez l’homme de maitriser les choses par la connaissance de leur origine.

Or, l’esprit positif consiste justement à refuser cette possibilité, et à ne connaitre que des rapports.

« […] le caractère fondamental de la philosophie positive est de regarder tous les phénomènes comme assujettis à des lois naturelles invariables, dont la découverte précise et la réduction au moindre nombre possible sont le but de tous nos efforts, en considérant comme absolument inaccessible et vide de sens pour nous la recherche de ce qu’on appelle les causes, soit premières, soit finales. » Auguste Comte, Cours de philosophie positive, leçon 1, 1830

Pour le dire en un mot, Barjavel en est resté à l’esprit métaphysique, et il se plaint qu’on n’en soit pas restés à l’esprit théologique, affectant d’ignorer qu’il existe aussi l’esprit positif.

Sunday, October 15, 2006

Citation du 16 octobre 2006

Chaque fleur est un sexe, y avez-vous pensé quand vous respirez une rose ?

René Barjavel

Mignonne, allons voir si la rose… Dégoûtant ! Barjavel est dégoûtant. Il nous gâche tout notre plaisir, il souille la poésie la plus pure. Il faudrait interdire à un type comme ça de publier ces cochonneries.

Voyez comme notre imagination a un pouvoir total sur nos pensées. Il suffit qu’on imagine la réalité sous un angle qui nous dégoûte et aussitôt nous ne la supportons plus : la réalité n’est rien d’autre que notre représentation.

Alors, jouons avec elle. Ne pourrait-on pas à l’inverse l’utiliser pour rendre aimable ce qui normalement nous rebute ou nous dégoûte ? Qu’à chaque fois que nous voyons ce qui nous choque, nous ne pensions au contraire qu’à quelque chose d’agréable ? Bien entendu, vous avez deviné où je cherche à vous mener : vers la publicité qui a pour unique ressort de rendre désirable ce qui ne l’est pas, voire même de nous faire rêver de ce qui nous effraie. Quelques exemples vaudront mieux qu’un long discours.

- D’abord tout ce qui concerne les excréments. Pouah ! Comment faire de la publicité pour un laxatif ou un diurétique ? Et pourtant… Voyez Fuca, « laxatif de courte durée » : c’est le prototype de la pub qui axe tout sur la femme (1) et qui « vend » le bien-être et la minceur…Dans une ambiance de rêve. Coluche en avait fait un sketch bien « senti »… Alors, c’est vrai, la pub Fuca a déjà quelques années. Mais peut-être reviendra-t-elle ? On écrira alors « Fucka » pour être au goût du jour. Autre chose ? Contrexéville, le partenaire minceur : inutile de raconter la pub, tout le monde connaît. Et pourtant, que fait l’eau de Contrexéville ? Elle fait pisser. Point final.

- Vous voulez pire ? La mort, ça vous va ? Il y aurait un commentaire entier à faire sur la jolie colombe qui s’envole, sur fond de lagon vers un horizon d’azur bleu (parfois : mauve), et qui orne les publicités des Pompes funèbres. Ça donne envie de passer tout de suite un contrat d’obsèques, non pas pour dispenser de cette obligation nos héritiers éplorés, mais pour jouir de notre vivant des rêves d’au-delà concoctés par les marchands de funérailles…

Barjavel, il aurait pu faire carrière dans la pub, voilà tout.

Au fait, qui c’était, Barjavel ? (2)

(1) Pourquoi les femmes sont-elle la cible privilégiée des marchands de laxatifs ? Merci de me donner votre avis là-dessus.

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Barjavel