Wednesday, February 10, 2016
Citation du 11 février 2016
Monday, February 08, 2016
Citation du 9 février 2015
Monday, March 22, 2010
Citation du 23 mars 2010
Il faut suivre la foule pour la diriger. Lui tout céder pour tout lui reprendre.
Antonin Artaud - Extrait des Lettres
La coutume est de considérer qu’entre la sagesse et la folie, il n’y aurait aucune différence, et que le sage comme le fou possèdent une science supérieure.
Si Antonin Artaud est bien l’emblème du fou délirant (ce qu’on peut contester si on conteste aussi la validité du terme de « fou »), alors cette opinion se trouve confortée par cette citation.
Car quelle sagesse dans ce précepte ! Quelle science de la politique – et pas de la politique entendue comme une généralité, mais bien de la politique que nous rencontrons dans les manœuvres contemporaines de nos dirigeants.
Que font nos dirigeants sinon nous demander de leur indiquer la route pour ensuite suivre celle qu’ils ont tracée eux même ? A quoi sert donc la démocratie de proximité, sinon à ça – je veux dire à ce subterfuge qui sert à accéder au pouvoir pour ensuite faire la politique favorable aux puissances économiques qui sont restées dans l’ombre.
Tout ça est bien connu, et la seule source d’étonnement est que nous soyons capable d’oublier cette vérité que nous rappelle Artaud.
Il y a pourtant une autre interprétation possible de cette phrase (de son début du moins : Il faut suivre la foule pour la diriger) : on la trouve chez Platon, avec sa description de l’homme tyrannique (1). On y voit le tyran (il s’agit dans l’esprit de Platon de quelqu’un qu’on nommerait aujourd’hui un populiste) se laisser dominer par ses passions criminelles et débridées, et donner au peuple le déplorable exemple qu’il est invité à suivre. Au point que les hommes vertueux qui tenteraient de résister à cette corruption généralisée seraient emprisonnés, et par une singulière inversion de valeur c’est eux qu’on considérerait comme des criminels.
Voilà en quoi consiste le pouvoir tyrannique : il ne s’agit pas d’un pouvoir qui brime le peuple, mais d’un pouvoir qui le corrompt.
(1) République livre X, 571-a et suivants. À lire ici. (ou à télécharger ici si le lien précédent continue de planter – c’est page 364)
Saturday, March 29, 2008
Citation du 30 mars 2008
Tout vrai langage est incompréhensible.
Antonin Artaud - Ci-gît 1947
N.B. On prendra ici le terme de langage comme désignant non pas la fonction qui permet de parler (comme quand on évoque le « centre cérébral du langage »), mais bien l’usage de cette fonction dans un cas déterminé (comme quant on dit : « il va falloir un langage plus châtié »)
N’est-il pas paradoxal de partir sur une pareille citation quand on prétend communiquer ses réflexions sur l’incommunicabilité ? Comment Artaud pouvait-il croire à ce qu’il disait, dès lors qu’il écrivait pour être lu ? Et comment reconnaître le vrai langage : n’importe quoi d’incompréhensible en serait-il un ?
Je crois que toutes ces questions se résolvent dès qu’on songe à ce qui se passe lorsque nous lisons une œuvre littéraire. On dit parfois qu’il faut du temps pour « entrer dans un roman » ; parfois au contraire, on apprécie tel livre, et puis à peine l’a-t-on refermé qu’on l’a oublié, parce qu’il ne nous a rien apporté… C'est bien parce qu'il peut - il doit - y avoir une certaine distance entre le "langage du roman" et le "langage quotidien"
On dit (qui ? J’ai oublié, justement) que tout roman « véritable » devrait être lu comme si il était écrit dans une langue étrangère. C’est peut-être cela qu’Artaud voulait dire : la narration, la pensée, les mots, sont des créations, qui n’ont qu’un rapport ténu avec le langage courant. Non pas que ce soit nécessairement hermétique ; mais parce que ce sont des œuvres de l’esprit humain, tout cela doit être quelque chose qui enrichit notre expérience d’une façon ou d’une autre. Que cela vaille aussi pour les mots ne fait que renvoyer aux mécanismes de la création des énoncés dans la parole
Les philosophes sont habitués à cette situation, eux qui doivent poser explicitement le sens de leur concept et la position de départ de leur pensée. Les poètes n’ont pas à le faire : la poésie n’existe que si elle est langage créateur (1). Dans le cas des romans, la situation est plus ambiguë : comme on l’a dit, le roman de kiosque de gare est écrit comme le journal. Mais dès qu’on devient plus ambitieux (et il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’à Proust pour trouver des exemples), alors il nous faut un peu de temps pour « entre dedans ».
(1) On se rappelle que poésie vient du verbe grec « poïeïn » qui signifie aussi créer. Le poète est le créateur-type.
Wednesday, January 30, 2008
Citation du 31 janvier 2008
Le principe de création vaut pour les êtres et les mondes, il ne vaut pas pour moi.
Je crois que la bataille du commencement et de la reconstitution d’un corps est ma bataille éternelle et que je ne la quitte jamais car je n’entre dans aucun corps.
Antonin Artaud - Cahier de Rodez
Je n’ai pas la prétention d’ajouter un commentaire à ce long et tragique combat qu’Artaud a livré avec lui même, pour accéder à sa propre identité, pour parvenir enfin à coïncider avec lui-même. D’ailleurs le meilleur commentaire n’est-il pas cet autoportrait datant justement de la période de Rodez, la dernière et sans doute la plus douloureuse de sa vie.
Si le combat d’Artaud nous bouleverse, peut-être est-ce parce que c’est aussi notre propre combat. Je veux dire, le combat pour l’identité.
Nous autres adultes, nous sommes persuadés d’en avoir fini avec cette incertitude quant à notre être, à cette quête narcissique de la confirmation de notre identité dans le regard des autres. Nous savons qui nous sommes, et peut-être même regrettons nous les fluctuations d’humeur juvénile qui nous donnaient à croire que le lendemain nous serions un médecin humanitaire dans la brousse africaine ou un trader génial de Wall Street.
Mais, cette identité, certains ne la reconstruisent-ils chaque jour, par exemple en montant sur la balance avant de partir au travail, le pac de Contrex dans le cabas ?… Futile direz-vous : Artaud livrait un tout autre combat. Oui, futile, mais déjà révélateur. Reconstituer son corps, n’est-ce pas là le combat de toute une vie ? Et comprendre que notre identité est justement dans ce combat, qu’il n’y en a peut-être pas d’autre, n’est-ce pas la difficile acceptation du tragique de l’existence ?
Les sages nous diront que le corps est inessentiel, qu’il faut le mépriser, voire même le mortifier pour permettre à l’âme, l’essentiel de notre être s’exprimer.
Pourquoi pas ? Renoncer à coïncider avec son corps (à l’opposé d’Artaud), ce n’est pas pour autant être en paix avec soi-même : il nous reste à coïncider avec l’être que nous croyons - que nous rêvons - d’être. Un saint ou un génie…