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Saturday, December 23, 2017

Citation du 24 décembre 2017

Noël, c'est le printemps de l'esprit ; c'est tout promesse.
Alain ; Les saisons de l'esprit (1935)
Noël, c'est la veille, c'est l'attente.
Georges Dor ; Après l'enfance (1975)
L'année n'est jamais si longue que la veille de Noël ne soit trop courte.
Dictionnaire des proverbes danois (1757)

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Ding-Dong ! Sonnez cloches de la nuit ; sonnez à minuit…



Oui, mais il n’est que 18 heures et les enfants courent comme des fous dans la salle à manger, en attendant que les préparatifs du Réveillon avancent. Ils attendent… Ils espèrent… Ils célèbrent Noël à leur façon. Noël, c’est l’espérance. Même les payens qui fêtaient ce jour-là le solstice d’hiver marquaient leur espoir de voir bientôt le jour revenir et la nuit reculer.  Mais Noël, ce n’est pas que le renouveau ; c’est aussi et surtout la fête de la Promesse – ou plutôt des promesses :
- Promesse de rachat des fautes – pour les fidèles accablés qui avancent, courbés sous le poids de leurs péchés.
- Promesse de fête, de beuverie, d’ivresse – promesse à très court terme.
- Mais aussi, promesse de recommencer un cycle nouveau avec ses joies et ses peines, ses semailles et ses moissons. C’est celle-là, la véritable fête – je veux dire : non pas celle qui fut rhabillée en célébration chrétienne mais fête païenne qui marque la fin de la nuit et le progrès du jour enfin revenu.

Et vous, chers lecteurs, qu’attendez-vous de Noël, ou plutôt de la fête en général ? Son paroxysme de ce soir avec sa chute dans le néant qui suit ? Dans un lointain post je citais Philippe Labro qui comparait la dépression à un « décembre du désir » : n’était-ce pas pour dire que le déprimé verra Noël comme un « jour-de-fête » au travers du quel se profile le « lendemain-de-fête » ? Mais tout cela ne vaut que parce qu’on fait de la fête quelque chose qui fonctionne à très court terme. Je ris, je picole, je caresse des femmes, et puis hop ! Plus rien, si ce n’est – le lendemain – le mal de la tête et l’asthénie de l’esprit.

Non, mes chers amis, la fête peut être autre chose, comme la promesse d’un nouveau cycle qui va durer … jusqu’à la prochaine !

Tuesday, May 02, 2017

Citation du 3 mai 2017

L’amour est une joie accompagnée de l’idée d’une cause extérieure
Spinoza – Ethique, III proposition 13, Scolie

Aimer, c’est trouver sa richesse hors de soi.
Alain – Eléments de philosophie

Ce qui surprend quand on retrouve Alain après de longs détours chez les philosophes contemporains, c’est cette liberté qu’il prend d’émettre un avis sur à peu près tout, y compris sur ces sentiments de la vie quotidienne que l’on abandonne habituellement aux psychologues et aux coaches en développement personnel (1). C’est ainsi que cette citation serait attendue écrite sur fond de mains enlacées et de ciel bleu-bleu. Comme ici :


Heureusement, nous savons qu’Alain est tout sauf un gourou à la petite cervelle ; et aussi que Spinoza est sans doute derrière cette citation, comme on peut s’en apercevoir avec cet extrait de l’Ethique, livre 3.
Ne nous méprenons pas sur la pensée de Spinoza : l’amour est d’abord une joie (2) qui, cherchant une cause à son existence, trouve celle-ci dans un objet extérieur – bien sûr sans aucune garantie d’objectivité, et là est tout le tragique de l’amour passion qui idolâtre ce qui ne le mérite pas. Car voilà : si la joie est éprouvée comme amour lorsqu’elle est accompagnée de la représentation d’une cause extérieure, cette concomitance est peut-être accidentelle, comme dans l’histoire de la tortue et du missionnaire (3).

Alors l’image que nous reproduisons a bien quelque chose d’émouvant avec ces doigts qui se croisent et se retiennent – mais sans effort, avec une fragilité que démentent les ancres de marines tatouées sur les doigts enlacés. La force de l’amour, dirait-on vient de l’intérieur des amoureux et pas d’une contrainte extérieure.
Certes ; mais ce qu’on voudrait savoir c’est si l’autre qu’on aime est bien la cause de la joie que nous éprouvons à être avec lui. Et ça, pour Spinoza, l’intuition ne suffira pas : ça demande à être vérifié !
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(1) Ajoutons que cette citation provient des Eléments de philosophie et non des Propos.
(2) Rappelons que pour Spinoza, la Joie est « le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection » (III, 2) Sur l’amour chez Spinoza on peut lire ceci.
(3) Une légende raconte qu’un jour une tortue fut capturée par des villageois d’Afrique qui en étaient très friands – et que ce même jour un missionnaire débarqua dans le même village. Du coup les habitants conçurent l’idée que ces deux évènements étaient liés et attendirent impatiemment la venue d’un nouveau missionnaire dans l’espoir de pourvoir capturer de nouveau une tortue. C’est un exemple d’induction hâtive.

Monday, January 23, 2017

Citation du 24 janvier 2017

Comme la confiance est la santé des monarchies, ainsi la défiance est la santé des Républiques
Alain – Le culte de la Raison comme fondement de la République (Voir citation complète en annexe – Lire le texte complet ici)

 A un ami chinois qui demandait quel avantage je trouvais à la démocratie, je répondis ceci : « la démocratie donne au peuple le pouvoir de chasser les gouvernants qui lui déplaisent. » Après tout, voilà une vérité qui n’est peut-être pas exhaustive, mais qui n’en reste pas moins authentique.
Toute fois, si je reviens sur la phrase d’Alain, c’est pour souligner que selon lui, cette défiance n’est pas du tout le symptôme d’une maladie de la démocratie, mais au contraire un signe de santé. On ne saurait d’ailleurs oublier que cette défiance est au cœur des débats aujourd’hui même avec le projet de « 49.3 citoyen » (1).

On croit bon de faire de la confiance dans les gouvernants le principe de la démocratie ; mais n’est-ce pas livrer le peuple pieds et poings liés à l’arbitraire du pouvoir ? Ne ferions-nous pas mieux de nous méfier : les règles de la démocratie ne seraient-elles pas justement destinées à empêcher les manifestations d’hostilité : une fois le scrutin terminé, le pouvoir est aux mains des élus, et rien ne doit s’opposer à son exercice – « Rentrez chez vous, il n’y a rien à voir ! »
Mais la défiance dont parle Alain a encore une autre justification, qui remonte à fort loin (2) : le pouvoir souverain ne se divise pas, il est et reste tout entier dans les mains de ceux qui le possèdent légitimement – autrement dit : le peuple. Le fait que celui-ci le délègue par scrutin, n’empêche que cette délégation soit conditionnelle, et que jamais cet exercice du pouvoir ne puisse être entièrement soumis au bon vouloir des gouvernants délégués. Occasion de signaler la différence entre la monarchie et la démocratie : celle-ci ne peut être une monarchie temporaire, comme si le chef démocratique était un roi dont les jours seraient comptés.
D’ailleurs, les Présidents africains l’ont bien compris eux qui refusent de quitter le pouvoir quand les urnes le leur commandent.
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(1) Le 49.3 citoyen qui permet à 1 % des inscrits sur les listes électorales (environ 400 000 personnes) de peser sur les décisions. Comment ? En signant une pétition pour «soumettre un texte à l’examen des deux chambres du Parlement, après avis du Conseil d’Etat», le citoyen pourra «proposer à référendum un projet de loi» et «suspendre la promulgation d’une loi» - Lire ici

(2) Jean Bodin – Les six livres de la république (1576) (On peut lire un abrégé ici)

Thursday, June 09, 2016

Citation du 10 juin 2016

J’aime l’entreprise.
Manuel Valls – Premier ministre
Il faudrait une connaissance étendue du commerce, du crédit et de la banque, pour analyser leurs immenses entreprises, leur fermeté, leur esprit de décision, leur audace même, leur stricte probité aussi, et la noble confiance qu'ils ont en quelques-uns, sans se tromper aux apparences. J'ajoute qu'il y a une profonde sagesse dans cette aversion pour la dépense inutile; aussi dans cette vue que l'on domine mieux le troupeau humain par la richesse que par la majesté. Il vaut mieux ne pas nommer passion une action suivie, réglée par l'intelligence, et suivant une espèce de justice, bien supérieure aux mouvements de la vanité, de la convoitise, et même de la pitié.
Alain – Eléments de philosophie

Prenons le texte d’Alain pour en détailler le contenu :
Eloge de l’entreprise capitaliste :
1 – « Il faudrait une connaissance étendue du commerce, du crédit et de la banque, pour analyser leurs immenses entreprises, leur fermeté, leur esprit de décision, leur audace même, leur stricte probité aussi »
2 – « la noble confiance qu'ils (= chefs d’entreprise) ont en quelques-uns, sans se tromper aux apparences »
3 – « Il y a une profonde sagesse dans cette aversion pour la dépense inutile »
4 – « Il y a une profonde sagesse … dans cette vue que l'on domine mieux le troupeau humain par la richesse que par la majesté »
5 – « Il vaut mieux ne pas nommer passion une action suivie, réglée par l'intelligence, et suivant une espèce de justice, bien supérieure aux mouvements de la vanité, de la convoitise, et même de la pitié »
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Eh bien ! En voilà un qui l’aime, l’entreprise ! Manuel Valls à côté est un supporter pâlichon !




La suite à demain si vous voulez bien

Tuesday, March 01, 2016

Citation du 2 mars 2016

Chacun imite un courage qui n’a jamais existé.
Alain – Minerve ou de la sagesse
Le héros qui affronte sans trembler la mort, le martyre qui marche d’un pas ferme au supplice : ces exemples, que certains sont tentés d’imiter, illustrent une exceptionnelle force d’âme. Mais, nous dit Alain : ce ne sont que des représentations idéales, jamais des réalités.
- Et pourtant, voilà le martyr qui entre dans l’arène des supplices en mettant ses pas dans les traces de Jésus montant au calvaire ; et puis le soldat cerné par les ennemis qui cherche à imiter les héroïques défenseurs qui, après avoir tiré leur dernière cartouche, ne se sont pas rendus, offrant aux balles leur poitrines comme dernier rempart. Comment le contester ?
- Alain persiste : avec cet effort vous cherchez en réalité à vous hisser au-dessus de la condition humaine ; votre orgueil est immense, de vouloir être plus qu’aucun homme n’a jamais été. Certes, les exemples que vous citez sont grands. Mais ont-ils jamais existé ?
- Pour Jésus, c’est la foi qui nous dicte l’obligation d’y croire. Mais Blandine, martyrisée à Lyon en 177 ap.J.C., subit le martyre sans faillir, le regard tourné vers les cieux.
Et les résistants qui ont chanté la Marseillaise devant le peloton d’exécution ? Ou qui ont clamé leur volonté d’indépendance comme dans ce tableau de Goya qui célèbre le Tres de Mayo :



La vérité c’est que ces héros et ces martyrs n’ont pas voulu imiter le courage ; ils l’ont vécu comme la conséquence de leur foi.

Friday, October 09, 2015

Citation du 10 octobre 2015

L'union fait la force
Proverbe
L'union fait la force : oui, mais la force de qui ?
Alain
L'union même de la médiocrité fait la force.
Homère – Iliade
Oui, l’union fait la force : en témoignent ces deux faits divers : « A Dublin en Ireland et puis aussi à Perth en Australie, deux personnes coincées l’une sous une rame de métro l’autre sous un tram, ont été dégagées grâce à l’action conjuguée de dizaines de personnes alors présentes : deux accidents si éloignés l’un de l’autre et pourtant similaires ». Notre site (référencé) affirme en effet que ces deux actions sont le résultat d’une seule et même passion présente dans ces deux pays : le rugby et ses mêlées. « La seule question qui demeure et de savoir quelle équipe a le meilleur « fighting spirit » et le meilleur impact à la mêlée pour faire bouger les choses. » Bref, s’il s’agit de soulever un tram ou de pousser un métro, il faut et il suffit d’avoir le bon impact dans la formation de la mêlée.

--> Réponse à Alain : l’union fait la force de ceux qui veulent faire bouger les choses, sans demander il est vrai quelles sont les choses qu’on ne fera pas bouger comme ça. On peut affirmer que ce qui peut bouger doit être homogène à ce qui fait bouger : la force physique fait bouger ce qui a une masse physique, et non ce qui relève de la pensée.
--> Du coup on arrive à une précision concernant la citation d’Homère : il est des médiocrités qui peuvent s’additionner, comme celles des bras et des jambes qui poussent dans le même sens. Mais tout n’est pas de ce registre : il est des choses qui ne peuvent bouger sous l’impact de la force physique. Il en est même certaines qui restent toujours aussi faibles malgré la force de la multitude qui les soutient.
            - Multitude qui a cru que le soleil tournait autour de la terre.
            - Multitude qui pensait que la moisson serait meilleure si on faisait des sacrifices aux dieux.

            - Multitude qui a soutenu que les filles étaient des biens comme les bestiaux de l’étable, dont on pouvait disposer pour les marier selon l’intérêt des pères, ou trousser dans le grenier à foin quand la libido du « bon maît’ » s’éveillait.